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Bulletin Infirmier du Cancer

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Traitement prophylactique de la toxicité unguéale induite par les taxanes : revue systématique et méta-analyse - Immunothérapie : problèmes et stratégies concernant l’éducation des patients Volume 20, issue 1, Janvier-Février-Mars 2020

Tables

Traitement prophylactique de la toxicité unguéale induite par les taxanes : revue systématique et méta-analyse

La chimiothérapie par taxanes est prescrite dans plusieurs pathologies cancéreuses. En dehors d’une myélosuppression, d’alopécie et de neuropathies périphériques comme effets secondaires, les taxanes sont connus pour leur toxicité au niveau des ongles. Certaines études recommandent de diminuer les doses de chimiothérapie dès l’apparition de toxicité unguéale, mais cela affecte la réponse oncologique du traitement. D’autres études préconisent l’usage d’antibiotiques, de crèmes antifongiques pour le traitement de la toxicité unguéale. Les mesures prophylactiques comprennent l’utilisation d’émollients, de vernis protecteur sur la plaque à ongles et de gants en coton. Certaines autres études recommandent d’éviter les traumatismes, en particulier la manipulation des cuticules, les morsures d’ongles, le trempage prolongé dans l’eau et l’exposition aux solvants. Certains soignants préconisent l’usage de l’hypothermie (cryothérapie) pour la prévention et le traitement de la toxicité unguéale. Cette méthode est déjà utilisée pour prévenir l’alopécie induite par la chimiothérapie. La cryothérapie au niveau des ongles consiste à porter des gants « gelés/ extrêmement froids » ou d’appliquer des packs de gel froid (cold packs) sur les ongles durant le traitement de chimiothérapie par taxanes. Une méta-analyse en littérature a été effectuée afin d’établir si une preuve scientifique existe concernant le traitement prophylactique par cryothérapie de la toxicité unguéale induite par la chimiothérapie à base de taxanes. Seules les études randomisées et prospectives ont été inclues (au total, neuf études cliniques, dont deux randomisées et sept prospectives). L’apparition de toxicité unguéale est en moyenne de 84 jours après le début de la chimiothérapie. Plus de 80 % des patients s’estiment satisfaits du traitement par cryothérapie et plus de 90 % satisfaits de la tolérance au froid (les températures des gants vont de -4̊ jusqu’à -30̊). Parmi les patients qui ont subi une chimiothérapie à base de taxanes, ceux qui ont bénéficié de la cryothérapie pour les ongles présentaient une toxicité unguéale significativement plus faible que les patients sans cryothérapie. De plus, il s’avère également que la toxicité au niveau de la peau des mains est moins présente chez les patients ayant eu un traitement prophylactique par cryothérapie. Enfin, les problèmes de toxicité au niveau des ongles sont retardés par la cryothérapie. Il n’y a malheureusement pas de consensus sur la température qui doit être exigée pour la cryothérapie. Certaines études préconisent des températures à -4̊, d’autres à -18̊ ou -30̊. Certains patients ne tolèrent pas la cryothérapie. La durée du traitement par cryothérapie est aussi une source de discussion : certaines études conseillent le port de gants durant 90 minutes, d’autres durant 60 minutes.

La cryothérapie utilisée pour prévenir la toxicité unguéale induite par les taxanes semble efficace, mais d’autres études sont nécessaires afin d’établir des protocoles concrets sur la température et la durée de la cryothérapie. De même, l’efficacité de la cryothérapie à long terme reste encore à définir.

 

Huang K-L, Lin K-Y, Huang T-W, et al. Prophylactic management for taxane-induced nail toxicity: A systematic review and meta-analysis. Eur J Cancer Care 2019 ; 28 : e13118. Doi : 10.1111/ecc.13118.

 

Immunothérapie : problèmes et stratégies concernant l’éducation des patients

La chimiothérapie est depuis des décennies un des traitements du cancer. Les effets secondaires sont bien connus, ainsi que leur prise en charge. De nouveaux traitements tels que l’immunothérapie sont apparus depuis peu. Les effets secondaires sont complètement différents de la chimiothérapie et nécessitent une reconnaissance précoce afin de les gérer. L’immunothérapie (anti-CTLA-4, anti-PD-1) peut entraîner, entre autres, des toxicités gastro-intestinales sévères telles que la colite aiguë, des pneumopathies, et des problèmes dermatologiques (prurit, lupus). Les traitements par antigènes chimériques (efficaces sur les cancers dits « liquides », tels que les leucémies et les lymphomes) ont un autre profil de toxicité pouvant entraîner un syndrome de relargage de cytokines (dyspnée sévère, bronchospasme, fièvre, frissons, urticaire, angio-œdèmes, etc.) L’infirmier(e) est indispensable pour détecter et gérer les effets secondaires. Son rôle au niveau de l’éducation des patients est très important. Plusieurs études cliniques ont démontré que les patients étaient moins anxieux avant leur premier traitement de chimiothérapie lorsque l’infirmier(e) explique les effets secondaires du traitement, la prévention et le management de ceux-ci1. Pour les patients traités par immunothérapie, l’infirmier(e) doit mettre en place une stratégie/un protocole pour les éduquer à ces éléments. Cependant, les patients ont des niveaux de littératie souvent très variés. Il faut donc une approche individualisée afin de permettre une bonne compréhension du message que l’infirmier(e) veut transmettre. La technique (andragogie) créée par Malcolm Knowles, pionnier de l’éducation pour adulte, peut servir de base pour éduquer les patients traités par immunothérapie. Cette théorie est basée sur quatre principes2 :

  • les adultes doivent être impliqués dans la planification et l’évaluation de leurs enseignements ;
  • les adultes utilisent leurs expériences passées pour les aider à apprendre ;
  • les adultes se sentent engagés par des enseignements qui ont un rapport direct avec leurs rôles sociaux et leur vie ;
  • l’apprentissage des adultes est centré sur le problème plutôt que sur le contenu.

En tant qu’éducateur(rices), les infirmier(e)s devraient établir des plates-formes d’enseignement efficaces en appliquant les principes et la pédagogie de Knowles à leurs populations de patients. Le tableau 1 énumère les principes et fournit des exemples sur la façon de les appliquer.

Les infirmier(e)s jouent un rôle essentiel dans l’évaluation des connaissances des patients et la compréhension des options thérapeutiques qui leur sont proposées. Elles/ils soutiennent aussi les patients. L’instauration de relations solides avec les patients et leurs accompagnants facilite une communication ouverte et honnête. Il est important que le patient contacte le médecin/infirmier(e) lors de l’apparition de nouveaux symptômes. Il s’agit d’un point d’enseignement essentiel pour les patients qui hésitent à signaler un changement de peur que le traitement ne soit interrompu. Ils doivent être conscients que la poursuite du traitement avec un effet secondaire associé peut entraîner une toxicité encore plus sévère. Les patients doivent être informés que des effets indésirables liés à l’immunothérapie peuvent survenir après l’initiation du traitement et même plusieurs mois plus tard.

Évaluation de la possibilité d’apprentissage

Avant d’éduquer le patient, il est nécessaire d’évaluer les capacités à apprendre de celui-ci. L’infirmier(e) doit demander au patient de quelle façon il préfère recevoir les informations (visuel, écrit, oral, audio/film). Si le patient reçoit l’information par un canal de communication qu’il préfère, le message sera effectif et le patient pourra s’en rappeler plus facilement.

L’infirmier(e) doit également pouvoir évaluer les obstacles à l’apprentissage qui peuvent être liés à des facteurs physiques, environnementaux, à la langue, à la culture et à la littératie en santé. Par exemple, des obstacles liés à des facteurs physiques peuvent concerner l’âge (personnes âgées), la vision altérée, la malentendance, l’altération de l’état mental à cause de la maladie ou des médicaments, l’altération de la capacité cognitive, la douleur, ou l’anxiété. Les obstacles environnementaux peuvent concerner les endroits où il y a du bruit, une pièce avec une lumière forte, une température de la pièce trop élevée. Pour éviter les problèmes culturels, l’infirmier(e) doit avoir l’esprit ouvert et certaines compétences/connaissances sur les différentes cultures. En cas de barrière linguistique, un interprète est nécessaire.

Quelles sont les stratégies pour l’éducation du patient ?

La transmission orale des informations ne doit pas être la seule source d’information donnée au patient. Celle-ci doit être accompagnée de brochure, film, etc. Utiliser la méthode « teach-back » est primordial pour être sûr que le patient a bien compris et assimilé les informations. Cette méthode aide également l’infirmier(e) à évaluer le niveau de compréhension du patient (le patient répète avec ses propres mots les informations reçues).

Les patients vont chercher beaucoup d’informations sur internet. C’est le rôle de l’infirmier(e) de rester vigilant(e) sur ce point et d’indiquer clairement au patient que les informations sur internet sont à considérer avec prudence. L’infirmier(e) doit inciter le patient à la/le contacter pour vérifier ensemble les informations trouvées sur internet.

L’infirmier(e) joue donc un rôle indispensable dans l’éducation du patient sous traitement d’immunothérapie. Les symptômes ignorés associés à l’immunothérapie peuvent avoir des conséquences désastreuses pour la santé du patient, y compris une invalidité permanente, voire potentiellement mortelles.

 

Lasa-Blandon M, Stasi K, Hehir K, Fischer-Cartlidge E. Patient education issues and strategies associated with immunotherapy. Seminars in Oncology Nursing 2019 ; 35 : 150933. Doi : 10.1016/j.soncn.2019.08.012.

 


1 Valenti R. Chemotherapy education for patients with cancer: a literature review. Clin J Oncol Nurs 2014 ; 18 : 637-40.

2 Loeng S. Various ways of understanding the concept of andragogy. Cogent Educ 2018 ; 5: 1496643.

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