ARTICLE
D’après un rapport de l’OMS, on peut combler les lacunes de
la recherche et de l’innovation pharmaceutiques
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié en novembre
dernier un rapport historique qui indique comment la recherche et
l’innovation pharmaceutiques pourraient permettre de mieux répondre
aux besoins sanitaires et de mieux faire face aux maladies
émergentes en Europe et dans le monde.
Publié sous le titre Priority Medicines for Europe and the
World et commandé par le gouvernement néerlandais, qui assumait
alors la présidence de l’Union européenne (UE), ce rapport dresse
une liste de médicaments prioritaires en Europe et dans le reste du
monde en tenant compte du vieillissement de la population
européenne, de la progression des maladies non transmissibles dans
les pays en développement et des maladies qui persistent malgré
l’existence de traitements efficaces. Il cerne les insuffisances de
la recherche et de l’innovation concernant ces médicaments et
recommande des mesures d’incitation et des solutions pour combler
les lacunes.
C’est actuellement la loi du marché qui sert de moteur à la
recherche-développement pharmaceutique, le principal mécanisme de
financement étant le brevetage et la protection des prix.
Résultat : les besoins sanitaires ne sont pas tous
satisfaits.
Le rapport recense les maladies pour lesquelles il n’existe aucun
traitement, les traitements sont inadaptés ou ne sont pas mis à la
disposition des malades. Les menaces pour la santé publique comme
la résistance aux antibactériens ou les pandémies de grippe, contre
lesquelles les traitements et les moyens de prévention actuels
seront vraisemblablement sans effet, réclament elles aussi des
mesures immédiates.
« Ce rapport met en évidence les lacunes et les solutions
possibles. Il vient à point nommé pour un continent où la
population vieillit et est confrontée à des problèmes de santé de
plus en plus nombreux, et dans un monde où les menaces anciennes et
nouvelles ne connaissent plus de frontières », a commenté le
Dr Lee Jong-wook, directeur général de l’OMS.
Les auteurs du rapport indiquent par ailleurs comment les
médicaments efficaces pourraient être mieux distribués aux malades.
Les médicaments en associations fixes (plusieurs principes actifs
dans un seul comprimé) méritent d’après eux une plus grande place
dans la recherche-développement. Enfin, ils s’intéressent à
plusieurs groupes en particulier comme les enfants, les femmes et
les personnes âgées, qui ont souvent été négligés dans le
développement des sciences et de la médecine.
Le rapport répertorie 17 maladies prioritaires :
– futures menaces pour la santé publique :
infections découlant de la résistance aux antibactériens, pandémies
de grippe ;
– maladies nécessitant de meilleures formes
galéniques : maladies cardio-vasculaires (prévention
secondaire), diabète, hémorragie du post-partum, infection à
VIH/sida chez l’enfant, dépression chez les personnes âgées et les
adolescents ;
– maladies pour lesquelles il n’existe pas de marqueurs
biologiques : maladie d’Alzheimer, arthrose ;
– maladies nécessitant des travaux de recherche
fondamentale et appliquée : cancer, accident vasculaire
cérébral ;
– maladies ou domaines négligés :
tuberculose, paludisme et autres maladies infectieuses tropicales
telles que la trypanosomiase, la leishmaniose et l’ulcère de
Buruli, vaccin anti-VIH ;
– maladies dont la prévention est particulièrement
efficace : pneumopathie chronique obstructive, y compris
le sevrage tabagique, troubles liés à la consommation d’alcool
(maladies alcooliques du foie et dépendance à l’alcool).
D’après le rapport, l’Europe, forte de son expérience en matière
de services sociaux et de systèmes universels de protection
sociale, peut et devrait jouer un rôle directeur dans le domaine de
la santé publique à l’échelle mondiale. Dans beaucoup de pays en
développement, les classes défavorisées souffrent de plus en plus
de maladies chroniques courantes en Europe telles que les maladies
cardio-vasculaires, le diabète, les maladies liées au tabagisme et
les troubles mentaux comme la dépression. Les dix pays qui ont
rejoint l’UE en 2004 connaissent en outre d’autres problèmes de
santé publique.
Pour un certain nombre de maladies qui touchent la population de
tous les pays membres de l’UE (la maladie d’Alzheimer et plusieurs
cancers, par exemple), il n’existe pas encore de traitement
médicamenteux sûr et efficace. Certaines maladies (par exemple le
cancer du sein) offrent d’importants marchés potentiels et la
recherche pharmaceutique est a priori intense pour
certaines classes thérapeutiques. Pour d’autres catégories de
médicaments, il y a peu de malades (par exemple la mucoviscidose),
ou bienl’industrie pharmaceutique axée sur le marché n’investit pas
dans la recherche-développement (par exemple de nouveaux
médicaments antituberculeux).
Solutions novatrices
Selon le rapport, les efforts visant à accélérer le processus de
mise au point des médicaments sans compromettre la sécurité des
patients contribueraient beaucoup à promouvoir l’innovation
pharmaceutique. Ainsi, l’UE pourrait mettre sur pied et appuyer un
large programme de recherche permettant à l’Agence européenne pour
l’évaluation des médicaments, aux autorités de réglementation
nationales, aux chercheurs, à l’industrie et au grand public de
procéder à un examen critique des prescriptions réglementaires dans
le cadre du processus de mise au point des médicaments en ce qui
concerne la pertinence, les coûts et la valeur prédictive. Les
autorités sanitaires sont responsables des décisions concernant le
remboursement des médicaments qui visent à garantir un traitement
sûr et efficace à tous les patients, tout en conciliant cet
impératif avec les restrictions budgétaires.
Les autorités chargées de la santé et du remboursement et les
fabricants devraient arrêter ensemble des principes généraux
applicables à l’évaluation des futurs médicaments. Ainsi par
exemple, la Commission européenne et les autorités nationales
devraient appuyer un programme de recherche sur les différents
moyens de récompenser les fabricants de produits performants et
d’établir un lien entre les prix et le niveau du revenu national.
Les auteurs du rapport estiment que ces mesures contribueront à
encourager l’industrie à consentir des investissements en faveur de
la découverte de médicaments novateurs répondant aux besoins
prioritaires en matière de soins de santé.
Ils soutiennent que lorsque le marché est bien établi et qu’on est
confronté à un problème de compréhension de la biologie
fondamentale d’une pathologie, il faut privilégier l’investissement
en faveur de la recherche fondamentale et d’une politique
facilitant l’innovation dans l’industrie pharmaceutique. Lorsque la
biologie est bien comprise mais que le marché n’est pas bien
établi, il faudra préférer une solution fondée sur l’appui apporté
par le secteur public pour combler le fossé entre recherche
fondamentale et recherche clinique, éventuellement par des
partenariats entre le secteur public et le secteur privé et par
d’autres initiatives non lucratives de mise au point des produits.
Lorsque la biologie n’est pas bien comprise et que le marché n’est
pas bien établi, on pourra appuyer la recherche biologique et créer
des incitations pour l’industrie pharmaceutique en réduisant les
obstacles à l’innovation et en améliorant la rémunération.
Le rapport précise que d’importants fossés en matière
pharmaceutique ont pu être comblés dans le passé. Par exemple,
jusqu’en 1975 le principal traitement de l’ulcère
gastrique – une pathologie courante – était
chirurgical. Après une longue période de recherche ciblée sur les
mécanismes biologiques sous-jacents, on a pu découvrir des
traitements médicaux efficaces. Ces percées associées à la
découverte du rôle joué dans la plupart des cas par une bactérie et
à la possibilité de la combattre par des antibiotiques ont rendu
l’intervention chirurgicale inutile.
Les recommandations contenues dans le rapport pourraient avoir un
effet significatif sur l’innovation et la politique en matière de
recherche, avec l’appui des dirigeants européens.
OMS
Extraits du communiqué de presse OMS/83
18 novembre 2004
Sujets connexes :
– Priority Medicines for Europe and the World - en
anglais
(http://mednet3.who.int/prioritymeds/)
– Médicaments essentiels
(www.who.int/topics/essential–medicines/fr/)
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