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Sciences sociales et santé

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Écrire « la cause sans la manière » de la mort ? Un regard anthropologique sur la rédaction des rapports d’expertise médico-légale en Inde Volume 36, numéro 4, Décembre 2018

Auteur
* Fabien Provost, ethnologue, LESC (Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative), Université Paris Nanterre, Maison de l’archéologie et de l’ethnologie René-Ginouvès, 21 allée de l’université, 92023 Nanterre cedex, France
  • Mots-clés : médecine légale, autopsie, Inde, écriture, coroner, cause de la mort, manière de la mort
  • DOI : 10.1684/sss.2018.0123
  • Page(s) : 15-39
  • Année de parution : 2018

En Inde, lorsqu’un cadavre est signalé à la police, un officier est désigné pour mener une enquête, la death inquest, dont le but est d’apporter un éclairage sur les circonstances de la mort. Cette enquête doit permettre d’établir la manière de la mort, c’est-à-dire de déterminer si celle-ci est le fruit d’un homicide, d’un suicide, d’un accident ou d’une mort dite « naturelle ». L’officier de police, dès lors qu’il estime qu’un doute subsiste sur la cause de la mort, c’est-à-dire l’événement ou la série d’événements physiopathologiques qui ont conduit au décès, doit faire examiner le cadavre par un médecin. Celui-ci devra établir cette cause sans empiéter sur la question de la manière de la mort. En s’appuyant sur une enquête ethnographique réalisée dans trois morgues d’Inde du Nord, l’article analyse la façon dont certaines productions médico-légales écrites tiennent de fait un discours sur la manière de la mort (en insistant sur certaines lésions ou en évoquant une « compatibilité » avec une « manière supposée », etc.). L’article montre également qu’à l’inverse, les causes de décès formulées dans les rapports en termes strictement pathologiques ne reflètent pas pour autant une absence de réflexion des médecins quant à la manière de la mort, mais peuvent s’inscrire dans une stratégie d’écriture visant spécifiquement à mettre cette manière en retrait.