Accueil > Revues > Sante publique > Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Santé publique
Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Otite nécrosante externe : à propos d’un cas à Abidjan


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 19, Numéro 1, 35-7, janvier-février-mars 2009, Cas clinique

DOI : 10.1684/san.2009.0138

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Max N’kan Ange Mobio, JJ Atteby Yao, Ayekpa Yotio, F Ehouo, J Boka, Edje Demeideros , Service ORL, CHU de Treichville 18 BP 253 01 BP V 3 Abidjan 01 Côte-d’Ivoire, Service de pédiatrie, CHU de Treichville 01 BP V 3 Abidjan 01 Côte-d’Ivoire.

Résumé : L’otite externe nécrosante est une affection grave du méat acoustique externe (MAE) plus fréquente chez les sujets âgés diabétiques. Nous rapportons dans cette étude, le cas d’une fillette de deux ans immunocompétente. Pseudomonas aeruginosa a été le germe en cause. L’examen avait mis en évidence une ulcération profonde de la région prétragienne et une nécrose de l’anthélix gauche. La patiente a bénéficié d’un traitement médical et des pansements locaux. L’évolution a été marquée par une sténose du MAE gauche traitée par une méatoconquoplastie.

Mots-clés : otite externe nécrosante, Pseudomonas aeruginosa

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Max N’kan Ange Mobio1, JJ Atteby Yao2, Ayekpa Yotio2, F Ehouo1, J Boka2, Edje Demeideros2

1Service ORL, CHU de Treichville 18 BP 253 01 BP V 3 Abidjan 01 Côte-d’Ivoire
2Service de pédiatrie, CHU de Treichville 01 BP V 3 Abidjan 01 Côte-d’Ivoire

L’otite externe nécrosante est une pathologie infectieuse grave du méat acoustique externe (MAE) touchant le plus souvent des patients âgés et diabétiques. Elle est caractérisée par la présence de lésions de nécrose cartilagineuse et osseuse. L’extension locorégionale fréquente de ce processus infectieux en fait une pathologie grave pouvant engager le pronostic vital. L’agent causal est le Pseudomonas aeruginosa. Le pronostic antérieurement fatal lui a valu le nom d’otite externe maligne par Chandler [1]. Le but de notre travail est de vous rapporter le cas d’un enfant immunocompétent.

Cas clinique

Une fille âgée de deux ans avait présenté depuis un mois une rhinorrhée mucopurulente, une toux grasse et une otalgie gauche avec une otorrhée purulente dans un contexte fébrile. À l’hôpital de San Pedro (région d’origine des parents), elle avait reçu un traitement à base d’amoxicilline 500 mg/j per os associé à de l’acétylcystéine sirop 600 mg/j per os et de l’acide nuflimique en suppositoire. L’évolution a été marquée par l’installation progressive d’une ulcération du MAE, puis du pavillon et de l’oreille gauche. Adressée à notre service pour un avis ; notre examen clinique avait retrouvé un enfant en bon état général (poids = 12 kg) apyrétique, avec à l’otoscopie gauche une ulcération profonde de la région prétragienne, emportant le tragus ainsi qu’une nécrose de l’anthélix et une otorrhée purulente, fétide, d’aspect jaunâtre, comblant le MAE. L’examen de l’oreille droite était sans particularité. Le reste de l’examen avait retrouvé des râles crépitants et sibilants dans les deux champs pulmonaires. La numération formule sanguine était normale, et la vitesse de sédimentation était accélérée. La glycémie était 0,6 g/L et la sérologie VIH négative. L’examen bactériologique avait isolé Pseudomonas aeruginosa. La radiographie pulmonaire de face faisait évoquer une bronchopneumopathie. L’intradermoréaction réalisée était à 0 mm. Au plan thérapeutique, nous avions prescrit une céphalosporine de troisième génération (ceftazidime). Les parents ne pouvaient honorer l’ordonnance. Nous avons utilisé l’amoxicilline-acide clavulanique (500 mg deux fois par jour en intraveineuse directe [IVD]) pendant un mois associé à la nétromicine (60 mg/j en i.m.) pendant sept jours ; la dexaméthasone (6 mg/j en IVD pendant sept jours) ; l’acétylcystéine (200 mg deux fois par jour par voie orale) et le lavage des fosses nasales. Un pansement biquotidien aux Antibiotules® après nettoyage au Dakin® et calibrage du MAE à l’aide de tubulures stérilisées avait été institué pendant un mois. Nous avons noté un bourgeonnement et un calibrage du MAE gauche. Au bout de deux mois, lorsque nous avons revu la patiente, une sténose complète du MAE s’était produite, faute de suivi à l’hôpital de San Pedro où la patiente était retournée pour la suite du traitement. Une tomodensitométrie des rochers (figures 1 et 2) avait mis en évidence un comblement du MAE gauche par une petite masse tissulaire très vraisemblablement d’origine fibrocartilagineuse en continuité avec les tissus péritemporaux gauches. La membrane tympanique gauche était respectée ainsi que la chaîne ossiculaire gauche, les structures cochléovestibulaires et la mastoïde. Une méatoconquoplastie gauche a été réalisée. Nous avions retrouvé en peropératoire un granulome dans le MAE gauche dont l’examen histologique avait mis en évidence un tissu inflammatoire non spécifique. L’évolution immédiate a été marquée par une suppuration du MAE. Un traitement local à base de fluoroquinolone a permis d’amender la suppuration. La patiente n’a pas été revue par la suite.

Commentaire

Le pseudomonas est souvent un germe saprophyte [2]. La présence de facteurs favorisants (traumatisme du MAE et le climat humide) pourrait favoriser la transformation de ce germe saprophyte en germe pathogène comme chez notre patiente. Fücsek et al. ont rapporté le cas d’un nourrisson de cinq mois immunocompétent [3]. Le jeune âge du patient de Fücsek et al. et celui de notre patiente contrastent avec l’âge élevé (en moyenne 73 ans avec une prédominance masculine) des cas rapportés dans la littérature [4]. La symptomatologie initiale de cette affection est caractérisée par une otalgie intense surtout nocturne accompagnée d’une otorrhée purulente [5]. Ces symptômes sont réfractaires au traitement habituel de l’otite externe. L’examen clinique met en évidence un tissu de granulation au niveau du MAE à la jonction de la portion cartilagineuse et osseuse [5]. Chez notre patiente, l’otorrhée et l’otalgie étaient présentes dès le début. Ces signes ont persisté malgré les premiers traitements. L’examen clinique initial n’avait pas objectivé de tissu de granulation masqué par l’otorrhée purulente abondante. Le tissu de granulation a été découvert en peropératoire au cours de la méatoconquoplastie gauche. L’histologie du granulome de notre patiente a mis en évidence un tissu inflammatoire non spécifique comme dans une otite externe nécrosante [5]. Ce résultat histologique nous a permis d’éliminer un cancer du MAE, une otite tuberculeuse, une granulomatose de Wegener. Au plan biologique, la vitesse de sédimentation, paramètre évolutif intéressant, est accélérée [5] au cours de cette affection comme c’est le cas chez notre patiente. Le germe fréquemment en cause est le Pseudomonas aeruginosa [2, 5], retrouvé également à l’examen bactériologique de l’otorrhée purulente de notre patiente. Cependant, d’autres micro-organismes ont été rapportés dont Klebsiella pneumoniae [6], le Staphylococcus aureus [7] et Candida albicans chez les immunodéprimés [7]. La tomodensitométrie confirme le diagnostic en montrant généralement une ostéolyse de la corticale osseuse de la mastoïde et du tympanal associée à une tuméfaction des parties molles du MAE gauche [2]. L’imagerie par résonance magnétique permet de préciser l’extension dans les espaces latéropharyngés et de la médullaire des os de la base du crâne [2]. La scintigraphie osseuse facilite un diagnostic précoce [2], et la scintigraphie au gallium 67 permet de suivre l’évolution des lésions en cours du traitement [2]. La tomodensitométrie a été l’examen réalisé chez notre patiente. Elle avait mis en évidence une masse tissulaire faisant évoquer un tissu de granulation. Le traitement aujourd’hui est essentiellement médical. Il comprend le traitement du terrain, un traitement local, une antibiothérapie et parfois un traitement chirurgical. Notre patiente étant immunocompétente, le traitement du terrain n’a pas été nécessaire. Le traitement local doit être pluriquotidien avec un nettoyage, un calibrage, un débridement du MAE et l’instillation d’antibiotiques locaux. Le nettoyage du MAE de notre patiente s’était fait au Dakin®, suivi d’un passement aux Antibiotules® et le calibrage. L’antibiothérapie préconisée repose sur des antibiotiques dirigés contre le pseudomonas [5], comme la ciprofloxacine, par voie orale mais qui peut présenter des effets secondaires chez l’enfant [8]. Les pénicillines sémi-synthétiques (ticarcilline) en association avec les aminosides ont un potentiel de toxicité nécessitant une grande prudence dans leur prescription. Les céphalosporines de troisième génération (ceftazidime) ou les céphalosporines de quatrième génération sont utilisables en monothérapie. La durée du traitement parentérale est de quatre à six semaines avec relais par voie orale. Les difficultés financières de notre patiente nous avaient contraints à utiliser l’amoxicilline-acide clavulanique et l’aminoside. Pedersen et Rosborg ont utilisé une association de bêtalactames (carbénicilline, pipéracilline) et d’aminosides pour 22 patients atteints d’otite externe nécrosante due au Pseudomonas aeruginosa pendant 17 jours. Il a obtenu 14 % de récidives (3/22) et 95 % de guérisons (21/22) [9]. Notre patiente a connu une évolution favorable en cours d’hospitalisation. L’absence de rigueur dans le traitement en dehors de l’hospitalisation a favorisé la survenue d’une séquelle à type de sténose complète du MAE gauche traitée par une méatoconquoplastie. Sur une série de huit enfants atteints d’otites nécrosantes, Ette et al. ont rapporté cinq guérisons dont deux avec sténoses du MAE, deux décès et un perdu de vue [10]. Le traitement adjuvant est l’oxygénothérapie [2]. Elle entraîne une hyperoxygénation tissulaire et une activité antibactérienne en stimulant l’activité bactéricide des leucocytes. La gravité de l’otite externe nécrosante tient à son extension vers la base du crâne avec risque de survenue d’une ostéomyélite de la base du crâne.

Conclusion

L’otite externe nécrosante classiquement de l’adulte immunodéficient peut se rencontrer également chez un enfant immunocompétent. Sa manifestation clinique a été identique à celle d’un sujet non immunocompétent et sa prise en charge, essentiellement médicale, accompagnée d’un traitement local rigoureux. La chirurgie a été nécessaire dans la prise en charge de la sténose du MAE de cette jeune patiente trop longtemps perdue de vue.

Références

1 Chandler J. Malignant external otitis. Laryngoscope 1968 ; 78 : 1257-94.

2 Martel J, Guyot M, Darrouzet V. Otites externes « malignes » ou nécrosantes progressives. Revue de l’ACOMEN 1999 ; 5 : 405-15.

3 Fücsek M, Kelemen A, Jakabos P. Necrotizing otitis external in a 5-month old infant. Orv Hetil 2007 ; 148 : 2143-6.

4 Soudry E, Zion Joshua B, Sulkes J, Nageris BI. Characteristics and prognosis of malignant external otitis with facial paralysis. Arch Otolaryngol Head Neck Surg 2007 ; 133 : 1002-4.

5 Ophir H, Doron H. Necrotizing (malignant) external otitis. Am Fam Physician 2003 ; 68 : 309-12.

6 Yang T, Kuo S, Young Y. Necrotizing external otitis in a patient caused by Klebsiella pneumoniae. Eur Arch Otorhinolaryngol 2006 ; 263 : 344-6.

7 Eleftheriadoul A, Ferekidis E, Korres S, et al. Necrotizing otitis external: an often unsettling disease in rural and remote Greek areas. The crucial role of family physicians in prevention and treatment. Rural and Remote Health 2007 ; 7 : 1-47.

8 Rubin J, Yu UL. Malignant external otitis in children. J Pediatr 1988 ; 113 : 965-70.

9 HB P, Rosborg J. Necrotizing external otitis: aminoglycoside and beta-lactam antibiotic treatment combined with surgical. Clin Otolaryngol Allied Sci 1997 ; 22 : 271-4.

10 Ette Akré E, Akré A, Tanon MJ. L’otite nécrosante chez l’enfant à Abidjan. Rev Laryngol Otol Rhinol 2002 ; 135 : 225-30.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]