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Déficits de traitement et épilepsie dans six unités de soins périphériques du Togo de 2007 à 2009


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 20, Numéro 2, 93-7, avril-mai-juin 2010, Étude originale

DOI : 10.1684/san.2010.0193

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Kokou Mensah Guinhouya, Adodo Aboki, Damelan Kombaté, Vinyo Kumako, Kossivi Apétsé, Mofou Belo, Agnon Koffi Balogou, Kodjo Eric Grunitzky , Service de neurologie CHU de Lomé-Tokoin BP 57 Togo, Service de neurologie CHU du Campus Lomé Togo, Service de Santé des armées Lomé Togo.

Résumé : En 2001, l'OMS a lancé la campagne « sortir l'épilepsie de l'ombre » au Togo où le gap thérapeutique (déficit ou hiatus thérapeutique) était supérieur à 90 %. Une étude pilote a été réalisée à Nadoba où le hiatus thérapeutique a été réduit à 4,1 %. Cette étude a été étendue à d'autres unités de soins périphériques (USP).ButsIl s'agissait d'une étude prospective évaluative des stratégies, réalisée de mai 2007 à juillet 2009. Une USP a été choisie dans un district de six régions sanitaires du Togo. Il s'agit des USP de Nadjundi, de Nadoba, de Kaboli, d'Asrama, de Glidji et d'Adakpamé. L'étude avait pour but de réduire à moins de 50 %, de façon durable, le hiatus thérapeutique de l'épilepsie dans les six USP choisies dans cinq régions sanitaires du Togo.MéthodeLa stratégie adoptée passait par la formation du personnel, la sensibilisation des communautés, la disponibilité des antiépileptiques de première ligne et l'appui à base communautaire aux patients épileptiques et à leur famille.RésultatsPendant 15 mois, l'évaluation interne de la prise en charge communautaire de 816 épileptiques a été effectuée. Les activités de la stratégie adoptée ont été réalisées. Le sex-ratio (H/F) était égal à 1,1. Le taux d'observance du traitement a varié de 96 à 99 %. La mortalité a été de 9 ‰. Le hiatus thérapeutique dans les USP qui variait entre 98 à 94 % en mai 2008 est passé, en juillet 2009, de 40 à 25 %.ConclusionL'objectif a été atteint dans les cinq USP situées en zone rurale et dans l'USP urbaine. Le hiatus thérapeutique est passé de manière durable à moins de 50 %. Cette stratégie basée sur la communauté s'étend aux autres USP voisines.

Mots-clés : épilepsie, étude pilote, hiatus thérapeutique, Togo

ARTICLE

Auteur(s) : Kokou Mensah Guinhouya1, Adodo Aboki1, Damelan Kombaté2, Vinyo Kumako1, Kossivi Apétsé2, Mofou Belo1,3, Agnon Koffi Balogou2, Kodjo Eric Grunitzky1,2

1Service de neurologie CHU de Lomé-Tokoin BP 57 Togo
2Service de neurologie CHU du Campus Lomé Togo
3Service de Santé des armées Lomé Togo

L'épilepsie est l'affection neurologique non transmissible la plus fréquente [1]. C'est une affection chronique, d'étiologies diverses, caractérisée par la répétition de crises résultant d'une hyperactivité paroxystique et synchrone d'un groupe de neurones cérébraux [1]. Quarante à 50 millions de personnes dans le monde sont atteintes d'épilepsie, [2] souffrent en silence et vivent dans l'ombre à cause de l'absence d'une bonne information sur la maladie. L'épilepsie pose un problème de santé publique dans ses répercussions sociales, psychologiques et économiques et représente un véritable défi à relever pour les systèmes de santé dans les pays en voie de développement.

La peur, les préjugés, l'opprobre et la discrimination que suscite l'épileptique conduisent au rejet social de celui-ci et poussent les malades à se « cacher dans l'ombre » [3]. L'épilepsie représente le modèle le plus caricatural de la stigmatisation [4].

Le hiatus thérapeutique concernant l'épilepsie est l'indicateur qui exprime en pourcentage la différence entre le nombre de patients porteurs d'épilepsie active et le nombre de patients épileptiques dont les crises sont convenablement traitées dans une population donnée [5]. Cet indicateur exprime l'impact des politiques de santé dans la prise en charge des maladies. Dans les pays en voie de développement, 80 % des épileptiques sont privés de soins, avec un gap thérapeutique qui varie entre 60 et 98 % [6]. Le nombre estimé d'épileptiques au Togo varie entre 45 000 à 90 000 [4]. Dans 70 à 80 % des cas, l'épilepsie peut être contrôlée à un moindre coût par les antiépileptiques de première ligne.

Nous nous sommes proposés d'évaluer une stratégie de prise en charge communautaire des épilepsies dans les six districts pilotes. Cette stratégie est de réduire le hiatus thérapeutique dans une unité de soins périphérique (USP) et d'étendre cette expérience en « tache d'huile » aux USP environnantes puis à l'ensemble du district et de la région.

Méthodologie

Il s'était agi d'une étude prospective évaluative qui a duré de mai 2008 à juillet 2009. Plusieurs stratégies ont été adoptées pour réaliser cette étude.

Plaidoyer

Un plaidoyer a été effectué auprès des autorités (ministres, responsables centraux et régionaux de la santé, représentant résident de l'OMS au Togo, décideurs politiques et économiques). L'OMS/AFRO a mis à la disposition du projet 3 500 $US par an. Ces ressources financières ont servi à la motivation du personnel, à l'achat de médicaments, aux missions d'évaluation et à la supervision du projet.

Formation

Les personnels des USP, les agents de santé communautaire, le comité de gestion des médicaments essentiels (COGES), l'équipe cadre de chaque district sanitaire ont été formés sur le dépistage actif, la prise en charge (prescription, surveillance du traitement) et la référence vers l'hôpital préfectoral des cas ne pouvant être pris en charge à L'USP. Cette formation a aussi concerné tout le personnel médical et paramédical du district.

À la fin de la formation, chaque district a présenté un plan de travail détaillé couvrant l'ensemble des activités prévues dans le projet. L'ensemble de ces activités a été appuyé par les personnes ressources.

Sensibilisation

Plusieurs réunions de sensibilisation et de motivation se sont en outre déroulées de mai 2007 à mars 2008. Elles ont concerné les décideurs (OMS, ministères), les leaders d'opinion (chefs traditionnels, notables, tradipraticiens, herboristes), le personnel médical et paramédical des USP et les agents de santé communautaire. Les épileptiques de même que leur famille ont été sensibilisés sur l'importance de la régularité de la prise du phénobarbital et les conséquences inhérentes à son arrêt brutal. Pour ces activités, des outils de sensibilisation adaptés au milieu ont été élaborés, testés puis utilisés. Il s'était agi de la radio rurale, de groupes folkloriques, de support audiovisuel, de causeries organisées chez le chef de village.

Approvisionnement en médicaments et matériels

Le Programme national de santé mentale (PNSM) veille à un approvisionnement permanent en anticomitiaux et d'autres médicaments, en matériels (tensiomètres, boîtes chirurgicales, compresses, gants) au niveau de la région, du district, de l'USP.

Une monothérapie à base de phénobarbital a été retenue par le programme comme traitement de base. Chez le sujet âgé de 15 ans ou plus, la posologie est de 100 mg/jour. Chez les enfants (sujets ayant moins de 15 ans), la posologie est de 50 mg/jour. Dans les cas d'effets secondaires (somnolence, troubles du comportement), de contre-indication, de crises rebelles au phénobarbital et chez les sujets présentant une absence, la carbamazépine et l'acide valproïque sont mis à la disposition des patients. Pour les états de mal épileptique, un stock de diazépam et de clonazépam a été fourni à l'USP avec un protocole précis de prise en charge [7].

Évaluation et supervision

Un monitorage des activités avec supervision et évaluation a été conduit tout au long et à la fin de ce processus par les membres de l'équipe de neurologie de Lomé et par l'équipe cadre de chaque district. Des rapports mensuels d'activités ont été régulièrement transmis au directeur préfectoral de la santé puis à l'équipe centrale de Lomé.

Résultats

Après le lancement officiel, 71 séances de sensibilisation ont été tenues. Ces activités ont reçu le soutien des « leaders » tels les chefs de cantons. La présence des leaders d'opinions a favorisé la prise en charge à base communautaire des sujets épileptiques. Six cent trente et un (631) nouveaux cas de sujets épileptiques ont consulté après les différentes activités de sensibilisation dont 31,2 % des cas à l'USP d'Asrama. L'épilepsie a été alors intégrée aux autres programmes de santé en exécution dans les différents districts de démonstration. Les différentes activités ont révélé que la population était bien informée et commençait à modifier ses comportements à l'égard des épileptiques.

Le nombre d'épileptiques suivis a été de 724 en décembre 2008, et de 816 en juillet 2009. Le taux d'augmentation des sujets épileptiques dépistés entre ces deux périodes a été de 12 %. Quatre cent vingt-sept (52,3 %) sujets épileptiques étaient de sexe masculin et 389 (47,7 %) de sexe féminin ont été suivis. Le sex-ratio (H/F) était de 1,10. L'âge moyen des épileptiques était de 28,3 ans, avec un écart-type de 13,2 ans et des extrêmes de 1 à 72 ans. Selon les districts, le nombre d'épileptiques suivis de décembre 2008 à fin juillet 2009 était passé de : 100 à 134 pour Adakpamé ; de 195 à 234 pour Asrama et de 89 à 108 pour Nadjundi. Ce nombre était resté identique pour Nadoba, Glidji et Kaboli, respectivement 128, 105 et 107. À chaque USP furent respectivement fournis :

  • 35 400 comprimés de phénobarbital pour Adakpamé, soit 264 comprimés par an par épileptique ;
  • 32 450 comprimés pour Glidji, soit 309 comprimés par an par épileptique ;
  • 49 671 comprimés pour Asrama, soit 212 comprimés par an par épileptique ;
  • 32 300 comprimés pour Kaboli, soit 302 comprimés par an par épileptique ;
  • 95 000 comprimés pour Nadoba, soit 495 comprimés par an par épileptique ;
  • 36 040 pour Nadjundi, soit 340 comprimés par an par épileptique.

Le phénobarbital a été le médicament de premier choix. Dans 3 % des cas, le phénobarbital a été inefficace sur les crises. Il a été remplacé par d'autres antiépileptiques (carbamazépine ou acide valproïque). L'implication des différentes communautés et la formation du personnel sanitaire avaient rehaussé l'observance du traitement qui a été supérieure à 95 % dans toutes les USP. Huit cent seize sujets épileptiques ont été mis sous phénobarbital. Huit cent sept (99 %) avaient consulté pour crises tonicocloniques et neuf (1 %) étaient admis pour crises d'absence. Sur 816 sujets épileptiques sous traitement, 751 (92,7 %) étaient libres de crise en juillet 2009. La fréquence des crises était restée inchangée chez 25 (3 %) des cas en décembre 2008. Nous avons noté un arrêt des crises chez ces 3 % après le changement d'antiépileptiques (carbamazépine, acide valproïque) en juillet 2009. Nous avons notifié huit décès (9,8 ‰), dont deux par noyade et six par état de mal épileptique. En ce qui concerne l'association épilepsie et grossesse, une bonne réponse thérapeutique et une bonne tolérance du phénobarbital ont été confirmées. Cent cinquante-quatre patientes épileptiques étaient enceintes. Ils s'agissaient de 30 patientes à Glidji, de 64 à Asrama, de 20 à Kaboli, de 15 à Nadoba, de 13 à Nadjundi et de 12 à Adakpamé. La grossesse et la délivrance ont été menées à terme sans incidents chez les 154 jeunes femmes parmi les 308 femmes en activité génitale, épileptiques, sous phénobarbital et qui se sont mariées à l'arrêt des crises.

Avant la présente étude, le hiatus thérapeutique était, sauf à l'USP de Nadoba (43,9 %) qui était l'unité de référence, élevé dans les USP de Glidji (99 %), de Kaboli (97,3 %), de Nadjundi (94,8 %), d'Asrama (98 %) et d'Adakpamé (98 %). À la fin de l'étude, il est passé dans toutes les USP en dessous de 50 %.

Nous rapportons sur le tableau 1 l'évolution du hiatus thérapeutique durant l'étude.

Tableau 1 Hiatus thérapeutique dans les districts et les unités de soins périphériques (USP) de l'étude.

Table 1. Treatment interruption in the districts and PCUs included in the study

Districts (mai 2008) en pourcentage

USP (mai 2008) en pourcentage

USP (juillet 2009) en pourcentage

Nadoba (USP de référence)

43,9

4,1

4,0

Glidji

99,0

98,0

25,0

Asrama

98,0

95,0

19,5

Kaboli

97,3

97,3

22,0

Nadjundi

94,8

57,4

22,0

Adakpamé

98,0

99,0

20,0

Discussion

La stratégie initiée avec succès à Nadoba repose sur la formation du personnel médical et paramédical, ce qui signifie la permanence de la prise en charge des épileptiques. Au bout de 15 mois d'activités, 816 sujets épileptiques ont été dépistés. Le nombre le plus élevé est celui de l'USP d'Asrama évalué à 234, soit 26,6 % et celui de Glidji est le plus bas (évalué à 105), soit 11,9 %. Les séances de formation organisée pour le personnel médical des USP (composé essentiellement d'aides-soignants, de matrones, de manœuvres et de brancardiers) ont permis l'abandon des préjugés et des fausses idées sur l'épilepsie qu'avait ce dernier. En effet, avant la présente étude, 91,6 % du personnel sanitaire des différents districts ne connaissaient ni la bonne définition de l'épilepsie basée sur la récurrence des crises ni la prise en charge correcte de l'épilepsie [8]. Au Malawi, la même stratégie fut appliquée [9]. Au bout de deux ans d'activités, le hiatus thérapeutique qui variait entre 70 et 90 % est passé à 55 % à l'hôpital d'Embangweni [9]. Dans la région de Nakuru au sud-ouest du Kenya, le hiatus thérapeutique a diminué de 90 à 57 % au bout d'un an d'activités [10, 11]. La différence observée est statiquement significative avec un intervalle de confiance à 95 %. Dans ces pays comme au Togo, la diminution des crises était liée de très près à l'approche communautaire. Les agents de santé communautaire avaient réussi à repérer les personnes atteintes d'épilepsie. Les protocoles de traitement pouvaient être appliqués par les non-médecins et permettaient aux agents de santé de prendre en main le diagnostic, l'éducation, l'ajustement des doses thérapeutiques, le suivi et le contrôle de l'observance du traitement. Les activités de sensibilisation réalisées dans notre étude ont sans doute renforcé cette approche communautaire. Ces réunions ont touché environ 9 000 participants. Des 816 sujets épileptiques, nous avons noté une prédominance masculine (52,3 %) avec un sex-ratio à 1,1. Nos patients avaient consulté dans 99 % des cas pour une crise tonicoclonique généralisée et 1 % pour crise d'absence. Nous n'avons pas noté de crise partielle. Ces faits ont été rapportés en Éthiopie où, Tekle-Haimanot et al. [12] ont noté une prédominance masculine avec un sex-ratio à 1,26. Les crises généralisées tonicocloniques ont représenté 81 % des cas, un cas de crise généralisée d'absence a été noté et 19,6 % de crises partielles. L'absence de crise partielle dans notre étude constitue probablement un biais. Les sujets faisant des crises partielles ne se considérant probablement pas comme épileptiques. L'observance du traitement a été supérieure à 95 % dans toutes les USP de démonstration après 458 jours de suivi. Ce taux est supérieur à ceux rapportés dans les études d’Elechi [13] après un suivi de deux ans et demi ; d’Izuora [14] et de Lyun et Lukambi [15] qui ont rapporté, respectivement, un taux d'observance thérapeutique de 18 ; 13,1 et 45 %. Ces faibles taux, retrouvés au Nigéria, semblent être liés à la durée du traitement. La notion de chronicité de l'épilepsie, l'imprévisibilité de son évolution, le mode du traitement médical par tâtonnement et l'évaluation incertaine d'un pronostic contribuent bien souvent au découragement des patients et de leurs familles qui supposent que toute maladie diagnostiquée est sujette à un traitement rapide et efficace [16]. Dans notre étude, le fort taux d'observance thérapeutique est lié à deux facteurs. Le premier est la forte implication de la communauté dans la prise en charge des épileptiques. Le second est l'adéquation de la formation du personnel sanitaire dans les différentes USP de démonstration. Après 15 mois, 63 % des sujets épileptiques mis sous traitement ont un arrêt des crises épileptiques. En juillet 2009, après 15 mois de mise sous traitement, 92,7 % des sujets épileptiques traités n'ont pas signalé de crise. Ces résultats sont comparables à ceux rapportés par Balogou et al. en milieu Tamberma où 87 sujets (88,8 %) n'ont pas signalé de crises après 12 mois de suivi [17]. En Tanzanie, des 200 épileptiques mis sous traitement pendant environ dix ans, 164 avaient réellement suivi le traitement dont 52,4 % ne faisaient plus de crise. À la fin de notre étude, 7,3 % des épileptiques faisaient encore des crises. En Tanzanie [18], 36 % avaient des crises moins fréquentes ; 7,9 % avaient des crises inchangées contre 3 % des cas dans notre série. Une étude au Royaume-Uni réalisée par Cockerel et al. [19] a montré que 86 % (IC 95 % : [81-90]) des épileptiques traités étaient en rémission depuis trois ans. Ces données obtenues en Afrique sont contraires à celles obtenues au Togo et au Royaume-Uni. Nous l'expliquons surtout par le suivi dans le temps des épileptiques dans notre étude. Les décès dans notre étude sont survenus par état de mal épileptique ou par noyade. Balogou et al. [17] ont retrouvé 20,4 ‰ à Nadoba. Tekle-Haimanot et al. [12] et Jilek-Aal et Rwza [18] ont rapporté, respectivement, un taux de mortalité de 6,3 ‰ parmi les 316 épileptiques mis sous traitement après un suivi de deux ans et un taux de 67,1 ‰ après 30 ans de suivi de 164 épileptiques mis sous phénobarbital. Ces décès ont été directement attribués aux crises épileptiques ou à leurs conséquences (noyade, brûlure). Tous les antiépileptiques traversent la barrière fœtoplacentaire et sont liés à une augmentation du risque de malformation congénitale [20]. Aucune malformation n'a été retrouvée chez les nouveaux nés des 154 femmes épileptiques enceintes dans notre étude. Enfin, dans notre étude, 32 300 à 95 000 comprimés de phénobarbital ont été distribués par USP. Environ 365 comprimés/an par patient doivent être fournis, mais à Nadoba nous avons 495/an par épileptique. Cela s'explique par la présence d'autres sujets épileptiques provenant de zone hors enquête (Boukoumbé au Bénin). Dans les autres USP, moins de 365 comprimés/an par épileptique ont été fournis. Néanmoins, l'observance thérapeutique est supérieure à 95 %. Nous l'expliquons par l'approvisionnement pour les épileptiques dans les dépôts de pharmacie en cas de rupture.

Conclusion

Les « bonnes pratiques » de la prise en charge de patients souffrant d'épilepsie demeurent dans nos milieux limitées par le manque de financement. En l'absence d'un financement stable et suffisant, les objectifs fixés ne pourront être atteints. La préservation de la baisse du gap thérapeutique passera sans doute par la poursuite de la lutte contre l'épilepsie et l'amélioration permanente des soins de santé primaires. Le mouvement souvent non planifié des personnels de santé, la réticence des responsables sanitaires des districts et des régions à allouer des ressources au projet afin de pérenniser les acquis constituent une des difficultés majeures. Il paraît urgent d'adopter une politique volontariste pour la prise en charge des épileptiques afin d'ajouter la vie aux années des épileptiques en Afrique noire.

Références

1 de Toffol B, Autret A. Épilepsie. In : Serratrice G, Autret A, eds. Neurologie. Paris : Ellipses, 1996.

2 OMS. Campagne mondiale contre l'épilepsie. Faire sortir l'épilepsie de l'ombre en Afrique. Genève : OMS, 2000.

3 OMS. L'épilepsie : conséquences sociales et aspects économiques. Genève : OMS, 2001.

4 Programme national de santé mentale. Développement de la santé mentale au Togo. Lomé : Ministère de la Santé publique/PNMS, 1994.

5 Meinardi H, Scott R, Reis R, Sander J. Le gap thérapeutique de l'épilepsie : les situations actuelles et les perspectives. Épilepsie 2001 ; 42 : 136-49.

6 Kale R. Sortir l'épilepsie de l'ombre. BMJ 1997 ; 315 : 2-3.

7 Shorvon S, Hart M, Sander W, Andell V. The management of epilepsy in developing countries. An “ICBERG” manual. Londres : Royal Society of Medecine, 1991.

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11 Feksi AT, Kaamugisha J, Gatiti S, Sander JW, Shorvon SD. A comprehensive community epilepsy programme: the Nakuru project. Epilepsy Res 1991 ; 8 : 252–9.

12 Tekle-Haimanot R, Forsgren L, Mekonnen A, Gebre-Mariam A, Heijbel J, Holmgren G. Clinical and electroencephalographic characteristics of epilepsy in rural Ethiopia: a communauty based study. Epilepsy Res 1990 ; 7 : 230-9.

13 Elechi C. Default and new compliance among adult epileptics in Zaria, Nigeria. The need to restructure continued care tropical and geographical medicine. Epilepsia 1990 ; 4 : 242-5.

14 Izuora G. Pattern an prognosis of epilepsy in eastern Nigeria. Postgrad Doct 1983 ; 5 : 330–5.

15 Lyun A, Lukambi F. Drug compliance and serum phenytoin levels in some Ibadan epileptics. W Afr J Med 1986 ; 5 : 169-73.

16 Humbert A, Jaffré Y, Farnarier G. Études anthropologiques de l'épilepsie au Mali : enquête en milieu hospitalier et en milieu urbain. Épilepsies 2001 ; 13 : 30, 33–45.

17 Balogou AA, Grunitzky EK, Belo M, et al. Management of epilepsy patients in Batamariba district, Togo. Acta Neurol Scand 2007 ; 116 : 211–6.

18 Jilek-Aal L, Rwza H. Prognosis of epilepsy in a rural african community: a 30 years follow-up of 164 patients in an outpatient clinic in rural. Tanzania 1992 ; 33 : 645–50.

19 Cockerel O, Johnson L, Sander W, Hart Y, Shorvon D. Remission of epilepsy: result from the national general practice study of epilepsy. Lancet 1995 ; 346 : 140-4.

20 Lindhout D, Omtzigt J. Teratogenic effects of antiepileptic drugs: implications for the managment of epilepsy in women of childbearing age. Epilepsia 1994 ; 35 : 19-28.


 

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