ARTICLE
san.2011.0231
Auteur(s) : Dolorès Pourette dolores.pourette@ird.fr
CEPED
19, rue Jacob
75006 Paris
France
Tirés à part : D. Pourette
La Martinique et la Guadeloupe sont situées aux Antilles,
deuxième zone au monde la plus touchée par l’épidémie de VIH/sida
après l’Afrique subsaharienne, et font partie des départements
français qui concentrent le plus grand nombre de personnes
atteintes. En Martinique et en Guadeloupe, les taux de découvertes
de séropositivité sont respectivement de 183 et 418 par million
d’habitants en 20091[1].
Dans ces deux départements, la transmission du virus est
majoritairement hétérosexuelle depuis les débuts de l’épidémie,
expliquant la forte implication des femmes : près d’une
personne infectée sur deux est une femme. Cette part des femmes
dans l’épidémie s’inscrit dans un contexte d’inégalités
socio-économiques qui les rendent souvent dépendantes d’un
partenaire masculin, et d’inégalités de genre qui compliquent la
maîtrise de leur sexualité et la négociation des pratiques de
protection. Ainsi, les femmes résidant dans ces départements
rapportent plus souvent que les femmes de l’hexagone des
difficultés à refuser les rapports sexuels et à imposer qu’ils
soient protégés [2].
Autre trait marquant de l’épidémie dans ces départements, elle
concerne une part importante d’étrangers. En Guadeloupe, alors que
la part des étrangers antillais (essentiellement Haïtiens), en
situation régulière ou non, est estimée à 5 %, ils
représentent 36 % des patients infectés par le VIH et
70 % des femmes enceintes séropositives en 2008 [3]. Parmi les
femmes séropositives qui ont accouché une ou plusieurs fois au CHRU
de Pointe-à-Pitre2, la majorité sont
haïtiennes, et le plus souvent en situation irrégulière au moment
du diagnostic (dans 80 % des cas) [3]. Sur ce point, la
situation martiniquaise se distingue quelque peu, puisque la grande
majorité des patients sont nés en France (86 %) et 69 %
d’entre eux sont nés dans le département [4]3.
Par ailleurs, la stigmatisation envers les personnes atteintes
est particulièrement marquée dans ces départements [2]. La crainte
de rencontrer des réactions négatives s’exprime par une réticence,
chez les personnes infectées, à informer leurs proches de leur
séropositivité [5].
D’un point de vue médical les personnes vivant avec le VIH sont
très majoritairement suivies à l’hôpital, dans les services de
maladies infectieuses. La Guadeloupe et la Martinique bénéficient
d’une situation exceptionnelle au sein des Antilles en ce qui
concerne l’accès aux traitements antirétroviraux4. Comme sur l’ensemble du territoire
français, les soignants disposent des moyens permettant de réduire
le risque de transmission verticale5.
Ainsi, ces départements n’auraient observé que trois cas de
transmission maternofœtale chez des femmes suivies depuis le début
des années 20006.
Si les soignants disposent des moyens médicaux pour prévenir la
transmission de la mère à l’enfant, ils sont confrontés à des
réalités sociales qui affectent la prise en charge médicale des
patientes et de leurs enfants : valorisation de la maternité,
stigmatisation de la maladie, difficulté de parler de sa maladie
aux proches et parfois au conjoint, situation irrégulière d’un
nombre important de malades étrangers qui freine leur accès aux
soins… Si ces aspects ne sont pas spécifiques de la prise en charge
médicale de la grossesse, la grossesse apparaît comme un moment
révélateur des tensions et des impératifs sociaux qui impactent le
travail des soignants. À partir d’une étude qualitative menée
auprès de soignants et de femmes vivant avec le VIH, l’objectif de
cet article est d’analyser les difficultés auxquelles les soignants
sont confrontés dans la prise en charge des femmes infectées par le
VIH/sida pendant et en dehors de leur grossesse, ainsi que les
pratiques qu’ils élaborent pour y faire face.
Méthodologie et population d’étude
Les données présentées ont été recueillies dans le cadre d’une
recherche menée en 2009 sur les processus de décision en matière de
procréation chez les femmes vivant avec le VIH dans les territoires
français d’Amérique : Guadeloupe, Guyane, Martinique,
Saint-Martin [6]7.
Des enquêtes qualitatives anthropologiques ont été menées dans
chaque département auprès de professionnels de la santé et
d’acteurs associatifs prenant en charge les femmes vivant avec le
VIH/sida, et avec des femmes vivant avec le VIH/sida (françaises ou
étrangères ; enceintes, souhaitant l’être ou ayant eu un
enfant). Des entretiens semi-directifs, le plus souvent individuels
(quelques entretiens collectifs ont été menés avec des
professionnels), ont été conduits au moyen d’un guide d’entretien.
Les entretiens ont été enregistrés avec l’accord des personnes
interrogées, transcrits dans leur intégralité, puis anonymisés. Les
entretiens ont été analysés selon une approche biographique et
selon une approche thématique.
En Guadeloupe, des entretiens ont été conduits avec 38
professionnels (médecins hospitaliers, médecin de ville,
gynécologue obstétricien, infirmières, psychologues, assistantes
sociales, éducateur spécialisé, membres d’associations d’aide aux
personnes vivant avec le VIH/sida) et avec 10 femmes suivies à
l’hôpital : 6 femmes nées en Haïti, 2 nées en Guadeloupe, 1
née à Saint-Martin, 1 née en Éthiopie.
En Martinique, des entretiens ont été réalisés avec 25
professionnels (médecins hospitaliers, médecin de ville,
gynécologue obstétricien, infirmières, infirmière d’observance,
cadre de santé, sage-femme, psychologue, assistante sociale,
éducatrice spécialisée, membres d’associations) et avec 12
femmes suivies à l’hôpital : 7 femmes nées en Martinique, 2
nées en Haïti, 1 née en Guadeloupe, 1 née en France métropolitaine,
1 née en République dominicaine.
Sur les deux terrains d’enquêtes, des observations ont également
été conduites dans les services hospitaliers et associations
concernés (consultations médicales, staffs médicaux, transmissions,
interactions entre professionnels et entre professionnels et
malades).
Résultats
Un avis médical peu sollicité
Les avancées médicales et l’accès aux traitements permettant de
réduire la transmission verticale du virus du sida ont amené les
soignants à modifier et à adapter leurs pratiques professionnelles
et leurs attitudes vis-à-vis de la grossesse chez les femmes vivant
avec le VIH/sida [9]. Selon les soignants impliqués dans le suivi
des personnes vivant avec le VIH/sida, alors que la grossesse était
médicalement déconseillée jusqu’au milieu voire jusqu’à la fin des
années 1990 en raison du risque élevé de transmission verticale et
d’effets délétères sur la santé de la mère, ils sont désormais
satisfaits de pouvoir accompagner des projets de grossesse avec un
risque moindre de contamination de l’enfant [6]. L’information sur
les possibilités médicales pour une femme ou un couple d’avoir un
enfant avec peu de risques qu’il soit contaminé, à condition que la
mère soit suivie et prenne un traitement adapté dès le début de la
grossesse, constitue un élément important et rassurant du discours
commun que les soignants adressent aux patients s’ils sont en âge
d’être parents, ou lors de l’annonce d’une séropositivité. Cette
information, si elle est optimiste, est toutefois nuancée car les
soignants insistent également sur la persistance du risque que
l’enfant soit infecté, notamment en cas d’inobservance du
traitement.
En dépit des informations qu’ils transmettent sur la nécessité
d’un suivi et d’un traitement médical dès le début de la grossesse
pour prévenir une transmission verticale, les soignants constatent
qu’ils sont rarement sollicités par les femmes déjà dépistées
lorsqu’elles débutent une grossesse. À l’exception de quelques
femmes métropolitaines, martiniquaises ou guadeloupéennes qui
interrogent leur médecin sur la possibilité d’avoir un enfant et
qui suivent leurs conseils en matière de limitation du risque de
contamination au partenaire ou de surcontamination8, la majorité des grossesses sont déjà
engagées lorsque les soignants en sont informés.
Si leur avis est rarement sollicité en ce qui concerne un projet
de procréation, les soignants sont davantage amenés à exprimer un
avis sur la poursuite de la grossesse ou éventuellement sur son
interruption. Pour construire cet avis, ils prennent en compte la
situation médicale de la patiente (charge virale, état de santé
général), son histoire (reproductive, sociale, familiale) et sa
situation actuelle : « C’est la patiente qui arrive :
tuberculose inaugurale du sida, découverte du VIH, enceinte de
quelques semaines, dans un tableau dramatique, donc cette patiente
a eu une interruption thérapeutique de grossesse, elle était
d’accord parce qu’elle était dans une situation de très grande
précarité, c’était il y a deux ans. Je l’ai revue. Elle a eu un
bébé depuis. Elle a eu aucun problème pour prendre le traitement au
cours de sa deuxième grossesse. Mais on se connaissait depuis un
an, c’est pas la même chose. », ainsi que le rapporte un
médecin.
Lorsque le conseil est en faveur d’une interruption de
grossesse, ce conseil (perçu souvent négativement par les femmes)
est articulé à un « espoir ultérieur », une possibilité
ultérieure de grossesse mieux préparée et à moindre risque pour
l’enfant et pour la mère.
S’agissant des avis donnés aux patientes, moins nombreuses, qui
demandent conseil au médecin infectiologue avant de débuter une
grossesse, ils reposent avant tout sur des critères médicaux. Si la
charge virale est élevée, quelle que soit la situation
socio-économique de la femme, on lui conseillera de reporter son
projet à un moment où sa charge virale sera plus faible, au mieux
indétectable. Dans certains cas cependant, les critères
psycho-sociaux priment sur les critères médicaux dans la
construction de l’avis professionnel, lorsque la patiente est
connue pour avoir des difficultés socio-économiques ou
psychologiques, voire une addiction, qui constituent un obstacle au
suivi et à l’observance. Pour les patientes qui ne présentent
aucune difficulté de suivi ni d’observance et dont les résultats
biologiques sont bons, l’ensemble des soignants se montre
encourageant face à un désir de grossesse. Il arrive que les
médecins qui suivent des femmes en âge de procréer anticipent ce
désir en leur prescrivant un traitement adapté, afin d’éviter de
modifier leur traitement au moment où elles décideront de débuter
une grossesse.
La grossesse : un moment privilégié pour le suivi
médical
Si les femmes sollicitent peu l’avis de leur médecin avant de
débuter une grossesse, les soignants affirment qu’à l’exception de
quelques femmes toxicomanes ou qui souffrent de troubles
psychiatriques, les patientes séropositives suivies pendant la
grossesse sont très observantes et surmontent leurs difficultés
socio-économiques et administratives pour se rendre aux rendez-vous
médicaux et prendre leurs traitements. La principale inquiétude
exprimée par les femmes pendant la grossesse concerne la santé de
l’enfant et l’éventualité qu’il soit infecté. À l’inverse, elles se
plaignent peu des effets secondaires des traitements et
n’interrogent que très exceptionnellement les soignants sur leurs
éventuels effets sur l’enfant. De l’avis des professionnels, les
femmes manifestent une grande confiance en eux au cours de leur
grossesse, cette confiance étant facilitée par un suivi collectif
et un discours commun partagé par le gynécologue obstétricien,
l’infectiologue, l’infirmière d’observance et l’ensemble des
soignants qui les prennent en charge.
La protection de l’enfant étant prioritaire pour elles, les
femmes acceptent sans difficulté le mode d’accouchement proposé par
l’obstétricien (généralement une césarienne, ou un accouchement par
voie basse lorsque la charge virale est indétectable)9. De la même manière, la contre-indication
de l’allaitement maternel n’est pas remise en question par les
mères, le recours à l’allaitement artificiel étant banalisé.
Après la naissance de l’enfant, les professionnels relèvent
qu’il peut représenter pour la mère une motivation pour lutter
contre la maladie et se soigner (certaines femmes sont devenues
observantes à partir du moment où elles ont été enceintes).
Cependant, le fait de donner naissance à un enfant séronégatif peut
à l’inverse faire « oublier » la présence du virus et
conduire la patiente à suspendre son suivi et son traitement le cas
échéant. Ainsi, alors que les femmes sont généralement très
observantes pendant leur grossesse, pour protéger leur enfant, il
arrive qu’elles interrompent leur propre suivi après
l’accouchement.
Des ruptures de suivi entre les grossesses
Une part importante de l’activité des équipes soignantes, en
collaboration avec les associations de soutien aux personnes vivant
avec le VIH/sida, consiste à essayer de comprendre, au cas par cas,
les raisons se trouvant à l’origine d’une inobservance ou d’une
rupture de suivi, et de trouver des solutions adaptées pour
retrouver des patientes perdues de vue ou pour « faire
accrocher » au traitement une patiente inobservante. Dans cet
objectif, les soignants mettent en place différents dispositifs,
reposant souvent sur la pluridisciplinarité, comme la consultation
d’observance, le suivi infirmier à domicile, ou même
l’hospitalisation prolongée après l’accouchement (pour s’assurer
par exemple que le traitement sera administré à l’enfant).
Pour les patientes perdues de vue pendant une grossesse ou entre
deux grossesses, des pratiques moins formelles sont mises en place.
Ces pratiques passent notamment par des appels téléphoniques de la
part des soignants et/ou des acteurs associatifs. Des visites à
domicile sont plus rarement effectuées. Le fait d’aller à la
rencontre des patientes qui ne peuvent pas se rendre à l’hôpital
est évoqué comme une solution qui permettrait de pallier l’absence
de soins de certaines. Un soignant évoque l’exemple d’un médecin de
ville exerçant en Guadeloupe qui se déplace sur un marché pour
assurer le suivi d’une patiente : « Il y a un médecin
de ville qui est venu nous présenter quelques malades qu’il suit,
il nous disait que pour une malade, finalement les rendez-vous et
les ordonnances etc., il allait les faire au marché, parce qu’elle
vend au marché et elle ne veut pas venir. Donc lui va la voir au
marché, il discute avec elle, c’est une prise en charge, c’est très
bien et on l’a encouragé à le faire. »
Lorsque la patiente ne peut pas se déplacer à l’hôpital en
raison de difficultés financières, une aide sous forme de bons de
transport peut lui être apportée. Enfin, des aides ponctuelles,
obtenues grâce au soutien d’associations caritatives, sont
destinées aux patientes démunies et notamment aux patientes
étrangères (lait maternisé, couches, layette, berceau…).
Face à l’ampleur des difficultés sociales, administratives et
financières d’un grand nombre de patientes étrangères et
françaises, les soignants se sentent souvent bien démunis.
« On colmate, on brode, on est dans la
débrouille » : c’est en ces termes qu’une assistante
sociale exerçant dans un service d’infectiologie définit son
activité. Un travail de collaboration entre les soignants des
différentes équipes (infectiologie, maternité, pédiatrie), les
intervenants sociaux, les associations d’aide aux personnes vivant
avec le VIH/sida permet d’identifier les difficultés propres à
chaque patiente, d’élaborer des solutions appropriées et d’assurer
la continuité des soins pendant et en dehors la grossesse, pour la
femme et pour l’enfant. Ce travail d’échange et de collaboration
pluridisciplinaire prend forme lors des transmissions quotidiennes,
des réunions de staffs, des réunions ciblées (comme la réunion
mensuelle mère-enfant10 en
Guadeloupe).
Conclusion
Les soignants interrogés en Guadeloupe et en Martinique sont
globalement satisfaits de la prise en charge hospitalière des
femmes vivant avec le VIH/sida pendant leur grossesse et de la
réduction du risque de transmission verticale du virus. Cependant,
leurs pratiques quotidiennes sont largement affectées par la
gestion des difficultés sociales et administratives d’une partie
non négligeable de leurs patientes (surtout en Guadeloupe) et par
l’exclusion sociale des personnes atteintes (surtout en
Martinique), obstacle au dépistage, à l’accès aux soins, et à la
prévention [10]. Les entretiens réalisés avec des femmes infectées
montrent qu’elles n’informent pas leur médecin de leur projet de
grossesse car ces grossesses surviennent souvent sans qu’elles
aient été décidées ni planifiées. Pour les femmes martiniquaises et
guadeloupéennes, leurs conjoints sont le plus souvent informés de
leur séropositivité, mais l’utilisation du préservatif n’est pas
systématique, quel que soit le statut sérologique de ces
partenaires, qui ne souhaitent pas toujours être dépistés11. Le plus souvent, les grossesses sont
« accidentelles », même si le projet d’avoir un enfant
était en discussion au sein du couple, et elles surviennent à la
suite d’une rupture de préservatif ou d’un rapport non protégé.
Les expériences des femmes haïtiennes sont dominées par les
difficultés socio-économiques et administratives et par la crainte
de l’expulsion du territoire. Elles vivent le plus souvent seules
ou sont hébergées par des « copains » martiniquais ou
guadeloupéens dont elles sont économiquement très dépendantes, leur
famille et leurs enfants étant restés en Haïti. Leurs compagnons
sont rarement informés de leur infection car elles ont peur du
rejet et de l’exclusion sociale – de la communauté
haïtienne et de la communauté locale. Du fait de leur grande
dépendance économique, ces femmes rencontrent des difficultés
marquées pour négocier l’utilisation du préservatif, d’où des
grossesses non programmées. Celles-ci sont cependant bien
accueillies, tant elles représentent des sources de valorisation
dans un contexte de stigmatisation liée à la maladie. Les
compagnons, quand ils sont présents, sont d’un secours important
d’un point de vue financier, mais aussi administratif : ils
reconnaissent parfois l’enfant, ce qui est perçu par les femmes
comme l’assurance d’obtenir un titre de séjour.
Pour toutes les femmes vivant avec le VIH/sida, l’enjeu majeur
est de préserver le secret de leur infection. Pour les femmes
étrangères, cet enjeu se double d’un enjeu administratif :
éviter l’expulsion du territoire, quitte à suspendre les visites à
l’hôpital. Ainsi, si le suivi et l’observance sont très bien
respectés pendant la grossesse, tant il est primordial pour les
femmes de préserver la santé de leur enfant, on observe souvent des
ruptures de suivi après l’accouchement : la crainte d’être
arrêtées et la précarité économique constituent des obstacles pour
se rendre à l’hôpital. Cette situation est d’autant plus
préoccupante que les malades étrangers sont confrontés à des
pratiques administratives qui freinent, voire empêchent, leur accès
à un titre de séjour pour soins [3,6]12.
En dépit de ces difficultés, les enfants de mères infectés sont
majoritairement dépistés et suivis, même lorsque leurs mères
suspendent leur propre suivi13, d’où
l’importance d’une collaboration étroite entre les équipes
médicales et sociales pour maintenir ce suivi. Les soignants
déplorent néanmoins le manque de moyens, financiers et en
personnels pour renforcer la qualité du suivi médical, social et
psychologique de leurs patientes et de leurs enfants, et pour
assurer le dépistage et la prise en charge des populations les plus
démunies et les plus isolées, souvent mises à l’écart du système de
soins.
Remerciements et autres mentions
À l’ensemble des professionnels et des équipes hospitalières qui
ont participé à l’enquête et qui ont facilité sa réalisation,
notamment en Martinique, le Dr André Cabié et le Dr Sandrine
Pierre- François, en Guadeloupe le Dr Marie-Thérèse Goerger-Sow, le
Dr Isabelle Lamaury et le Dr Franck Bardinet ; et aux femmes
qui ont participé à cette étude. L’étude a été financée par la
Fondation de France et l’Agence nationale de recherche sur le sida
et les hépatites ; elle a été réalisée au sein du LISST-CERS
(UMR 5193 CNRS-Université Toulouse Le Mirail).
Financement : aucun ; conflits
d’intérêts : aucun.
Références
1. Cazein F, Lot F, Pillonel J, et al.
Surveillance de l’infection à VIH-sida en France, 2009. BEH
2009 ; 45-46 : 467-472.
2. Halfen S, Fenies K, Ung B, Grémy I. Les connaissances,
attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida aux Antilles
et en Guyane en 2004. Paris : ORS Île de France, 2006.
3. Bardinet F. Les soins sans les droits pour les
sans-papiers. Maux d’exil 2009 ; 27 : 3-4.
4. CISIH de la Martinique ; COREVIH de la
Martinique. Rapport d’activité 2007 (rédigé par A. Cabié).
Fort-de-France : Centre Hospitalier Universitaire de
Fort-de-France, 2008.
5. Bouillon K, Lert F, Sitta R, Schmaus A, Spire B,
Dray-Spira R. Factors correlated with disclosure of HIV infection
in the French Antilles and French Guiana: results from the
ANRS-EN13-VESPA-DFA Study. AIDS 2007 ; 21 : 89-94.
6. Carde E, Pourette D. Processus de décision en
matière de procréation chez les femmes vivant avec le VIH dans les
territoires français d’Amérique : Guadeloupe, Guyane,
Martinique, Saint-Martin. Rapport de recherche. Toulouse :
LISST-CERS, 2010.
7. Yeni P. Prise en charge médicale des personnes
infectées par le VIH. Recommandations du groupe d’experts.
Paris : La Documentation française ; ministère de la
Santé et des Sports.
8. Bardinet F. Transmission mère-enfant du VIH dans les
« Départements français d’Amérique » de 2000 à 2005.
Blue Moon 2007 ; 1-6.
9. Desclaux A, Cadart M.L. Avoir un enfant dans le
contexte de l’infection par le VIH/sida. Discours médicaux et liens
sociaux. Med Sciences 2008 ; HS2 : 53-61.
10. Cabié A, Georger-Sow MT, Nacher M. Particularités de
l’infection à VIH aux Antilles et en Guyane française en 2004.
Bull Epidemiol Hebd 2005 ; 46-47 : 238-239.
1 Ils s’échelonnent de 28 à 102 par million
d’habitants dans les autres départements français, hormis en
Île-de-France (263) et en Guyane (1 378) [1].
2 Qui représente 80 à 90 % des mères
séropositives de Guadeloupe.
3 D’après le recensement Insee de 2006, la
part des étrangers résidant en Martinique est estimée à
2 %.
4 La situation est différente en
Guyane : si officiellement les antirétroviraux (ARV) sont
disponibles, les difficultés d’accès aux soins, l’étendue du
territoire et les difficultés de communication entre les patientes
et les soignants rendent difficiles le suivi de grossesse et la
prévention de la transmission mère-enfant (PTME) [6].
5 Les femmes sont traitées par
antirétroviral pendant la grossesse pour réduire le risque de
transmission materno-fœtale, et elles reçoivent une perfusion d’AZT
pendant l’accouchement. Un traitement antirétroviral est administré
sous forme de sirop toutes les six heures pendant six semaines aux
enfants nés de mère VIH + [7]. Grâce aux ARV, le taux de
transmission verticale est actuellement réduit à moins de
2 %.
6 Un cas en 2002 en Martinique chez une
femme suivie qui a subi un traumatisme abdominal pendant la
grossesse [4], et deux cas en Guadeloupe entre 2000 et 2005 (un cas
dÛ à un traitement insuffisant selon les critères actuels, un cas
lié à une rupture des membranes de 64 heures à domicile)
[8].
7 Ne sont présentées ici que les données
concernant la Guadeloupe et la Martinique.
8 Si le partenaire est séronégatif, le
conseil est celui d’une auto-insémination : le sperme est
recueilli dans un préservatif après un rapport sexuel protégé, puis
placé dans le vagin à l’aide d’une seringue, au moment où la femme
est en période d’ovulation. Si les deux partenaires sont
séropositifs, ou seulement l’homme, le couple devrait recourir à
une procréation médicalement assistée (PMA) (après décontamination
du sperme, on procède à une insémination artificielle ou une
fécondation in vitro). Mais d’une part, il n’existe pas de
centre de PMA à risque viral dans ces départements, et, d’autre
part, les soignants intègrent dans leurs conseils les connaissances
sur le faible risque de contaminer un partenaire pour les personnes
dont la charge virale est indétectable. Ainsi, ils peuvent
conseiller à certains patients dont la charge virale est
indétectable d’avoir des rapports non protégés au moment de
l’ovulation de la femme.
9 Quelques patientes préfèrent avoir une
césarienne alors que leur médecin leur propose d’accoucher par voie
basse pour prendre toutes les précautions afin d’éviter une
contamination au moment de la naissance.
10 La réunion « mère-enfant », à
laquelle participent des médecins infectiologues, le gynécologue
obstétricien référent, le pédiatre prenant en charge les enfants
nés de mères infectées, a pour objectif de faire le point sur le
suivi des femmes enceintes et des enfants.
11 Une des difficultés posées aux soignants
est d’amener à faire dépister les partenaires de leurs
patient(e)s.
12 En outre, le droit des étrangers
appliqué en Guadeloupe (comme en Guyane et à Saint-Martin) est un
régime d’exception (ce qui n’est pas le cas en
Martinique) : les recours contre les arrêtés préfectoraux de
reconduite à la frontière (APRF) ne sont pas suspensifs de
l’expulsion, ce qui signifie que les gens sont expulsés dans les
heures qui suivent leur arrestation sans possibilité de recours
devant le tribunal administratif ni possibilité de soutien des
associations d’aide aux étrangers.
13 Ce qui n’est pas le cas en Guyane et à
Saint-Martin, où respectivement 17 et 10 % des enfants exposés
au risque d’infection entre 2000 et 2005 ont été « perdus de
vue » après leur naissance ainsi que leur mère [8].
|