ARTICLE
Auteur(s) : Papa
Ndiaye1, El Hadj Ould
Abdallahi2, Abdoulaye Diedhiou3,
Anta Tal-Dia4,
Jean-Pierre Lemort5
1Service de médecine préventive et santé publique,
Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie (FMPO),
Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar,
Sénégal
2Ministère de la Santé et des Affaires sociales de la
République islamique de Mauritanie, BP 320, Nouakchott, RIM
3Institut de santé et développement (Ised), Université
Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal
4Service de médecine préventive et santé publique,
Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie
(FMPO)/Institut de santé et développement (Ised), Université Cheikh
Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal
5Unité de statistique et informatique médicale, Faculté
de médecine, 1, rue Gaston-Veil, 44035 Nantes Cedex 01, France
Le syndrome d’immunodéficience acquise (sida) constitue l’une des
préoccupations majeures de ces deux dernières décennies de par sa
gravité et son ampleur planétaire [1]. Le sida efface des décennies
de progrès social, économique et sanitaire, amputant l’espérance de
vie de plusieurs années, aggravant la pauvreté et contribuant aux
pénuries alimentaires ou les accentuant [2]. Inconnu il y a un
quart de siècle, il a atteint 5 millions de personnes et tué
3 millions d’autres durant la seule année 2003 [3]. Plus
de la moitié de ces cas intéressent des jeunes à l’apogée de leur
productivité et de leur procréation [4], avec une prédominance dans
les pays en développement [2, 3]. En Afrique subsaharienne où
73 % des cas sont comptabilisés, la transmission sexuelle est
prédominante [4]. La sexualité en dehors du mariage y est précoce,
accentuée par les processus d’urbanisation [5].En République
islamique de Mauritanie, la faible prévalence de l’infection
(1 %) est menacée par l’insuffisance de la prévention [6]. La
lutte contre le sida, commencée dès la détection des premiers cas
en 1987, s’est concrétisée par la création du Programme national de
lutte contre le sida en 1989. Depuis, trois plans à moyen terme ont
été élaborés et mis en œuvre. En 1999, avec l’appui du programme
commun des Nations unies pour la lutte contre le sida (Onusida), de
grandes quantités de préservatifs ont été distribuées, mais leur
niveau d’utilisation demeure imprécis [7].Ce travail a été
entrepris pour identifier les facteurs limitant l’utilisation du
préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott,
afin de proposer des mesures correctives, et contribuer à la lutte
contre la progression de l’infection à VIH/sida dans la population
mauritanienne.
Méthode
Cadre d’étude
Le collège El Mina, du nom de sa moughataa (district), est
situé dans la région de Nouakchott, à la partie ouest de la
République islamique de Mauritanie. Il dessert une moughataa
urbaine de 95 011 habitants, avec une population féminine à
46 %, et âgée de moins de 15 ans à 42 %. Cette
population, entièrement musulmane, regroupe toutes les couches
sociales et les différents niveaux socio-économiques. Le commerce,
la pêche et l’élevage constituent la base de l’économie.
Le système de santé comprend deux centres de santé et trois
postes de santé. Le personnel se compose de deux médecins, sept
infirmiers, trois sages-femmes, une technicienne de laboratoire, et
trois agents auxiliaires d’hygiène. Le financement des activités de
santé est partagé entre l’État, le comité de santé et les
partenaires au développement.
Dans l’ordre de fréquence décroissante des motifs de
consultation, les infections sexuellement transmissibles (IST)
(5 %) arrivent en sixième position, derrière les infections
respiratoires aiguës (23 %), les maladies diarrhéiques
(18 %), les parasitoses (13 %), les dermatoses (8 %)
et la malnutrition (7 %).
Type d’étude
Il s’agissait d’une enquête épidémiologique transversale. La
population d’étude était composée des élèves du collège
El Mina de Nouakchott. L’échantillonnage a été exhaustif,
ciblant l’ensemble des 711 inscrits sur le registre des
classes de la 6e à la 3e. Le jour de
l’enquête, 617 élèves étaient présents et autant de
questionnaires distribués, parmi lesquels 504 ont été remplis.
Variables étudiées
Les variables étudiées comprenaient une seule dépendante
(utilisation ou non du préservatif), les autres étant indépendantes
et organisées en deux niveaux :
- – Le profil sociodémographique regroupait : l’âge,
le sexe, le niveau d’études, le statut matrimonial, et l’existence
ou non d’une activité sexuelle. Chez les élèves sexuellement
actifs, ont été étudiés : la durée de l’activité sexuelle et
le nombre de partenaires.
- – Le niveau des connaissances sur les IST/sida
intéressait : les sources d’information, la participation à
des séances éducatives, la considération ou non de la sexualité
comme un sujet tabou, la facilité ou non à aborder les questions
relatives au préservatif, la connaissance des lieux
d’approvisionnement, l’accessibilité géographique et financière du
préservatif.
Préparation et déroulement de l’étude
- – Une autorisation a été obtenue du Comité sectoriel de
lutte contre le sida du ministère de l’Éducation nationale, de la
Direction régionale de l’enseignement secondaire de Nouakchott et
des autorités administratives locales. Le consentement des parents
d’élèves a été acquis grâce à des visites de terrain effectuées
pour les avertir et les sensibiliser sur le but et les objectifs de
l’étude.
- – Sur la base des variables d’étude, un questionnaire a
été élaboré. Deux superviseurs hommes et quatre enquêteurs, dont
trois femmes, habitant tous en dehors de la moughataa, ont été
recrutés sur la base de leur niveau d’études et expérience en
matière d’enquête. Ils ont ensuite été formés aux techniques de
distribution, de remplissage, de ramassage, puis de contrôle du
questionnaire.
- – Le prétest dans un autre collège de Nouakchott a
permis d’y apporter les ajustements, prenant en compte les
suggestions des acteurs (superviseurs et enquêteurs) et de deux
autres personnes ressources : un pédiatre et un
épidémiologiste-biostatisticien.
- – L’enquête, écrite, s’est déroulée durant le mois de
mai 2004. Pour gagner la confiance, la participation et
l’adhésion des élèves, l’objectif de l’étude, la confidentialité,
le caractère facultatif de la réponse aux questions et le libre
consentement ont été clairement indiqués sur les questionnaires.
Après remplissage, ces questionnaires ont été ramassés le même jour
par les quatre enquêteurs qui sont restés en contact permanent avec
les élèves pour répondre à d’éventuelles questions. Les opérations
se sont déroulées sous le contrôle du coordonnateur, appuyé par les
deux superviseurs.
Analyse des données
La saisie des données, puis le nettoyage des fichiers, et ensuite
leur analyse ont été tous effectués à l’aide du logiciel
Epi Info, version 6.04. Il a été ainsi possible d’obtenir des
résultats descriptifs (tableaux et graphiques de fréquence) et
analytiques (tableaux croisés comparant les fréquences grâce au
test du χ2, avec un seuil de significativité à p <
0,05).
Résultats
Données descriptives
Profil sociodémographique des élèves
Les élèves étaient âgés de 14 à 26 ans, avec une médiane à 19,
un mode à 18, et une moyenne à 19 (± 1,66). Ils s’agissait de
filles dans 49 % des cas (sex-ratio = 0,96), célibataires dans
91 % des cas, en classe de 6e, 5e,
4e et 3e dans 19 %, 33 %,
24 % et 24 % des cas respectivement (tableau 1(
Tableau 1 )).
Les élèves sexuellement actifs étaient au nombre de 202
(40 %). Parmi eux, 90 % avaient une expérience sexuelle
de moins de 3 ans, 41 % avaient plus d’un(e) partenaire,
et 38 % utilisaient le préservatif.
Tableau 1 Profil sociodémographique des élèves du
collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de
Mauritanie (mai 2004)Table 1. Socio-demographic profile of El
Mina college pupils of Nouakchott, in the Islamic Republic of
Mauritania (May 2004)
|
Profil sociodémographique
|
Modalités des variables
|
|
Oui
|
Non
|
Total
|
|
Adolescent (âge < 19 ans)
|
316 (63 %)
|
188 (37 %)
|
504 (100 %)
|
|
Filles
|
247 (49 %)
|
257 (51 %)
|
504 (100 %)
|
|
Classes = 4e ou 3e
|
242 (48 %)
|
262 (52 %)
|
504 (100 %)
|
|
Célibataire
|
457 (91 %)
|
47 (9 %)
|
504 (100 %)
|
|
Existence d’activité sexuelle
|
202 (40 %)
|
302 (60 %)
|
504 (100 %)
|
|
Durée de la sexualité ≤ 3 ans
|
182 (90 %)
|
20 (10 %)
|
202 (100 %)
|
|
Nombre de partenaires > 1
|
83 (41 %)
|
119 (59 %)
|
202 (100 %)
|
|
Utilisation du préservatif
|
76 (38 %)
|
126 (62 %)
|
202 (100 %)
|
Niveau d’information
Les rôles donnés au préservatif étaient d’éviter (( figure 1 ))
uniquement les IST/VIH/sida pour 44 % des élèves, à la fois
les IST/VIH/sida et la grossesse non désirée pour 23 % d’entre
eux, uniquement la grossesse non désirée pour 14 %, les autres
réponses se partageant le reste (19 %).
Sur le plan de l’information (tableau 2( Tableau 2 )), les élèves ont confirmé avoir assisté
à des séances éducatives sur la sexualité dans 31 % des cas.
La sexualité est un sujet tabou pour 66 % des élèves. L’abord
des questions du préservatif a été jugé difficile dans 44 %
des cas. Les lieux d’approvisionnement du préservatif étaient
méconnus dans 42 % des cas. L’inaccessibilité du préservatif
était géographique dans 55 % des cas, et financière dans
54 %.
Parmi les sources d’approvisionnement citées (( figure 2 )), le milieu
scolaire (3 %) venait en sixième position, derrière les médias
(45 %), les structures de santé (42 %), les ONG
(19 %), l’entourage (12 %), l’unité de lutte contre le
sida (9 %), les autres 6 % représentant des
minorités.
Tableau 2 Informations relatives à l’utilisation du
préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott, en
République islamique de Mauritanie (mai 2004)Table 2.
Information relating to the preservative use among El Mina college
pupils of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania (May
2004)
|
Informations % préservatif
|
Modalités
|
|
Oui
|
Non
|
Total
|
|
Séances éducatives/sexualité
|
154 (31 %)
|
306 (69 %)
|
504 (100 %)
|
|
La sexualité = tabou
|
333 (66 %)
|
171 (34 %)
|
504 (100 %)
|
|
Préservatif abordé facilement
|
282 (56 %)
|
222 (44 %)
|
504 (100 %)
|
|
Sources d’approvisionnement
|
292 (58 %)
|
212 (42 %)
|
504 (100 %)
|
|
Accessibilité géographique
|
227 (45 %)
|
277 (55 %)
|
504 (100 %)
|
|
Accessibilité financière
|
232 (46 %)
|
272 (54 %)
|
504 (100 %)
|
Étude analytique
Utilisation du préservatif et profil sociodémographique
L’utilisation du préservatif a été statistiquement plus fréquente
chez les garçons, les marié(e)s, ceux qui avaient une longue
expérience sexuelle et/ou plus d’un partenaire. Elle a été plus
rare chez les adultes et les élèves en classe de 4e et
3e, mais la différence n’est pas statistiquement
significative (tableau 3( Tableau 3
)).
Tableau 3 Fréquence de l’utilisation du préservatif
selon le profil sociodémographique chez les élèves sexuellement
actifs du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de
Mauritanie (mai 2004)Table 3. Preservative use frequency
according to the socio-demographic profile of sexually active
pupils of El Mina college of Nouakchott, in the Islamic Republic of
Mauritania (May 2004)
|
Profil sociodémographique
|
Utilisation du préservatif
|
χ2
|
|
Oui
|
Non
|
|
Adolescent (< 19 ans)
|
54 (43 %)
|
22 (29 %)
|
p = 0,295
|
|
Sexe masculin
|
49 (48 %)
|
27 (27 %)
|
- p = 0,002
- OR = 2,5 (1,3-4,7)
|
|
Classe d’étude = 6e + 5e
|
33 (31 %)
|
43 (44 %)
|
p = 0,059
|
|
Statut matrimonial célibataire
|
65 (36 %)
|
11 (58 %)
|
- p = 0,002
- OR = 0,4 (0,2-0,7)
|
|
Durée sexualité ≤ 3 ans
|
58 (32 %)
|
18 (90 %)
|
- p < 0,001
- OR = 0,05 (0,02-0,1)
|
|
Nombre de partenaires > 1
|
37 (31 %)
|
39 (47 %)
|
- p = 0,022
- OR = 0,5 (0,3-0,9)
|
Utilisation du préservatif et niveau d’information
L’utilisation du préservatif a été statistiquement plus fréquente
chez les élèves qui ont assisté à des séances éducatives, chez ceux
qui connaissent une source d’approvisionnement et ceux pour qui la
sexualité est un sujet tabou et/ou le préservatif est
géographiquement et financièrement inaccessible.
Elle a été plus rare chez ceux pour qui l’abord de la question
était difficile, mais la différence n’est pas statistiquement
significative (tableau 4( Tableau 4
)).
Tableau 4 Fréquence de l’utilisation du préservatif
selon le niveau d’information chez les élèves sexuellement actifs
du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de
Mauritanie (mai 2004)Table 4. Preservative use frequency
according to the information level of sexually active pupils of El
Mina college of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania
(May 2004)
|
Niveau d’informations
|
Utilisation du préservatif
|
χ2
|
|
Oui
|
Non
|
|
Séances éducatives suivies
|
32 (52 %)
|
44 (31 %)
|
- p = 0,003
- OR = 2,4 (1,3-4,4)
|
|
Sexualité = sujet tabou
|
40 (30 %)
|
36 (52 %)
|
- p = 0,002
- OR = 0,4 (0,2-0,7)
|
|
Abord de la question facile
|
45 (40 %)
|
31 (35 %)
|
p = 0,465
|
|
Connaître l’endroit où il se trouve
|
67 (57 %)
|
9 (11 %)
|
- p < 0,001
- OR = 10,7 (4,9-24,7)
|
|
Lieux de distribution accessibles
|
66 (73 %)
|
10 (9 %)
|
- p < 0,001
- OR = 27 (11-69)
|
|
Prix du préservatif accessible
|
47 (51 %)
|
29 (27 %)
|
- p < 0,001
- OR = 2,8 (1,5-5,3)
|
Discussion
L’enquête aurait été plus intéressante si elle avait été menée dans
plusieurs structures et avait pris en compte d’autres variables
importantes comme le niveau socio-économique des parents. En plus,
les phénomènes de sous- ou surestimation des réponses pourraient
être induits, pour des raisons tenant à la pudeur ou au contraire à
la vantardise. Ces considérations ont motivé le choix du cadre
(cycle d’enseignement complet, classes mixtes, et intégration de
toutes les couches sociales). Les résultats obtenus peuvent ainsi
servir comme base de données pour les recherches et les stratégies
d’intervention ultérieures.
Au niveau du profil sociodémographique, la prédominance des
garçons, quoique faible, reflète une sous-scolarisation des filles
à Nouakchott. Le multipartenariat a été moins fréquent dans notre
étude (41 %) que dans celle d’Arowojolu qui le trouve à
66 % au Nigeria [8].
La grande proportion des élèves sexuellement actifs (40 %)
est retrouvée dans beaucoup de pays : 59 % au Brésil [9],
22,3 % au Portugal [10], 73 % des garçons et 28 %
des filles âgés de 15 à 19 ans à Rio de Janeiro
[9].
La double protection donnée par les préservatifs contre les
grossesses non désirées et les IST/VIH est moins connue par les
élèves de Nouakchott que par ceux du Burkina Faso et de Rio de
Janeiro où les élèves enquêtés connaissaient ce rôle dans
respectivement 83,1 % [11] et 94 % des cas [9]. Ces
chiffres sont en adéquation avec les 79 % de rapports sexuels
non protégés trouvés par une étude CAP menée dans la population
jeune en 1994 en France [5].
L’influence de l’âge sur l’utilisation des préservatifs a été
insignifiante. Cependant, l’activité sexuelle notée dès l’âge de
14 ans est en adéquation avec les résultats des recherches
conduites par Zarina en Zambie sur les habitudes sexuelles des
adolescents [12].
La prédominance de l’utilisation du préservatif chez les garçons
a été également trouvée par l’Enquête démographique et de
santé 2000-2001 de Mauritanie (EDSM) [6]. Elle peut être
corrélée aux résultats de Gokengin pour qui les garçons turcs ont
une plus grande activité sexuelle que les filles [13].
L’influence du niveau d’étude sur l’utilisation du préservatif
chez les élèves de Nouakchott a été retrouvée en Turquie où le
niveau de connaissances et l’utilisation du préservatif s’élèvent
au fur et à mesure que le niveau scolaire est élevé [13].
Le statut matrimonial a une incidence sur l’utilisation du
préservatif qui, bien que plus fréquente chez les élèves mariés,
reste faible dans l’ensemble. Les relations sexuelles avant le
mariage sont retrouvées à 48 % au Zimbabwe [14] et à 87 %
au Nigeria [8].
La durée de l’activité sexuelle a un impact sur l’utilisation du
préservatif qui est d’autant plus élevée que les élèves renforcent
leur expérience sexuelle [11]. Le nombre de partenaires est plus
élevé chez les garçons, comme trouvé en Turquie où les garçons ont
plus de partenaires que les filles [13].
L’insertion de campagnes de sensibilisation et de programmes de
formation dans les établissements scolaires sur la prévention des
IST/sida et sur la sexualité augmente l’utilisation des moyens
contraceptifs et de prévention des IST [8, 15, 16]. Cela montre que
les élèves ont des besoins d’information insatisfaits, tels que
trouvé en Turquie où 91,6 % des élèves souhaitent avoir plus
de connaissances sur le sida [13].
Le tabou de la sexualité reste d’actualité pour 66 % des
élèves, comme c’est le cas dans la population de la moughataa. Ce
groupe utilise le préservatif moins souvent que ceux pour lesquels
la sexualité n’est plus un tabou.
La méconnaissance des sources d’information par les élèves de
Nouakchott est en partie due aux structures sanitaires qui ne
jouent pas leur rôle de sensibilisation et d’information. Les
médias audiovisuels, inaccessibles à tous, sont dominés par la
télévision dans des études menées en Turquie [13], au Zimbabwe [14]
et au Nigeria [17].
La méconnaissance des sources de distribution ou de vente réduit
l’utilisation du préservatif. Cela montre encore une fois
l’importance de l’information et de la sensibilisation pour la
connaissance et l’utilisation des moyens de prévention contre les
IST/sida [8].
L’inaccessibilité géographique des sources d’approvisionnement,
en partie liée à leur méconnaissance, réduit significativement
l’utilisation du préservatif. L’inaccessibilité financière a
diminué l’utilisation du préservatif chez plus de la moitié des
élèves du collège El Mina. Cependant, même ceux qui estiment
qu’il est facile d’acheter un préservatif ne l’utilisent que dans
51 % des cas.
En résumé, l’imperfection du système de distribution contribue à
la multiplication de la transmission, par voie sexuelle, du VIH et
des autres IST parmi les jeunes. Ce résultat conforte le cadre
stratégique national de lutte contre les IST/VIH/sida pour la
période 2003-2007, dont l’objectif est de stabiliser, à
l’horizon 2015, le taux de séropositivité VIH à 1 %.
Cependant, les brassages humains auxquels les migrations, le
tourisme et le commerce donnent lieu sont des déterminants majeurs
de cette pandémie, et la présence de cas de séropositivité non
encore déclarée est tout à fait probable. Aussi, pour donner aux
élèves le niveau de connaissances nécessaire au changement de
comportement souhaité, il faudrait :
- – élargir les activités de promotion des préservatifs
par la stratégie « pairs éducateurs » et l’intégration de
modules de VIH/sida dans l’enseignement secondaire ;
- – augmenter l’accessibilité géographique et financière
du préservatif par un marketing social et un plaidoyer auprès des
décideurs ;
- – impliquer les autorités des secteurs de la santé, de
l’éducation et de la jeunesse, ainsi que les associations
communautaires de base, dont les élèves, dans la lutte contre les
IST/sida.
Conclusion
Au collège El Mina de Nouakchott, le préservatif reste
sous-utilisé chez les élèves. Cette sous-utilisation est due au
manque de séances éducatives sur la sexualité, à l’inaccessibilité
et à la méconnaissance des lieux de distribution.
Étant donné la gravité et l’ampleur croissante de l’infection à
VIH, il importe de promouvoir l’utilisation du préservatif pour une
meilleure santé sexuelle et reproductive des élèves, au bénéfice de
toute la population de la République islamique de Mauritanie
[18].
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