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Les 70 ans des ABC : la biologie de demain


Annales de Biologie Clinique. Volume 70, Numéro 5, 531-7, Septembre-Octobre 2012, Les 70 ans des ABC

DOI : 10.1684/abc.2012.0758

Résumé  

Résumé : Ils sont les forces vives et l’avenir de la profession. En exercice depuis quelques années seulement ou encore en formation, ils ont des idées précises de leur métier présent et à venir, et leur vision doit nous aider à écrire le futur de la biologie médicale.

ARTICLE

abc.2012.0758

Des jeunes biologistes soucieux de leur avenir et de la biologie médicale de demain

Damien Gruson, Johnson Wijaya, Ekatarina Rusanova, Chris McCudden, Gabriel Ko (the IFCC task force for young scientist, www.ifcc.org)

Damien Gruson est chef de laboratoire adjoint du service de biologie endocrinienne, Cliniques Universitaires Saint Luc, Bruxelles. Diplômé en pharmacie en juin 2000 et en biologie clinique en septembre 2005 (Université catholique de Louvain). Docteur en sciences biomédicales depuis novembre 2011, il est membre de la SFBC depuis janvier 2003, de l’AACC depuis janvier 2004 (Division lipoproteins and vascular diseases) et Chair de l’IFCC Task Force for Young Scientists depuis décembre 2010.

La biologie médicale : un terrain de jeu en pleine mutation

La biologie médicale représente une composante majeure des soins de santé et contribue à hauteur de soixante-dix pour cent dans la décision médicale. Cette spécialité médicale est marquée par une mutation continue et des transformations entraînées par la mondialisation, les développements technologiques et une forte pression économique entourant les systèmes de soins de santé [1-4]. Cette évolution de la biologie médicale se traduit entre autres par une augmentation du nombre de tests disponibles et de leur complexité, un besoin d’accréditation omniprésent et par un accroissement de la consolidation et de l’automatisation des plateaux techniques. Un autre fait marquant de cette mutation de la biologie médicale est l’assimilation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, permettant de faciliter l’interprétation des données les plus complexes, l’intégration des différents résultats relatifs au patient, la décision médicale assistée et les échanges de données entre les laboratoires ou vers les prescripteurs.

Les jeunes biologistes et leur avenir

Face à cet environnement en plein mouvement, les questions sont nombreuses pour les jeunes biologistes (JB) et touchent à leurs formations, leurs carrières, leurs besoins et leurs rôles. Dès lors, et afin de préparer au mieux leur avenir et le futur de la biologie médicale, les JB doivent être conscients de certaines de leurs forces et de leurs faiblesses.

Les forces des JB comprennent très certainement l’hétérogénéité de leurs profils (médecins, pharmaciens et PhD d’horizons différents), leur formation complémentaire et large spectre (chimie, biologie moléculaire, microbiologie, hématologie, endocrinologie…), leur capacité à manipuler les technologies de l’information et de communication, leurs perspectives de carrière variées (laboratoire hospitalier, laboratoire universitaire, laboratoire de recherche, laboratoire privé, industrie du diagnostic in vitro, affaires réglementaires, consulting…) et l’accès à des technologies innovantes (automatisation, spectrométrie de masse, « omiques », médecine personnalisée et intégrée, nanotechnologies...). Un autre atout majeur des JB repose dans cette perspective de référant, de pierre angulaire, pour les médecins, les patients, l’industrie pharmaceutique, l’industrie du diagnostic in vitro et de facilitateur pour la recherche translationnelle.

D’autre part, il est important aussi pour les JB d’appréhender l’autre plateau de la balance, à savoir leurs quelques faiblesses potentielles. Celles-ci pourraient inclure justement l’hétérogénéité de profils, la difficulté de faire face à une augmentation exponentielle de la connaissance et des dosages, le besoin de nouvelles compétences pour assurer le bon fonctionnement d’un laboratoire (gestion des opérations, de la qualité et de l’accréditation, connaissance des outils d’information, de communication et de marketing, exigences de la recherche) et le caractère « naïf » relatif à tout jeune professionnel.

La capacité à identifier et à comprendre ces forces et faiblesses est nécessaire aux JB pour préparer leur avenir mais aussi pour agir comme pilotes de l’avenir de la biologie médicale.

Dans cette optique, la mise en place de réseaux de JB représente un excellent moyen de comprendre et de participer activement à cette évolution d’environnement et de sensibiliser les JB aux exigences de leur(s) futur(s) métier(s).

De nouveaux réseaux pour préparer le futur des jeunes biologistes et de la biologie médicale

Afin de mieux appréhender ces questions importantes pour l’avenir des JB et de construire la biologie médicale de demain, les sociétés savantes telles que Société française de biologie clinique (SFBC) doivent promouvoir et soutenir la mise en place de groupes et de réseaux de JB. De tels groupes permettent en effet de stimuler les échanges entre JB, de recueillir les avis d’experts, d’initier des réflexions profondes sur le devenir de la biologie médicale et d’approches transversales et pluridisciplinaires avec le corps médical, l’industrie pharmaceutique et l’industrie du diagnostic in vitro, de penser au financement futur de la biologie et de ses innovations, et de globaliser ces actions avec la Fédération européenne de biologie médicale (EFLM) et avec la Fédération internationale de chimie clinique et de médecine de laboratoire (IFCC) [5].

Les jeunes biologistes ont donc la chance d’appartenir à une discipline stratégique en santé moderne, la biologie médicale. Cette discipline offre en effet aux jeunes biologistes de nombreuses opportunités et perspectives de carrière. Il est donc utile de sensibiliser les jeunes biologistes aux enjeux et besoins de la biologie moderne afin de préparer au mieux leur avenir et la biologie de demain. Il est aussi très important que le jeune biologiste moderne soit conscient de son rôle moteur d’actions pluridisciplinaires capables d’améliorer l’efficacité de la biologie médicale et des soins apportés aux patients. Les réseaux de jeunes biologistes sont cruciaux pour relever ces nombreux défis.

Références

1. Plebani M. The changing face of clinical laboratories. Clin Chem Lab Med 1999l ; 37 : 711-7.

2. Guidi GC, Lippi G. Laboratory medicine in the 2000s : programmed death or rebirth ? Clin Chem Lab Med 2006 ; 44 : 913-7.

3. Beastall GH. The modernisation of pathology and laboratory medicine in the UK : networking into the future. Clin Biochem Rev 2008 ; 29 : 3-10.

4. Price CP. Roots, development and future directions of laboratory medicine. Clin Chem Lab Med 2010 ; 48 : 903-9.

5. Gruson D, Ko G, Wijaya J, Rusanova EK, McCudden C. The IFCC Task Force for Young Scientists. Clin Chem Lab Med 2011 ; 49 : 753.

Le biologiste moderne : mythe ou réalité ?

Raphaël La Schiazza

Raphaël La Schiazza est biologiste hospitalier, référent des services de biochimie, immuno-analyse, sérologie et biologie moléculaire infectieuses, co-référent service de microbiologie au Grand-duché de Luxembourg depuis 2007. Ancien interne des Hôpitaux de Paris (2002-2007). Diplôme d’état de docteur en pharmacie (2006), DES de biologie médicale (2006), il est conseiller scientifique de la Société luxembourgeoise de biologie clinique (SLBC) depuis 2011.

À la faculté, on nous prédisait « la voie royale ». Loin d’imaginer l’évolutivité de la spécialité que j’ai choisie en 2001 à l’issue du concours de l’internat, je me fiais aux visions et conseils des « anciens ». Avec surprise, 11 ans après, les fondements et motivations qui ont orchestré mon choix se sont profondément transformés.

Sera-t-il encore possible aux jeunes biologistes d’acquérir une sérénité suffisante qui les accompagnera à travers les méandres de la spécialité en pleine mutation pour aller au bout de leurs convictions ? Entrer dans la biologie dans les années 2000 est déconcertant. On se rend rapidement compte qu’il s’agit d’une spécialité fragile, se positionnant fréquemment en bouc émissaire. Pour l’aimer, il faut la défendre et cela dans un seul but, le service rendu au patient.

Jusqu’à nouvel ordre et à la hauteur de nos cursus universitaires, la biologie médicale reste une spécialité médicale exercée par des praticiens médecins et pharmaciens. Contrairement aux autres spécialités médicales, elle se déroule dans l’ombre et elle est souvent méconnue par le patient, le clinicien et le politicien. Cette réalité expose le praticien biologiste à un constant challenge pour valoriser sa spécialité afin de pouvoir l’exercer déontologiquement et dans les règles de l’art, avec à la clé un réel bénéfice pour la prise en charge du patient. Seul le clinicien altruiste et dévoué et l’homme politique sage et visionnaire seront en mesure de se rendre compte de ce bénéfice, car il est facile de le noyer dans d’autres considérations peu vertueuses. Le biologiste pose ou affine de façon pertinente le diagnostic ou le suivi médical, contribue de façon non négligeable à la rapidité d’un diagnostic dans le cadre d’une approche multidisciplinaire du cas clinique. En biologie d’urgence, la découverte fortuite de pathologies sous-jacentes grâce au savoir-faire du biologiste, le place souvent en position pivot pour réorienter un patient vers un service spécialisé.

Pour un biologiste moderne, maintenir cette vocation de la biologie est essentiel et doit être la base pour défendre la profession, même si la pression du milieu extérieur est forte. Résultant de calculs économiques à la vision peu périscopique face aux imbrications des événements concernant le diagnostic médical, se crée progressivement une sectorisation géographique des spécialités biologiques. Ainsi, des regroupements de laboratoires sont opérés, éloignant de ce fait le biologiste du patient et du clinicien. Le patient devient un tube. À titre d’exemple : comment est-il possible de gérer de façon optimale une antibiothérapie sur terrain clinique délicat lorsque le bactériologiste médical se trouve à 30 km du service clinique ? La concertation entre biologiste et clinicien pour l’exploration biologique d’une pathologie garantit la prise en charge optimale d’un point de vue médical, mais également d’un point de vue économique. Cette étroite collaboration nécessite des liens et échanges interhumains directs, organisés, fluides et motivants.

Ce point de vue mériterait d’intéresser davantage nos décideurs politiques. En ignorant la communication efficace entre les acteurs du diagnostic clinique et les acteurs du diagnostic biologique, il sera compliqué d’arriver à un choix pertinent de paramètres biologiques à explorer dans une situation clinique précise. Face au panel grandissant de nouveaux paramètres biologiques disponibles, le biologiste devrait, plus qu’autrefois, pouvoir contribuer davantage à la prescription des examens complémentaires de biologie et donc agir en amont de l’exécution de son acte. Établir un diagnostic avec plus de pertinence et de rapidité constitue un bénéfice direct pour le patient et réduit les coûts liés à la durée des séjours hospitaliers ou à la multiplicité des consultations médicales.

Plus que jamais, la biologie confirme sa position de pilier de la médecine en participant de façon prépondérante à la majeure partie des grands diagnostics. C’est en effet la spécialité médicale qui a connu un des essors les plus importants au cours des 20e et 21e siècles. Des centaines de nouveaux tests connaissent actuellement une propulsion ultrarapide à partir des centres de recherche vers le laboratoire de routine via une adaptation extrêmement efficace par les industriels sur leurs systèmes analytiques automatisés. La production à l’échelle industrielle de tests anciennement dits « spécialisés » et effectués par des laboratoires de référence les a rapidement rendus accessibles à tout laboratoire polyvalent hospitalier ou de ville. En conséquence, cette situation requiert en parallèle un accroissement des connaissances de la part du biologiste qu’il soit hospitalier ou privé. Ceci est la prérogative pour maintenir un dialogue cohérent et productif avec le confrère clinicien.

L’évolution des nouvelles technologies et méthodes de dosages a totalement transformé les principes traditionnels de fonctionnement et d’organisation du laboratoire d’analyses médicales moderne. Cependant, la robotisation et l’automation ont favorisé à tort une mentalité de banalisation de l’acte biologique autrefois considéré comme spécialisé par les cliniciens. Le revers de la médaille se reflète dans le comportement du clinicien qui a tendance, pour se rassurer, à prescrire de façon systématique un très grand nombre d’analyses parfois inutiles mais figurant au menu des laboratoires modernes. Est-ce rassurant pour le patient de voir son résultat perturbé pour un paramètre non pertinent en rapport à sa situation clinique ? Est-il souhaitable d’investiguer par rapport à une anomalie biologique sans clinique ?

Exposé à une discipline de complexité croissante, le biologiste moderne ne se trouve plus en face du même challenge que le biologiste de 1980. De nos jours, les connaissances du biologiste se doivent très larges et pointues à la fois, ratissant toutes les spécialités médicales, et ceci jusqu’au niveau moléculaire. Ce n’est que grâce à la formation professionnelle continue soutenue et abordée de manière enthousiaste et flexible, motivée par une réelle soif du savoir qu’un biologiste peut rester digne de sa spécialité, l’aimer et l’exercer de façon sereine, au risque de devenir un élément inefficace voire délétère dans le chaînon du diagnostic.

Dans notre métier qui s’exerce souvent dans les coulisses, le biologiste dénué de cette plasticité peut tout de même décider de continuer à exercer son métier en se cachant derrière les murs de son laboratoire, fuyant le clinicien et le patient. Ce type de confrères se repose donc volontiers sur les dispositions de la norme ISO15189 ou, s’il exerce en équipe, sur les décisions et responsabilités du biologiste moderne. La biologie médicale est en effet la seule spécialité médicale qui se voit imposer une norme ISO. Bien qu’ayant incontestablement des aspects positifs qui ne seront pas discutés à cet endroit, l’existence de cette obligation sans contrepartie peut laisser un goût amer chez certains jeunes biologistes. Nous pouvons nous sentir emprisonnés dans l’art d’exercer notre métier. Qui dit art, dit intuition, savoir et talent. L’art, tout comme la médecine, ne peut se trouver soumis à une procéduralisation à outrance. Un sentiment de dévalorisation, d’infantilisation, d’atteinte au libre exercice du savant sensible, expérimenté et intuitif en naît. En pensant baliser chaque action qui se passe au laboratoire, et ceci jusqu’à l’acte intellectuel du biologiste, elle est le fondement de la disparition de la vraie profession exercée dans l’art et la déontologie d’autrefois. Elle laisse la porte ouverte à une médiocrité contrôlable. Elle favorise une biologie impersonnelle, loin du patient. Elle favorise l’industrialisation de la biologie avec l’appui des hommes politiques car elle permet la braderie de l’acte de biologie médicale. Elle manipule l’opinion publique en « garantissant » une qualité qui en réalité peut cacher une vraie médiocrité, et ce, à l’ignorance de tous. Un laboratoire accrédité ISO15189 n’abrite pas forcément les meilleurs biologistes. L’accréditation ne préjuge pas de la bonne participation du corps médical d’un laboratoire à la prise en charge optimale du patient. Pour un jeune praticien, la multiplicité des influences exogènes et endogènes peut mettre à rude épreuve ses motivations et peut avoir des conséquences sérieuses sur la philosophie d’exercice du métier, le risque étant un laisser-aller général, compensé par un salaire attractif. À l’issue, inévitablement, une profession incohérente au sein de son propre clan.

La biologie médicale se trouve dans certains pays au bord de la démédicalisation qui est orchestrée par une économie mal interprétée car non-médicale mais omnipotente. Elle est victime de sa banalisation et son activité dans l’ombre. Cette tendance est favorisée par le soutien à la création de structures industrielles productrices de résultats sécurisés et analytiquement excellents, mais loin du patient et de sa pathologie.

Bien qu’elle ne soit manifestement pas la spécialité la plus pesante sur les budgets de santé européens, la biologie médicale a été, parmi toutes les spécialités médicales, la cible la plus facilement abordable par les économistes.

À l’écoute des cliniciens et des patients…

Guilaine Boursier

Guilaine Boursier a effectué ses études de pharmacie à la faculté de Strasbourg. Elle est interne des hôpitaux universitaires de Montpellier depuis novembre 2008. Actuellement en 8e semestre, elle a terminé une spécialisation en immunologie biologique avec un semestre clinique en immuno-rhumatologie et a validé le DES de biologie médicale en novembre 2012.

Nous sommes dans une période complexe, très stimulante et fascinante à vivre. La biologie médicale est en pleine mutation mais reste une des spécialités médicales les plus innovantes. Elle fait appel à de nombreuses compétences clinicobiologiques qui croisent avec la palette de spécialités médicales auxquelles elle a attrait. C’est cette polyvalence qui fait la force du biologiste médical. Dans ce contexte où de nouveaux biomarqueurs sont testés chaque jour, le biologiste a toute sa place dans le conseil au clinicien et au patient pour mieux utiliser les données que leur offre la biologie médicale. Selon moi, c’est dans cette direction que la biologie médicale doit continuer de s’orienter.

Aujourd’hui les marqueurs biologiques sont partis prenantes de nombreux scores diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques. Le biologiste médical peut apporter son expertise et échanger avec le clinicien et le patient sur l’interprétation des résultats. Le rôle du laboratoire est d’être présent autant pour l’un que pour l’autre et de se réunir autour d’un projet médical commun. Ils doivent se développer dans ce sens pour répondre aux besoins. Nous avons la chance d’avoir un métier qui est loin d’être routinier.

Ses activités quotidiennes deviennent de plus en plus variées. Le biologiste médical a la possibilité d’être en contact direct avec les patients qui viennent au laboratoire ou en se déplaçant dans les services hospitaliers. Il veille à ce que des procédures conformes à l’accréditation soient respectées et cherche constamment à améliorer la prise en charge des patients. Il a également un vrai rôle de manager dans l’encadrement et l’apport de solutions techniques à son équipe. Il est responsable avec son équipe de la qualité analytique des résultats mais aussi d’avertir et discuter les résultats nécessitant une attention particulière ou une exploration plus poussée. Il répond aux questions spécialisées des cliniciens, peut proposer des sujets de recherche clinique ou être acteur de la prévention des pathologies au sein du territoire de santé et tout cela toujours dans le but d’être le plus efficient possible.

J’espère que les regroupements de laboratoires aussi bien privés que publiques mènent à une modernisation de la biologie médicale à travers l’amélioration de la qualité et de son maintien, de la mutualisation des connaissances et le développement de la formation continue des techniciens et des biologistes médicaux, la garantie de la continuité et de la permanence des soins nécessaires dans notre spécialité. J’imagine un plateau d’urgence polyvalent associé aux laboratoires plus spécialisés capables de s’adapter de manière flexible aux attentes des cliniciens et des patients dans toutes les structures privées et publiques et surtout présentant une qualité analytique et médicale équivalente. Cette volonté d’évaluation et d’amélioration continue de la prise en charge des patients est un objectif fondamental pour les biologistes médicaux, car nous sommes une spécialité qui aide le clinicien et le patient dans le parcours de soins. Nous sommes acteurs de l’avenir. Aujourd’hui, c’est à nous de rester vigilants afin de garantir la qualité de notre expertise médicale.

Quoi que l’avenir nous réserve, il y aura toujours de la place pour des biologistes médicaux dynamiques et innovants.

La biologie médicale est un métier passionnant

Clémentine Nesme

Ancienne étudiante à la Faculté de pharmacie de Clermont-Ferrand, Clémentine Nesme a passé le concours de l’internat en 2010 pendant sa 5e année hospitalo-universitaire qu’elle a effectuée au CHU de Clermont-Ferrand (Urgences, SMIT et Parasitologie-Mycologie). Clémentine Nesme a validé les semestres de biochimie, hématologie et bactériologie-virologie. Elle est actuellement en parasitologie-mycologie.

C’est sans le savoir qu’une nouvelle vie commença pour moi au mois de juin 2010 lors de la proclamation des résultats du Concours national classant de l’internat. Après avoir fait mes cinq années d’études à la Faculté de pharmacie de Clermont-Ferrand, je suis devenue interne de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. L’Hôpital européen Georges Pompidou, l’Hôpital Robert Debré, la Pitié-Salpêtrière et enfin l’Hôpital Necker-Enfants Malades, où j’effectue actuellement mon quatrième semestre, ont été successivement mes lieux de formation.

Alors que je me destinais à une toute autre carrière, j’ai découvert le métier de biologiste médical un peu par hasard alors que j’étais élève en terminale et ce hasard faisant bien les choses, j’ai eu un véritable coup de foudre pour cette profession. J’ai tout de suite été séduite par la diversité de cette profession. Le biologiste a plusieurs casquettes : du prélèvement à la gestion des différents automates en passant par la lecture des lames et des antibiogrammes et par la validation et l’interprétation des résultats, le biologiste jongle entre les différentes disciplines dans le but d’assurer aux patients et aux cliniciens des bilans d’une excellente qualité et se doit d’être très réactif devant un bilan pathologique.

Après deux ans d’internat, ma vision du biologiste médical n’a pas changé. C’est un professionnel de santé à part entière qui a une véritable place au sein du réseau médical. Son rôle est essentiel dans la prise en charge du patient et le conseil aux cliniciens. En effet, il participe à plus de 70 % des diagnostics médicaux et la validation de ses analyses entraîne un grand nombre de décisions thérapeutiques immédiates. L’objectif premier de cette profession est donc l’intérêt du patient.

Pour cela, il est capital que le biologiste gère ou encadre les prélèvements du début jusqu’à la fin car chaque étape est importante. En effet, lorsque le patient entre dans un box de prélèvement, le biologiste ne va pas uniquement faire une prise de sang ou un prélèvement microbiologique, il va profiter de cet acte médical pour connaître son patient et recueillir des informations capitales pour le rendu et la cohérence des résultats (antécédents personnels et familiaux, pathologie actuelle et traitements en cours… etc.). Il faut ensuite vérifier les contrôles de qualité des différents automates, faire le tour des différentes paillasses pour résoudre les problèmes rencontrés par les techniciens, avant de se lancer dans l’interprétation et la validation des résultats. Toutes ces connaissances, nous les apprenons au cours de notre internat et nous sommes nombreux à dire que les neuf années d’études nécessaires à l’obtention de notre diplôme ne sont pas de trop au vu des pièges qu’il nous faut sans cesse déjouer pour s’assurer de l’exactitude des résultats que l’on valide.

Je trouve que le dialogue clinicobiologique et le conseil thérapeutique font partie des devoirs les plus passionnants de notre profession. Les cliniciens n’ont pas la même approche que nous des différentes pathologies et le fait de discuter ensemble d’un cas est très enrichissant et permet d’offrir aux patients les meilleurs soins possibles.

Après mon internat, je n’envisage pas une carrière hospitalière. Bien qu’au cours de mon internat l’hôpital soit devenu ma « seconde maison » et qu’on y voit des cas passionnants, c’est un biologiste polyvalent d’un laboratoire de ville qui m’a fait découvrir la biologie médicale, je vais donc rester fidèle à cette première rencontre et me diriger vers un laboratoire de biologie médicale privé.

Bien consciente que cette profession est actuellement en plein changement, j’imagine donc faire partie d’un laboratoire privé où plusieurs biologistes médicaux se sont regroupés. L’évolution de notre profession m’oriente donc vers une maquette spécialisée (en hématologie) durant mon niveau 2 (les deux dernières années de mon internat) plutôt que vers une maquette polyvalente car, de mon point de vue, à l’heure actuelle et encore plus dans les années à venir, en plus de la polyvalence, chaque biologiste du privé sera référent d’une discipline donnée. En effet, les regroupements de laboratoire entraînent une augmentation importante du nombre de dossiers patients traités par jour. D’un point de vue organisationnel, il paraît plus logique qu’un biologiste soit responsable d’une discipline donnée tout en étant capable d’assurer la validation des autres disciplines. J’imagine donc que les laboratoires d’analyses privés vont s’organiser comme des « mini CHU ».

Pour le bien des patients, je souhaite qu’il y ait toujours des laboratoires de proximité afin de ne pas créer de déserts médicaux et de pouvoir toujours assurer aux patients un délai de réponse le plus court possible en cas d’urgence.

Je compte, à terme, passer du statut de salarié au statut d’associé. En effet, avoir des parts dans un laboratoire serait une belle récompense pour le travail fourni au cours de mes études et serait également une opportunité de découvrir une autre facette du métier de biologiste médical.

Pour conclure, je dirai que la biologie médicale est un métier passionnant qui reste cependant peu connu par rapport à la majorité des autres professions médicales. Certaines personnes ignorent même que les biologistes médicaux sont des médecins ou des pharmaciens et encore un plus grand nombre ne savent pas que nous avons fait quatre ans d’internat afin d’être titulaires du DES de biologie médicale. Notre profession est actuellement en plein remaniement. Je reste cependant très optimiste quant à l’avenir de la biologie médicale. Mes co-internes et moi-même aimons notre travail et nous défendons une biologie médicale au service du patient.


 

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