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Le riz source de vie et de mort sur les plateaux de Madasgascar


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 6, Numéro 2, 79-86, Mars-Avril 1996, Étude originale

Article gratuit   Summary  

Auteur(s) : Stéphane Laventure, Jean Mouchet, Sixte Blanchy, Laurence Marrama, Patrick Rabarison, Lala Andrianaivolambo, Edmond Rajaonarivelo, Ignace Rakotoarivony, Jean Roux

Résumé : Dès le XVIIe siècle, les chroniqueurs de Madagascar signalaient la dualité entre les Plateaux « salubres » et des côtes où sévissaient des fièvres pernicieuses. Les premiers étaient habités par une population d’origine asiatique, les secondes par des migrants africains. Dès le XVIIIe siècle, les rois « merina » développèrent la culture du riz irrigué sur les plateaux avec l’aide d’une main-d’œuvre côtière. Actuellement, cette céréale y est devenue une monoculture qui occupe la plupart des terres arables. La première épidémie de paludisme se manifesta aux environs de Tananarive, en 1878, et gagna toutes les Hautes Terres en provoquant une mortalité considérable. Une deuxième épidémie, peut-être simple résurgence de la première, se manifesta en 1895. Tout aussi meurtrière, elle touchait à la fois le corps expéditionnaire français et les troupes « hova » qui lui étaient opposées. Puis, le paludisme s’endémisa à un niveau mésoendémique jusqu’en 1949. Les mesures de lutte, traitements intradomiciliaires au DDT et chimioprophylaxie à la chloroquine, éliminèrent le paludisme des Plateaux qui, en 1962, étaient considérés comme assainis \; les pulvérisations furent arrêtées. Seuls trois foyers, fonctionnant à bas bruit, étaient placés sous surveillance. En 1987, le paludisme se manifestait à nouveau bruyamment avec son cortège de morts. La reprise des mêmes méthodes de lurre jugulèrent d’abord la mortalité puis la maladie elle-même. Le principal vecteur sur les Plateaux est An. funestus. Plus de 95% de ses gîtes larvaires sont constitués par les rizières, aux stades avancés de l’épiaison, de la maturation puis de la jachère. Sa période d’abondance de février à mai, qui est aussi celle où se manifestent la plupart des accès palustres, est déterminée par le calendrier cultural. Le deuxième vecteur, An. arabiensis, se développe lui aussi dans les rizières, après le labour et le repiquage, lorsque le plan d’eau est ensoleillé \; il prolifère aussi dans des collections d’eau de pluie ou des fosses d’emprunt de terre, mais la rizière reste son site de prédilection. Les vecteurs du paludisme, sur les Plateaux, sont le produit des activités de l’homme étroitement liées à la riziculture, base de l’économie, d’où le titre de cet article. Cette situation est tout à fait particulière. Le rôle épidémiologique des rizières est éminemment variable. En Asie du Sud-Est, elles hébergent des espèces d’anophèles qui ne sont pas vecteurs, ou tout au plus de P. vivax, et elles constituent des zones saines. En Afrique de l’Ouest, où le paludisme est holoendémique, elles produisent d’énormes quantité d’An. gambiae, sans modifier la situation d’un paludisme déjà à saturation. Au Burundi, les rizières productrices d’An. arabiensis sont à l’origine d’une endémo-épidémie. Dans le sud de Madagascar, les zones rizicoles contrastent avec le « bush » xérophile par la présence d’An. funestus et d’une forte endémie palustre. Il faut souligner qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre, il n’y a pas d’An. funestus dans les rizières, bien que l’espèce soit abondante dans les marais environnants. Au contraire, à Madagascar, on trouve cette espèce dans toutes les rizières. La quasi-impossibilité de contrôler le développement des larves d’anophèles dans les rizières par des méthodes chimiques, biologiques ou écologiques ne permet pas de trouver des solutions de remplacement efficaces au traitement intradomicilliaire avec des insecticides rémanents, qui donnent toujours d’excellents résultats sur les Plateaux de Madagascar. Les moustiquaires imprégnées pourraient constituer une méthode de remplacement valable, mais elles ne sont pas utilisées spontanément par la population.

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