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Enquête de couverture vaccinale dans la région du Kouilou au Congo‐Brazzaville


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 14, Numéro 2, 121-4, Avril-Mai-Juin 2004, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Pascal Talani, Paul Nzaba, Daniel Bolanda, Herman Ongouo, Auguste Ambedet, Hervé Fortuné Mayanda, Fidèle Yala , Unité de recherche sur les systèmes de santé, département de santé publique, Faculté des sciences de la santé, BP 2672, Brazzaville, Congo <talani_pascalyahoo.fr> Service de néonatalogie, CHU de Brazzaville, BP 32, Brazzaville, Congo Service de microbiologie et d’immunologie, CHU de Brazzaville, BP 32, Brazzaville, Congo .

Résumé : Une revue interne du programme élargi de vaccination réalisée sur la base de données de routine, colligées sur cinq ans, de 1993 à 1997, dans la région du Kouilou, a fait ressortir un faible niveau de couverture pour tous les antigènes, associé à un fort taux d’abandon. En août 1999, une évaluation de la couverture vaccinale a été effectuée dans trois strates de la région du Kouilou en vue de déterminer la proportion des enfants vaccinés par antigène. La méthode utilisée est celle de l’échantillonnage en grappes. L’enquête concernait 663 enfants âgés de 12 à 23 mois choisis parmi 30 grappes urbaines, 30 grappes périurbaines et 30 grappes rurales. La cicatrice au BCG a été retrouvée chez 82,8 % d’enfants et 71,8 % ont reçu la troisième dose de DTC‐VPO. Quelque 62,6 % étaient vaccinés contre la rougeole. À l’intérieur de la région, le taux de couverture pour le BCG a varié de 87,9 à 57,1 %, de 80,3 à 41 % pour le DTC‐VPO3 et de 71,3 à 41 % pour la rougeole. On a observé une grande variation des taux d’abandon au niveau des strates, de 8,9 à 14,7 % pour le DTC‐VPO3 et de 9 à 11 % pour le vaccin antirougeoleux. L’intervalle moyen observé entre le DTC‐VPO1 et le DTC‐VPO2 a été, respectivement, de 6,1 et 6,2 semaines en zone urbaine et de 6,4 et 6,9 semaines en zone périurbaine. En revanche, en zone rurale, il a été de 7,6 semaines entre le DTC‐VPO1 et le DTC‐VPO2 et de 10,1 semaines entre le DTC‐VPO2 et le DTC‐VPO3. L’intervalle médian a été de 5 semaines pour les différentes doses de DTC‐VPO dans toutes les strates. Le taux de portage du document vaccinal a été de 90 % en milieu urbain, de 96 % en zone urbaine et de 55 % en zone rurale. Le niveau de couverture atteint par antigène est satisfaisant, mais reste à consolider. Les taux d’abandon sont assez élevés et méritent d’être corrigés. Les actions futures doivent tendre vers une forte sensibilisation des zones rurales en faveur de la vaccination. En plus, la desserte en vaccination des populations cibles éloignées par la stratégie mobile et avancée pourrait contribuer à augmenter le taux de couverture vaccinale.

Mots-clés : Vaccination \; Santé publique \; Congo.

ARTICLE

Auteur(s) : Pascal Talani1, Paul Nzaba1, Daniel Bolanda1, Herman Ongouo1, Auguste Ambedet1, Hervé Fortuné Mayanda2, Fidèle Yala3

1 Unité de recherche sur les systèmes de santé, département de santé publique, Faculté des sciences de la santé, BP 2672, Brazzaville, Congo
<talani_pascal@yahoo.fr>
2
 Service de néonatalogie, CHU de Brazzaville, BP 32, Brazzaville, Congo
3 Service de microbiologie et d’immunologie, CHU de Brazzaville, BP 32, Brazzaville, Congo

Les troubles politico-militaires au Congo ont eu pour conséquence le dépeuplement de la capitale politique, Brazzaville, et le surpeuplement de la capitale économique régionale, notamment Pointe-Noire, le tout accompagné d’une détérioration des conditions socio-économiques à Brazzaville comme dans les autres régions. Parmi les villes fortement perturbées, on peut citer Pointe-Noire. L’analyse des données de routine sur 5 ans du PEV (programme élargi de vaccinations) de 1993 à 1997 a fait ressortir dans cette région un faible niveau de couverture vaccinale pour tous les antigènes, associé à un fort taux d’abandon [1]. Nous avons jugé utile d’entreprendre une enquête de couverture vaccinale sur les enfants âgés de 12 à 23 mois et vaccinés.

Méthodologie

L’enquête a été réalisée du 26 juillet au 28 août 1999 selon la méthode standard recommandée par l’Organisation mondiale de la santé [2]. Il s’agit de la technique de sondage fondée sur un échantillonnage aléatoire de 30 grappes à l’intérieur desquelles au moins 7 enfants âgés de 12 à 23 mois sont sélectionnés. La région du Kouilou avec ses 526 800 habitants a été répartie en trois strates.
La strate I correspond à la zone urbaine de Pointe-Noire avec 226 800 habitants (43 %) et la strate II à sa zone périurbaine avec 224 200 habitants (42,6 %). La strate III occupe toute la zone rurale de la région du Kouilou et regroupe 13,4 % de la population. Pour chaque enfant choisi, ont été transcrits sur des fiches standardisées : l’existence ou non d’un carnet de vaccination ou de tout autre document pouvant attester d’une vaccination ; les dates de naissance des enfants ; les dates d’administration du vaccin ; la présence d’une cicatrice vaccinale du BCG. Le taux brut de couverture régionale par antigène est calculé par pondération en vue d’améliorer la précision statistique. Le calendrier de vaccination en vigueur est indiquée au tableau 1. Toutes les données ont été saisies et analysées avec le logiciel Epi info 6. Les tests statistiques utilisés sont le χ2 pour la comparaison des variables qualitatives, et l’analyse des variances pour les variables quantitatives au risque de 5 %.

Tableau 1. Calendrier de vaccination de l’enfant.
Table 1. Vaccination schedule for children.



Antigènes Âge
Vaccination antituberculeuse (BCG) Â la naissance
Vaccination antidiphtérique, antitétanique, anticoquelucheuse (DTC)
  1e injection 2 mois
  2e injection 3 mois
  3e injection 4 mois
Vaccination antipoliomyélitique (VPO) Â la naissance
  Orale 0 2 mois
  Orale 1 3 mois
  Orale 2 4 mois
  Orale 3 9 mois
Vaccination contre la rougeole (VAR)
Rappel vaccination antidiphtérique, antitétanique, anticoquelucheuse et antipoliomyélite orale 16 mois

Résultats

Au total, 663 enfants de 12 à 23 mois ont été enquêtés dans les trois strates. La couverture vaccinale régionale pondérée a été de 82, 8 % pour le BCG, 71,8 % pour le DTC-VPO3 et 62,6 % pour la rougeole. La répartition interne de cette même couverture est présentée dans le tableau 2. La moyenne d’âge par antigène et par strate pour le DTC-VPO1 et le DTC-VPO2 est consignée dans le tableau 3. L’intervalle moyen observé entre le DTC-VPO1 et le DTC-VPO2 et entre le DTC-VPO2 et le DTCVPO3 ont été respectivement, de 6,1 et 6,2 semaines en zone urbaine ; de 6,4 et 6,9 semaines en zone périurbaine. En revanche, en zone rurale, il a été de 7,6 semaines entre le DTC-VPO1 et le DTC-VPO2 et de 10,1 semaines entre le DTC-VPO2 et le DTC-VPO3. L’intervalle médian a été de 5 semaines pour les différentes doses de DTC-VPO dans toutes les strates. La conservation du document vaccinal a été possible dans 90 % des cas en milieu urbain, 96 % en zone urbaine et 55 % en zone rurale. Le taux d’abandon entre le BCG et le DTC-VPO1 d’une part, et le BCG et le VAR d’autre part, sont détaillés dans le tableau 4.

Tableau 2. Couverture vaccinale par antigène et par strate.
Table 2. Immunization coverage rate per vaccine and stratum.
Strates BCG
%
Ic DTC-VPO1
%
Ic DTC-VPO2
%
Ic DTC-VPO3
%
Ic VAR
%
Ic
Zone urbaine 87,9 (83,3-92,4) 89,2 (84,7-93,8) 86,5 (80,6-92,5) 80,3 (73,3-87,3) 71,3 (63,7-78,9)
Zone périurbaine 86,1 (78,3-93,9) 83,9 (75,6-92,2) 82,2 (73,3-91,1) 73,5 (64,2-82,8) 60,9 (51,5-73,7)
Zone rurale 57,1 (47,9-66,3) 55,7 (46,4-64,9) 50,5 (41,2-59,8) 41,0 (31,5-50,4) 41,0 (31,5-50,4)
Taux pondéré 82,8 82,6 79,6 71,8 62,6
Ic : Intervalle de confiance

Tableau 3. Age moyen en semaines à la vaccination chez les enfants entre 12 et 23 mois par antigène et par strate.
Table 3. Mean age in weeks for vaccination in children aged 12-23 months, per vaccine and stratum.



Strate BCG DTC-VPO 1 DTC-VPO3 VAR
Zone urbaine (n = 233)
  Moyenne 3,7 12,3 24,2 42,2
  Médiane 2,0 10,0 21,0 41,0
Zone périurbaine (n = 230)
  Moyenne 4,2 12,7 25,3 43,6
  Médiane 2,0 11,0 22,0 41,5
Zone rurale (n = 210)
  Moyenne 8,3 15,7 29,8 44,1
  Médiane 4,0 12,0 23,5 41,5

Tableau 4. Taux d’abandon vaccinal par strate.
Table 4. Immunization drop out rates according to zone.



BCG/ DTCP-VPO1 % DTC-VPO1/DTC-VPO3 % DTC-VPO3/VAR %
Zone urbaine 1 2 1,4
Zone périurbaine 9 10,4 14,7
Zone rurale 9 11 0

Discussion

Les résultats de notre enquête montrent un bon niveau de couverture vaccinale par antigène. Les taux obtenus sont relativement élevés par rapport à ceux rapportés dans des enquêtes similaires effectuées dans une des provinces du Gabon, du Cameroun, et du Bénin [3-5]. En effet, Piechulek et al. [4] rapportent au Cameroun, à Nkam, des taux de couverture de 87 %, 69,1 % et 74 % respectivement pour le BCG, VPO3 et le VAR. De même, Garin et al. [3] trouvent au Gabon des taux de couverture de 73 % pour le BCG, de 47 % pour le DTC-VPO3 et de 57 % pour le VAR. En outre, les taux de couverture vaccinale obtenus en zones urbaine et rurale par antigène dans la région du Kouilou sont plus élevés que ceux rapportés dans la province de Borgou au Bénin [5] et qui sont, pour le BCG, de 79 % et de 55 % en zone urbaine et rurale, et pour le DTC-VPO3, de 44 % et 25 % en zones urbaine et rurale. Dans la même enquête, le VAR ne couvre que 39 % et 26 % des enfants en zones urbaine et rurale. La couverture en VAR en milieu urbain à Pointe-Noire concorde avec celle rapportée à Brazzaville en 1998 qui était de 75,4 % [6]. Les taux d’abandon observés entre le BCG et le DTC-VPO1 sont faibles en zones urbaine et périurbaine. En revanche, ces taux sont égaux ou supérieurs à 10 % entre le DTC-VPO1 et le DTC-VPO3 en zones périurbaine et rurale. La différence entre ces deux zones n’est pas statistiquement significative (p = 0,619), et il en va de même entre la zone périurbaine et la zone rurale (p = 0,170). Le ravitaillement irrégulier en vaccins, ou parfois même les ruptures fréquentes de stock des vaccins, l’éloignement des centres de santé peuvent être à l’origine de la hausse des taux d’abandon. L’âge moyen à la vaccination est plus élevé en zone rurale qu’en zones urbaine et périurbaine pour le BCG (p = 0,0025), et le DTC-VPO1 (p = 0,00094). L’âge moyen au DTC-VPO3 (p > 0,05) et le VAR (p = 0,1035) ne diffère pas, quelle que soit la strate. Il se pose vraisemblablement un problème de maîtrise du calendrier vaccinal en zone rurale. La stratégie serait de faire assimiler ce calendrier par l’apprentissage d’une chanson à chaque séance de vaccination. L’intervalle médian observé est de 5 semaines entre les différentes doses de DTC-VPO. Cette valeur s’approche de celle recommandée qui est de 4 semaines. Le document vaccinal est bien conservé dans plus de 90 % des cas en milieux urbain et périurbain, et de 55 % en milieu rural. Le document qu’on trouve le plus souvent est la fiche de pesée ou le carnet international de vaccination. La baisse de la couverture vaccinale dans la région du Kouilou résulte aussi des crises socio-politiques et économiques que le pays a connues. Parmi les enfants non vaccinés, nombreux seraient les déplacés de guerre en provenance d’autres régions. Ces conflits armés, en Afrique comme au Congo, posent un problème majeur, celui des États à maintenir la capacité de gestion du PEV à long terme [7].

Conclusion

Le niveau de couverture atteint par antigène est satisfaisant, mais reste à être consolidé. Les taux d’abandon sont assez élevés et méritent d’être corrigés. Les actions futures doivent tendre vers une forte sensibilisation des zones rurales en faveur de la vaccination. De plus, la desserte en vaccination des populations cibles éloignées par la stratégie mobile et avancée pourrait contribuer à augmenter le taux de couverture vaccinale n

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier l’Unicef pour son appui financier à la réalisation de cette enquête. Que soient aussi également remerciées les autorités régionales, la population du Kouilou, les équipes d’enquêteurs sur le terrain.

Références

1. Ministère de la Santé du Congo ; Unicef ; Organisation mondiale de la santé. Rapport de la revue interne du Programme élargi de vaccination. Brazzaville : ministère de la santé, 1997 ; 60 p.

2. Henderson RH, Sundarset T. Cluster sampling to assess immunization coverage : a review experience with a simplified method. Bull OMS 1982 ; 60 : 253-60.

3. Garin D, Moulengui A, Dutailly C, Brasseur F, Hamono B. Evolution de la couverture vaccinale du P.E.V. en zone rurale, province de la Ngounié-Gabon. Med Afr Noire 1992 ; 39 : 637-43.

4. Piechulek H, Mendoza Aldana J, Folekeu P. Progrès du programme élargi de vaccination intégré dans le cadre des soins de santé primaires (Cameroun, province du Littoral). Med Afr Noire 1994 ; 41 : 466-72.

5. Tissot Dupont H. Une enquête de couverture vaccinale dans la province du Borgou au Bénin en 1988. Med Afr Noire 1991 ; 38 : 21-8.

6. Bolanda D, Talani P, Nzaba P, et al. Enquête de couverture vaccinale sur la rougeole à Brazzaville. Bull Soc Path Ex 2000 ; 93 : 123-4.

7. Bele O, Barakamfitiye DG. Le PEV dans la région africaine de l’OMS : situation actuelle et contraintes de mise en œuvre. Cah Santé 1994 ; 4 : 137-40.


 

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