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Les parasitoses intestinales dans un village de Côte d’Ivoire. I : essai de mise en place d’une stratégie de lutte et de prévention


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 15, Numéro 1, 5-10, Janvier-Février-Mars 2005, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Paul Dancesco, Jérôme Abeu, Claude Akakpo, Ileana Iamandi, Emmanuel Kacou, Francois Quenou, Jacob Keusse-Assi , Tropical Medicine Consultants Regd, 245, boul. Laird, Mont-Royal (Qc) H3R 1Y3 Canada, Hôpital protestant de Dabou, BP 115, Dabou, Côte d’Ivoire, Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco), 1615/750, boulevard René-Lévesque, Montréal (Qc) H3B 1P5 Canada.

Résumé : Le but de l’action a été d’élaborer un plan complexe médical, d’hygiène et d’éducation pour le combat et la prévention des infections parasitaires intestinales adapté au milieu rural ivoirien. Dans un village en bordure de la lagune Ébrié, 416 personnes ont été examinées : 371 enfants dont 343 enfants d’âge scolaire et préscolaire entre 4 et 15 ans (195 garçons et 148 filles) et 28 enfants âgés de 6 mois à 3 ans, ainsi qu’un lot témoin de 45 adultes. Les examens parasitologiques utilisés sont l’empreinte anale, l’examen de selles et la détermination de la charge parasitaire après le traitement de l’ascaridiase. Les conditions du milieu observées sont l’hygiène communale, scolaire, alimentaire, de l’eau potable, élimination des résidus ménagères, les toilettes, l’hygiène individuelle. La prévalence des parasites intestinaux a été de 84,8 % (zone hyperendémique) chez les enfants d’âge scolaire et préscolaire et de 29,0 % chez les adultes. Le parasite le plus fréquent est l’ascaride (62,1 %). Un plan réaliste pour le combat et la prévention des parasites intestinaux a été établi en accord avec la direction de l’hôpital rural, les patriarches du village, les agents de santé du village et les infirmiers de l’hôpital. Les mesures à court terme concernent le traitement des parasitoses, l’hygiène des mains à l’école. L’éducation pour la santé a été focalisée sur le combat et la prévention des oxyures, parasites bien connus au village. Parmi les mesures à long terme, on retiendra la mise en fonction de la pompe d’eau potable de profondeur dont le financement sera cherché aux organismes étrangers tandis que le travail sera fourni par le village. On a prévu des mesures d’entretien correct après la mise en fonction de la pompe d’eau et le traitement général périodique non sélectif des helminthiases intestinales des enfants du village ainsi que la continuation de l’action sous la surveillance de l’hôpital protestant de Dabou (HPD).

Mots-clés : parasitologie, prévention, hygiène, conditions de vie, milieu rural, enfant et adolescent, Côte d’Ivoire

ARTICLE

Auteur(s) :, Paul Dancesco1,*, Jérôme Abeu2, Claude Akakpo2, Ileana Iamandi3, Emmanuel Kacou2, Francois Quenou2, Jacob Keusse-Assi2

1Tropical Medicine Consultants Regd, 245, boul. Laird, Mont-Royal (Qc) H3R 1Y3 Canada
2Hôpital protestant de Dabou, BP 115, Dabou, Côte d’Ivoire
3Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco), 1615/750, boulevard René-Lévesque, Montréal (Qc) H3B 1P5 Canada

Le but des présentes investigations a été d’élaborer un plan complexe médical, d’hygiène et d’éducation pour la santé visant le combat et la prévention des infections parasitaires intestinales dans un village africain. À cette fin, nous avons essayé d’établir le rapport qui existe entre les infections parasitaires et les facteurs spécifiquement locaux du milieu physique et social susceptibles de favoriser les cycles de transmission des parasites. L’action a été guidée par les documents de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [1, 2] et organisée par le Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco) en collaboration avec l’Hôpital protestant de Dabou (HPD), qui mène plusieurs programmes de santé publique depuis trente ans.

Zone d’étude

Les recherches ont eu lieu à Tiaha, petit village ivoirien isolé sur une butte surplombant un golfe de la lagune Ebrié, entourée d’une riche végétation, à l’écart des grandes routes de circulation du pays. Les familles ont de nombreux enfants et occupent des maisons entassées sur les hauteurs de la butte. Les problèmes socio-économiques sont ceux des villages de zone rurale. La principale occupation des villageois était la pêche dans la lagune, mais la pêche intensive et les modifications biologiques du milieu consécutives à la création d’une communication directe avec la mer ont provoqué une diminution de la quantité de poisson. Actuellement, les villageois s’orientent davantage vers l’agriculture, mais les terrains agricoles ne suffisent pas à assurer les besoins de la population. Les pompes de ravitaillement des puits étant défectueuses, l’approvisionnement en eau potable est un problème sérieux.

Méthode de travail

Quatre cent seize personnes ont été examinées : 371 enfants, dont 343 (195 garçons et 148 filles, scolarisés ou non) âgés de 4 à 15 ans, soit environ 75 % de la population scolaire et préscolaire du village [3], et 28 jeunes enfants âgés de 6 mois à 3 ans, ainsi qu’un groupe témoin de 45 adultes.

L’examen parasitologique a compris le prélèvement de deux échantillons : un prélèvement matinal de l’empreinte anale (méthode de Graham) chez tous les sujets, et un examen coproparasitologique chez 343 enfants et 45 adultes. Afin d’éviter la contamination de l’échantillon de selles avec de la terre, chaque sujet a reçu une boîte en plastique ainsi qu’un carré de carton et une baguette en bois pour le prélèvement. Afin de déjouer les fréquentes plaisanteries des enfants risquant de fausser le prélèvement des échantillons de selles, nous avons fait appel à la famille ou bien nous avons suivi le prélèvement de façon significative pour un certain nombre d’enfants. L’examen de laboratoire a compris deux préparations, l’une plus épaisse en solution saline, l’autre plus mince en solution Lugol et, pour un certain nombre d’échantillons, une préparation en couche épaisse (Kato-Miura). L’intensité parasitaire a été déterminée pour les helminthes d’après la méthode de Stoll simplifiée. La charge parasitaire d’Ascaris lumbricoides a été déterminée pendant trois jours [4] suivant la courbe d’élimination des parasites après traitement par le mébendazole [5].

Les conditions d’hygiène ont été évaluées au cours des visites effectuées avec les agents de santé du village : hygiène alimentaire et de l’eau potable, élimination des résidus ménagers, liquides et liquéfiables, hygiène individuelle, de l’habitation et de l’école, sites de multiplication des vecteurs hématophages et des vecteurs mécaniques, etc. L’inventaire des problèmes d’hygiène a été rapporté aux données de parasitologie obtenues sur place.

Résultats et discussion

Les infections parasitaires intestinales

L’examen des selles (tableau 1( Tableau 1 )) des enfants a mis en évidence une prévalence des porteurs de parasites intestinaux de 84,8 %, confirmant l’existence d’une hyperendémie parasitaire intestinale comparable à celles trouvées dans d’autres régions tropicales [6-8] et de Côte d’Ivoire [9]. Un polyparasitisme a été constaté chez 263 enfants (76,7 %). Le palmarès des parasites de la région lagunaire de Côte d’Ivoire est complet, avec des valeurs de prévalence et d’intensité parasitaires. La prévalence des infections parasitaires chez les adultes est également élevée (29,0 %). Deux cas d’helminthes, exceptionnels pour la région du village de Tiaha et qui concernaient des sujets originaires d’autres régions de Côte d’Ivoire, ont été identifiés dont un cas de Schistosoma mansoni chez un enfant de 8 ans et un autre de Paragonimus sp. chez un adulte. Dans ce dernier cas, nous avons trouvé des œufs en transit intestinal et, par la suite, les mêmes œufs dans les expectorations.

Parasites à transmission directe

Dans le groupe des parasites transmis directement par contact direct d’une personne à une autre ou par les objets, les aliments ou l’eau pollués, les principaux représentants identifiés sont Enterobius vermicularis, les amibes et les flagellés (tableaux 1 et 2( Tableau 2 )), au rôle pathogène connu [10, 11]. L’examen de l’empreinte anale (tableau 2) a mis en évidence des œufs d’E. vermicularis chez un pourcentage bien plus élevé d’enfants que d’adultes ; les plus parasités sont les enfants âgés de 4 à 15 ans (tableau 2). Parmi les amibes, on a observé un pourcentage important de kystes avec quatre noyaux, ce qui évoque Entamoeba histolytica, Entamoeba histolytica like ou Entamoeba dispar. Les trophozoïtes d’amibes n’ont pas été rencontrés.
  • Conditions épidémiologiques locales des parasitoses à transmission directe.

Étant donné la prévalence élevée de ces parasites, nous avons examiné les conditions locales d’hygiène susceptibles de faciliter la diffusion et la transmission. L’alimentation de la population est à base d’atchéké, qui est une pâte de manioc consommée avec de la sauce tomate, de la viande ou du poisson. L’atchéké est préparé par les femmes du village qui, après avoir bouilli le manioc, le divisent en boules, mettent ces dernières dans des sacs de plastique et les vendent dans la rue. La préparation et la vente comportent plusieurs manipulations. Quant aux repas, les enfants les prennent généralement assis par terre. Selon l’habitude ancestrale, on se sert exclusivement des doigts pour manger, jamais de la cuillère ou de la fourchette. Si le fait de manger avec les doigts est une pratique très répandue dans le monde, nous avons observé que les enfants de Tiaha ne se lavent pas les mains à l’eau et au savon avant de manger. De même, à l’école, avant et après la collation, les enfants se trempent simplement les mains, sans les laver au savon, dans un petit bassin commun où l’eau n’est changée qu’une fois par jour. Le savon n’est pas cher en Côte d’Ivoire, mais la principale difficulté tient à l’absence d’eau courante dans le village. Il faut toutefois mentionner que les enfants se lavent fréquemment au cours de bains avec du savon, les filles à la maison et les garçons surtout au bord de la lagune.

Quant à l’eau potable, elle provient de trois marigots, car les deux pompes dont disposait le village sont en panne depuis quelques années. Les marigots sont des bassins entourés d’une clôture en béton qui ménage une surface d’eau de quelques mètres carrés. L’eau est de qualité douteuse et les clôtures en béton sont partiellement dégradées. La pollution est visible. Les femmes ou les enfants puisent l’eau avec un pot apporté de la maison, qui est d’abord mis directement sur le sol à côte du marigot puis descendu vers la surface de l’eau avec une corde restée au sol. La pollution est d’autant plus intense tout autour des marigots que l’endroit est très fréquenté par les enfants chargés de transporter l’eau ou qui accompagnent leur mère.
Tableau 1 Prévalence des parasites intestinaux des enfants entre 4 et 15 ans et des adultes.Prevalence of intestinal parasitic infections of 343 children betwen 4 et 15 years of age and of 45 adults.

Enfants entre 4 et 15 ans

Adultes

nombre

%

Intensité parasitaire

Charge parasitaire

nombre

%

Intensité parasitaire

Personnes examinées

343

45

Personnes parasitées

291

84,8

13

29,0

Helminthes total

245

71,5

8

17,8

Helminthes trasmis par oeufs

231

67,2

3

6,7

Ascaris lumbrioïdes

213

62,1

1 000-52 000 opg*

1 – 16

3

6,7

1 500 opg

Trichuris trichiura

50

14,6

0

Helminthes transmis par larves

95

27,7

Ancylostoma duodenale

55

16,0

500 – 4 000 opg

2

4,4

1 000 opg

Strongyloides stercoralis

42

12,2

500 – 3 500 lpg**

8

17,7

3 000 lpg

Autres voies de transmission

1

1

Schistosoma mansoni

1

0

Paragonimus sp.

0

1

Protozoaires

175

51,0

4

9,1

Amibes

104

30,3

4

9,1

Entamoeba histolytica et E. histolytica like

19

5,5

0

Entamoeba coli

65

19,0

4

9,1

Kystes d’amibes non identifiés

25

7,3

0

Iodamoeba butschlii

3

0,9

0

Flagellés

104

30,3

0

Giardia lamblia

62

18,1

0

Trichomonas hominis

61

17,8

0


Tableau 2 Résultat de l’examen de l’empreinte anale des 371 enfants et 45 adultes.Prévalence of Enterobius vermicularis in 371 children and 45 adults.

Nombre personnes examinées

Entérobius vermicularis

%

Enfants

6 mois à 3 ans

28

2

7,1

4 ans à 15 ans

343

128

37,3

Adultes

45

3

6,7

Total

416

133

32,0

Parasites transmis par le sol sous forme d’œufs

Ascaris lumbricoides et Trichuris trichiura sont les parasites qui prédominent chez les enfants (tableau 1). A. lumbricoides est le parasite le plus fréquent à Tiaha, 62,1 % [10]. Les enfants âgés de 7 à 10 ans sont les plus parasités, 78,6 % (tableau 3( Tableau 3 )). L’intensité parasitaire a été appréciée entre 500 et 52 000 opg. La charge parasitaire d’ascarides (4,5), déterminée après le traitement des 54 enfants parasités, est comprise entre 1 et 16 helminthes, avec une moyenne de 4,7. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une attention particulière aux cas d’infection avec charge parasitaire élevée, même si le nombre de cas n’est pas très important.
  • Conditions épidémiologiques locales des parasitoses transmises par le sol.

Concernant les facteurs de transmission des ascarides [12, 13], l’infestation des enfants par des œufs de parasites est certainement à mettre en rapport avec la rareté, voire l’absence de toilettes hygiéniques. Moins de 10 % des ménages possèdent des latrines et les fèces sont généralement dispersées au voisinage des maisons ou sur la butte hébergeant le village, de sorte que les pluies contribuent à disséminer les agents infestants, sur tout le voisinage des maisons et les pentes de la butte. Le contact avec le sol pollué est étroit, car les enfants prennent leurs repas assis par terre où bon nombre de cas d’infestation par des œufs d’ascarides résultent de la contamination des aliments avec le sol ou la poussière. La transmission des ascarides par les légumes crus est peu probable, car ils sont peu consommés (la laitue est pratiquement inconnue à Tiaha). Les jardins potagers sont rares ; les tomates, importées d’autres villages, sont consommées exclusivement en sauce. Les fruits, notamment les mangues, qui tombent des arbres et que les enfants ramassent au sol et mangent sans les laver, peau comprise, sont suspects de véhiculer des agents infestants. Les terrains où poussent les manguiers autour du village ne sont pas contrôlés.

À Tiaha, 20 % des enfants de 4 ans sont infestés par des ascarides. Partout au monde, les petits enfants sont les plus grands pollueurs du sol en milieu rural, sans modèle éducatif et sans aide des parents, ils déposent les fèces n’importe où. Des documents de l’OMS précisent de plus que les enfants de 4 ans ou moins ne doivent pas utiliser les latrines des adultes.
Tableau 3 Prévalence d’Ascaris lumbricoides rapportée aux groupes d’âge.Prevalence of Ascaris lumbricoides in connection with age groups.

Groupe d’âge

Nbre d’enfants examinés

Nbre d’enfants parasités

Pourcentage

4 à 6 ans

81

23

28,4

7 à 10 ans

168

132

78,6

11 à 15 ans

94

58

61,7

Total

343

213

62,1

Parasites transmis sous forme de larves qui pénètrent par la peau

La prévalence de Strongyloides stercoralis est de 12,2 %. Les enfants marchent tous pieds nus au village et le contact direct de la surface corporelle avec le sol humide au cours du repos est fréquent. Le débarcadère du village pourrait constituer un véritable foyer d’infections ; il s’agit d’un endroit ombragé où le sol très humide ménage de petites flaques d’eau. L’endroit, très fréquenté par les enfants, et ses alentours, sont pollués par les excréments. S. stercoralis est le seul parasite plus fréquent chez les adultes (17,7 %) que chez les enfants (12,2 %). Il s’agit vraisemblablement de l’accumulation d’infestations répétées et persistantes au cours des années. L’intensité parasitaire de S. stercoralis a été parfois élevée : 3 500 lpg dans le cas d’un enfant et 3 000 lpg chez un adulte (valeurs approximatives car les larves ont tendance à s’accumuler dans les parties hautes de l’échantillon de selles). Concernant les Ancylostomidae chez les enfants, la prévalence est de 16,0 % et l’intensité parasitaire de 500 à 4 000 opg, avec une moyenne de 1 000 opg. Concernant les œufs des Ancylostomidae, dans certains cas leur forme, leur taille et la présence de 4 à 8 blastomères évoquent Ancylostoma duodenale tandis que, dans d’autres cas, leur forme, leur taille légèrement plus grande et la présence de plusieurs blastomères, voire d’une morula, étaient en faveur de Necator americanus.

Conclusions et stratégie de prévention et de lutte contre les infections parasitaires

Au terme des investigations, nous avons tenté de concevoir un plan de lutte et de prévention axé sur plusieurs paramètres :
  • les résultats obtenus en parasitologie ;
  • les disponibilités matérielles locales ;
  • le niveau culturel et les susceptibilités de la population du village.

Une intervention énergique visant à combattre les parasitoses et à améliorer les conditions d’hygiène a été exclue d’emblée afin d’éviter le risque de rejet de nos propositions par la population, les dirigeants du village, le conseil des patriarches et même les agents de santé du village. Notre champ d’action s’est limité à un seul groupe de parasites qui sont à la fois fréquents, connus de la population et dont le mécanisme de transmission est susceptible d’être facilement compris par les enfants et les mères. Ainsi, l’accent a été mis sur les parasitoses à transmission interpersonnelle directe ou maladies des mains sales. Plus particulièrement, nous avons limité le programme éducatif à un seul parasite, l’oxyure (E. vermicularis), qui est bien connu au village, surtout par les enfants et les mères. Un programme d’éducation sanitaire [2, 14] conçu sous forme de discussions portant sur le cycle biologique et la transmission de l’oxyure a suscité l’intérêt des agents de la santé. Avec cette base initiale solide, l’éducation pour la santé a été acceptée par la population, y compris par les enfants. Fait important, les mesures préconisées sont aussi valables pour la prévention d’autres maladies graves telles l’amibiase, la fièvre typhoïde, la diarrhée parasitaire des enfants, etc. endémiques dans la région. Cette première étape ne comportait pas d’explication des voies de transmission des autres parasites tels que S. stercoralis et les ankylostomes, leur mécanisme de transmission étant difficile à comprendre par une population avec un faible niveau d’instruction. Ce programme ainsi engagé de lutte et de prévention des maladies parasitaires chez l’enfant, a emporté l’adhésion active du conseil des patriarches du village, des villageois et surtout des femmes du village.

Le plan d’action élaboré en accord avec la direction de L’HPD et le conseil des patriarches du village est axé sur deux volets : les mesures à court et long termes.

Mesures à court terme

  • 1. L’action a commencé par la présentation des résultats de l’enquête, dans un cadre solennel, aux dirigeants et au conseil des patriarches du village pour nous assurer de leur collaboration. L’accent à été mis sur la prévention.
  • 2. Un compte rendu détaillé a été présenté aux agents de santé du village. Les problèmes d’hygiène rurale ont été revus dans leur globalité et présentés en rapport avec les résultats de parasitologie et les mesures de prévention. Les discussions ont été guidées par les recommandations de l’OMS ainsi que par les résultats d’autres chercheurs de Côte d’Ivoire [9]. Les mesures à court et à long termes ont été discutées de manière plus approfondie avec les agents de santé du village afin de leur faciliter la tâche dans l’éducation des habitants du village.
  • 3. Des mesures de prévention ont été recommandées aux enseignants des écoles. Ainsi, pour améliorer l’hygiène, on a recommandé qu’un bassin avec de l’eau soit utilisé par classe pour le lavement des mains à l’école, que l’eau des bassins soit changée plusieurs fois par jour et que du savon soit mis à la disposition des élèves. Les instituteurs et les professeurs du village ont été incités à introduire, dans leur enseignement, des leçons sur les parasites et les maladies qu’ils déterminent.
  • 4. Le renforcement de l’activité d’éducation pour la santé [1, 2, 15] auprès de la population, plus particulièrement les enfants d’âge scolaire et les femmes du village, a été notre objectif premier. À cet effet, la détermination de la charge parasitaire s’est révélée un outil très efficace auprès des élèves et de leurs mères. Les médecins et le corps infirmier du département de santé publique ont été chargés d’animer des discussions spontanées ou de porte à porte et d’organiser de petites conférences sur la prévention des maladies des mains sales, et de contrôler l’activité éducative déployée par les agents de santé du village.
  • 5. Il a été recommandé de contacter les différentes organisations non gouvernementales (ONG) locales qui s’occupent d’épidémiologie et de prévention, telles que l’Association africaine antiépidémies (AAAE) de Côte d’Ivoire, et de solliciter leur collaboration pour organiser l’action d’éducation sur la santé conjointement avec l’HPD.
  • 6. Tous les élèves n’ayant pas reçu de traitement antiparasitaire au cours de cette action ont été dirigés vers l’HPD pour une nouvelle investigation et pour traitement.

Mesures à long terme

  • 1. La nécessité de la réfection des deux pompes des puits du village a été amplement discutée avec les dirigeants du village [2, 13, 16]. Au terme des discussions, il a été recommandé d’établir une collaboration entre les villageois, qui seront appelés à fournir la main-d’œuvre, et l’HPD, qui devra chercher un appui financier étranger pour obtenir le matériel nécessaire. En contrepartie de l’effort consenti par le Département de santé publique de l’HPD, le conseil du village s’est engagé à assurer l’entretien et le bon fonctionnement des pompes et à superviser leur utilisation correcte par la population, plus particulièrement les enfants.
  • 2. Un contrôle des mesures recommandées sera effectué par le Département de santé publique de l’HPD. Une campagne d’éducation portant sur l’importance de l’hygiène de l’eau potable, inspirée des documents de l’OMS [1, 4] et de la littérature sur ce sujet [8, 13, 16], sera organisée en parallèle avec l’action de réfection des pompes.
  • 3. La prévention des autres groupes de maladies parasitaires sera abordée à l’avenir, en parallèle avec une campagne de promotion visant à la construction de toilettes hygiéniques. Le village sera inscrit au programme des traitements périodiques généraux des helminthiases intestinales prévus par l’Institut national d’hygiène de Côte d’Ivoire [17] et par l’OMS [4], l’objectif premier étant de réduire le taux de prévalence, y compris le taux d’infection à charge parasitaire élevée [4, 18].
  • 4. Partant du fait qu’une action-éclair ne suffit pas toujours à convaincre les populations rurales de la nécessité d’adopter des mesures d’hygiène, nous avons envisagé une action soutenue d’une durée minimale de trois ans. Cette action sera encadrée par l’HPD avec le concours de spécialistes canadiens et sera élargie à plusieurs villages avoisinants.
  • 5. Avant d’entreprendre cette action de longue durée, il faudra approfondir les connaissances et prendre en compte le contexte socio-économique des villages et de la région, notamment pour ce qui est des pratiques de la médecine populaire et des traitements antiparasitaires empiriques, des croyances et superstitions entourant les maladies parasitaires. Un des objectifs serait de valoriser les traditions populaires bénéfiques et de s’assurer d’une meilleure collaboration de la population.
  • 6. À la suite de cette action de trois ans, on devra créer, à terme, un Centre des maladies parasitaires à l’HPD, entité permanente avec une orientation curative et préventive et qui pourrait devenir une unité de terrain pilote dans la lutte contre les maladies parasitaires en Côte d’Ivoire.

Références

1 Organisation mondiale de la santé (OMS). Lutte contre les parasitoses intestinales. Rapport d’un Comité OMS d’experts. Série de rapports techniques, n° 749. Rome : OMS, 1987.

2 World Health Organization (WHO). Monitoring helminth control programmes. CSD.S. 99.3 WHO/CSD/CPC/SIP-N° 3. Rome : WHO, 1999.

3 World Health Organization (WHO). Guidelines for the evaluation of soil-transmitted helminthiasis and schistosomiasis at community level. WHO.CSD.S. 98.1 – HO/CTD/SIP/1998-n° 1. Rome : WHO, 1998.

4 Dancescu P, Smolinski M, Tîntareanu J, Busca M, Dumitrescu D. Studies on the prevalence and the intensity of the infection with soil-transmitted helminths in Rumania. Arch Roum Path Exp Microbiol 1971 ; 30 : 413-25.

5 World Health Organization (WHO). Report of the WHO Informal Consultation on the use of chemotherapy for the control of the morbidity due to soil-transmitted nematodes in humans. WHO.CSD.SIP. 96.2. WHO/CTD/SIP/1996 –n° 2. Rome : WHO, 1996.

6 Crompton DWT, Savioli L. Parasitoses intestinales et urbanisation. Bull OMS 1993 ; 71 : 143-9.

7 Adewunmi CO, Gebremedhin Becker W, Olurunmola FO, Dorfer G, Adewunmi TA. Schistosomiasis and intestinal parasites in rural villages in Southwest Nigeria : An indicator for expanded programme on drug distribution and integrated control programme in Nigeria. Trop Med Parasitol 1993 ; 4 : 177-80.

8 Brooker S, Donnelly CA, Guyatt HL. Cameroun : estimation du nombre d’helminthiases à partir de la prévalence de l’infestation chez les enfants d’âge scolaire. Bull WHO 2000 ; 78 : 1456-65.

9 Messou E, Swai S, Hoopman R, Van Hell L. Impact de l’assainissement et de l’hygiène domestique sur l’incidence de l’ascaridiase et de l’ankylostomiase chez les enfants de 2-4 ans dans les zones rurales de Côte d’Ivoire. Bull Soc Path Exot 1997 ; 90 : 48-50.

10 World Health Organization (WHO). Intestinal protozoan and helminthic infections. Report of a WHO Scientific Group. Technical Report Series, n° 666. Rome : WHO, 1981.

11 Farthing MJG. Diarrhoeal disease : current concept and future challenges: Pathogenesis of giardiasis. Trans Roy Soc Trop Med Hyg 1993 ; 87(supl. 3) : 17-21.

12 Kightlinger LK, Seed JR, Kightlinger MB. Ascaris lumbricoides intensity in relation to environmental, socioeconomic, and behavioral determinants of exposure to infection in children from Southeast Madagascar. J Parasitol 1998 ; 84 : 480-4.

13 Esrey SA, Potash JB, Roberts L, Shiff C. Effects of improvement water supply and sanitation on ascariasis, diarrhoea, dracunculiasis, hookworm infection, schistosomiasis and trachoma. Bull OMS 1991 ; 69 : 609-21.

14 World Health Organization (WHO). Division of Control of Tropical Diseases. It’s a Wormy World. WHO/CTD/SIP/98.4. Rome : WHO, 1998.

15 Lefroy JE, Swai S, Hoopman R, van Hell L. How effective is community health education in preventing worm infection. Tropical Doctor 1995 ; 5 : 194.

16 Nanan D, White F, Azan I, Afsar H, Hosnabri S. Evaluation of a water, sanitation, and hygiene education intervention on diarrhoea in Northern Pakistan. Bull WHO 2003 ; 81 : 157-234.

17 Tagliante-Saraceno J. La prévention au service du développement. Abidjan (Côte d’Ivoire) : Institut national d’hygiène publique, 1966 ; 6 p.

18 Peng WeiDong, Zhou XianMin, Crompton DWT. Transmission and natural regulation of infections with Ascaris lumbricoides in a rural community in China. J Parasitol 1999 ; 84 : 252-8.


 

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