ARTICLE
Auteur(s) : Emira
Kaouech, Meriam
Becheur, Meriam
Cheikh, Slaheddine
Belhadj, Kalthoum
Kallel, Emna Chaker
1Laboratoire de parasitologie-mycologie, hôpital
La-Rabta, 15, rue Djebel-Lakhdhar 1007 Tunis, Tunisie
Les dirofilarioses humaines sont des anthropozoonoses
cosmopolites dues à des filaires du genre Dirofilaria, dont le
réservoir principal est le chien. Elles sont accidentellement
transmises à l'homme à la suite d'une piqûre d'un moustique du
genre Culex, Aedes ou Anopheles.
Plusieurs espèces du genre Dirofilaria sont incriminées dont
principalement le sous-genre Dirofilaria Nochtiella
(Dirofilaria repens), filaire de l'ancien monde, et le
sous-genre Dirofilaria Dirofilaria (Dirofilaria immitis),
filaire du nouveau monde [1].
Trois formes cliniques principales sont connues selon leur siège
; la dirofilariose sous-cutanée (la plus fréquente), la
dirofilariose ophtalmique et la dirofilariose pulmonaire.
En Tunisie, 13 cas ont été rapportés chez l'homme depuis le
premier cas décrit en 1990 (Kassar et al. 1990) [2].
Nous rapportons dans ce travail le dixième cas de dirofilariose
sous-cutanée et le premier à localisation labiale.
Observation
Il s'agit d'une patiente âgée de 40 ans, originaire du Cap Bon
(nord-est tunisien).
Elle consulte pour une lésion de la lèvre supérieure, oblongue
de 1 cm de grand axe, indolore siégeant dans la partie médiane
droite.
L'examen retrouve une tuméfaction sous-cutanée, mobile par
rapport aux plans superficiel et profond. Le diagnostic d'un
kyste sébacé a été retenu.
L'excision de la lésion a libéré un ver.
L'examen morphologique à la loupe binoculaire montre un ver
filiforme de couleur blanchâtre mesurant 14 cm de long et
moins de 1 mm d'épaisseur, ayant une cuticule dont la surface
externe est striée longitudinalement. Les caractéristiques
morphologiques du nématode correspondent à une femelle immature de
Dirofilaria repens. Le diagnostic de dirofilariose
sous-cutanée de localisation labiale est ainsi retenu.
L'interrogatoire confirme l'absence de séjour à l'étranger et
révèle, en outre, la présence d'animaux domestiques dans
l'entourage.
L'évolution après exérèse est favorable, et aucune thérapeutique
n'a été instaurée.
Discussion
Les dirofilarioses sous-cutanéomuqueuses de l'homme sont toujours
et uniquement d'origine animale. Parasite du tissu conjonctif
sous-cutané du chien, du chat et de nombreux autres mammifères
sauvages, la dirofilaire est transmise accidentellement à l'homme
sous sa forme larvaire au moment du repas sanguin de l'hôte
intermédiaire compétent et vecteur, diptère de la famille des
culicidés. En impasse parasitaire, le parasite atteint rarement sa
maturité sexuelle [1].
La dirofilariose sévit dans le bassin méditerranéen, avec un
foyer important en Italie, mais également dans d'autres régions
telles que le Japon, la Russie et les États-Unis [3-5].
En Tunisie, 13 cas ont été déjà décrits dont neuf à localisation
sous-cutanée et quatre localisations conjonctivales ; l'affection
ne paraît donc pas exceptionnelle [6-14].
Les dirofilarioses superficielles se présentent sous forme de
nodule sous-cutané unique siégeant préférentiellement au niveau
d'une partie découverte du corps comme c'est le cas de notre
patiente qui présentait un nodule labial [9].
La maturation dans le tissu conjonctif sous-cutané dure de
quelques semaines à quelques mois, pouvant provoquer une réaction
inflammatoire avec formation d'un nodule et d'éventuelles réactions
allergiques de voisinage [3].
Ce nodule est peu ou pas douloureux, augmentant de taille
progressivement pour atteindre un diamètre de 1 à 3 cm.
Il évoque en première intention un kyste épidermique ou sébacé
également suspecté dans notre observation [10].
Ainsi, les formes sous-cutanées de localisations variées se
présentent le plus souvent sous la forme de nodules dont
l'étiologie dirofilarienne est impossible à évoquer sur le seul
examen clinique [10].
Le diagnostic repose généralement sur l'examen
anatomopathologique de la pièce opératoire permettant
l'identification de la filaire avec sa cuticule striée
caractéristique, ou sur l'examen morphologique à la loupe
binoculaire après conservation de l'helminthe dans l'alcool [3, 9,
13, 14].
Le diagnostic sérologique des sous-genres
Dirofilaria repens et Dirofilaria immitis est
actuellement réalisable mais reste peu sensible et peu spécifique
aussi bien en pratique humaine que vétérinaire.
De nouvelles méthodes de biologie moléculaire sont instaurées ;
elles permettent de dépister le parasite chez l'homme après exérèse
et pourraient aider à la reconnaissance de l'espèce.
Toutefois, l'utilisation de ces méthodes sérologiques ou
moléculaires n'est pas de pratique courante, et le diagnostic
repose essentiellement sur l'étude morphologique de la filaire
couplée aux données épidémiologiques et géographiques [3-5,
10].
Le traitement reste chirurgical ; quant aux antihelminthiques
leur intérêt est discutable d'autant que l'évolution serait
favorable par la seule exérèse de l'helminthe [2, 9, 10].
Conclusion
La dirofilariose humaine, relativement rare en apparence, s'avère
plutôt méconnue, car souvent discrète et généralement bénigne. Elle
est vraisemblablement sous-estimée en Tunisie ; il est donc
important d'y penser devant tout nodule sous-cutané quelle que soit
sa localisation.
Remerciements et autres mentions
Nous remercions le Dr Cheikh, otorhinolaryngologiste, et le Dr
Kanzari, biologiste, de nous avoir adressé le ver pour
l'identification.
Financement : aucun ; conflit d'intérêt:
aucun.
Références
1 Raccourt C, Carme B. Dirofilarioses. Encycl Med Chir (Elsevier,
Paris), Maladies infectieuses, 1999 ; 8-514- A-70, 7p.
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4 Morassin B, Magnaval JF, Bessieres MH,
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Rachid MS, Romdane K. Dirofilariose sous conjonctivale à
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7 Ben Said M, Korbi S, Abdelhedi M, et al.
La dirofilariose sous-cutanée humaine: à propos de deux nouveaux
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8 Mrad K, Romani Ramah S, Driss M, et al.
Mammary dirofilariasis. A case report. Int J Surg Pathol
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et al. Dirofilariose sous-cutanée à Dirofilaria repens en
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11 Ziadi M, Trimeche M, Mestiri S, et al. La
dirofilariose sous-conjonctivale humaine : à propos de deux cas
tunisiens. J Fr Ophtalmol 2005 ; 2 : 773.
12 Hannachi, Sassi S, Abid L, Dhouib R,
et al. Dirofilariose conjonctivale à Dirofilaria repens.
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13 Makni F, Hachicha L, Abdelkafi N, et al.
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14 Bahri Zouari I, Samet Fakhfakh I, Gouiaa N,
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