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Évaluation de l’utilisation du préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 15, Numéro 3, 189-94, Juillet-Août-Septembre 2005, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Papa Ndiaye, El Hadj Ould Abdallahi, Abdoulaye Diedhiou, Anta Tal-Dia, Jean-Pierre Lemort , Service de médecine préventive et santé publique, Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie (FMPO), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal, Ministère de la Santé et des Affaires sociales de la République islamique de Mauritanie, BP 320, Nouakchott, RIM, Institut de santé et développement (Ised), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal, Service de médecine préventive et santé publique, Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie (FMPO)/Institut de santé et développement (Ised), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal, Unité de statistique et informatique médicale, Faculté de médecine, 1, rue Gaston-Veil, 44035 Nantes Cedex 01, France.

Résumé : Introduction : dans le but de contribuer à la lutte contre l’infection à VIH/sida, cette enquête a été menée pour identifier les facteurs limitant l’utilisation du préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie. Méthode : cette enquête, menée au mois de mai 2004, a porté sur 711 élèves des classes de 6 e à 3 e. Les variables étudiées comprenaient une seule dépendante (utilisation ou non du préservatif) les autres, indépendantes, étant organisées en deux niveaux : le profil sociodémographique et le niveau d’information. Les données ont été saisies puis nettoyées et enfin analysées à l’aide du logiciel Epi Info version 6.04. Résultats : parmi les élèves ayant une activité sexuelle (40 %), le multipartenariat a été de 41 %, et les rapports non protégés de 38 %. L’utilisation du préservatif a été statistiquement plus fréquente chez les garçons, les marié(e)s ; ceux qui avaient plus de trois années de sexualité, avaient plus d’un partenaire, avaient assisté à des séances éducatives, pensaient que la sexualité est un sujet tabou, connaissaient une source d’approvisionnement, et avaient une accessibilité géographique et financière au préservatif. Discussion  : chez les élèves sexuellement actifs, l’utilisation du préservatif est insuffisante. Cette sous-utilisation est due à une imperfection du système de distribution qui contribue à la multiplication de la transmission, par voie sexuelle, du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST) parmi les jeunes. Aussi, pour donner aux élèves le niveau de connaissances nécessaire au changement de comportement souhaité, il faudrait : promouvoir un marketing social des préservatifs ; impliquer les autres partenaires dans la lutte conte les IST/sida ; utiliser la stratégie des « pairs éducateurs » ; et intégrer des modules de VIH/sida dans l’enseignement secondaire. Conclusion : étant donné la gravité et l’ampleur croissante de l’infection à VIH, il importe de promouvoir l’utilisation du préservatif pour une meilleure santé sexuelle et reproductive des élèves, au bénéfice de toute la population de la République islamique de Mauritanie.

Mots-clés : VIH, sida, préservatif, adolescent, éducation, Mauritanie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Papa Ndiaye1, El Hadj Ould Abdallahi2, Abdoulaye Diedhiou3, Anta Tal-Dia4, Jean-Pierre Lemort5

1Service de médecine préventive et santé publique, Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie (FMPO), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal
2Ministère de la Santé et des Affaires sociales de la République islamique de Mauritanie, BP 320, Nouakchott, RIM
3Institut de santé et développement (Ised), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal
4Service de médecine préventive et santé publique, Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie (FMPO)/Institut de santé et développement (Ised), Université Cheikh Anta Diop (Ucad), BP 16 390, Dakar-Fann, Dakar, Sénégal
5Unité de statistique et informatique médicale, Faculté de médecine, 1, rue Gaston-Veil, 44035 Nantes Cedex 01, France

Le syndrome d’immunodéficience acquise (sida) constitue l’une des préoccupations majeures de ces deux dernières décennies de par sa gravité et son ampleur planétaire [1]. Le sida efface des décennies de progrès social, économique et sanitaire, amputant l’espérance de vie de plusieurs années, aggravant la pauvreté et contribuant aux pénuries alimentaires ou les accentuant [2]. Inconnu il y a un quart de siècle, il a atteint 5 millions de personnes et tué 3 millions d’autres durant la seule année 2003 [3]. Plus de la moitié de ces cas intéressent des jeunes à l’apogée de leur productivité et de leur procréation [4], avec une prédominance dans les pays en développement [2, 3]. En Afrique subsaharienne où 73 % des cas sont comptabilisés, la transmission sexuelle est prédominante [4]. La sexualité en dehors du mariage y est précoce, accentuée par les processus d’urbanisation [5].En République islamique de Mauritanie, la faible prévalence de l’infection (1 %) est menacée par l’insuffisance de la prévention [6]. La lutte contre le sida, commencée dès la détection des premiers cas en 1987, s’est concrétisée par la création du Programme national de lutte contre le sida en 1989. Depuis, trois plans à moyen terme ont été élaborés et mis en œuvre. En 1999, avec l’appui du programme commun des Nations unies pour la lutte contre le sida (Onusida), de grandes quantités de préservatifs ont été distribuées, mais leur niveau d’utilisation demeure imprécis [7].Ce travail a été entrepris pour identifier les facteurs limitant l’utilisation du préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott, afin de proposer des mesures correctives, et contribuer à la lutte contre la progression de l’infection à VIH/sida dans la population mauritanienne.

Méthode

Cadre d’étude

Le collège El Mina, du nom de sa moughataa (district), est situé dans la région de Nouakchott, à la partie ouest de la République islamique de Mauritanie. Il dessert une moughataa urbaine de 95 011 habitants, avec une population féminine à 46 %, et âgée de moins de 15 ans à 42 %. Cette population, entièrement musulmane, regroupe toutes les couches sociales et les différents niveaux socio-économiques. Le commerce, la pêche et l’élevage constituent la base de l’économie.

Le système de santé comprend deux centres de santé et trois postes de santé. Le personnel se compose de deux médecins, sept infirmiers, trois sages-femmes, une technicienne de laboratoire, et trois agents auxiliaires d’hygiène. Le financement des activités de santé est partagé entre l’État, le comité de santé et les partenaires au développement.

Dans l’ordre de fréquence décroissante des motifs de consultation, les infections sexuellement transmissibles (IST) (5 %) arrivent en sixième position, derrière les infections respiratoires aiguës (23 %), les maladies diarrhéiques (18 %), les parasitoses (13 %), les dermatoses (8 %) et la malnutrition (7 %).

Type d’étude

Il s’agissait d’une enquête épidémiologique transversale. La population d’étude était composée des élèves du collège El Mina de Nouakchott. L’échantillonnage a été exhaustif, ciblant l’ensemble des 711 inscrits sur le registre des classes de la 6e à la 3e. Le jour de l’enquête, 617 élèves étaient présents et autant de questionnaires distribués, parmi lesquels 504 ont été remplis.

Variables étudiées

Les variables étudiées comprenaient une seule dépendante (utilisation ou non du préservatif), les autres étant indépendantes et organisées en deux niveaux :
  • Le profil sociodémographique regroupait : l’âge, le sexe, le niveau d’études, le statut matrimonial, et l’existence ou non d’une activité sexuelle. Chez les élèves sexuellement actifs, ont été étudiés : la durée de l’activité sexuelle et le nombre de partenaires.
  • Le niveau des connaissances sur les IST/sida intéressait : les sources d’information, la participation à des séances éducatives, la considération ou non de la sexualité comme un sujet tabou, la facilité ou non à aborder les questions relatives au préservatif, la connaissance des lieux d’approvisionnement, l’accessibilité géographique et financière du préservatif.

Préparation et déroulement de l’étude

  • Une autorisation a été obtenue du Comité sectoriel de lutte contre le sida du ministère de l’Éducation nationale, de la Direction régionale de l’enseignement secondaire de Nouakchott et des autorités administratives locales. Le consentement des parents d’élèves a été acquis grâce à des visites de terrain effectuées pour les avertir et les sensibiliser sur le but et les objectifs de l’étude.
  • Sur la base des variables d’étude, un questionnaire a été élaboré. Deux superviseurs hommes et quatre enquêteurs, dont trois femmes, habitant tous en dehors de la moughataa, ont été recrutés sur la base de leur niveau d’études et expérience en matière d’enquête. Ils ont ensuite été formés aux techniques de distribution, de remplissage, de ramassage, puis de contrôle du questionnaire.
  • Le prétest dans un autre collège de Nouakchott a permis d’y apporter les ajustements, prenant en compte les suggestions des acteurs (superviseurs et enquêteurs) et de deux autres personnes ressources : un pédiatre et un épidémiologiste-biostatisticien.
  • L’enquête, écrite, s’est déroulée durant le mois de mai 2004. Pour gagner la confiance, la participation et l’adhésion des élèves, l’objectif de l’étude, la confidentialité, le caractère facultatif de la réponse aux questions et le libre consentement ont été clairement indiqués sur les questionnaires. Après remplissage, ces questionnaires ont été ramassés le même jour par les quatre enquêteurs qui sont restés en contact permanent avec les élèves pour répondre à d’éventuelles questions. Les opérations se sont déroulées sous le contrôle du coordonnateur, appuyé par les deux superviseurs.

Analyse des données

La saisie des données, puis le nettoyage des fichiers, et ensuite leur analyse ont été tous effectués à l’aide du logiciel Epi Info, version 6.04. Il a été ainsi possible d’obtenir des résultats descriptifs (tableaux et graphiques de fréquence) et analytiques (tableaux croisés comparant les fréquences grâce au test du χ2, avec un seuil de significativité à p < 0,05).

Résultats

Données descriptives

Profil sociodémographique des élèves

Les élèves étaient âgés de 14 à 26 ans, avec une médiane à 19, un mode à 18, et une moyenne à 19 (± 1,66). Ils s’agissait de filles dans 49 % des cas (sex-ratio = 0,96), célibataires dans 91 % des cas, en classe de 6e, 5e, 4e et 3e dans 19 %, 33 %, 24 % et 24 % des cas respectivement (tableau 1( Tableau 1 )).

Les élèves sexuellement actifs étaient au nombre de 202 (40 %). Parmi eux, 90 % avaient une expérience sexuelle de moins de 3 ans, 41 % avaient plus d’un(e) partenaire, et 38 % utilisaient le préservatif.
Tableau 1 Profil sociodémographique des élèves du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie (mai 2004)Table 1. Socio-demographic profile of El Mina college pupils of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania (May 2004)

Profil sociodémographique

Modalités des variables

Oui

Non

Total

Adolescent (âge < 19 ans)

316 (63 %)

188 (37 %)

504 (100 %)

Filles

247 (49 %)

257 (51 %)

504 (100 %)

Classes = 4e ou 3e

242 (48 %)

262 (52 %)

504 (100 %)

Célibataire

457 (91 %)

47 (9 %)

504 (100 %)

Existence d’activité sexuelle

202 (40 %)

302 (60 %)

504 (100 %)

Durée de la sexualité ≤ 3 ans

182 (90 %)

20 (10 %)

202 (100 %)

Nombre de partenaires > 1

83 (41 %)

119 (59 %)

202 (100 %)

Utilisation du préservatif

76 (38 %)

126 (62 %)

202 (100 %)

Niveau d’information

Les rôles donnés au préservatif étaient d’éviter (( figure 1 )) uniquement les IST/VIH/sida pour 44 % des élèves, à la fois les IST/VIH/sida et la grossesse non désirée pour 23 % d’entre eux, uniquement la grossesse non désirée pour 14 %, les autres réponses se partageant le reste (19 %).

Sur le plan de l’information (tableau 2( Tableau 2 )), les élèves ont confirmé avoir assisté à des séances éducatives sur la sexualité dans 31 % des cas. La sexualité est un sujet tabou pour 66 % des élèves. L’abord des questions du préservatif a été jugé difficile dans 44 % des cas. Les lieux d’approvisionnement du préservatif étaient méconnus dans 42 % des cas. L’inaccessibilité du préservatif était géographique dans 55 % des cas, et financière dans 54 %.

Parmi les sources d’approvisionnement citées (( figure 2 )), le milieu scolaire (3 %) venait en sixième position, derrière les médias (45 %), les structures de santé (42 %), les ONG (19 %), l’entourage (12 %), l’unité de lutte contre le sida (9 %), les autres 6 % représentant des minorités.
Tableau 2 Informations relatives à l’utilisation du préservatif chez les élèves du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie (mai 2004)Table 2. Information relating to the preservative use among El Mina college pupils of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania (May 2004)

Informations % préservatif

Modalités

Oui

Non

Total

Séances éducatives/sexualité

154 (31 %)

306 (69 %)

504 (100 %)

La sexualité = tabou

333 (66 %)

171 (34 %)

504 (100 %)

Préservatif abordé facilement

282 (56 %)

222 (44 %)

504 (100 %)

Sources d’approvisionnement

292 (58 %)

212 (42 %)

504 (100 %)

Accessibilité géographique

227 (45 %)

277 (55 %)

504 (100 %)

Accessibilité financière

232 (46 %)

272 (54 %)

504 (100 %)

Étude analytique

Utilisation du préservatif et profil sociodémographique

L’utilisation du préservatif a été statistiquement plus fréquente chez les garçons, les marié(e)s, ceux qui avaient une longue expérience sexuelle et/ou plus d’un partenaire. Elle a été plus rare chez les adultes et les élèves en classe de 4e et 3e, mais la différence n’est pas statistiquement significative (tableau 3( Tableau 3 )).
Tableau 3 Fréquence de l’utilisation du préservatif selon le profil sociodémographique chez les élèves sexuellement actifs du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie (mai 2004)Table 3. Preservative use frequency according to the socio-demographic profile of sexually active pupils of El Mina college of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania (May 2004)

Profil sociodémographique

Utilisation du préservatif

χ2

Oui

Non

Adolescent (< 19 ans)

54 (43 %)

22 (29 %)

p = 0,295

Sexe masculin

49 (48 %)

27 (27 %)

  • p = 0,002
  • OR = 2,5 (1,3-4,7)


Classe d’étude = 6e + 5e

33 (31 %)

43 (44 %)

p = 0,059

Statut matrimonial célibataire

65 (36 %)

11 (58 %)

  • p = 0,002
  • OR = 0,4 (0,2-0,7)


Durée sexualité ≤ 3 ans

58 (32 %)

18 (90 %)

  • p < 0,001
  • OR = 0,05 (0,02-0,1)


Nombre de partenaires > 1

37 (31 %)

39 (47 %)

  • p = 0,022
  • OR = 0,5 (0,3-0,9)


Utilisation du préservatif et niveau d’information

L’utilisation du préservatif a été statistiquement plus fréquente chez les élèves qui ont assisté à des séances éducatives, chez ceux qui connaissent une source d’approvisionnement et ceux pour qui la sexualité est un sujet tabou et/ou le préservatif est géographiquement et financièrement inaccessible.

Elle a été plus rare chez ceux pour qui l’abord de la question était difficile, mais la différence n’est pas statistiquement significative (tableau 4( Tableau 4 )).
Tableau 4 Fréquence de l’utilisation du préservatif selon le niveau d’information chez les élèves sexuellement actifs du collège El Mina de Nouakchott, en République islamique de Mauritanie (mai 2004)Table 4. Preservative use frequency according to the information level of sexually active pupils of El Mina college of Nouakchott, in the Islamic Republic of Mauritania (May 2004)

Niveau d’informations

Utilisation du préservatif

χ2

Oui

Non

Séances éducatives suivies

32 (52 %)

44 (31 %)

  • p = 0,003
  • OR = 2,4 (1,3-4,4)


Sexualité = sujet tabou

40 (30 %)

36 (52 %)

  • p = 0,002
  • OR = 0,4 (0,2-0,7)


Abord de la question facile

45 (40 %)

31 (35 %)

p = 0,465

Connaître l’endroit où il se trouve

67 (57 %)

9 (11 %)

  • p < 0,001
  • OR = 10,7 (4,9-24,7)


Lieux de distribution accessibles

66 (73 %)

10 (9 %)

  • p < 0,001
  • OR = 27 (11-69)


Prix du préservatif accessible

47 (51 %)

29 (27 %)

  • p < 0,001
  • OR = 2,8 (1,5-5,3)


Discussion

L’enquête aurait été plus intéressante si elle avait été menée dans plusieurs structures et avait pris en compte d’autres variables importantes comme le niveau socio-économique des parents. En plus, les phénomènes de sous- ou surestimation des réponses pourraient être induits, pour des raisons tenant à la pudeur ou au contraire à la vantardise. Ces considérations ont motivé le choix du cadre (cycle d’enseignement complet, classes mixtes, et intégration de toutes les couches sociales). Les résultats obtenus peuvent ainsi servir comme base de données pour les recherches et les stratégies d’intervention ultérieures.

Au niveau du profil sociodémographique, la prédominance des garçons, quoique faible, reflète une sous-scolarisation des filles à Nouakchott. Le multipartenariat a été moins fréquent dans notre étude (41 %) que dans celle d’Arowojolu qui le trouve à 66 % au Nigeria [8].

La grande proportion des élèves sexuellement actifs (40 %) est retrouvée dans beaucoup de pays : 59 % au Brésil [9], 22,3 % au Portugal [10], 73 % des garçons et 28 % des filles âgés de 15 à 19 ans à Rio de Janeiro [9].

La double protection donnée par les préservatifs contre les grossesses non désirées et les IST/VIH est moins connue par les élèves de Nouakchott que par ceux du Burkina Faso et de Rio de Janeiro où les élèves enquêtés connaissaient ce rôle dans respectivement 83,1 % [11] et 94 % des cas [9]. Ces chiffres sont en adéquation avec les 79 % de rapports sexuels non protégés trouvés par une étude CAP menée dans la population jeune en 1994 en France [5].

L’influence de l’âge sur l’utilisation des préservatifs a été insignifiante. Cependant, l’activité sexuelle notée dès l’âge de 14 ans est en adéquation avec les résultats des recherches conduites par Zarina en Zambie sur les habitudes sexuelles des adolescents [12].

La prédominance de l’utilisation du préservatif chez les garçons a été également trouvée par l’Enquête démographique et de santé 2000-2001 de Mauritanie (EDSM) [6]. Elle peut être corrélée aux résultats de Gokengin pour qui les garçons turcs ont une plus grande activité sexuelle que les filles [13].

L’influence du niveau d’étude sur l’utilisation du préservatif chez les élèves de Nouakchott a été retrouvée en Turquie où le niveau de connaissances et l’utilisation du préservatif s’élèvent au fur et à mesure que le niveau scolaire est élevé [13].

Le statut matrimonial a une incidence sur l’utilisation du préservatif qui, bien que plus fréquente chez les élèves mariés, reste faible dans l’ensemble. Les relations sexuelles avant le mariage sont retrouvées à 48 % au Zimbabwe [14] et à 87 % au Nigeria [8].

La durée de l’activité sexuelle a un impact sur l’utilisation du préservatif qui est d’autant plus élevée que les élèves renforcent leur expérience sexuelle [11]. Le nombre de partenaires est plus élevé chez les garçons, comme trouvé en Turquie où les garçons ont plus de partenaires que les filles [13].

L’insertion de campagnes de sensibilisation et de programmes de formation dans les établissements scolaires sur la prévention des IST/sida et sur la sexualité augmente l’utilisation des moyens contraceptifs et de prévention des IST [8, 15, 16]. Cela montre que les élèves ont des besoins d’information insatisfaits, tels que trouvé en Turquie où 91,6 % des élèves souhaitent avoir plus de connaissances sur le sida [13].

Le tabou de la sexualité reste d’actualité pour 66 % des élèves, comme c’est le cas dans la population de la moughataa. Ce groupe utilise le préservatif moins souvent que ceux pour lesquels la sexualité n’est plus un tabou.

La méconnaissance des sources d’information par les élèves de Nouakchott est en partie due aux structures sanitaires qui ne jouent pas leur rôle de sensibilisation et d’information. Les médias audiovisuels, inaccessibles à tous, sont dominés par la télévision dans des études menées en Turquie [13], au Zimbabwe [14] et au Nigeria [17].

La méconnaissance des sources de distribution ou de vente réduit l’utilisation du préservatif. Cela montre encore une fois l’importance de l’information et de la sensibilisation pour la connaissance et l’utilisation des moyens de prévention contre les IST/sida [8].

L’inaccessibilité géographique des sources d’approvisionnement, en partie liée à leur méconnaissance, réduit significativement l’utilisation du préservatif. L’inaccessibilité financière a diminué l’utilisation du préservatif chez plus de la moitié des élèves du collège El Mina. Cependant, même ceux qui estiment qu’il est facile d’acheter un préservatif ne l’utilisent que dans 51 % des cas.

En résumé, l’imperfection du système de distribution contribue à la multiplication de la transmission, par voie sexuelle, du VIH et des autres IST parmi les jeunes. Ce résultat conforte le cadre stratégique national de lutte contre les IST/VIH/sida pour la période 2003-2007, dont l’objectif est de stabiliser, à l’horizon 2015, le taux de séropositivité VIH à 1 %. Cependant, les brassages humains auxquels les migrations, le tourisme et le commerce donnent lieu sont des déterminants majeurs de cette pandémie, et la présence de cas de séropositivité non encore déclarée est tout à fait probable. Aussi, pour donner aux élèves le niveau de connaissances nécessaire au changement de comportement souhaité, il faudrait :

  • élargir les activités de promotion des préservatifs par la stratégie « pairs éducateurs » et l’intégration de modules de VIH/sida dans l’enseignement secondaire ;
  • augmenter l’accessibilité géographique et financière du préservatif par un marketing social et un plaidoyer auprès des décideurs ;
  • impliquer les autorités des secteurs de la santé, de l’éducation et de la jeunesse, ainsi que les associations communautaires de base, dont les élèves, dans la lutte contre les IST/sida.

Conclusion

Au collège El Mina de Nouakchott, le préservatif reste sous-utilisé chez les élèves. Cette sous-utilisation est due au manque de séances éducatives sur la sexualité, à l’inaccessibilité et à la méconnaissance des lieux de distribution.

Étant donné la gravité et l’ampleur croissante de l’infection à VIH, il importe de promouvoir l’utilisation du préservatif pour une meilleure santé sexuelle et reproductive des élèves, au bénéfice de toute la population de la République islamique de Mauritanie [18].

Références

1 Schwartländer B, Piot P. VIH, sida : l’épidémie résiste. Virologie 1998 ; 2 : 263-8.

2 Family Planning Management Development. Pourquoi intégrer les services de MST/VIH : Une justification. Le Management, Boston, Massachusetts 1998 ; 7 : 2.

3 Programme commun des Nations unies sur le VIH/SIDA (Onusida). Le point sur l’épidémie dans le monde. Genève. Onusida 2003 ; 28 :11.

4 Coalition Inter-agence Sida et Développement (CISD). Le sida dans le monde. CISD, 2004.

5 Laga M, Alary M, Nzila N, et al. Condom promotion, sexually transmitted disease[s] treatment, and declining incidence of HIV-1 infection in female Zairian sex workers. Lancet 1994 ; 344 : 246-8.

6 Office national des statistiques de Mauritanie. Enquête démographique et de santé en Mauritanie (EDSM). Nouakchott : Ministère de la Santé et des Affaires sociales de Mauritanie, 2000.

7 Ministère de la Santé et des Affaires sociales de Mauritanie. Cadre stratégique national pour la lutte contre les IST/VIH/SIDA 2003-2007. Nouakchott : Ministère de la Santé et des Affaires sociales de Mauritanie, 2002.

8 Arowojolu AO, Ilesanmi AO, Roberts AO, Okunola MA. Sexuality, contraceptive choice and AIDS awareness among Nigerian undergrad. Afr J Reprod Health 2002 ; 6 : 60-70.

9 Trajman A, et al. Knowledge about STD/AIDS and sexual behaviour among high school students in Rio de Janeiro, Brazil. Cad Saude Publica 2003 ; 19 : 127-33.

10 Martini JG, Bandeira Ada S. Knowledge and Practice of adolescents in the prevention of sexually transmitted diseases. Rev Bras Enferm 2003 ; 56 : 160-3.

11 Sicard JM, Kanon SJ, Ouedraogo LA, Chiron JP. Évaluation du comportement sexuel et des connaissances sur le sida en milieu scolaire au Burkina Faso. Ann Soc Belg Med Trop 1992 ; 72 : 63-72.

12 Zarina Geloo Z. Zambie : pas de préservatif à l’école. http ://www.amadoo.com/article.php?aid=5572.

13 Gokengin D, et al. Sexual knowledge, attitudes, and risk behaviour of students in Turkey. J Sch Health 2003 ; 73 : 258-63.

14 Sibanda EN, et al. Awareness of the risks of HIV infection by Zimbabwean urban and rural high school attendees. Cent Afr J Med 2002 ; 48 : 112-6.

15 Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Rapport des Nations unies pour le développement humain, 2003.

16 Peltzer K, Cherian L, Cherian VI. Knowledge, self-efficacy and behavioural intent toward AIDS prevention Behav. Among culturally diverse secondary school pupils in south Africa. East Afr Med J 2000 ; 77 : 279-82.

17 Akande A. AIDS-related beliefs and behaviours of student : Evidence from two countries (Zimbabwe and Nigeria). Int J Adolesc Youth 1994 ; 4 : 285-303.


 

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