ARTICLE
Auteur(s) : Pascal Talani1, Paul
Nzaba1, Daniel Bolanda1, Herman
Ongouo1, Auguste Ambedet1, Hervé Fortuné
Mayanda2, Fidèle Yala3
1 Unité de recherche sur les systèmes de santé,
département de santé publique, Faculté des sciences de la santé, BP
2672, Brazzaville, Congo
<talani_pascal@yahoo.fr>
2 Service de néonatalogie, CHU de Brazzaville, BP 32,
Brazzaville, Congo
3 Service de microbiologie et d’immunologie, CHU
de Brazzaville, BP 32, Brazzaville, Congo
Les troubles politico-militaires au Congo ont eu pour conséquence
le dépeuplement de la capitale politique, Brazzaville, et le
surpeuplement de la capitale économique régionale, notamment
Pointe-Noire, le tout accompagné d’une détérioration des conditions
socio-économiques à Brazzaville comme dans les autres régions.
Parmi les villes fortement perturbées, on peut citer Pointe-Noire.
L’analyse des données de routine sur 5 ans du PEV (programme
élargi de vaccinations) de 1993 à 1997 a fait ressortir dans cette
région un faible niveau de couverture vaccinale pour tous les
antigènes, associé à un fort taux d’abandon [1]. Nous avons jugé
utile d’entreprendre une enquête de couverture vaccinale sur les
enfants âgés de 12 à 23 mois et vaccinés.
Méthodologie
L’enquête a été réalisée du 26 juillet au 28 août 1999
selon la méthode standard recommandée par l’Organisation mondiale
de la santé [2]. Il s’agit de la technique de sondage fondée sur un
échantillonnage aléatoire de 30 grappes à l’intérieur
desquelles au moins 7 enfants âgés de 12 à 23 mois sont
sélectionnés. La région du Kouilou avec ses
526 800 habitants a été répartie en trois strates.
La strate I correspond à la zone urbaine de Pointe-Noire avec
226 800 habitants (43 %) et la strate II à sa zone
périurbaine avec 224 200 habitants (42,6 %). La
strate III occupe toute la zone rurale de la région du Kouilou et
regroupe 13,4 % de la population. Pour chaque enfant choisi,
ont été transcrits sur des fiches standardisées : l’existence
ou non d’un carnet de vaccination ou de tout autre document pouvant
attester d’une vaccination ; les dates de naissance des
enfants ; les dates d’administration du vaccin ; la
présence d’une cicatrice vaccinale du BCG. Le taux brut de
couverture régionale par antigène est calculé par pondération en
vue d’améliorer la précision statistique. Le calendrier de
vaccination en vigueur est indiquée au tableau
1. Toutes les données ont été saisies et analysées avec le
logiciel Epi info 6. Les tests statistiques utilisés sont le
χ2 pour la comparaison des variables qualitatives, et
l’analyse des variances pour les variables quantitatives au risque
de 5 %.
Tableau 1. Calendrier de
vaccination de l’enfant.
Table 1. Vaccination schedule for children.
|
Antigènes |
Âge |
|
Vaccination antituberculeuse (BCG) |
Â
la naissance |
|
Vaccination antidiphtérique, antitétanique, anticoquelucheuse
(DTC) |
|
|
1e injection |
2 mois |
|
2e injection |
3 mois |
|
3e injection |
4 mois |
|
Vaccination antipoliomyélitique (VPO) |
Â
la naissance |
|
Orale 0 |
2 mois |
|
Orale 1 |
3 mois |
|
Orale 2 |
4 mois |
|
Orale 3 |
9 mois |
|
Vaccination contre la rougeole (VAR) |
|
|
Rappel vaccination antidiphtérique, antitétanique,
anticoquelucheuse et antipoliomyélite orale |
16 mois |
Résultats
Au total, 663 enfants de 12 à 23 mois ont été enquêtés
dans les trois strates. La couverture vaccinale régionale pondérée
a été de 82, 8 % pour le BCG, 71,8 % pour le DTC-VPO3 et
62,6 % pour la rougeole. La répartition interne de cette même
couverture est présentée dans le tableau
2. La moyenne d’âge par antigène et par strate pour le
DTC-VPO1 et le DTC-VPO2 est consignée dans le tableau 3. L’intervalle moyen observé entre le
DTC-VPO1 et le DTC-VPO2 et entre le DTC-VPO2 et le DTCVPO3 ont été
respectivement, de 6,1 et 6,2 semaines en zone urbaine ;
de 6,4 et 6,9 semaines en zone périurbaine. En revanche, en
zone rurale, il a été de 7,6 semaines entre le DTC-VPO1 et le
DTC-VPO2 et de 10,1 semaines entre le DTC-VPO2 et le DTC-VPO3.
L’intervalle médian a été de 5 semaines pour les différentes
doses de DTC-VPO dans toutes les strates. La conservation du
document vaccinal a été possible dans 90 % des cas en milieu
urbain, 96 % en zone urbaine et 55 % en zone rurale. Le
taux d’abandon entre le BCG et le DTC-VPO1 d’une part, et le BCG et
le VAR d’autre part, sont détaillés dans le tableau 4.
Tableau 2. Couverture vaccinale par
antigène et par strate.
Table 2. Immunization coverage rate per vaccine and
stratum.
|
Strates |
BCG
% |
Ic |
DTC-VPO1
% |
Ic |
DTC-VPO2
% |
Ic |
DTC-VPO3
% |
Ic |
VAR
% |
Ic |
| Zone
urbaine |
87,9 |
(83,3-92,4) |
89,2 |
(84,7-93,8) |
86,5 |
(80,6-92,5) |
80,3 |
(73,3-87,3) |
71,3 |
(63,7-78,9) |
| Zone
périurbaine |
86,1 |
(78,3-93,9) |
83,9 |
(75,6-92,2) |
82,2 |
(73,3-91,1) |
73,5 |
(64,2-82,8) |
60,9 |
(51,5-73,7) |
| Zone
rurale |
57,1 |
(47,9-66,3) |
55,7 |
(46,4-64,9) |
50,5 |
(41,2-59,8) |
41,0 |
(31,5-50,4) |
41,0 |
(31,5-50,4) |
| Taux
pondéré |
82,8 |
|
82,6 |
|
79,6 |
|
71,8 |
|
62,6 |
|
Ic : Intervalle de confiance
Tableau 3. Age moyen en semaines
à la vaccination chez les enfants entre 12 et 23 mois par
antigène et par strate.
Table 3. Mean age in weeks for vaccination in children
aged 12-23 months, per vaccine and stratum.
|
Strate |
BCG |
DTC-VPO 1 |
DTC-VPO3 |
VAR |
| Zone urbaine (n = 233) |
|
|
|
|
Moyenne |
3,7 |
12,3 |
24,2 |
42,2 |
|
Médiane |
2,0 |
10,0 |
21,0 |
41,0 |
| Zone périurbaine (n = 230) |
|
|
|
|
Moyenne |
4,2 |
12,7 |
25,3 |
43,6 |
|
Médiane |
2,0 |
11,0 |
22,0 |
41,5 |
| Zone rurale (n = 210) |
|
|
|
|
Moyenne |
8,3 |
15,7 |
29,8 |
44,1 |
|
Médiane |
4,0 |
12,0 |
23,5 |
41,5 |
Tableau 4. Taux d’abandon
vaccinal par strate.
Table 4. Immunization drop out rates according to
zone.
|
|
BCG/ DTCP-VPO1 % |
DTC-VPO1/DTC-VPO3 % |
DTC-VPO3/VAR % |
|
Zone urbaine |
1 |
2 |
1,4 |
|
Zone périurbaine |
9 |
10,4 |
14,7 |
|
Zone rurale |
9 |
11 |
0 |
Discussion
Les résultats de notre enquête montrent un bon niveau de
couverture vaccinale par antigène. Les taux obtenus sont
relativement élevés par rapport à ceux rapportés dans des enquêtes
similaires effectuées dans une des provinces du Gabon, du Cameroun,
et du Bénin [3-5]. En effet, Piechulek et al. [4] rapportent
au Cameroun, à Nkam, des taux de couverture de 87 %,
69,1 % et 74 % respectivement pour le BCG, VPO3 et le
VAR. De même, Garin et al. [3] trouvent au Gabon des taux de
couverture de 73 % pour le BCG, de 47 % pour le DTC-VPO3
et de 57 % pour le VAR. En outre, les taux de couverture
vaccinale obtenus en zones urbaine et rurale par antigène dans la
région du Kouilou sont plus élevés que ceux rapportés dans la
province de Borgou au Bénin [5] et qui sont, pour le BCG, de
79 % et de 55 % en zone urbaine et rurale, et pour le
DTC-VPO3, de 44 % et 25 % en zones urbaine et rurale.
Dans la même enquête, le VAR ne couvre que 39 % et 26 %
des enfants en zones urbaine et rurale. La couverture en VAR en
milieu urbain à Pointe-Noire concorde avec celle rapportée à
Brazzaville en 1998 qui était de 75,4 % [6]. Les taux
d’abandon observés entre le BCG et le DTC-VPO1 sont faibles en
zones urbaine et périurbaine. En revanche, ces taux sont égaux ou
supérieurs à 10 % entre le DTC-VPO1 et le DTC-VPO3 en zones
périurbaine et rurale. La différence entre ces deux zones n’est pas
statistiquement significative (p = 0,619), et il en va de
même entre la zone périurbaine et la zone rurale
(p = 0,170). Le ravitaillement irrégulier en vaccins, ou
parfois même les ruptures fréquentes de stock des vaccins,
l’éloignement des centres de santé peuvent être à l’origine de la
hausse des taux d’abandon. L’âge moyen à la vaccination est plus
élevé en zone rurale qu’en zones urbaine et périurbaine pour le BCG
(p = 0,0025), et le DTC-VPO1 (p = 0,00094). L’âge
moyen au DTC-VPO3 (p > 0,05) et le VAR
(p = 0,1035) ne diffère pas, quelle que soit la strate.
Il se pose vraisemblablement un problème de maîtrise du calendrier
vaccinal en zone rurale. La stratégie serait de faire assimiler ce
calendrier par l’apprentissage d’une chanson à chaque séance de
vaccination. L’intervalle médian observé est de 5 semaines
entre les différentes doses de DTC-VPO. Cette valeur s’approche de
celle recommandée qui est de 4 semaines. Le document vaccinal
est bien conservé dans plus de 90 % des cas en milieux urbain
et périurbain, et de 55 % en milieu rural. Le document qu’on
trouve le plus souvent est la fiche de pesée ou le carnet
international de vaccination. La baisse de la couverture vaccinale
dans la région du Kouilou résulte aussi des crises socio-politiques
et économiques que le pays a connues. Parmi les enfants non
vaccinés, nombreux seraient les déplacés de guerre en provenance
d’autres régions. Ces conflits armés, en Afrique comme au Congo,
posent un problème majeur, celui des États à maintenir la capacité
de gestion du PEV à long terme [7].
Conclusion
Le niveau de couverture atteint par antigène est satisfaisant,
mais reste à être consolidé. Les taux d’abandon sont assez élevés
et méritent d’être corrigés. Les actions futures doivent tendre
vers une forte sensibilisation des zones rurales en faveur de la
vaccination. De plus, la desserte en vaccination des populations
cibles éloignées par la stratégie mobile et avancée pourrait
contribuer à augmenter le taux de couverture vaccinale n
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier l’Unicef pour son appui
financier à la réalisation de cette enquête. Que soient aussi
également remerciées les autorités régionales, la population du
Kouilou, les équipes d’enquêteurs sur le terrain.
Références
1. Ministère de la Santé du Congo ;
Unicef ; Organisation mondiale de la santé. Rapport de la
revue interne du Programme élargi de vaccination.
Brazzaville : ministère de la santé, 1997 ; 60 p.
2. Henderson RH, Sundarset T. Cluster sampling to
assess immunization coverage : a review experience with a
simplified method. Bull OMS 1982 ; 60 :
253-60.
3. Garin D, Moulengui A, Dutailly C, Brasseur
F, Hamono B. Evolution de la couverture vaccinale du P.E.V. en zone
rurale, province de la Ngounié-Gabon. Med Afr Noire
1992 ; 39 : 637-43.
4. Piechulek H, Mendoza Aldana J, Folekeu P.
Progrès du programme élargi de vaccination intégré dans le cadre
des soins de santé primaires (Cameroun, province du Littoral).
Med Afr Noire 1994 ; 41 : 466-72.
5. Tissot Dupont H. Une enquête de couverture
vaccinale dans la province du Borgou au Bénin en 1988. Med Afr
Noire 1991 ; 38 : 21-8.
6. Bolanda D, Talani P, Nzaba P, et al. Enquête de
couverture vaccinale sur la rougeole à Brazzaville. Bull Soc Path
Ex 2000 ; 93 : 123-4.
7. Bele O, Barakamfitiye DG. Le PEV dans la région
africaine de l’OMS : situation actuelle et contraintes de mise
en œuvre. Cah Santé 1994 ; 4 : 137-40.
|