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Virologie

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Transmission du HTLV‐I par la transplantation d‘organe Volume 7, numéro 5, septembre-octobre 2003

Auteur
Laboratoire de virologie et EA 3489, Hôpital Henri‐Mondor, Créteil
  • Page(s) : 375
  • Année de parution : 2003

Auteur(s) : Dominique Challine

Laboratoire de virologie et EA 3489, Hôpital Henri-Mondor, Créteil

Rubrique coordonnée par D. Challine

La première observation de transmission du HTLV-I par la transplantation a fait l'objet de trois articles différents soumis par des équipes espagnoles, deux dans les numéros de janvier et d'avril de Transplantation et un dans le numéro du mois d'août du Journal of Neurosurgical Psychiatry, ainsi que d'une analyse et de commentaires dans Transplantation en janvier.
Le donneur, homme jeune, décédé dans les suites d'un accident de la voie publique et né sur le territoire espagnol, ne présentait pas, a priori, de facteurs de risque d'infection par le HTLV. Après sélection clinique et biologique qui, soulignons-le, ne comprend pas en Espagne une réalisation systématique de la sérologie anti-HTLV, le foie, les deux reins, le cœur et les deux cornées ont été prélevés et greffés.
Les receveurs du foie et des deux reins ont développé deux ans après transplantation des troubles neurologiques évoquant le diagnostic de paraparésie spastique tropicale observée au cours de l'évolution de l'infection par le HTLV-I. Le diagnostic a été porté grâce à l'imagerie et à la mise en évidence des anticorps anti-HTLV-I dans le sérum et dans le LCR. Sur les trois receveurs, un est paraplégique et les deux autres présentent des symptômes neurologiques évolutifs invalidants. Les sérologies sont restées négatives chez les receveurs de cornée et aucune information ne semble disponible sur le receveur de cœur.
L'hypothèse d'une transmission du virus par les greffons a été soulevée. L'enquête donneur-receveur a mis en évidence la présence d'anticorps anti-HTLV dans le sérum du donneur alors que tous les receveurs étaient séronégatifs avant la greffe. Des échantillons sanguins ont pu être prélevés chez la mère du donneur, née au Venezuela. Cela a permis, non seulement de montrer qu'elle était infectée par le HTLV, suggérant un mode de contamination vertical du donneur, mais aussi de réaliser une analyse phylogénique montrant une homologie de séquence de 100 % entre les souches de la mère et celles des trois receveurs infectés, confirmant l'origine de la contamination.
Cette observation met en évidence les limites de la sélection clinique chez les donneurs en état de mort encéphalique en raison de la difficulté à mettre en évidence, en particulier en situation d'urgence, des facteurs de risque d'infection virale. Elle souligne et rappelle également l'évolution rapide et sévère dans le contexte de l'immunodépression d'infections virales rarement et tardivement symptomatiques chez l'immunocompétent. Enfin, elle justifie la politique adoptée en France de dépistage systématique des anticorps anti-HTLV chez tous les donneurs d'organes mais également de cellules et de tissus.

Références

1. Toro C, Rodes B, Poveda E, Soriano V. Rapid development of subacute myelopathy in three organ transplant recipients after transmission of human T-cell lymphotropic virus type I from a single donor. Transplantation. 2003 ; 75 : 102-4.

2. Osman HK. Human T-cell lymphotropic virus type 1: is it time to screen organ donors and recipients? Transplantation. 2003 ; 75 : 1-2.

3. Imirizaldu JJ, Esteban JC, Axpe IR, et al. Post-transplantation HTLV-1 myelopathy in three recipients from a single donor. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2003 ; 74 : 1080-4.

4. Gonzalez-Perez MP, Munoz-Juarez L, Cardenas FC, Zarranz Imirizaldu JJ, Carranceja JC, Garcia-Saiz A. Human T-cell leukemia virus type I infection in various recipients of transplants from the same donor. Transplantation. 2003 ; 75 : 1006-11.