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Bulletin du Cancer

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Le récepteur au virus HTLV1 est le transporteur du glucose GLUT1 : vers de nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques ? Volume 91, numéro 2, Février 2004

Auteur

Auteur(s) : Philippe Jeanteur

Le HTLV (human T cell leukemia virus) a été le premier rétrovirus humain identifié, il y a plus de 20 ans au Japon. Il infecte des dizaines de millions de personnes dans le monde et entraîne, chez 5 % des personnes infectées, une leucémie particulière à cellules T de l'adulte, ainsi que certaines formes de maladies neurodégénératives. Depuis, il est dépisté activement et a été trouvé à l'état endémique dans de nombreuses régions du globe, se propageant dans toutes les populations humaines par voies sexuelle et sanguine ainsi que par l'allaitement du nourrisson. 
Toute infection virale passe par un contact initial du virus avec la cellule au niveau d'une molécule de surface appelée récepteur. Si la protéine principale de l'enveloppe du HTLV responsable de ce contact était connue depuis longtemps, son récepteur et la voie d'entrée du virus dans les cellules hôtes restaient énigmatiques. N. Manel, F. Kim et S. Kinet menés par J-L. Battini, N. Taylor et M. Sitbon, tous à l'Institut de génétique moléculaire de Montpellier, viennent de percer ce mystère [1]. 
Ces chercheurs ont d'abord identifié et cloné la partie de la protéine de l'enveloppe de HTLV1 qui interagit avec le récepteur et l'ont transfectée dans des cellules humaines 293T. Leur attention fut d'abord attirée par le fait que le milieu de culture ne s'acidifiait plus (il restait rouge), pour autant que le domaine de fixation du récepteur (RBD) restait intact. L'acidification du milieu étant due à l'accumulation de protons qui accompagne l'excrétion de l'acide lactique produit par la glycolyse anaérobie, ils ont immédiatement compris que la production des enveloppes rétrovirales interférait avec le métabolisme du glucose. Sur la base de ce test simple, ils ont été rapidement mis sur la piste de GLUT1, le transporteur majeur du glucose chez les mammifères et ont accumulé toutes les preuves établissant qu'il s'agissait bien du récepteur au HTLV1 : 1) les enveloppes virales ou le domaine RBD fixent bien GLUT1 et le niveau quantitatif de cette fixation est proportionnel à celui de l'expression de GLUT1 ; 2) l'expression de GLUT1 est indispensable à l'infection par le HTLV1. 
L'impact de cette découverte va bien au-delà de la satisfaction de connaître enfin la nature du récepteur au HTLV1, qui avait déjoué jusqu'alors de nombreuses tentatives. Grâce à ce domaine RBD, on dispose maintenant d'un réactif reconnaissant la partie extracellulaire de GLUT1, capable de remplacer l'anticorps que l'on n'avait pas pu produire en raison de la grande conservation et du caractère ubiquitaire de ce transporteur. Or les cellules cancéreuses, particulièrement actives métaboliquement, expriment une quantité importante de GLUT1. C'est d'ailleurs précisément l'abondance de ce transporteur que l'on teste par la TEP qui repose sur l'entrée dans les cellules d'un analogue radioactif du glucose (le fluoro-desoxy-glucose) [2]. On peut donc imaginer utiliser ce réactif de GLUT1 pour transposer au niveau anatomo-pathologique les examens « corps entier » de la TEP. Dans la même ligne, on pourrait exploiter la spécificité de ce réactif pour le ciblage de drogues ou à des fins d'imagerie.
Enfin, il ne faut pas oublier l'impact possible de cette découverte sur les pathologies liées au HTLV lui-même. 
Alors, attendons la suite...

Références

1. Manel N, Kim FJ, Kinet S, Taylor N, Sitbon M, Battini JL. The ubiquitous glucose transporter GLUT-1 is a receptor for HTLV. Cell 2003 ; 115 : 449-59.

2. Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer. Utilisation de la tomographie par émission de positons au [18F]-FDG en cancérologie. Bull Cancer 2003 ; 90, numéro spécial.