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Les 70 ans des ABC : la biologie d’aujourd’hui…


Annales de Biologie Clinique. Volume 70, Numéro 5, 521-9, Septembre-Octobre 2012, Les 70 ans des ABC

DOI : 10.1684/abc.2012.0757

Résumé  

Résumé : Ils assurent des responsabilités au sein de la SFBC ou des Annales de biologie clinique. Leur participation à la vie collective reflète leur volonté de faire vivre la biologie médicale et d’accompagner les importants changements auxquels elle est confrontée…

ARTICLE

abc.2012.0757

Jusqu’où mène le développement de méthodes de référence ?

Philippe Gambert

Biologiste médecin, Philippe Gambert est PU-PH, professeur de biologie médicale et biologie moléculaire, chef de service du laboratoire de biochimie médicale du CHU de Dijon depuis 1991 et actuel président de la SFBC depuis novembre 2009, il est impliqué dans le développement de l’Inserm en Bourgogne depuis 1988 (contrats de recherche externe, contrat jeune formation), il crée en 1998 et dirige jusqu’en 2007 l’unité Inserm U498 “Métabolisme intravasculaire des lipoprotéines humaines”. Il coordonne la Structure fédérative de recherche santé STIC depuis 2007 qui regroupe tous les acteurs du Campus universitaire bourguignon dont les recherches sont dédiées à la santé.

Mon interaction avec la SFBC a démarré dès la fin des années 1970, à la demande des professeurs Jacques Polonovski et Louis Douste-Blazy, alors en charge de la Commission « lipides-lipoprotéines » de la SFBC. L’objectif de cette commission était de développer une méthode standardisée pour le dosage du cholestérol sérique. Mon implication universitaire dans le développement de méthodes de spectrométrie de masse applicables à la biologie et mon activité hospitalière centrée sur l’exploration des lipides et lipoprotéines m’ont naturellement désigné pour mettre en place cette méthode au sein de ce groupe de travail SFBC.

J’ai donc pu, avec l’appui des différents membres éminents de cette commission, dont Jean-Charles Fruchart et Alain Legrand, développer et finaliser une méthode de dosage par spectrométrie de masse avec dilution isotopique du cholestérol marqué par le carbone 13 [1]. Cette méthode a constitué la base de développement d’une méthode européenne en collaboration avec la société sœur de biologie allemande (DGKC), conduisant à l’établissement d’une méthode définitive utilisant le cholestérol doublement marqué par le carbone 13 [2]. Elle constitue encore actuellement le “gold standard” pour la certification d’une concentration exacte de cholestérol d’un échantillon plasmatique.

Toutes ces activités ont été très enrichissantes pour le jeune biologiste, analyste médical que j’étais et m’ont permis de ré-orienter définitivement ma thématique de recherche vers les lipoprotéines humaines, aboutissant à la création d’une unité Inserm qui a constitué le socle de l’actuel Centre de recherche Inserm U866 de l’Université de Bourgogne.

C’est très logiquement qu’en 2000, à la demande du président de la SFBC de l’époque, le professeur Bernard Dastugue, j’ai repris une activité officielle SFBC, en coordonnant à la suite du professeur Yves Le Gall, membre de l’Académie de médecine, le Comité scientifique en association avec Joëlle Goudable, qui me succèdera à la présidence de la SFBC en novembre prochain.

Ainsi, j’ai pu percevoir précisément toutes les actions développées par les différents groupes de travail SFBC et mesurer tout le chemin parcouru depuis les années 1980.

Mon activité de vice-président puis de président dans cette période très active d’évolution de notre profession de biologiste médical, n’a fait que renforcer mes convictions dans les capacités de la SFBC à s’adapter aux changements du monde professionnel. Je ne citerai que deux exemples récents de cette réactivité de la SFBC :

  • –. les différents travaux menés dans le cadre des groupes de travail sur l’assurance qualité coordonnés par Michel Vaubourdolle et regroupant, dans une réflexion collective, plus de 80 biologistes, ont conduit à l’élaboration de guides d’accompagnement dans la démarche d’accréditation, publiés sous l’égide des Annales de biologie clinique et très prisés par notre communauté biologique ;
  • –. le succès remporté par la candidature de la SFBC à l’organisation du congrès EuroMedLab 2015 qui permettra, en association avec les JIB, de réunir à Paris plus de 5 000 biologistes européens pour partager et actualiser les derniers développements scientifiques de notre spécialité de biologie médicale.


Puisse cette évocation susciter de nombreuses vocations pour nos jeunes biologistes désireux de s’impliquer dans notre toujours dynamique société savante, heureuse de fêter ses 70 ans de vie active.

Références

1. Gambert P, et al Assessment of serum cholesterol by two methods : gas-liquid chromatography on a capillary column and chemical ionization-mass fragmentography with isotopic dilution of [3,4-13C] cholesterol as internal standard. J Chromatogr 1979 ; 162 : 1-6.

2. Kattermann R, et al. Candidate selected method for the enzymatic determination of total cholesterol in serum. J Clin Chem Clin Biochem 1983 ; 21 : 347-55.

La force de la SFBC : les groupes de travail

Joëlle Goudable

Joëlle Goudable est pharmacien, praticien hospitalier en biochimie aux Hospices civils de Lyon et MCU puis PU est aujourd’hui et PUPH en santé publique du fait de sa spécialisation en nutrition. Elle est membre de l’équipe Inserm 1060 CarMeN (cardiovasculaire, métabolisme et nutrition) et membre fondateur de CENS : Centre européen nutrition santé, né du plan campus et qui se met en place actuellement sur Lyon. C’est le professeur Christian Collombel qui l’a encouragée à prendre des responsabilités au sein de la SFBC, tout d’abord comme responsable de groupe de travail puis comme président du Conseil scientifique. Joëlle Goudable assurera les fonctions de présidente de la SFBC à partir de novembre 2012.

L’une des missions de la SFBC est d’accompagner les biologistes médicaux dans leur exercice professionnel, notamment en intégrant les nouvelles données scientifiques et médicales, et en améliorant constamment les pratiques biologiques, pour une qualité d’analyse et d’interprétation des résultats constamment meilleure et finalement plus pertinente dans son interprétation bioclinique. Pour mener à bien cette mission, un des objectifs principaux de la SFBC est d’émettre des recommandations pour la pratique professionnelle des biologistes médicaux. Ces recommandations sont proposées par les groupes de travail, à la fois bases de la SFBC mais aussi lieux de rencontres, d’échanges et de discussions entre experts d’une thématique particulière.

Après avoir débuté ma collaboration avec la SFBC en 1981 dans un groupe de travail destiné à recommander une technique de dosage des acides biliaires, j’ai ensuite dirigé plusieurs groupes sur les analyses de biologie médicale délocalisées. Ce sujet très polémique il y a quelques années, a permis de mettre en présence des biologistes ayant des positions différentes sur cette question pour réfléchir à des propositions et des recommandations raisonnables et applicables en pratique quotidienne. La Direction générale de la santé nous a demandé en 2006 de nous associer à toutes les organisations professionnelles pour piloter un groupe de travail et émettre des recommandations sous l’égide du Ministère de la Santé. Cet exemple illustre bien la place de la SFBC au sein de la profession, comme interlocutrice et référence professionnelle. L’HAS demande actuellement de façon systématique à notre société des experts pour les différents thèmes de recommandations médicales sur lesquels elle travaille.

Il est important de souligner que les groupes de travail, quelle qu’en soit la thématique, ont toujours permis aux biologistes de s’investir sur des sujets d’actualité et d’être membres actifs de la SFBC. La rencontre avec d’autres biologistes de différentes régions avec des modes d’exercice différents permet, en particulier à nos jeunes collègues, de réfléchir sur l’exercice professionnel, de confronter des méthodes de travail, de proposer des améliorations de technique, d’interprétation biologique ou de contrôle de la qualité.

Des groupes de travail ont proposé des recommandations qui font toujours référence après 15 ou 20 ans. Je pense en particulier aux groupes de travail « Validation de techniques » et « Normes de validation du protocole de validation de techniques » (responsable : Anne Vassault) qui, grâce à ses publications dans les Annales de biologie clinique, a permis de diffuser très largement des recommandations toujours d’actualité.

Les groupes de travail de notre société sont notre force et montrent notre dynamisme. Ils permettent à tous les biologistes, membres de la SFBC, de partager leurs connaissances et de mener une réflexion qui nourrit notre pratique professionnelle quotidienne et fait évoluer notre mode d’exercice.

Le renouvellement fréquent de ces groupes de travail est indispensable pour suivre l’évolution de notre profession, informer et aider les biologistes au quotidien. Les groupes de travail et groupes de veille de la SFBC constituent aujourd’hui une force de travail importante, supervisés par un comité scientifique qui travaille sans relâche pour les aider à diriger leurs travaux, élaborer des documents de synthèse, préconiser de nouvelles méthodes de fonctionnement et pratiques professionnelles. Ces travaux témoignent du dynamisme des instances scientifiques et de la vie des structures de la SFBC, pour aider les biologistes médicaux dans leur activité quotidienne au service des cliniciens et in fine des patients. C’est toute la noblesse de notre mission et de notre action collective au sein de la SFBC pour la profession !

Le temps des –omes…

Philippe Gillery

Philippe Gillery a été président de la SFBC de 2003 à 2006. Il est professeur de biochimie et biologie moléculaire à la Faculté de médecine et chef du Pôle de biologie du CHU de Reims, dont il a été président de la Commission médicale d’établissement de 2003 à 2011. Il est vice-président de la division scientifique de l’IFCC depuis 2011, et assurera les fonctions de co-président du congrès/président du Comité scientifique du congrès EuroMedLab 2015 organisé à Paris. Il est président de la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie Champagne-Ardenne depuis 2010.

Il est communément admis que pour survivre, il faut s’adapter. Réciproquement, on peut énoncer que, pour s’adapter, il faut d’abord survivre. Ce qui pourrait n’être qu’une simple argutie prend cependant tout son sens en matière de biologie médicale. L’évolution de la discipline est rapide, brutale, et il ne faudrait pas que le temps nécessaire à intégrer les indispensables évolutions soit incompatible avec une réalité qui s’imposerait trop vite, sans laisser de possibilité de réorientation.

La biologie médicale présente la particularité de se situer à l’interface entre la recherche scientifique fondamentale et la pratique quotidienne de la prise en charge du patient. Entre ces deux mondes, elle doit garder, ou peut-être reprendre, toute la place qui fait son originalité au sein du système de santé.

Prenons un exemple. Depuis une dizaine d’années, de nombreux néologismes sont apparus en biologie, consistant à affubler le radical de divers termes utilisés en biochimie et biologie moléculaire du suffixe “ome”. Après le génome et le transcriptome, les appellations dérivées se sont multipliées, en commençant par le protéome (pourquoi pas le protéinome ?), le glucidome, le lipidome, le métabolome, et bien d’autres. En 2005, j’avais suggéré lors d’une conférence internationale d’ajouter à la famille des “omics” le “fashionomics”. Je n’avais pas forcément anticipé que la mode allait persister et la tendance s’accroître. Ainsi, le génome peut maintenant se définir comme un kaléidoscope d’identités entrecroisées, comme l’oncogénome ou le méthylome.

Si une volonté de systématisation dans la description des réactions biologiques, de leurs acteurs et de leurs interrelations (cas de l’interactome), est louable afin de mieux comprendre la complexité du vivant, on ne peut s’empêcher de penser que ces découpages, en sous-ensembles qui se recoupent partiellement, de familles, de structures ou de métabolismes, ont une nature quelque peu arbitraire. Ainsi, pourquoi ne pas dissocier le substratome, l’enzymome et le productome pour décrire les partenaires des réactions enzymatiques ? Mais quelle en serait la justification, hors cette volonté de systématique ?

Par extension, la “omique” pourrait aussi s’étendre à des considérations techniques. Ainsi, l’extraordinaire développement des techniques d’hybridation moléculaire, leur automatisation et leur exploitation par des méthodes biostatistiques pourraient largement justifier la définition du puceome.

Nombre de ces dénominations sont prêtes, comme certaines l’ont déjà fait, à passer le cap de la recherche et à être utilisées en diagnostic dans les laboratoires de biologie médicale. Au-delà du caractère anecdotique de mes propos, il est évident que ces nouveaux concepts sont d’importants vecteurs d’approches innovantes pour identifier les facteurs diagnostiques, prédictifs ou thérapeutiques chez un patient donné. À ce titre, ils doivent retenir toute l’attention de la communauté biologique, et en particulier de la Société française de biologie clinique, dans ses orientations scientifiques.

Cependant, la biologie médicale a parallèlement fait l’objet ces dernières années de modifications majeures d’ordre réglementaire, et l’entrée en accréditation a modifié la vie de tous les laboratoires, quel que soit leur statut, public, privé, hospitalo-universitaire. Les préoccupations liées à l’accréditation et à la qualité ont fait l’objet de remarques antérieures de ma part [1]. De nouveaux espaces, qui n’ont rien de virtuel, sont apparus, liés au qualitome et à ses sous-ensembles, comme le procédurome ou l’auditome. J’ai à plusieurs reprises insisté dans cette revue sur l’importance pour la biologie médicale de redéfinir ses missions et son positionnement [2, 3]. Le moment est plus que jamais venu. Celle-ci doit trouver une nouvelle place dans la prise en charge du patient, en lien avec les cliniciens, au sein d’un partenariat équilibré et porté sur l’avenir. Elle ne doit pas se résoudre à un rôle de plateau technique, si sophistiqué soit-il, même avec une petite connotation médicalisée pour donner le change, au moins encore pendant quelques années. Elle ne doit jamais oublier la plus-value que lui confère son statut de discipline interface, ni prendre le risque de couper le lien avec ses composantes plus scientifiques, par nature sources d’innovation. C’est à ce seul prix que la biologie médicale gardera sa plus-value par rapport aux alternatives nouvelles qui se présentent aux patients et aux cliniciens, même sous forme de tentations irresponsables.

L’organisation territoriale de la biologie autour des laboratoires hospitalo-universitaires dans le cadre des schémas régionaux d’organisation sanitaire pourrait permettre une telle approche, et donner à des restructurations inévitables un sens médical, et pas seulement une justification économico-administrativo-financière. Cette démarche, est à mon sens, nécessaire à notre survie collective.

Les biologistes doivent comprendre cet enjeu, sans se laisser aveugler par le souvenir d’un passé vu, peut-être avec raison, comme un âge d’or. Mais le contexte socio-économique, scientifique, démographique et épidémiologique est autre, et l’ancien âge d’or est bel et bien révolu. Il ne nous reste qu’à en bâtir un nouveau. Cet objectif nécessite sans aucun doute une nouvelle réflexion, plus poussée, sur le rôle des biologistes, leur formation et leur place dans le système de santé.

La Société française de biologie clinique a un rôle majeur à jouer dans ce processus, afin d’aider la biologie médicale à se projeter dans l’avenir et à se positionner de façon pérenne, avec ambition et détermination, entre le qualitome et le puceome.

Références

1. Gillery P. Signe des temps. Ann Biol Clin 2012 ; 70 : 353-4.

2. Gillery P. La biologie médicale doit se redynamiser. Ann Biol Clin 2000 ; 58 : 259-60.

3. Gillery P. Question de vie. Ann Biol Clin 2004 ; 62 : 3.

De l’uréomètre aux directives européennes…

Simone Zerah

Simone Zerah est biologiste médical libérale en région parisienne. Ancien interne des hôpitaux de Paris, elle est diplômée du « Jones Institute » de Norfolk (USA) pour l’activité d’Assistance médicale à la procréation. Elle représente la SFBC auprès des instances européennes et internationales, et préside la commission « Professional Committee » de l’EFLM et la commission du Registre EC4 des biologistes européens. Elle est aussi présidente du CEPLIS (Comité européen des professions libérales).

« Curiosity » vient d’atterrir sur la planète Mars lorsque je commence à écrire ce texte. Simple coïncidence… Pour moi plus que cela : le parallélisme de l’évolution de notre profession avec celle de la Nasa m’apparaît comme une évidence et un symbole. La biologie médicale est aujourd’hui sur une autre orbite. C’est en 1958 que l’agence spatiale de la Nasa a été créée. C’était encore pour nous l’époque de l’uréomètre, du Van Slyke, ou du Baudouin-Lewin (que les « jeunes » n’ont pas connu), et de l’arrivée des premières chaînes « Technicon ». Un bref rappel des grandes étapes me semble utile pour mieux comprendre et situer dans le temps (deuxième moitié du vingtième siècle !) le voyage spectaculaire et passionnant que nous « les anciens » avons eu la chance de vivre.

La profession n’a commencé à être structurée que dans les années 1970 : loi de 1975, radio-immunologie (l’immunologie d’aujourd’hui n’était pas encore née), développement des appareils, usage unique, introduction de l’informatique… Dans les années 1980, la génétique et la « FIV » (fécondation in vitro), aujourd’hui « AMP » (assistance médicale à la procréation) ; on peut parler de changement de société : désormais, on peut voir au microscope un spermatozoïde s’attacher (ou non) à la membrane pellucide de l’ovocyte et le pénétrer (ou non). On découvre que 30 % des stérilités sont masculines. Dans les années 1990-2000, le développement du matériel et des techniques de laboratoire devient exponentiel : biologie moléculaire, puces, automatisation en bactériologie, nanotechnologies, criblage protéomique, etc. On pourrait dire, pour illustrer le propos : des « Journées de Lariboisière » aux JIB et autres grands congrès d’aujourd’hui

L’avènement de la qualité dans la profession doit être considéré comme un atout : publication de la Norme ISO/EN 15189 en 2003, grâce à la très grande motivation des personnes qui ont œuvré à sa rédaction (en France : Claude Giroud, Anne Vassault, Simone Zerah). Il est important de rappeler que cette norme spécifique rédigée pour des biologistes, par des biologistes, tient enfin compte des phases pré- et post-analytiques. C’est un bouclier contre la biologie « industrielle » et « financière ». C’est nous qui déterminons si le bon échantillon a été prélevé au bon moment et conservé conformément aux bonnes règles, et c’est nous qui interprétons les résultats.

Le rôle du biologiste médical s’est accru pendant ces années : il est reconnu comme le « maillon fort » de la chaîne de soin. Soixante-dix pour cent de toutes les décisions médicales reposent sur notre travail (diagnostic, traitement, prévention, sécurité des patients). Parallèlement, l’Europe s’est mise en place. Le traité de Rome en 1957 organise la liberté de mouvement des marchandises et des services dans l’Union européenne. Les autorités de Bruxelles établissent des directives : une directive est un acte législatif, obligatoirement transposable dans tous les pays membres. Nous étions 6 pays au début, nous sommes maintenant 27, bientôt 28 avec la Croatie dont l’entrée sera effective en 2013. La profession s’organise au niveau européen : les professionnels se rencontrent et travaillent ensemble. La société représentative de chaque pays (en France, la SFBC) nomme un délégué d’une part à l’EFLM, d’autre part à la commission du Registre EC4 où ne peuvent s’inscrire que les professionnels ayant le niveau requis, défini par la directive sur les qualifications professionnelles, et sur la base du Syllabus [1]. Nous sommes reconnus par la commission européenne comme représentants de la profession [2].

Notre profession est relativement jeune, elle avait besoin d’un nom pour être reconnue. Depuis 2011 nous avons enfin un titre européen : nous sommes « Specialists in laboratory medicine », quelle que soit notre formation de base, à condition d’être du niveau requis par le Registre EC4. Nous sommes environ 30 000 travaillant en milieu hospitalier ou privé. Ce fait fondamental va nous aider à faire savoir qui nous sommes, aussi bien auprès des patients que des autorités administratives.

La directive sur les qualifications professionnelles

C’est un sujet d’actualité, fondamental pour l’avenir de notre profession. La première version de la directive sur les qualifications professionnelles (2005/36EC) devait être transposée par tous les États membres en 2007 ; elle est en évaluation et révision depuis 2010. En tant que présidente du Comité professionnel de l’EFLM, je suis très impliquée sur ce sujet. J’ai assisté à toutes les réunions à Bruxelles, depuis mars 2010, nous avons répondu à tous les questionnaires. Nous avons fait du lobbying avec l’aide du CEPLIS (Comité européen des professions libérales) et rencontré des membres de la commission.

La proposition de directive de la Commission européenne au Parlement européen a été publiée en décembre 2011 ainsi que le nom du rapporteur (Madame Vergnaud) et des « shadow rapporters » [3]. La date limite pour déposer des amendements est le 15 octobre 2012. Le texte définitif devrait être publié en décembre 2012. Nous avons déposé des amendements : discussions et décisions avec les professionnels, coopération de tous les Etats membres, définir les autorités compétentes dans chaque Etat membre, le rôle des coordinateurs [4] doit être clair et transparent, conserver les niveaux d’éducation. Les autres points soulevés dans la directive sont : les cartes professionnelles, l’accès partiel (ne devrait pas concerner les professions de santé), la formation continue, les mécanismes d’alerte, les exigences linguistiques. Nous avons rencontré à plusieurs reprises Madame Vergnaud ; elle a accepté de participer à notre congrès EFLM/UEMS [5] qui aura lieu à Dubrovnik en octobre 2012. Depuis 2 ans le rapprochement de nos deux fédérations européennes est réel et très productif. Nous nous réunissons régulièrement et avons des projets communs.

La version actuelle du texte proposé tient compte d’un certain nombre de nos propositions, notamment sur les « principes communs de formation » (par exemple, les plateformes communes). Si 9 pays se mettent d’accord, ils pourront proposer à la Commission un « principe commun de formation » et favoriser la libre circulation.

La France devait être « Euro-moteur » : sera-t-elle au moins dans les 9 ? To be or not to be ? Nous aurons besoin de tous, dès la parution du texte final de la directive pour avoir, chez nous des contacts avec les autorités concernées et mettre en place une collaboration. Nous avons déjà des contacts avec plusieurs autres pays de l’Union européenne. Ce serait un comble que la France ne prenne même pas le train en marche…

Grâce à la défense d’un haut niveau de compétence des professionnels en Europe, le « Specialist in laboratory medicine » pourra continuer à exercer ce très beau métier et à jouer un rôle primordial dans la chaîne de soin.Références

1. Zerah S, et al. The EC4 European syllabus for post-graduate training in clinical chemistry and laboratory medicine : version 4 – 2012. Clin Chem Lab Med 2012.

2.  http://eesc.europa.eu/self-and-coregulation/full.asp?ID=121.

3. Membres du Parlement de familles politiques différentes de celles du Rapporteur, désignés par un comité parlementaire.

4. Dans chaque pays membre de l’UE, il y a 1 point de contact et 1 coordinateur responsable et conseiller pour la Directive rattaché à un ministère.

5. UEMS : European Union of Medical Specialists, Board of Medical Biopathology.

Du prix international au secrétariat général de la SFBC

Vincent Sapin

Jeune biologiste médical, Vincent Sapin est professeur de biochimie et biologie moléculaire à la Faculté de médecine (Université d’Auvergne) et chef de service au CHU de Clermont-Ferrand. Il dirige l’Equipe d’accueil 7281 (R2D2), et est secrétaire général adjoint de la SFBC depuis 2009 ; il coordonne également un groupe de travail sur les marqueurs biologiques du syndrome d’alcoolisation fœtale.

Durant mes années d’internat et d’assistanat en biologie médicale, le premier lien tangible avec la SFBC se fît par l’intermédiaire de son journal, les Annales de biologie clinique. De façon très régulière, je voyais apparaître sur mon bureau le journal à la fameuse couverte bleue, déposé pendant quelque temps par le président de la SFBC, Bernard Dastugue. Eduqué très jeune par ce dernier, avec le fameux principe « Publish or perish », c’est avec un réel plaisir que j’ai appris par le rédacteur en chef de l’époque, Jean-Louis Dhondt, l’acceptation de mon premier article dans les ABC en 2002, portant sur l’étude de la perturbation de la détermination immuno-turbidimétrique de la transferrine due à la présence d’une immunoglobuline M monoclonale. Par la suite, il m’est apparu important de continuer à contribuer aux ABC en demandant aux internes du service que je dirige de s’initier à la rédaction de publication au sein du journal, mais aussi à la lecture critique en s’appuyant sur des articles issus des ABC. C’est au décours de la lecture de ce journal, que je vis l’annonce du prix international de la SFBC 2007, auquel je décidais de participer en proposant mes travaux sur alcool et grossesse : aspects diagnostiques et perturbations du signal placentaire de la vitamine A. Je me rappelle encore avec émotion, l’appel du président de la SFBC, à l’époque Alain Legrand, me demandant de réserver le deuxième vendredi de novembre pour venir recevoir ce prix et présenter mes travaux lors d’une des sessions des journées scientifiques de la SFBC organisées annuellement lors des JIB. J’ai alors pu découvrir certaines facettes très intéressantes de la SFBC, qui m’ont conduit à m’impliquer dans son fonctionnement.

En effet, l’implication de la SFBC au cours de ces journées est à mon sens, très symbolique de son action tout au long de l’année. Evoluant au cœur même des préoccupations de la biologie médicale tant privée que publique, elle sait traiter des sujets aussi bien tournés vers notre pratique quotidienne que des sujets plus en pointe (journée en lien avec l’Inserm). Nombreux sont aussi les sujets traités par des groupes de travail ou de veille présentés lors de ces journées, que nous retrouvons dans des futures recommandations et/ou documents officiels (cf. le mot de Joëlle Goudable) pour aider la pratique de nos collègues et in fine optimiser la prise en charge des patients, cœur de cible de notre activité de biologistes médicaux. À ce titre, le travail entrepris pour la rédaction de traités sur l’accréditation en est un formidable exemple d’actualité. Administrativement, ces journées permettent également la tenue de réunions réglementaires régissant notre association comme l’assemblée générale. Telle la partie visible de l’iceberg, cette présentation synthétique n’est que le pâle reflet de la partie immergée que constitue au jour le jour, la gestion administrative, financière et réglementaire du millier de membres de la SFBC, ainsi que celle de ses relations avec les différentes instances françaises et internationales. C’est que j’ai appris à découvrir en tant qu’adjoint de notre secrétaire générale actuelle Roselyne Garnotel, que tout le monde connaît trop injustement de façon limitée par ses appels à cotisation puis sa ou ses relance(s) lors de leur non acquittement. À la question classique « si vous deviez vous retenir une seule chose de votre vision de la SFBC », je répondrai d’ailleurs sans hésiter que « dans un monde de plus en plus tourné vers une financiarisation redoutée pour notre profession, l’investissement bénévole de l’ensemble des membres du bureau de la SFBC est, à mon sens, une garantie rafraîchissante lui permettant de souffler avec confiance ces 70 bougies… ».

La biologie médicale est un art exercé par des scientifiques

Jean-Marie Dever

Jean-Marie Dever est biologiste médical, directeur de laboratoire depuis 12 ans dans un centre de médecine préventive à Paris (le CIEM) dont il a pris la direction générale en juin 2012. Son laboratoire est accrédité par le Cofrac depuis 2011. Jean-Marie Dever est membre du Comité scientifique et rédactionnel des Annales de biologie clinique depuis 2009.

La biologie médicale est soumise en France à des défis majeurs : faire face à l’industrialisation de notre profession, assurer sa pérennité en tant que service aux patients et aux cliniciens, prendre à son compte l’élan donné par la démarche plus ou moins forcée vers l’accréditation.

Au-delà des aspects financiers, juridiques et organisationnels que ces défis entraînent, l’incertitude sur la politique de santé de notre pays est un frein à l’esprit d’entreprise, pour les laboratoires comme d’ailleurs pour tous les autres secteurs d’activités médicaux. Notre profession est par ailleurs trop divisée et de toute façon trop peu nombreuse pour peser sur le cours des évènements. L’arrivée d’acteurs financiers, aux intérêts souvent divergents avec ceux des biologistes, n’a fait qu’accentuer le problème.

Il nous reste une voie sur laquelle nous devons être intransigeants : conserver et développer un niveau d’excellence qui nous rendra indispensable dans le secteur de la santé. La norme NF EN ISO 15189 est un outil formidable qui permet de remettre en cause nos acquis et de tirer l’ensemble de la profession vers le haut. Encore faut-il la considérer comme telle et non comme une contrainte, malgré le fait qu’elle ne prend sans doute pas en compte toutes les particularités de notre métier. La SFBC l’a bien compris, en créant des groupes de travail qui ont permis la mise à disposition d’outils précieux pour les biologistes sous forme de recommandations publiées par les Annales de biologie clinique.

La biologie médicale doit être exercée par des biologistes (et non pas par des qualiticiens ou des auditeurs) conscients que la pérennité de leur outil de travail passe par leur compétence et la valeur ajoutée qu’ils apportent aux cliniciens et donc aux patients. La réussite financière suivra…


 

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