ARTICLE
abc.2012.0758
Des jeunes biologistes soucieux de leur avenir et de la
biologie médicale de demain
Damien Gruson, Johnson Wijaya, Ekatarina Rusanova, Chris
McCudden, Gabriel Ko (the IFCC task force for young scientist,
www.ifcc.org)
Damien Gruson est chef de laboratoire adjoint du service de
biologie endocrinienne, Cliniques Universitaires Saint Luc,
Bruxelles. Diplômé en pharmacie en juin 2000 et en biologie
clinique en septembre 2005 (Université catholique de Louvain).
Docteur en sciences biomédicales depuis novembre 2011, il est
membre de la SFBC depuis janvier 2003, de l’AACC depuis janvier
2004 (Division lipoproteins and vascular diseases) et Chair de
l’IFCC Task Force for Young Scientists depuis décembre
2010.
La biologie médicale : un terrain de jeu en pleine
mutation
La biologie médicale représente une composante majeure des soins
de santé et contribue à hauteur de soixante-dix pour cent dans la
décision médicale. Cette spécialité médicale est marquée par une
mutation continue et des transformations entraînées par la
mondialisation, les développements technologiques et une forte
pression économique entourant les systèmes de soins de santé [1-4].
Cette évolution de la biologie médicale se traduit entre autres par
une augmentation du nombre de tests disponibles et de leur
complexité, un besoin d’accréditation omniprésent et par un
accroissement de la consolidation et de l’automatisation des
plateaux techniques. Un autre fait marquant de cette mutation de la
biologie médicale est l’assimilation des nouvelles technologies de
l’information et de la communication, permettant de faciliter
l’interprétation des données les plus complexes, l’intégration des
différents résultats relatifs au patient, la décision médicale
assistée et les échanges de données entre les laboratoires ou vers
les prescripteurs.
Les jeunes biologistes et leur avenir
Face à cet environnement en plein mouvement, les questions sont
nombreuses pour les jeunes biologistes (JB) et touchent à leurs
formations, leurs carrières, leurs besoins et leurs rôles. Dès
lors, et afin de préparer au mieux leur avenir et le futur de la
biologie médicale, les JB doivent être conscients de certaines de
leurs forces et de leurs faiblesses.
Les forces des JB comprennent très certainement l’hétérogénéité
de leurs profils (médecins, pharmaciens et PhD d’horizons
différents), leur formation complémentaire et large spectre
(chimie, biologie moléculaire, microbiologie, hématologie,
endocrinologie…), leur capacité à manipuler les technologies de
l’information et de communication, leurs perspectives de carrière
variées (laboratoire hospitalier, laboratoire universitaire,
laboratoire de recherche, laboratoire privé, industrie du
diagnostic in vitro, affaires réglementaires, consulting…)
et l’accès à des technologies innovantes (automatisation,
spectrométrie de masse, « omiques », médecine
personnalisée et intégrée, nanotechnologies...). Un autre atout
majeur des JB repose dans cette perspective de référant, de pierre
angulaire, pour les médecins, les patients, l’industrie
pharmaceutique, l’industrie du diagnostic in vitro et de
facilitateur pour la recherche translationnelle.
D’autre part, il est important aussi pour les JB d’appréhender
l’autre plateau de la balance, à savoir leurs quelques faiblesses
potentielles. Celles-ci pourraient inclure justement
l’hétérogénéité de profils, la difficulté de faire face à une
augmentation exponentielle de la connaissance et des dosages, le
besoin de nouvelles compétences pour assurer le bon fonctionnement
d’un laboratoire (gestion des opérations, de la qualité et de
l’accréditation, connaissance des outils d’information, de
communication et de marketing, exigences de la recherche) et le
caractère « naïf » relatif à tout jeune
professionnel.
La capacité à identifier et à comprendre ces forces et
faiblesses est nécessaire aux JB pour préparer leur avenir mais
aussi pour agir comme pilotes de l’avenir de la biologie
médicale.
Dans cette optique, la mise en place de réseaux de JB représente
un excellent moyen de comprendre et de participer activement à
cette évolution d’environnement et de sensibiliser les JB aux
exigences de leur(s) futur(s) métier(s).
De nouveaux réseaux pour préparer le futur des jeunes
biologistes et de la biologie médicale
Afin de mieux appréhender ces questions importantes pour
l’avenir des JB et de construire la biologie médicale de demain,
les sociétés savantes telles que Société française de biologie
clinique (SFBC) doivent promouvoir et soutenir la mise en place de
groupes et de réseaux de JB. De tels groupes permettent en effet de
stimuler les échanges entre JB, de recueillir les avis d’experts,
d’initier des réflexions profondes sur le devenir de la biologie
médicale et d’approches transversales et pluridisciplinaires avec
le corps médical, l’industrie pharmaceutique et l’industrie du
diagnostic in vitro, de penser au financement futur de la
biologie et de ses innovations, et de globaliser ces actions avec
la Fédération européenne de biologie médicale (EFLM) et avec la
Fédération internationale de chimie clinique et de médecine de
laboratoire (IFCC) [5].
Les jeunes biologistes ont donc la chance d’appartenir à une
discipline stratégique en santé moderne, la biologie médicale.
Cette discipline offre en effet aux jeunes biologistes de
nombreuses opportunités et perspectives de carrière. Il est donc
utile de sensibiliser les jeunes biologistes aux enjeux et besoins
de la biologie moderne afin de préparer au mieux leur avenir et la
biologie de demain. Il est aussi très important que le jeune
biologiste moderne soit conscient de son rôle moteur d’actions
pluridisciplinaires capables d’améliorer l’efficacité de la
biologie médicale et des soins apportés aux patients. Les réseaux
de jeunes biologistes sont cruciaux pour relever ces nombreux
défis.
Références
1. Plebani M. The changing face of clinical
laboratories. Clin Chem Lab Med 1999l ; 37 :
711-7.
2. Guidi GC, Lippi G. Laboratory medicine in the
2000s : programmed death or rebirth ? Clin Chem Lab
Med 2006 ; 44 : 913-7.
3. Beastall GH. The modernisation of pathology and
laboratory medicine in the UK : networking into the future.
Clin Biochem Rev 2008 ; 29 : 3-10.
4. Price CP. Roots, development and future
directions of laboratory medicine. Clin Chem Lab Med
2010 ; 48 : 903-9.
5. Gruson D, Ko G, Wijaya J, Rusanova EK, McCudden
C. The IFCC Task Force for Young Scientists. Clin Chem Lab
Med 2011 ; 49 : 753.
Le biologiste moderne : mythe ou réalité ?
Raphaël La Schiazza
Raphaël La Schiazza est biologiste hospitalier, référent des
services de biochimie, immuno-analyse, sérologie et biologie
moléculaire infectieuses, co-référent service de microbiologie au
Grand-duché de Luxembourg depuis 2007. Ancien interne des Hôpitaux
de Paris (2002-2007). Diplôme d’état de docteur en pharmacie
(2006), DES de biologie médicale (2006), il est conseiller
scientifique de la Société luxembourgeoise de biologie clinique
(SLBC) depuis 2011.
À la faculté, on nous prédisait « la voie royale ».
Loin d’imaginer l’évolutivité de la spécialité que j’ai choisie en
2001 à l’issue du concours de l’internat, je me fiais aux visions
et conseils des « anciens ». Avec surprise, 11 ans après,
les fondements et motivations qui ont orchestré mon choix se sont
profondément transformés.
Sera-t-il encore possible aux jeunes biologistes d’acquérir une
sérénité suffisante qui les accompagnera à travers les méandres de
la spécialité en pleine mutation pour aller au bout de leurs
convictions ? Entrer dans la biologie dans les années 2000 est
déconcertant. On se rend rapidement compte qu’il s’agit d’une
spécialité fragile, se positionnant fréquemment en bouc émissaire.
Pour l’aimer, il faut la défendre et cela dans un seul but, le
service rendu au patient.
Jusqu’à nouvel ordre et à la hauteur de nos cursus
universitaires, la biologie médicale reste une spécialité médicale
exercée par des praticiens médecins et pharmaciens. Contrairement
aux autres spécialités médicales, elle se déroule dans l’ombre et
elle est souvent méconnue par le patient, le clinicien et le
politicien. Cette réalité expose le praticien biologiste à un
constant challenge pour valoriser sa spécialité afin de pouvoir
l’exercer déontologiquement et dans les règles de l’art, avec à la
clé un réel bénéfice pour la prise en charge du patient. Seul le
clinicien altruiste et dévoué et l’homme politique sage et
visionnaire seront en mesure de se rendre compte de ce bénéfice,
car il est facile de le noyer dans d’autres considérations peu
vertueuses. Le biologiste pose ou affine de façon pertinente le
diagnostic ou le suivi médical, contribue de façon non négligeable
à la rapidité d’un diagnostic dans le cadre d’une approche
multidisciplinaire du cas clinique. En biologie d’urgence, la
découverte fortuite de pathologies sous-jacentes grâce au
savoir-faire du biologiste, le place souvent en position pivot pour
réorienter un patient vers un service spécialisé.
Pour un biologiste moderne, maintenir cette vocation de la
biologie est essentiel et doit être la base pour défendre la
profession, même si la pression du milieu extérieur est forte.
Résultant de calculs économiques à la vision peu périscopique face
aux imbrications des événements concernant le diagnostic médical,
se crée progressivement une sectorisation géographique des
spécialités biologiques. Ainsi, des regroupements de laboratoires
sont opérés, éloignant de ce fait le biologiste du patient et du
clinicien. Le patient devient un tube. À titre d’exemple :
comment est-il possible de gérer de façon optimale une
antibiothérapie sur terrain clinique délicat lorsque le
bactériologiste médical se trouve à 30 km du service
clinique ? La concertation entre biologiste et clinicien pour
l’exploration biologique d’une pathologie garantit la prise en
charge optimale d’un point de vue médical, mais également d’un
point de vue économique. Cette étroite collaboration nécessite des
liens et échanges interhumains directs, organisés, fluides et
motivants.
Ce point de vue mériterait d’intéresser davantage nos décideurs
politiques. En ignorant la communication efficace entre les acteurs
du diagnostic clinique et les acteurs du diagnostic biologique, il
sera compliqué d’arriver à un choix pertinent de paramètres
biologiques à explorer dans une situation clinique précise. Face au
panel grandissant de nouveaux paramètres biologiques disponibles,
le biologiste devrait, plus qu’autrefois, pouvoir contribuer
davantage à la prescription des examens complémentaires de biologie
et donc agir en amont de l’exécution de son acte. Établir un
diagnostic avec plus de pertinence et de rapidité constitue un
bénéfice direct pour le patient et réduit les coûts liés à la durée
des séjours hospitaliers ou à la multiplicité des consultations
médicales.
Plus que jamais, la biologie confirme sa position de pilier de
la médecine en participant de façon prépondérante à la majeure
partie des grands diagnostics. C’est en effet la spécialité
médicale qui a connu un des essors les plus importants au cours des
20e et 21e siècles. Des centaines de nouveaux
tests connaissent actuellement une propulsion ultrarapide à partir
des centres de recherche vers le laboratoire de routine via une
adaptation extrêmement efficace par les industriels sur leurs
systèmes analytiques automatisés. La production à l’échelle
industrielle de tests anciennement dits « spécialisés »
et effectués par des laboratoires de référence les a rapidement
rendus accessibles à tout laboratoire polyvalent hospitalier ou de
ville. En conséquence, cette situation requiert en parallèle un
accroissement des connaissances de la part du biologiste qu’il soit
hospitalier ou privé. Ceci est la prérogative pour maintenir un
dialogue cohérent et productif avec le confrère clinicien.
L’évolution des nouvelles technologies et méthodes de dosages a
totalement transformé les principes traditionnels de fonctionnement
et d’organisation du laboratoire d’analyses médicales moderne.
Cependant, la robotisation et l’automation ont favorisé à tort une
mentalité de banalisation de l’acte biologique autrefois considéré
comme spécialisé par les cliniciens. Le revers de la médaille se
reflète dans le comportement du clinicien qui a tendance, pour se
rassurer, à prescrire de façon systématique un très grand nombre
d’analyses parfois inutiles mais figurant au menu des laboratoires
modernes. Est-ce rassurant pour le patient de voir son résultat
perturbé pour un paramètre non pertinent en rapport à sa situation
clinique ? Est-il souhaitable d’investiguer par rapport à une
anomalie biologique sans clinique ?
Exposé à une discipline de complexité croissante, le biologiste
moderne ne se trouve plus en face du même challenge que le
biologiste de 1980. De nos jours, les connaissances du biologiste
se doivent très larges et pointues à la fois, ratissant toutes les
spécialités médicales, et ceci jusqu’au niveau moléculaire. Ce
n’est que grâce à la formation professionnelle continue soutenue et
abordée de manière enthousiaste et flexible, motivée par une réelle
soif du savoir qu’un biologiste peut rester digne de sa spécialité,
l’aimer et l’exercer de façon sereine, au risque de devenir un
élément inefficace voire délétère dans le chaînon du
diagnostic.
Dans notre métier qui s’exerce souvent dans les coulisses, le
biologiste dénué de cette plasticité peut tout de même décider de
continuer à exercer son métier en se cachant derrière les murs de
son laboratoire, fuyant le clinicien et le patient. Ce type de
confrères se repose donc volontiers sur les dispositions de la
norme ISO15189 ou, s’il exerce en équipe, sur les décisions et
responsabilités du biologiste moderne. La biologie médicale est en
effet la seule spécialité médicale qui se voit imposer une norme
ISO. Bien qu’ayant incontestablement des aspects positifs qui ne
seront pas discutés à cet endroit, l’existence de cette obligation
sans contrepartie peut laisser un goût amer chez certains jeunes
biologistes. Nous pouvons nous sentir emprisonnés dans l’art
d’exercer notre métier. Qui dit art, dit intuition, savoir et
talent. L’art, tout comme la médecine, ne peut se trouver soumis à
une procéduralisation à outrance. Un sentiment de dévalorisation,
d’infantilisation, d’atteinte au libre exercice du savant sensible,
expérimenté et intuitif en naît. En pensant baliser chaque action
qui se passe au laboratoire, et ceci jusqu’à l’acte intellectuel du
biologiste, elle est le fondement de la disparition de la vraie
profession exercée dans l’art et la déontologie d’autrefois. Elle
laisse la porte ouverte à une médiocrité contrôlable. Elle favorise
une biologie impersonnelle, loin du patient. Elle favorise
l’industrialisation de la biologie avec l’appui des hommes
politiques car elle permet la braderie de l’acte de biologie
médicale. Elle manipule l’opinion publique en
« garantissant » une qualité qui en réalité peut cacher
une vraie médiocrité, et ce, à l’ignorance de tous. Un laboratoire
accrédité ISO15189 n’abrite pas forcément les meilleurs
biologistes. L’accréditation ne préjuge pas de la bonne
participation du corps médical d’un laboratoire à la prise en
charge optimale du patient. Pour un jeune praticien, la
multiplicité des influences exogènes et endogènes peut mettre à
rude épreuve ses motivations et peut avoir des conséquences
sérieuses sur la philosophie d’exercice du métier, le risque étant
un laisser-aller général, compensé par un salaire attractif. À
l’issue, inévitablement, une profession incohérente au sein de son
propre clan.
La biologie médicale se trouve dans certains pays au bord de la
démédicalisation qui est orchestrée par une économie mal
interprétée car non-médicale mais omnipotente. Elle est victime de
sa banalisation et son activité dans l’ombre. Cette tendance est
favorisée par le soutien à la création de structures industrielles
productrices de résultats sécurisés et analytiquement excellents,
mais loin du patient et de sa pathologie.
Bien qu’elle ne soit manifestement pas la spécialité la plus
pesante sur les budgets de santé européens, la biologie médicale a
été, parmi toutes les spécialités médicales, la cible la plus
facilement abordable par les économistes.
À l’écoute des cliniciens et des patients…
Guilaine Boursier
Guilaine Boursier a effectué ses études de pharmacie à la
faculté de Strasbourg. Elle est interne des hôpitaux universitaires
de Montpellier depuis novembre 2008. Actuellement en
8e semestre, elle a terminé une
spécialisation en immunologie biologique avec un semestre clinique
en immuno-rhumatologie et a validé le DES de biologie médicale en
novembre 2012.
Nous sommes dans une période complexe, très stimulante et
fascinante à vivre. La biologie médicale est en pleine mutation
mais reste une des spécialités médicales les plus innovantes. Elle
fait appel à de nombreuses compétences clinicobiologiques qui
croisent avec la palette de spécialités médicales auxquelles elle a
attrait. C’est cette polyvalence qui fait la force du biologiste
médical. Dans ce contexte où de nouveaux biomarqueurs sont testés
chaque jour, le biologiste a toute sa place dans le conseil au
clinicien et au patient pour mieux utiliser les données que leur
offre la biologie médicale. Selon moi, c’est dans cette direction
que la biologie médicale doit continuer de s’orienter.
Aujourd’hui les marqueurs biologiques sont partis prenantes de
nombreux scores diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques. Le
biologiste médical peut apporter son expertise et échanger avec le
clinicien et le patient sur l’interprétation des résultats. Le rôle
du laboratoire est d’être présent autant pour l’un que pour l’autre
et de se réunir autour d’un projet médical commun. Ils doivent se
développer dans ce sens pour répondre aux besoins. Nous avons la
chance d’avoir un métier qui est loin d’être routinier.
Ses activités quotidiennes deviennent de plus en plus variées.
Le biologiste médical a la possibilité d’être en contact direct
avec les patients qui viennent au laboratoire ou en se déplaçant
dans les services hospitaliers. Il veille à ce que des procédures
conformes à l’accréditation soient respectées et cherche
constamment à améliorer la prise en charge des patients. Il a
également un vrai rôle de manager dans l’encadrement et l’apport de
solutions techniques à son équipe. Il est responsable avec son
équipe de la qualité analytique des résultats mais aussi d’avertir
et discuter les résultats nécessitant une attention particulière ou
une exploration plus poussée. Il répond aux questions spécialisées
des cliniciens, peut proposer des sujets de recherche clinique ou
être acteur de la prévention des pathologies au sein du territoire
de santé et tout cela toujours dans le but d’être le plus efficient
possible.
J’espère que les regroupements de laboratoires aussi bien privés
que publiques mènent à une modernisation de la biologie médicale à
travers l’amélioration de la qualité et de son maintien, de la
mutualisation des connaissances et le développement de la formation
continue des techniciens et des biologistes médicaux, la garantie
de la continuité et de la permanence des soins nécessaires dans
notre spécialité. J’imagine un plateau d’urgence polyvalent associé
aux laboratoires plus spécialisés capables de s’adapter de manière
flexible aux attentes des cliniciens et des patients dans toutes
les structures privées et publiques et surtout présentant une
qualité analytique et médicale équivalente. Cette volonté
d’évaluation et d’amélioration continue de la prise en charge des
patients est un objectif fondamental pour les biologistes médicaux,
car nous sommes une spécialité qui aide le clinicien et le patient
dans le parcours de soins. Nous sommes acteurs de l’avenir.
Aujourd’hui, c’est à nous de rester vigilants afin de garantir la
qualité de notre expertise médicale.
Quoi que l’avenir nous réserve, il y aura toujours de la place
pour des biologistes médicaux dynamiques et innovants.
La biologie médicale est un métier passionnant
Clémentine Nesme
Ancienne étudiante à la Faculté de pharmacie de
Clermont-Ferrand, Clémentine Nesme a passé le concours de
l’internat en 2010 pendant sa 5e année
hospitalo-universitaire qu’elle a effectuée au CHU de
Clermont-Ferrand (Urgences, SMIT et Parasitologie-Mycologie).
Clémentine Nesme a validé les semestres de biochimie, hématologie
et bactériologie-virologie. Elle est actuellement en
parasitologie-mycologie.
C’est sans le savoir qu’une nouvelle vie commença pour moi au
mois de juin 2010 lors de la proclamation des résultats du Concours
national classant de l’internat. Après avoir fait mes cinq années
d’études à la Faculté de pharmacie de Clermont-Ferrand, je suis
devenue interne de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris.
L’Hôpital européen Georges Pompidou, l’Hôpital Robert Debré, la
Pitié-Salpêtrière et enfin l’Hôpital Necker-Enfants Malades, où
j’effectue actuellement mon quatrième semestre, ont été
successivement mes lieux de formation.
Alors que je me destinais à une toute autre carrière, j’ai
découvert le métier de biologiste médical un peu par hasard alors
que j’étais élève en terminale et ce hasard faisant bien les
choses, j’ai eu un véritable coup de foudre pour cette profession.
J’ai tout de suite été séduite par la diversité de cette
profession. Le biologiste a plusieurs casquettes : du
prélèvement à la gestion des différents automates en passant par la
lecture des lames et des antibiogrammes et par la validation et
l’interprétation des résultats, le biologiste jongle entre les
différentes disciplines dans le but d’assurer aux patients et aux
cliniciens des bilans d’une excellente qualité et se doit d’être
très réactif devant un bilan pathologique.
Après deux ans d’internat, ma vision du biologiste médical n’a
pas changé. C’est un professionnel de santé à part entière qui a
une véritable place au sein du réseau médical. Son rôle est
essentiel dans la prise en charge du patient et le conseil aux
cliniciens. En effet, il participe à plus de 70 % des
diagnostics médicaux et la validation de ses analyses entraîne un
grand nombre de décisions thérapeutiques immédiates. L’objectif
premier de cette profession est donc l’intérêt du patient.
Pour cela, il est capital que le biologiste gère ou encadre les
prélèvements du début jusqu’à la fin car chaque étape est
importante. En effet, lorsque le patient entre dans un box de
prélèvement, le biologiste ne va pas uniquement faire une prise de
sang ou un prélèvement microbiologique, il va profiter de cet acte
médical pour connaître son patient et recueillir des informations
capitales pour le rendu et la cohérence des résultats (antécédents
personnels et familiaux, pathologie actuelle et traitements en
cours… etc.). Il faut ensuite vérifier les contrôles de qualité des
différents automates, faire le tour des différentes paillasses pour
résoudre les problèmes rencontrés par les techniciens, avant de se
lancer dans l’interprétation et la validation des résultats. Toutes
ces connaissances, nous les apprenons au cours de notre internat et
nous sommes nombreux à dire que les neuf années d’études
nécessaires à l’obtention de notre diplôme ne sont pas de
trop au vu des pièges qu’il nous faut sans cesse déjouer pour
s’assurer de l’exactitude des résultats que l’on valide.
Je trouve que le dialogue clinicobiologique et le conseil
thérapeutique font partie des devoirs les plus passionnants de
notre profession. Les cliniciens n’ont pas la même approche que
nous des différentes pathologies et le fait de discuter ensemble
d’un cas est très enrichissant et permet d’offrir aux patients les
meilleurs soins possibles.
Après mon internat, je n’envisage pas une carrière hospitalière.
Bien qu’au cours de mon internat l’hôpital soit devenu ma
« seconde maison » et qu’on y voit des cas passionnants,
c’est un biologiste polyvalent d’un laboratoire de ville qui m’a
fait découvrir la biologie médicale, je vais donc rester fidèle à
cette première rencontre et me diriger vers un laboratoire de
biologie médicale privé.
Bien consciente que cette profession est actuellement en plein
changement, j’imagine donc faire partie d’un laboratoire privé où
plusieurs biologistes médicaux se sont regroupés. L’évolution de
notre profession m’oriente donc vers une maquette spécialisée (en
hématologie) durant mon niveau 2 (les deux dernières années de mon
internat) plutôt que vers une maquette polyvalente car, de mon
point de vue, à l’heure actuelle et encore plus dans les années à
venir, en plus de la polyvalence, chaque biologiste du privé sera
référent d’une discipline donnée. En effet, les regroupements de
laboratoire entraînent une augmentation importante du nombre de
dossiers patients traités par jour. D’un point de vue
organisationnel, il paraît plus logique qu’un biologiste soit
responsable d’une discipline donnée tout en étant capable d’assurer
la validation des autres disciplines. J’imagine donc que les
laboratoires d’analyses privés vont s’organiser comme des
« mini CHU ».
Pour le bien des patients, je souhaite qu’il y ait toujours des
laboratoires de proximité afin de ne pas créer de déserts médicaux
et de pouvoir toujours assurer aux patients un délai de réponse le
plus court possible en cas d’urgence.
Je compte, à terme, passer du statut de salarié au statut
d’associé. En effet, avoir des parts dans un laboratoire serait une
belle récompense pour le travail fourni au cours de mes études et
serait également une opportunité de découvrir une autre facette du
métier de biologiste médical.
Pour conclure, je dirai que la biologie médicale est un métier
passionnant qui reste cependant peu connu par rapport à la majorité
des autres professions médicales. Certaines personnes ignorent même
que les biologistes médicaux sont des médecins ou des pharmaciens
et encore un plus grand nombre ne savent pas que nous avons fait
quatre ans d’internat afin d’être titulaires du DES de biologie
médicale. Notre profession est actuellement en plein remaniement.
Je reste cependant très optimiste quant à l’avenir de la biologie
médicale. Mes co-internes et moi-même aimons notre travail et nous
défendons une biologie médicale au service du patient.
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