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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Constipation sous opioïdes : physiopathologie et prise en charge actuelle Volume 17, numéro 1, janvier-février 2010

Auteur
CHU Rouen Département d’Hépato-Gastroentérologie 1 rue de Germont 76031 Rouen Cedex

La constipation est l’effet secondaire indésirable le plus fréquent au cours des traitements par les opioïdes. Elle peut compromettre l’obtention d’une analgésie optimale du fait de la limitation des doses d’opioïdes qu’elle impose. Elle est la conséquence de l’action des opioïdes sur les récepteurs μ du système nerveux sentérique aboutissant à une diminution à la fois de l’excitabilité neuronale et de la libération de neurotransmetteurs, en particulier l’acétylcholine. Elle s’explique par des phénomènes à la fois moteurs et sécrétoires : excès de contractions segmentaires, réduction des mouvements de masse propulsifs, stockage prolongé des matières dans le côlon, altération du besoin exonérateur, hypertonie anale, déshydratation du contenu luminal par absorption accrue d’eau et d’électrolytes favorisant la constitution de selles dures. Ce type de constipation est souvent réfractaire aux laxatifs usuels et le recours à des laxatifs stimulants (sennosides, bisacodyl) peut être une solution thérapeutique. Le traitement par voie rectale d’une éventuelle impaction fécale ne doit pas être oublié. L’administration de naloxone est également envisageable mais la naloxone orale expose au risque de recrudescence des douleurs, même à des posologies faibles (2 mg). Le développement de nouveaux antagonistes morphiniques périphériques tels que la méthylnaltrexone apparaît un progrès thérapeutique important pour autoriser une analgésie suffisante sans altérer le confort de vie du malade par des effets secondaires digestifs notables.