John Libbey Eurotext

Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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13 TH UEGW 2005, Congrès européen de Copenhague Quoi de neuf dans le syndrome de l’intestin irritable ? Volume 13, numéro 1, Janvier-Février 2006

  • Page(s) : 76
  • Année de parution : 2006

Préambule

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une pathologie fonctionnelle du tube digestif qui est définie par des critères cliniques comme l’association de douleurs et/ou d’un inconfort abdominal chroniques ou récurrents, des perturbations du transit intestinal et de l’exonération qui ne sont pas expliqués par des anomalies biochimiques ou structurales du tube digestif. Le SII est un motif de consultation très fréquent en gastro-entérologie et sa prévalence atteindrait 7 à 27 % de la population générale suivant les études. Les critères cliniques de Rome II sont actuellement utilisés pour porter un diagnostic d’exclusion après la recherche d’une cause organique et permettent de classer les malades selon des groupes symptomatiques en fonction de la prédominance de la constipation ou de la diarrhée. Ces critères sont essentiellement utilisés pour la sélection des malades dans les études cliniques et sous-estiment la fréquence de cette affection.
L’impact socio-économique du SII est mal évalué mais on estime à 34 milliards d’euros les coûts annuels directs et indirects de la maladie dans les 8 plus grands pays industrialisés. À titre comparatif, il a été montré que le coût direct annuel de prise en charge d’un malade souffrant de SII était identique à celui d’un diabétique et atteignait 756 euros. Le SII est aussi responsable d’une altération importante de la qualité de vie des malades et ce retentissement serait plus important que celui d’autres affections chroniques comme l’asthme, la migraine ou l’insuffisance rénale.
La physiopathologie du SII reste toujours mal comprise mais les dix dernières années de recherches suggèrent un dysfonctionnement du « brain gut axis » des Anglo-Saxons avec des altérations périphériques dominantes chez certains malades et pour d’autres des anomalies du traitement de l’information au niveau du système nerveux central. Des travaux récents indiquent qu’il existe, au moins chez certains malades, un état d’activation de l’immunité muqueuse digestive, particulièrement au niveau du côlon, et une infiltration de lymphocytes intraépithéliaux, une augmentation du nombre de mastocytes, de cellules entérochromaffines et de la production d’ARN messagers de l’interleukine 1 β ont été mises en évidences par plusieurs auteurs. Très récemment, il a été montré que la proximité des neurones entériques et des mastocytes était corrélée à la sévérité des symptômes digestifs chez des malades avec SII. La sérotonine est un neurotransmetteur d’intérêt qui peut stimuler les neurones afférents du système nerveux entérique. Des études récentes ont montré que les voies sérotoninergiques étaient perturbées au cours du SII et participaient aux anomalies de la motricité et de la sensibilité qui caractérisent cette affection. À ce jour, les approches thérapeutiques traditionnelles du SII associent les antispasmodiques, des agents laxatifs ou antidiarrhéiques ou l’utilisation de faibles doses d’antidépresseurs. Bien que ces agents pharmacologiques soient utilisés en pratique clinique, les preuves de leur efficacité restent limitées. Les agents sérotoninergiques comme le tégaserod, le cilansétron, l’alosétron et le renzapride ont montré des effets bénéfiques en limitant les anomalies motrices et les symptômes associés à l’hypersensibilité viscérale chez des malades. Après le retrait du marché de l’alosétron aux Etats-Unis en novembre 2000 en raison de la survenue de colites ischémiques, son utilisation est maintenant limitée au traitement du SII de la femme avec constipation sévère. Le tegasérod, un agoniste sélectif des récepteurs 5-HT4 a montré son efficacité dans plusieurs essais randomisés de grande envergure en limitant les symptômes des malades atteints de SII avec constipation prédominante et en améliorant de manière significative la qualité de vie des malades, constituant actuellement une molécule phare dans le traitement du SII. Des essais récents (ZENZAA study) ont également montré que l’efficacité du tegasérod persistait après des phases de retraitement. Cet agent pharmacologique est maintenant disponible dans 57 pays dans le monde et indiqué dans le traitement du SII avec constipation.
La rubrique des informations/brèves de ce numéro d’Hépato-Gastro est une revue des résumés qui concernent le SII publiés dans Gut (Gut 2005 ; 54 (suppl 1), Vol 37) au Congrès européen de Copenhague.