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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Influence de l’anxiété expérimentalement induite sur les fonctions sensitivo-motrices de l’estomac chez l’homme Volume 13, numéro 2, Mars-Avril 2006

Auteur
Service d’Hépatogastroentérologie CHU de Nantes et Inserm U539 Nantes
  • Page(s) : 144-5
  • Année de parution : 2006

Influence de l’anxiété expérimentalement induite sur les fonctions sensitivomotrices de l’estomac chez l’homme

Auteur(s) : Thierry Piche

Geeraert B, Vandenberghe J, Van Oudenhove L, Gregory LJ, Aziz Q, Dupont P, et al. Influence of experimentally induced anxiety on gastric sensorimotor function in Human. Gastroenterology 2005 ; 129 : 1437-44.

Les symptômes dyspeptiques sont définis par la présence de douleurs ou d’inconfort centrés sur la partie haute de l’abdomen. Une dyspepsie fonctionnelle est envisagée quand les symptômes dyspeptiques sont récurrents et sans cause identifiable objectivée par les examens complémentaires conventionnels. Les symptômes dyspeptiques sont souvent associés à l’alimentation et incluent des douleurs épigastriques, des ballonnements, la sensation de satiété précoce, de plénitude, de brûlures épigastriques, des éructations, des nausées et des vomissements. Les symptômes dyspeptiques ont été attribués à des anomalies de la motricité gastrique, comme un retard de vidange ou une réduction de l’accommodation gastrique ou à une hypersensibilité viscérale, quantifiée par une sensibilité exagérée au cours de tests de distension par un ballonnet placé en position intragastrique. Il a également été suggéré que des facteurs psychologiques pouvaient influencer la survenue ou l’exacerbation des symptômes. Au cours de la dyspepsie, il existe une association entre les facteurs psychologiques et des pathologies psychiatriques comme l’anxiété. De récents travaux ont montré une fréquence accrue de problèmes psychologiques et psychiatriques chez les malades atteints de troubles fonctionnels digestifs comparés à des témoins sains, même chez ceux ne consultant pas. Chez des malades ayant une dyspepsie fonctionnelle, il a été montré que des scores élevés d’anxiété étaient associés à une augmentation de la sensibilité gastrique et une réduction de la compliance [1]. En revanche, les relations entre le stress et le retard de vidange gastrique ont donné lieu à des résultats divergents chez des volontaires sains ou des malades ayant une dyspepsie fonctionnelle. Le but de la présente étude était d’évaluer si l’induction d’une anxiété pouvait affecter la fonction sensori-motrice chez des volontaires sains. La procédure pour induire une anxiété utilisait la visualisation de visages d’allure neutre ou anxieux et le souvenir d’événements du passé stressants ou non. Ces procédés ont été utilisés au cours d’études de la réponse nerveuse à des stimuli émotionnels, évaluée en imagerie fonctionnelle cérébrale avec ou sans stimulation gastrique. La sensibilité gastrique à la distension et l’accommodation gastrique ont été évaluées chez 14 sujets sains par l’intermédiaire du barostat électronique. Dix-huit sujets devaient ingérer un repas satiétogène en dix minutes en reportant la sévérité des symptômes épigastriques sur une échelle visuelle analogique toutes les deux minutes. Le contexte émotionnel était modulé pendant 10 minutes au début de chaque expérimentation en combinant la projection de différentes expressions faciales et le rappel d’expériences personnelles anxiogènes de chaque sujet. Le degré d’anxiété était mesuré en utilisant une échelle visuelle analogique (VAS) et le Spielberger State-Trait Anxiety Inventory (STAI). Les scores de VAS et du STAI confirmaient l’efficacité de l’épreuve anxiogène. En situation d’anxiété, la compliance gastrique était significativement diminuée (57 ± 5 versus 40 ± 5 ml/mmHg ; p < 0,01). Les pressions dans le ballonnet pour induire un inconfort abdominal pendant le test de distension gastrique n’étaient pas modifiées, mais les volumes correspondants étaient significativement réduits (630 ± 47 versus 100 ± 24 ml ; p < 0,05). La relaxation gastrique induite par le repas test était significativement inhibée en condition anxiogène et cet effet persistait pendant les 60 minutes de l’enregistrement. Pendant l’ingestion du repas satiétogène, la situation anxiogène était associée à des scores significativement plus élevés de satiété, de plénitude et de ballonnement (figure 1). Cette étude montre que l’induction de phénomènes anxiogènes peut modifier la fonction sensori-motrice de l’estomac, suggérant que des facteurs psychologiques peuvent jouer un rôle dans la physiopathologie de la dyspepsie fonctionnelle. Les modifications sensori-motrices gastriques pourraient s’exercer par la suppression du tonus vagal ou une modification de la sécrétion de Cortisol Releasing Factor (CRF) qui a été impliqué dans les modifications à court et long termes des fonctions gastro-intestinales en réponses à des stress variés incluant l’anxiété..

Figure 1. Sévérité des symptômes épigastriques à la fin du repas test (30 ml/min, 1,5 kcal : Ml) en situation neutre ou anxiogène. L’anxiété était associée à des scores plus élevés de satiété, plénitude et ballonnement.