ARTICLE
Auteur(s) :, Pierre Dansou1,*, Mahoutin
Lucrèce Kotin1, Anatole Laleye2, Mansourou
Lawani1, Raphaël Darboux2
1Laboratoire Activités physiques et sportives (APS)
et motricité Institut national de la jeunesse, de l’éducation
physique et du sport (INJEPS), Université d’Abomey Calavi (UAC),
01 BP 169, Porto-Novo Bénin kingpierre1@hotmail.com
2Unité de biologie humaine Faculté des sciences de la
santé (FSS) Université d’Abomey Calavi (UAC), 01 BP 188,
Cotonou Bénin cytogen@intnet.bj
*P. Dansou.
L’obésité, excès de poids corporel par augmentation de la masse
adipeuse de l’organisme, est devenue de nos jours un sérieux
problème de santé à cause des complications qu’elle engendre sur le
plan vital. Cette augmentation de la masse grasse résulte soit
d’une multiplication des adipocytes (hyperplasie adipocytaire) soit
d’une augmentation de la taille des adipocytes (hypertrophie
adipocytaire) soit encore des deux à la fois.Selon Verson [1], la
femme stocke facilement les graisses (deux fois plus que l’homme et
en dessous de l’ombilic) car c’est à elle que revient la charge de
perpétuer l’espèce. Elle doit constituer suffisamment de réserves
pour faire face aux grossesses et à l’allaitement. La femme en
activité ovarienne est souvent atteinte d’obésité gynoïde. La
graisse est accumulée par les oestrogènes sur la moitié inférieure
du corps au-dessous d’une ligne passant par l’ombilic. Ce type
d’obésité affecte la région pelvi-trochantérienne jusqu’aux
chevilles. Elle entraîne rarement des complications métaboliques.
En revanche, à la ménopause, il y a baisse des oestrogènes et
l’augmentation des androgènes surrénaux transfère la surcharge
graisseuse de la moitié inférieure à la moitié supérieure du corps
[2]. L’obésité chez la femme ménopausée devient alors de type
androïde et va entraîner très vite des complications métaboliques.
À cette étape, les patientes sont exposées à des maladies telles
que l’hypertension artérielle, le diabète, l’hypercholestérolémie
et le cancer [3, 4]. La conséquence directe de ces complications
amène à avoir des années de vie en moins avec une qualité de vie
réduite en plus d’un surcoût considérable de dépenses de santé.Dès
lors, il est important de commencer le traitement de l’obésité au
début des premiers signes, surtout quand elle est infantile ou
pubertaire. Parmi la pluralité des moyens de traitement de
l’obésité, l’exercice physique occupe une place de choix.Mais force
est de constater que les études effectuées par de nombreux auteurs
sur l’obésité et l’exercice physique ne montrent pas les
modifications engendrées par les exercices physiques gymniques sur
la cellularité adipeuse des obèses.Face à ce constat, nous nous
sommes fixés comme objectif de quantifier les séances
d’entraînement gymnique supervisées de patientes obèses d’une part,
et d’étudier les effets de cet entraînement sur leur cellularité
adipeuse, d’autre part.
Méthodologie
Nous avons réalisé cette expérimentation chez 12 patientes
obèses dont 6 entraînées et 6 sédentaires constituant le
groupe témoin. Elles sont âgées de 39 à 48 ans et leurs
données anthropométriques sont rapportées dans le tableau 1(
Tableau 1 ). Ce travail comporte
l’exécution d’un programme d’entraînement au gymnase et des
manipulations histologiques et morphométriques suite à une biopsie
au laboratoire. Avant l’expérimentation, chaque participante,
informée du protocole expérimental et des risques éventuels, signe
un formulaire de consentement.
Au gymnase
Chaque semaine, les patientes suivent trois types de séances
(aérobic, gym tonic et combinée) sans restriction alimentaire.
Chacune des séances dure 45 minutes avec une phase d’effort
continu de 35 à 40 minutes suivie d’une récupération
active de 5 à 10 minutes.
Tableau 1 Données anthropométriques des patientes
obèses.Table 1. Anthropometric data of obese women.
|
Sujets
|
Âge (ans)
|
Poids (kg)
|
Taille (cm)
|
|
Entraînées
|
41,5 ± 1,8 *
|
108,5 ± 3,1 *
|
162,5± 1,0 *
|
|
Sédentaires
|
43,8 ± 2,2
|
130,3 ± 2,9
|
165,8 ± 2,4
|
Au laboratoire
Chez chaque sujet entrant dans cette étude, environ 500 mg de
tissu adipeux sont prélevés par biopsie chirurgicale dans la région
supra-iliaque gauche. Les échantillons sont fixés immédiatement au
formol tamponné à 10 % et envoyés au laboratoire. Après trois
jours de fixation, les pièces subissent toutes les étapes de
l’histotechnologie pour aboutir à la confection de coupe de
5 μm. Les coupes ainsi obtenues sont colorées à l’hématéine
éosine safran et observées sur un microscope photonique de marque
Olympus BX – 41 muni d’une caméra (JVC, 1/2 pouce). Les
observations se font à l’objectif X 4, les images sont transférées
sur un écran grâce à un numériseur qui transforme l’image
analogique en image numérique. Le facteur multiplicateur en passant
du microscope à l’écran est de 24 000 fois. Deux cent
cellules sont ainsi analysées par échantillon et leur diamètre est
mesuré.
Avant la biopsie, le pourcentage de la masse grasse des sujets
est déterminé grâce aux mesures des plis cutanés.
Calculs et analyse statistique
Le diamètre des adipocytes est calculé selon la méthode de
morphométrie décrite par Weibel [5]. Le contenu lipidique est donné
par le produit du diamètre et de π ; le nombre des adipocytes
est égal au rapport de la masse grasse par le contenu lipidique de
la cellule [6].
Le pourcentage de masse grasse est déterminé par l’équation de
Siri [7] :où :
- MG : masse mrasse ;
- DC : densité corporelle.
La densité corporelle est donnée par l’équation de Pollock et
al. [8] :où :
- S : somme des plis cutanés du triceps, de la cuisse et du
supra-iliaque en mm ;
- Z : âge en années ;
- et Y : tour de hanche en cm.
On compare l’ensemble des résultats dans chaque groupe grâce à
une analyse de variance (Anova) et les valeurs sont
significativement différentes au seuil de 5 %. Les valeurs
représentent les moyennes ± sem (erreur standard de la
moyenne) des paramètres obtenus chez les sujets.
Résultats
Les résultats obtenus comportent les données relatives au programme
d’entraînement gymnique, à la biométrie et à l’étude de la
cellularité adipeuse des patientes obèses entrant dans cette étude.
Le tableau 2( Tableau 2 )
présente les différents types de séance d’entraînement avec leur
intensité relative. On y constate que les séances sont exécutées à
des intensités variant de 70 à 81 % de la fréquence
cardiaque maximale théorique des sujets.
Les indices d’obésité des patientes obèses sont rapportés dans
le tableau 3( Tableau 3 ) et à
la ( figure 1 ).
La valeur moyenne de l’indice de masse corporelle (IMC) est de
42 ± 4 kg/m2 chez les sujets entraînés et
de 46 ± 2 kg/m2 chez les sédentaires. Ces
valeurs prouvent que ces sujets sont des obèses de classe III et
sont exposés à un état de morbidité élevée. Ils ont une obésité de
troisième âge. La ( figure 1 ) révèle que la
masse corporelle et la masse grasse des sujets sédentaires
dépassent respectivement de 17 % et de 19 % celles des
patientes entraînées.
Le tableau 4( Tableau 4 )
rapporte les données morphométriques de nos patientes.
On note une tendance à l’élévation du contenu lipidique et du
nombre des adipocytes chez les patientes obèses sédentaires
comparées aux obèses entraînées. L’observation des micrographies
des adipocytes montre des adipocytes de plus grande taille chez les
sujets sédentaires comparés aux obèses entraînés. L’étude
morphométrique et le calcul du diamètre moyen des adipocytes
renforcent cette observation.
Tableau 2 Intensité des types de
séance.Table 2. Intensities of the different sessions.
|
Aérobic
|
Combinée
|
Gym Tonic
|
|
Intensité de l’effort (en % FC max)
|
70 ± 1
|
72 ± 0
|
81 ± 4
|
Tableau 3 Indices d’obésité des patientes
obèses.Table 3. Obesity indicators of obese patients.
|
Sujets
|
IMC (kg/m2)
|
Tour de taille (cm)
|
Tour de hanche (cm)
|
TT/TH
|
Masse grasse (%)
|
Pli tricipital (mm)
|
|
Entraînées
|
42 ± 4 *
|
113 ± 8 *
|
126 ± 4 *
|
0,9 ± 0,0
|
42 ± 1
|
41,8 ± 1,4 *
|
|
Sédentaires
|
46 ± 2
|
139 ± 4
|
154 ± 3
|
0,9 ± 0,0
|
43 ± 2
|
44,8± 1,1
|
Tableau 4 Données morphométriques des patientes
obèses.Table 4. Morphometric data of obese patients.
|
Sujets
|
Diamètre des adipocytes (μm)
|
Contenu lipidique (μg)
|
Masse grasse (kg)
|
Nombre d’adipocytes (milliards)
|
|
Entraînées
|
0,29 ± 0,01*
|
0,93 ± 0,01*
|
45,4 ± 2,80*
|
48,82 ± 0,89*
|
|
Sédentaires
|
0,34 ± 0,01
|
1,07 ± 0,01
|
55,9 ± 2,60
|
52,24 ± 0,65
|
Discussion
D’après Basdevant et al. [9], les sujets dont le pli tricipital
dépasse de 20 mm la valeur normale et la masse grasse
supérieure de 20 % à la masse corporelle idéale sont obèses.
De plus, les valeurs de l’IMC enregistrées auprès des sujets
confirment leur état d’obésité morbide [10]. Par ailleurs, les
rapports du tour de taille/tour de hanche (TT/TH) enregistrés dans
les deux groupes de patientes permettent de conclure que ces
dernières souffrent d’une obésité de type mixte qui est
d’ascendance androïde [11, 12]. Cette adiposité expose les sujets
observés à des risques élevés de maladie coronarienne parce que le
gras abdominal est celui qui pénètre le plus facilement dans le
sang entraînant ainsi une accumulation de la graisse péri-viscérale
intra-abdominale [3, 4] et, par conséquent, expose à des risques de
mortalité précoce.
Selon Bray [13], plusieurs facteurs peuvent conduire à
l’obésité, à savoir : les habitudes alimentaires,
l’environnement, l’image corporelle, le métabolisme de base, le
taux d’adénosine triphosphate (ATP), les tissus adipeux bruns, les
enzymes et les facteurs génétiques.
Les sujets étant préménopausées, leur état d’obésité peut
provenir aussi d’une sécrétion importante du cortisol ou d’une
faible production de progestérone ou des deux à la fois. Avec la
ménopause, ces femmes n’ont plus régulièrement leurs menstrues et
l’excès du taux de cortisol peut être à la base de cette obésité de
troisième âge [14].
Conscientes des complications de ce type d’obésité et des
pathologies associées, ces femmes ont choisi l’exercice physique
comme moyen thérapeutique, sans restriction alimentaire.
Deux types d’exercice sont souvent effectués par les sujets. Il
s’agit d’ exercices pour brûler les graisses et d’efforts pour
consommer les glucides. La plupart des sujets observés font trois
séances par semaine à raison de deux d’intensité faible à modérée
et d’une à forte intensité, dont l’objectif est la diminution de
l’apport énergétique compensatoire après l’exercice ainsi que
l’augmentation du métabolisme de base [15].
On constate que les sujets obèses, à moindre effort, ont une
fréquence cardiaque élevée, ce qui fait d’eux de petits brûleurs de
graisses [15]. De plus, ils se trouvent très vite dyspnéiques
(essoufflés) et découragés à l’effort. Ces manifestations
physiologiques, souvent constatées chez les sujets obèses lors de
l’effort, peuvent expliquer l’insuffisance du travail de remise en
forme.
De récents travaux consacrés aux programmes de perte pondérale
rapportent que la pratique régulière d’une activité physique telle
la marche d’une durée relativement longue (45 à
60 minutes environ) et répétée trois fois par semaine et cela
pendant 4 à 5 mois peut modifier de façon considérable le
taux de graisses [16]. D’autres, au contraire, recommandent des
exercices intermittents tels que le tennis à un régime
d’entraînement dirigé [17]. Ce n’est pas le cas des patientes
obèses observées qui, souvent, n’arrivent pas à suivre le rythme
imposé par les animateurs. Toutefois, selon Dansou et al. [18], les
sujets obèses doivent moins espacer leurs séances d’entraînement et
travailler à un régime soutenu, soit 30 minutes environ par
jour, même fractionnées.
S’agissant des paramètres morphométriques, on constate que le
contenu lipidique cellulaire des sujets entraînés est inférieur à
celui des sédentaires. Ces résultats sont en concordance avec ceux
rapportés par Lamarche et al. [19] sur des patientes obèses
préménopausées soumises à un régime de 6 mois d’entraînement
aérobie. Les micrographies des sujets des deux groupes confirment
cette différence entre la taille des adipocytes.
Il apparaît donc que l’activité gymnique agit efficacement sur
la taille des adipocytes en favorisant la réduction de leur contenu
lipidique et engendre par conséquent une diminution de la masse
grasse totale de l’individu.
Cependant, si l’obésité débute dès l’adolescence, il est
difficile de s’en débarrasser à l’âge adulte. Néanmoins, les
diverses modalités de traitement (exercice physique, régime
alimentaire, médicaments, etc.) seules ou en combinaison se
montrent efficaces si elles sont appliquées très tôt [12].
Le traitement de l’obésité nécessite une diminution de l’apport
des calories et/ou un accroissement de la dépense énergétique, ce
qui réduit par conséquent la masse corporelle du sujet. Les études
antérieures effectuées montrent que cette diminution porte sur la
grosseur des adipocytes et non sur leur nombre [9]. En outre,
lorsque le sujet obèse retrouve sa masse normale et son pourcentage
normal de graisse par l’entraînement physique, les adipocytes se
rapetissent au point de devenir plus petits que ceux des individus
non obèses. Il est souhaitable que, une fois la forme retrouvée,
les patients obèses continuent l’entraînement pour maintenir le
poids perdu [20].
Conclusion
La présente étude révèle que les femmes préménopausées souffrent
d’obésité androïde, c’est-à-dire d’obésité à prédominance
abdominale. Elle permet de comprendre l’effet de l’exercice
gymnique supervisé à dominante aérobie sur le contenu lipidique des
cellules adipeuses des femmes obèses préménopausées. La diminution
du contenu lipidique des adipocytes serait encore meilleure si
l’hygiène alimentaire était observée chez les patientes entraînées.
Les pertes de poids et de graisses constatées pendant
l’entraînement sont des éléments favorables à l’amélioration de la
qualité de vie des patientes obèses. L’exercice gymnique pratiqué
de façon contrôlée se révèle aussi être un moyen de lutte contre
l’obésité. On peut affirmer que l’hypokinétisme (sous-activité)
représente la principale cause de l’obésité chez les sédentaires
obèses.
Références
1 Verson T. Physiologie du tissu adipeux
<http://t.verson.free.fr/PHYSIOLOGIE/TISSU_%20ADIPEUX/PHYSIO-GRAS.htm>.
2 Björntorp PMD. Classification of obèse patients and
complication related to the distribution of surplus fat. Nutrition
1990 ; 6 : 131-7.
3 Chevalier R. À vos marques, prêts. Santé. 2e
édition. Québec : Renouveau Pédagogique, 2000 ; ;
255 p.
4 Wilmore JH, Costill DL. Physiologie du Sport et de
l’exercice physique. In : Sciences et Pratiques du sport.
Paris : Vigot, 1998 : 492-511.
5 Weibel ER. Sterealogical methods, Pratical methods for
biological, morphometry. Condon ; New York ;
Toronto : Academic Press, 1979 ; ; 1 p.
6 Mc Ardle WD, Katch FI, Katch VL, Nadeau M.
Physiologie de l’activité physique, énergie nutrition performance.
2e édition. Paris ; St Hyacinthe : Vigot ; Edisem,
1987 ; ; 536 p.
7 Siri WE. The gross composition of the body. Adv Biol Med
Phys 1956 ; 4 : 239-80.
8 Pollock ML, Laughbridge EE, Coleman B,
Linnerud AC, Jackson A. Prediction of body density in
young and middle-aged women. J Appl Physiol 1975 ; 38 :
745-9.
9 Basdevant A, Le Barzic M, Guy-Grand B. Les
obésités. Paris : Ardix, 1993 ; ; 112 p.
10 World Health Organisation. Obesity: Preventing and managing
the global epidemic. Report of a WHO consultation on Obesity.
Geneva : World Health Organisation, 1998 ; ;
276 p.
11 Björntorp P. Obesity. Lancet 1997 ; 350 :
423-6.
12 Cerulli J, Malone M. Outcomes of Pharmacological
and surgical Treatment for Obesity. Pharmacoeconomics 1998 ;
14 : 269-83.
13 Bray AG. The energetics of obesity. Med Sci Sports Exerc
1983 ; 15 : 32.
14 Krotkiewski M, Butruk E, Zemrzuska Z. Les
fonctions cortico -surrénales dans les divers types morphologiques
d’obésité. Diabète 1966 ; 19 : 229.
15 Golay A, Gastey CH, Golay M, Delgado H,
Habicht F, Gazeau F. Un nouveau programme d’exercice
physique pour patient obèses. Med Hyg 2000 ; 58 :
1775-7.
16 Desprès JP, Bouchard C, Savard R,
Tremblay A, Marcotte M, Theriaud TG. The effects of
a 20-week endurance training program on adipose tissue morphology
and lipolysis in men and women. Science et Sports 1991 ;
6 : 231-73.
17 Ferrauti A, Weber R, Strüder HK. Effects of
tennis training on lipid metabolism and lipoproteins in
recreational players. Br J Sport Med 1997 ; 31 :
322-7.
18 Dansou P, Tolly PLM, Yèhouénou B,
Tossou R, Hadonou ML. Pratique du football d’entretien et
taux de lipides sanguins athérogènes chez les sujets obèses. Cah
Santé 2000 ; 10 : 393-7.
19 Lamarche B, Despres JP, Moorjani S,
et al. Evidence for a role of insulin in the regulation of
abdominal adipose tissue lipoprotein lipase response to exercise
training in obese women. Intern J Obesity 1993 ; 17 :
255-61.
20 Plourde G. Treating obesity. Can Fam Physician
2000 ; 46 : 1806-13.
|