John Libbey Eurotext

Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

MENU

Nouveaux traitements des troubles fonctionnels intestinaux : entre espoirs et déceptions Volume 8, numéro 2, Mars - Avril 2001

Auteurs
Service de gastroentérologie et de nutrition, CHU Rangueil, 31403 Toulouse Cedex 04.

Les troubles fonctionnels intestinaux constituent le motif le plus fréquent de consultation en gastro-entérologie. Parmi ceux-ci, le syndrome de l'intestin irritable associe des douleurs abdominales et des troubles du transit, constipation, diarrhées ou alternance des deux. Le traitement des douleurs du syndrome de l'intestin irritable repose aujourd'hui sur les antispasmodiques et les musculotropes, mais est souvent décevant. Les progrès des connaissances sur les relations entre le système nerveux central et l'intestin ont permis de reconnaître le rôle de nombreux neurotransmetteurs dans la transmission des sensations d'origine digestive et le contrôle des fonctions digestives, motrice et sécrétoire. Par ailleurs, le rôle de l'hypersensibilité viscérale dans la genèse des douleurs abdominales a attiré l'attention sur les voies nerveuses afférentes. Plusieurs nouvelles classes de médicaments ont été développées au cours de la dernière décennie sur la base de ces travaux, dont certaines molécules sont aujourd'hui proches de la mise sur le marché. Les récepteurs de la sérotonine ont été particulièrement étudiés. Les antagonistes des récepteurs 5HT3 inhibent la motricité colique et augmentent la tolérance du côlon à la distension. L'alosétron améliore les patients présentant un syndrome de l'intestin irritable, avec prédominance de diarrhées. Son utilisation a pour l'instant été suspendue à cause d'effets secondaires (colite ischémique et constipation sévère). D'autres antagonistes des récepteurs 5HT3 sont actuellement en cours d'évaluation. Les antagonistes des récepteurs 5HT4 exercent des propriétés prokinétiques au niveau des différentes parties du tractus digestif, donc stimulent la motricité. Au niveau du côlon, le prucalopride accélère le transit et pourrait être indiqué dans le traitement de la constipation chronique. Le tegaserod, agoniste partiel des récepteurs 5HT4, accélère également le transit et améliore les patients présentant un syndrome de l'intestin irritable, avec prédominance de constipation. La fédotozine, agoniste des récepteurs opioïdes de type kappa, corrige l'hypersensibilité viscérale chez les patients avec syndrome de l'intestin irritable, sans exercer d'effet significatif sur la motricité digestive. Une étude clinique a montré un effet bénéfique sur les douleurs abdominales, mais la fédotozine n'a pas été mise sur le marché. Les récepteurs d'autres neurotransmetteurs ayant un rôle au niveau des afférences digestives pourraient être la cible de nouveaux traitements, mais aucune molécule n'a encore atteint le stade du développement clinique : tachykinines (substance P, neurokinines), bradykinine, neurotensines. L'expérience acquise au cours du développement de ces molécules a permis de préciser la méthodologie des essais cliniques pour l'évaluation de nouveaux traitements du syndrome de l'intestin irritable. Leur utilisation en pratique quotidienne devra par ailleurs reposer sur une définition précise des patients qui pourront bénéficier de ces traitements, notamment en fonction des troubles du transit.