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Souffrance fœtale : pouvoir informant des lactates et du statut antioxydant versus le score d’Apgar


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 19, Numéro 1, 15-9, janvier-février-mars 2009, Étude originale

DOI : 10.1684/san.2009.0141

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Felix Ovono Abessolo, JP JF Ngou-Mve Ngou, JF Meye, JF Moutsinga Yangou, GJ JF Lemamy, E JF Ngou-Milama , Laboratoire de biochimie médicale Faculté de médecine et des sciences de la santé BP 4009, Libreville Gabon, Département de gynécologie Faculté de médecine et des sciences de la santé BP 4009, Libreville Gabon.

Résumé : La multitude des critères utilisés pour évaluer la souffrance fœtale et le caractère subjectif du score d’Apgar nous ont amenés à étudier le pouvoir informant du lactate et des deux principales enzymes antioxydantes que sont la superoxyde dismutase (SOD) et la glutathion peroxydase (GPx) versus le score d’Apgar. À partir du sang de cordon des nouveau-nés vivants dont les mères ont bénéficié d’un bon suivi de leur grossesse (au moins trois consultations prénatales), il a été évalué les niveaux plasmatiques de l’acide lactique, de la SOD et de la GPx. Ceux-ci ont été reliés par la corrélation de Spearman au score d’Apgar à cinq minutes. Il a été ainsi mis en évidence des corrélations entre le niveau d’acide lactique, la glycémie (r \= 0,212 \; p \= 0,0084), le taux de GPx (r \= 0,179 \; p \= 0,0061), le score d’Apgar (r \= –0,258 \; p \= 0,001) des nouveau-nés et la glycémie des mères (r \= 0,167 \; p \= 0,035). Le taux de la GPx était corrélé, en plus du taux de lactate, au poids de naissance des enfants (r \= 0,205 \; p \= 0,000) et à leur taille (r \= 0,316 \; p \= 0,0056). Le niveau de SOD n’était corrélé qu’avec la glycémie des mères (r \= –0,161 \; p \= 0,046). En analyse multivariée, suivie de l’analyse pas à pas, le lactate était la principale variable reliée au score d’Apgar. Le lactate apparaît donc un meilleur discriminant du score d’Apgar par rapport aux enzymes antioxydantes. En outre, la GPx, plus importante chez les enfants de poids de naissance élevé, rendrait ceux-ci plus aptes à lutter contre les radicaux libres d’origine anoxique ou ischémique.

Mots-clés : lactate, superoxyde dismutase, glutathion peroxydase, Apgar

ARTICLE

Auteur(s) : Felix Ovono Abessolo1, JP JF Ngou-Mve Ngou2, JF Meye2, JF Moutsinga Yangou1, GJ JF Lemamy1, E JF Ngou-Milama1

1Laboratoire de biochimie médicale Faculté de médecine et des sciences de la santé BP 4009, Libreville Gabon
2Département de gynécologie Faculté de médecine et des sciences de la santé BP 4009, Libreville Gabon

L’intégrité cérébrale d’un enfant au moment de sa naissance reste une préoccupation importante pour les médecins et les parents. Le dépistage de ce qui est convenu d’appeler « souffrance fœtale » d’origine anoxique ou ischémique est donc un élément central de la stratégie d’organisation des soins initiaux pour l’enfant. Dans la pratique, la survenue d’une souffrance fœtale d’origine asphyxique reste relativement élevée, bien que son estimation soit très variable d’une étude à une autre, allant de 0,5 à 5 % selon les critères retenus pour son diagnostic [1]. Par ailleurs, l’ischémie utéroplacentaire est pourvoyeuse d’un grand nombre de cas de souffrance fœtale, laquelle peut entraîner des perturbations de l’ensemble des métabolismes de l’organisme, en particulier, au niveau des réactions d’oxydoréduction avec une production accrue des espèces radicalaires de l’oxygène, ou radicaux libres [2].

Fort heureusement, la grande majorité des souffrances n’entraînent pas de handicap. Mais le risque d’anomalie cérébrale acquise demeure un problème majeur, ne serait-ce que par son incidence médicolégale [3]. Ce risque reste difficile à évaluer, incitant à réaliser de nombreuses études. Il existe ainsi de multiples critères d’évaluation de la souffrance fœtale, parmi lesquels l’étude du rythme cardiaque fœtal, le dosage dans le sang des isoenzymes BB de la créatinine-kinase, des acides aminés excitateurs, de l’énolase spécifique des neurones, de la protéine acide gliofibrillaire, de l’acide ascorbique réduit, de l’hypoxanthine, de l’ATP intraérythrocytaire, de l’arginine vasopressine, de l’interleukine 6, de l’adénosine monophosphate, l’étude du rapport lactate sur créatinine urinaire [3], la mesure des gaz du sang artériel ou de la lactacidémie, au niveau du scalp ou du cordon, l’évaluation des antioxydants dans le sang du cordon du nouveau-né et le score d’Apgar à cinq minutes. Des études récentes ont mis en évidence le rôle informatif que pourrait jouer le lactate [4] et son éventuelle place parmi la multitude de ces critères (encadré).

Dans ce travail, nous nous proposons de comparer le pouvoir informant, sur un même groupe de nouveau-nés, des lactates, de la superoxyde dismutase (SOD) et de la glutathion peroxydase (GPx), comparés au score d’Apgar évalué à cinq minutes.

Matériels et méthodes

Notre étude, prospective, portait uniquement sur les nouveau-nés vivants du bloc opératoire de gynécologie obstétrique du centre hospitalier de Libreville entre le 20 juin 2005 et le 28 novembre 2005. Ces enfants sont tous issus de mères ayant eu un suivi médical adéquat tout au long de leur grossesse (au moins trois consultations prénatales), nés sans malformations apparentes et sans réanimation.

Aucune de ces femmes n’était sous traitement autre qu’une supplémentation en fer/folates et vitamines.

Après clampage et section du cordon ombilical, le sang de la veine ombilicale est prélevé à l’aide d’une seringue et recueilli dans un tube sec, EDTA et un tube contenant du fluorure-oxalate. Après centrifugation, des aliquots sont conservés à –20 °C jusqu’à la réalisation des analyses.

Dosage du lactate plasmatique

Le lactate présent dans le plasma a été dosé après oxydation par le lactate oxydase et mise en œuvre de la réaction de Trinder selon le protocole de Biomérieux®.

Dosage de la GPx plasmatique

Ce dosage est fondé sur la méthode de Paglia et Valentine dans laquelle la GPx catalyse l’oxydation du glutathion par l’hydropéroxyde de cumène. En présence de glutathion réductase et de NADPH, le glutathion oxydé est immédiatement converti sous une forme réduite avec oxydation concomitante NADPH en NADP+. La diminution d’absorbance qui en résulte est mesurée à 340 nm, selon le protocole de Randox.

Dosage de la SOD plasmatique

Le rôle de la SOD est d’accélérer la dismutation du radical superoxyde toxique (produit par les processus oxydatifs), en peroxyde d’hydrogène et en molécule d’oxygène. Le protocole utilisé est celui de Randox qui utilise la xanthine et la xanthine oxydase pour générer les radicaux superoxydes. Ces composés réagissent ensuite avec le chlorure de 2(4-iodophényl) 3(4-nitrophénol)-5-phényltétrazolium (INT) pour former un colorant rouge, le formazan. L’activité de la SOD est évaluée par le degré d’inhibition de cette réaction.

Analyse statistique

Les estimateurs utilisés étaient la moyenne et son écart-type. L’analyse de variance a été utilisée pour la comparaison des moyennes des variables qualitatives pour des données normalement distribuées ; dans le cas contraire, il a été utilisé le test non paramétrique de Kruskal Wallis. Les corrélations entre variables quantitatives continues ont été étudiées à l’aide du test de Spearman corrigé en tenant compte des ex æquo. Les corrélations positives en analyse univariée ont été analysées ensemble par une approche multivariée. Les principales variables explicatives ont été obtenues par l’analyse de régression pas à pas. Les différences ont été considérées comme significatives pour une valeur de p < 0,05.

Résultats

La population étudiée est constituée de 81 nouveau-nés dont 43 sont de sexe masculin et 38 de sexe féminin, soit un sex-ratio de 1,1 . Les caractéristiques épidémiologiques des mères et des nouveau-nés sont résumées dans le tableau 1. L’âge moyen des parturientes est de 25 ± 6,7 ans avec des extrêmes allant de 14 à 40 ans ; alors que la gestité moyenne est de 3,7 ± 2,7, pour une prise de poids moyenne de 7,10 ± 3,75 kg.

Le poids des nouveau-nés varie de 1 110 à 4 880 g avec une moyenne à 3 175,06 ± 525,14 g ; le score d’Apgar va de 5 à 10.

Sur le plan biologique (tableau 2), la glycémie des mères varie de 2,91 à 17,8 mM, pour une moyenne à 5,46 ± 2,0 mM. La valeur moyenne de leur hémoglobine est de 11,4 g/dL. Trente-huit femmes (47 %) sont anémiées, parmi lesquelles six seulement ont une anémie hypochrome. Cette anémie est microcytaire chez 29 femmes et normocytaire chez neuf femmes. Soixante-seize femmes (94 %) ont une électrophorèse de type AA, contre cinq (6 %) de type AS.

Le taux moyen de lactate trouvé chez les nouveau-nés est de 8,60 ± 3,16 mM, avec des extrêmes allant de 2,68 à 16,01 mM, alors que leur glycémie va de 2,47 à 7,2 mM. Les valeurs moyennes des activités enzymatiques étudiées sont de 23,32 ± 12,92 U/mL pour la SOD et 493,29 ± 235,71 U/L pour la GPx.

L’analyse univariée, par la corrélation de Spearman, montre :

  • des corrélations négatives significatives entre le taux de lactate du nouveau-né et la taille de celui-ci d’une part (p = 0,0010) et son score d’Apgar d’autre part (p = 0,0010) ;
  • en revanche, les corrélations positives impliquant le taux de lactate sont observées non seulement avec la glycémie du nouveau-né (p = 0,0084), mais également avec celle de la mère (p = 0,035) et le niveau de GPx (p = 0,0061) ;
  • ni l’âge de la mère, ni le poids de naissance du nouveau-né n’affectent le taux de lactate (tableau 3).

La SOD n’est corrélée à aucun paramètre du nouveau-né ; en revanche, on observe une corrélation négative avec le taux d’hémoglobine de la mère (p = 0,046), avec un coefficient de corrélation à –0,161. Notamment, on ne retrouve pas de corrélation de la SOD avec le poids ou la taille de l’enfant (tableau 4).

La GPx est positivement corrélée au poids de naissance et à la taille des enfants (p = 0,0103 et 0,0001 respectivement) (tableau 5).

La corrélation est non significative entre la GPx et le terme d’accouchement. Les deux activités enzymatiques étudiées ne sont reliées ni au score d’Apgar, ni au terme de l’accouchement, encore moins aux niveaux de glycémie des mères et des enfants.

Le score d’Apgar n’est corrélé ni à la SOD (p = 0,8223), ni avec la GPx (p = 0,196).

La nature de l’hémoglobine n’influence pas les niveaux de lactate, qui sont respectivement de 8,98 ± 3,17 mM chez les nouveau-nés dont les mères ont une hémoglobine AA, et de 8,34 ± 3,37 mM chez ceux dont les mères ont l’hémoglobine AS (p = 0,39).

L’analyse multivariée, tenant compte de toutes ces variables, ne fait plus ressortir que trois corrélations avec le taux de lactate :

  • une corrélation positive avec la glycémie du nouveau-né (r = 0,279) ;
  • deux corrélations négatives, avec la gestité de la mère d’une part (r = –0,204) et le score d’Apgar d’autre part (r = –0,434) ;
  • on observe également une corrélation négative entre le score d’Apgar et la glycémie du nouveau-né (r = –0,417).

La régression multiple pas à pas fait ressortir trois variables associées au score d’Apgar. Il s’agit, par ordre de priorité, du taux de lactate, de la glycémie du nouveau-né et de la gestité des mères. Il en résulte l’équation suivante reliant le score d’Apgar à ces variables :

Apgar = 11,56 – 0,480 [lactate] – 0,115 [glycémie du nouveau-né] + 0,087 [gestité].

Tableau 1 Paramètres épidémiologiques des mères et des nouveau-nés.Table 1. Epidemiological characteristics of mothers and newborns.

Paramètres

Moyennes ± écart-type

Âge (ans)

25 ± 6,7

Poids de fin de grossesse (kg)

69,04 ± 11,4

Prise de poids pendant la grossesse (kg)

7,10 ± 3,75

Gestité

3,7 ± 2,8

Terme d’accouchement (SA)

39,2 ± 5,2

Poids du placenta (g)

576,6 ± 122,2

Longueur du cordon (cm)

49,5 ± 13,0

Poids de naissance des nouveau-nés (g)

3175,06 ± 525,14

Taille des nouveau-nés (cm)

49,54 ± 2,56

Périmètre crânien des nouveau-nés (cm)

32,64 ± 1,93

Apgar

9,04 ± 1,27



Tableau 2 Paramètres biologiques des nouveau-nés.Table 2. Laboratory indicators of the newborns.

Paramètres

Moyennes ± écart-type

Glycémie (mM)

3,90 ± 0,97

Hémoglobine (g/dL)

15,06 ± 1,79

Lactate (mM)

8,60 ± 3,20

SOD (UI/mL)

23,32 ± 12,92

GPx (UI/L)

493,29 ± 235,71



Tableau 3 Corrélations avec le taux de lactate.Table 3. Correlations with lactate levels.

Variables

r

p

Lactate/âge

–0,086

0,2728

Lactate/poids du nouveau-né

–0,054

0,4929

Lactate/taille du nouveau-né

–0,258

0,0010

Lactate/Apgar

–0,258

0,0010

Lactate/glycémie de la mère

0,167

0,0350

Lactate/glycémie des nouveau-nés

0,212

0,0084

Lactates/SOD

–0,081

0,2150

Lactates/GPx

0,179

0,0061



Tableau 4 Corrélations avec la SOD.Table 4. Correlations with SOD.

Variables corrélées

r

p

SOD/GPx

0,082

0,309

SOD/poids de fin de grossesse

0,010

0,90

SOD/poids de naissance de l’enfant

0,059

0,466

SOD/taux d’hémoglobine de la mère

–0,161

0,046

SOD/taux d’hémoglobine de l’enfant

–0,087

0,279

SOD/glycémie de la mère

–0,102

0,206

SOD/glycémie de l’enfant

0,064

0,792

SOD/taille de l’enfant

0,004

0,959

SOD/terme de l’accouchement

–0,039

0,639

SOD/Apgar

0,015

0,823



Tableau 5 Corrélations avec la glutathion peroxydase.Table 5. Correlations with glutathione peroxidase.

Variables corrélées

r

p

GPx/poids de fin de grossesse

0,054

0,681

GPx/poids de naissance de l’enfant

0,205

< 0,0001

GPx/taux d’hémoglobine de la mère

0,070

0,875

GPx/taux d’hémoglobine de l’enfant

0,010

0,256

GPx/glycémie de la mère

–0,046

0,564

GPx/glycémie de l’enfant

0,017

0,839

GPx/taille de l’enfant

0,316

0,0056

GPx/terme de l’accouchement

0,212

0,098

GPx/Apgar

–0,084

0,196

Discussion

L’objectif de ce travail est d’apprécier le pouvoir informant du lactate et des enzymes antioxydantes, par rapport au score d’Apgar, trop opérateur-dépendant.

La méthodologie que nous avons adoptée a été de ne tenir compte que des nouveau-nés de mères ayant régulièrement suivi leur grossesse. Ce protocole n’a pas permis d’obtenir des nouveau-nés dont le poids serait situé aux extrêmes en outre, mais également les femmes dont les paramètres biologiques seraient très perturbés. Cela a donc réduit les possibilités d’obtenir les grands prématurés et les enfants présentant une détresse respiratoire importante, ayant nécessité une ventilation assistée. En effet, la situation d’hypoxie est responsable d’une importante production de lactate, qui est éliminé par l’oxygénation selon des mécanismes totalement physiologiques. Cette réanimation des nouveau-nés peut d’ailleurs être suivie par l’évaluation du taux de lactate comme l’ont fait De Backer et Vincent [4].

De même, les femmes de notre étude ne présentent pas d’hyperglycémie vraie. Les niveaux de glycémie relativement élevés dans ce travail sont expliqués par le stress déclenché par l’accouchement, qui met en branle toutes les hormones hyperglycémiantes. C’est pour cette raison que les enzymes étudiées ne présentent de corrélation ni avec le niveau de glycémie de la mère, ni avec celui de l’enfant. Alors que Delattre et al. [5] mettent clairement en évidence un stress oxydatif déclenché par un diabète non contrôlé, avec augmentation des enzymes antioxydantes. Pour les mêmes raisons, nous n’avons noté aucun cas de prééclampsie ou d’éclampsie, situations connues comme étant des facteurs stimulant le stress oxydatif [2].

La valeur moyenne de lactate trouvée chez tous les enfants est de 8,60 ± 3,16 mM. Cette moyenne est largement au-dessus des taux retrouvés chez les adultes : 0,5-2,2 mM, en situation normale. Cette élévation renseigne non seulement sur les taux de lactate produits par la mère et transmis à l’enfant, mais également sur la production fœtale, avant et pendant l’accouchement. Par conséquent, plus l’accouchement sera laborieux pour la mère, plus celle-ci produira du lactate qui sera à son tour transmis à son enfant.

La présence du trait drépanocytaire sous sa forme hétérozygote n’influence pas le taux de lactate, car cette situation n’engendre pas d’anémie qui aurait pu avoir un effet sur le taux de lactate.

Les valeurs moyennes de SOD et de GPx sont respectivement de 23,32 ± 12,92 U/mL et 493,29 ± 235,71 U/L ; elles sont toutes les deux en dessous des valeurs attendues chez les adultes qui vont respectivement de 164 à 240 U/mL pour la SOD et de 4 171 à 10 881 U/L pour la GPx. Cela témoigne du faible niveau d’oxydation globale chez les enfants à la naissance. Sanchez-Alvarez [6] et al. trouvent également des niveaux de GPx très en deçà des valeurs des adultes, à 189,9 ± 8,9 U/L.

La première barrière contre le stress oxydatif est le système non enzymatique, correspondant aux vitamines E, C et au glutathion sous sa forme réduite. Leur évaluation pose cependant le problème des techniques de dosage qui ne sont pas toujours disponibles. Buhimschi et al. ont mis en évidence l’impact bénéfique de la réserve des antioxydants non enzymatiques chez les nouveau-nés [7]. Ainsi, un enfant exposé à un stress de moindre importance ne présentera pas de modifications de ses enzymes antioxydantes ; mais c’est plutôt le système non enzymatique qui réagira le premier. Tandis qu’un stress de plus grande importance aura un impact notable non seulement sur la SOD, mais aussi et surtout sur la GPx. Cette action est remarquée chez les femmes enceintes exposées soit de façon passive, soit de façon active à la fumée de cigarette [8, 9].

Des corrélations négatives sont obtenues entre le niveau de lactate, la taille des enfants et le score d’Apgar. C’est la taille de l’enfant et non son poids qui est inversement liée au niveau de lactate. Cette liaison est à rapprocher de celle trouvée par Vadrilova et al. [10] et Hernandez-Ortega et al. [11] témoignant du fait que les enfants de petite taille sont susceptibles d’avoir subi une souffrance non pas lors de l’accouchement, mais tout au long de la grossesse. Cette souffrance aurait alors comme conséquence, un retard de croissance intra-utérin.

Nous n’avons pas trouvé de liaison entre la supplémentation en fer et le niveau des activités enzymatiques. Or, il est démontré que l’excès de fer chez la femme enceinte génère des radicaux libres au niveau du placenta riche en mitochondries [12]. Mais dans notre travail, ni la posologie de la supplémentation ni la certitude de son suivi n’étaient disponibles, expliquant ainsi ces résultats apparemment discordants.

Nous avons mis en évidence une relation linéaire entre le poids de naissance de l’enfant et le taux de GPx. En effet, la GPx catalyse l’oxydation du glutathion réduit GSH en glutathion oxydé GSSG. Son élévation traduit donc une augmentation de la forme oxydée de ce coenzyme par rapport à la forme réduite. Ce résultat est conforme à celui de Sanchez-Alvarez et al. [6] qui montre que le stress oxydant est dû à un dysfonctionnement mitochondrial. La concentration totale de glutathion, sous ses deux formes, est la même quel que soit le poids de naissance ou le terme d’accouchement. En revanche, c’est le rapport GSH/GSSG qui est fortement diminué chez les enfants de faible poids de naissance. Cette diminution n’est pas due à l’absence des enzymes permettant le renouvellement du glutathion réduit telles que la glutathion réductase ou la glucose-6-phosphate-déshydrogénase, mais à la diminution de l’activité des complexes II-III des mitochondries, retrouvées en grande quantité dans le placenta. Dans tous les cas, cette situation prévaut en cas d’hypoxie chez le nouveau-né. La croissance de cette relation suppose une aptitude plus grande des enfants dont le poids de naissance est normal à mieux synthétiser les enzymes antioxydantes, leur permettant de mieux lutter contre le stress oxydant.

De tous les paramètres corrélés aux taux de lactate en analyse univariée, il ne reste plus en analyse multivariée que la gestité de la mère (r = –0,204), le score d’Apgar (r = 0,434) et la glycémie du nouveau-né (r = 0,279). L’analyse pas à pas met en évidence une corrélation négative entre le taux de lactate et le score d’Apgar (r = –0,480), alors que l’influence des autres paramètres, gestité de la mère et glycémie du nouveau-né, est tout à fait négligeable. Nous restons conformes aux résultats d’autres équipes de recherche [13, 14].

En revanche, la relation entre le score d’Apgar et la GPx, qui n’apparaît que lors de l’analyse univariée, disparaît lors de l’étude multivariée.

Il apparaît alors que la liaison entre le score d’Apgar et le lactate est plus oxydante, SOD et GPx.

Conclusion

Nous avons montré que le dosage du lactate peut valablement remplacer l’évaluation du score d’Apgar dans l’appréciation du niveau de souffrance fœtale, contrairement aux enzymes impliquées dans la lutte contre les radicaux libres oxygénés. Par ailleurs, la relation linéaire et croissante entre le poids de naissance et le niveau de GPx suggère que les enfants de poids de naissance normal sont susceptibles de mieux lutter contre les effets délétères des radicaux libres oxygénés d’origine anoxique ou ischémique.

Références

1 Low JA. Intrapartum fetal asphyxia: definition, diagnosis and classification. Am J Obstet Gynecol 1997 ; 176 : 957-9.

2 Bowen RS, Moodley J, Dutton MF, Theron AJ. Oxidative stress in pre-eclampsia. Acta Obstet Gynecol Scand 2001 ; 80 : 719-25.

3 Huang CC, Wang ST, Chang YC, Lin KP, Wu PL. Measurement of the urinary lactate/creatinin ratio for the early identification of newborn infants at risk for hypoxic-ischemic encephalopathy. N Engl J Med 1999 ; 341 : 328-35.

4 De Backer D, Vincent JL. Monitorage des taux de lactate sanguin en réanimation. Ann Biol Clin 2000 ; 58 : 487-90.

5 Delattre J, Bonnefont-Rousselet D, Bordas-Fonfrède M, Jaudon MC. Diabète sucré et stress oxydant. Ann Biol Clin 1999 ; 57 : 437-44.

6 Sanchez-Alvarez R, Almeida A, Medina JM. Oxidative stress in preterm rat brain is due to mitochondrial dysfunction. Pediatr Res 2002 ; 51 : 34-9.

7 Buhimschi IA, Buhimschi CS, Pupkin M, Weiner CP. Beneficial impact of term labour: non enzymatic antioxidant reserve in the human fetus. Am J Obstet Gynecol 2003 ; 189 : 181-8.

8 Bolisetty S, Naidoo D, Lui K, et al. Postnatal changes in maternal and neonatal plasma antioxidant vitamins and the influence of smoking. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed 2002 ; 86 : F36-F40.

9 Fayol J, Gulian JM, Dalmasso C, Calaf R, Simeoni U, Millet V. Antioxidant status of neonates exposed in utero to tobacco smoke. Biol Neonate 2005 ; 87 : 121-6.

10 Vadrilova L, Klaidzhieva M, Sluncheva B, et al. The significance of parameters of the acid-base status, blood gas and blood lactate level for the adequate resuscitation and prognosis in new borns with very low birth weight. Akush Ginekol (Sofia) 2004 ; 43 : 25-31.

11 Hernandez-Ortega H, Angeles-zepeda R, Maida-Claros R, Dehesa-Morales R, Molina-Sanchez A, Olvera-Guerrero A. Lactic acidosis in recovered asphyctic new borns infants. Bol Med Hosp Infant Mex 1989 ; 49 : 649-53.

12 Casanueva E, Viteri FE. Iron and oxidative stress in pregnancy. J Nutr 2003 ; 133 : 1700S-1708S.

13 Vadrilova L, Iarukova N, Dimitrov A, Nikolov A, Kalaidzhieva M. The Apgar score, acid-base equilibrium of umbilical cord vessels and early postnatal adaptation in healthy term new borns. Akush Ginekol (Sofia) 1999 ; 38 : 14-7.

14 Deshpande SA, Platt MP. Association between blood lactate and acid-base status and mortality in ventilated babies. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed 1999 ; 76 : F15-F20.


 

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