Accueil > Revues > Sante publique > Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Santé publique
Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable

Détermination du temps de transit colique de sujets ivoiriens sains


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 13, Numéro 4, 265-8, Octobre-Novembre-Décembre 2003, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : K.A. Mahassadi, T. Ndri‐Yoman, K.A. Attia, R. Ngbesso, A.K. Keita, K.L. Manlan , Service de médecine, Service d‘imagerie médicale, CHU de Yopougon, 21 BP 632, Abidjan 21, Côte d‘Ivoire. <alasmaci.refer.org> .

Résumé : Les valeurs du temps de transit colique (TTC) obtenues au sein d‘une population occidentale saine ne peuvent être appliquées aux sujets ivoiriens dont les habitudes alimentaires sont différentes. Nous rapportons la première étude de TTC réalisée chez des sujets volontaires ivoiriens sains. Vingt sujets volontaires ivoiriens sains (16 hommes, 4 femmes, moyenne d‘âge : 25 ans) ont été inclus dans l‘étude. Ces personnes n‘étaient pas constipées. Elles avaient au moins trois selles par semaines. En outre, ces sujets volontaires sains ne prenaient aucun médicament et ne présentaient aucun trouble digestif pouvant affecter leur transit intestinal. Aucun enrichissement du régime alimentaire en fibres végétales n‘a été fait. La méthode de Chaussade et al. décrite en 1986 a été adoptée pour cette étude. Elle consiste à ingérer à heures fixes trois types de marqueurs radio‐opaques (ronds, cubiques et cylindriques) pendant trois jours consécutifs et à réaliser des radiographies de l‘abdomen sans préparation (RASP) le quatrième, le septième, voire le dixième jour après la première prise des marqueurs radio‐opaques si ceux‐ci sont encore présents sur la RASP du septième jour. Les RASP étaient ensuite divisées en trois parties représentant le colon droit, le colon gauche et le rectosigmoïde. Les marqueurs étaient comptés dans chaque segment colique. Le TTC est calculé selon la formule d‘Arhan et al. Les valeurs moyennes (m ± DS) du temps de transit colique obtenues respectivement dans le colon droit, le colon gauche, le rectosigmoïde et dans l‘ensemble du colon étaient de 8,94 ± 5,76 heures, 12,6 ± 8,29 heures, 14,4 ± 5,45 heures, 34,94 ± 15,09 heures. La limite supérieure (M + 2DS) dans chaque segment colique étaient de 20 heures, 29 heures, 25 heures et 65 heures, respectivement dans le colon droit, le colon gauche, le rectosigmoïde et dans l‘ensemble du colon. Ces résultats suggèrent que le TTC du sujet ivoirien sain a sa spécificité. Les valeurs du TTC obtenues chez le sujet occidental ne doivent donc pas servir de normes pour l‘étude du TTC chez le sujet ivoirien souffrant de constipation.

Mots-clés : Gastro‐entérologie \; Imagerie médicale \; Côte d‘Ivoire.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : K.A. Mahassadi1, T. Ndri-Yoman1, K.A. Attia1, R. Ngbesso2, A.K. Keita2, K.L. Manlan1

1Service de médecine, 
2
Service d’imagerie médicale, CHU de Yopougon, 21 BP 632, Abidjan 21, Côte d’Ivoire. 
<alasma@ci.refer.org>

L’étude du temps de transit colique (TTC) est un moyen simple, anodin et parfaitement bien toléré pour déterminer les sous-groupes de constipation chronique idiopathique que sont la constipation de transit, la constipation distale et la constipation à temps de transit colique normal. Cette détermination n’est possible chez le sujet constipé qu’à partir des valeurs de référence obtenues chez le sujet sain [1-3]. 
D’utilisation courante dans les pays développés, l’étude du TTC est rarement pratiquée en Afrique sub-saharienne francophone où aucune étude publiée n’existe à notre connaissance. 
Le TTC varie en fonction des habitudes alimentaires du sujet. Les valeurs normales du TTC obtenues au sein d’une population occidentale saine ne peuvent être appliquées de facto à une population africaine, et plus particulièrement, ivoirienne dont les habitudes alimentaires sont totalement différentes [1, 4]. 
Nous rapportons l’étude du TTC effectuée chez 20 sujets volontaires ivoiriens sains afin de déterminer des valeurs propres à cette population pouvant servir de normes pour l’étude du TTC chez le sujet constipé ivoirien.

Matériel et méthode

C’est une étude prospective effectuée au Centre hospitalier et universitaire de Yopougon (commune de la ville d’Abidjan, capitale économique de la république de Côte d’Ivoire) conjointement avec le service de médecine et de radiologie pendant la période allant d’avril 1994 à juin 1995. Elle a été réalisée chez 20 sujets volontaires ivoiriens sains ayant donné leur consentement pour participer à l’étude et composés d’étudiants hospitaliers et du personnel du service de médecine du CHU de Yopougon. Ces sujets comprenaient 16 hommes et 4 femmes d’âge moyen égal à 25 ans (extrêmes : 21 à 38 ans). Ces sujets ne se plaignaient pas de constipation. Ils avaient tous plus de trois selles moulées par semaine et n’avaient pas de signe évoquant un trouble de l’exonération ou de toute autre affection digestive. En outre, ils n’étaient soumis à aucun traitement pouvant affecter le transit intestinal au cours de l’étude.
La méthode d’étude du TTC utilisée a été celle décrite par Chaussade et al. en 1986 [1]. Elle consiste à ingérer à heures fixes vingt marqueurs radio-opaques pendant trois jours consécutifs et à réaliser des radiographies de l’abdomen sans préparation (RASP) à la même heure que celle des prise des marqueurs radio-opaques, les quatrième, septième, voire le dixième jours si des marqueurs radio-opaques sont encore présents au septième jour.
Dans cette étude, trois types de marqueurs radio-opaques (ronds, cubiques et cylindriques) ont été utilisés. Les marqueurs ronds et cubiques ont été acquis auprès de la société Marquat en France, conditionnés à l’achat dans de petits sachets en plastiques à raison de 100 marqueurs par sachets. Les marqueurs cylindriques ont été obtenus en découpant les sondes en PVC de cathétérisme cardiaque de marque Cordis Multipurpose A16F035 offertes par l’institut de cardiologie d’Abidjan. Ces sondes ont été découpées par tranche de 5 mm de longueur.
Afin de rendre la prise des marqueurs radio-opaques acceptable par les sujets volontaires sains participant à l’étude, ceux-ci ont été conditionnés dans des gélules en gélatine de couleurs différentes à raison de 10 marqueurs par gélules.
Les sujets ingéraient à une heure fixe, deux gélules blanches (contenant les marqueurs cubiques) le premier jour, deux gélules orange blanc (contenant les marqueurs ronds) le deuxième jour, deux gélules rose-blanc (contenant les marqueurs cylindriques) le troisième jour. Les RASP ont été pratiquées le quatrième, le septième, voire le dixième jour si des marqueurs étaient encore présents dans le colon au septième jour. Les RASP ont été réalisées à la même heure que celle des prises des gélules. L’heure de prise des gélules et l’heure de la pratique de la RASP restait la même pour chaque sujet, mais variait d’un sujet à un autre afin de ne pas avoir de chevauchement entre deux sujets qui viendraient le même jour faire leur radiographie. Les RASP ont été réalisées avec des films de grand format 36 × 43 cm ou parfois avec des films de format moyen 30 × 40 cm. Le degré d’irradiation n’a pas été mesuré, faute de lecteur disponible. Les sujets n’ont subi aucune préparation particulière, surtout pas d’enrichissement du régime en fibres alimentaires avant ou pendant l’étude, ni de préparation colique par lavement évacuateur. De plus, les sujets conservaient leurs habitudes alimentaires durant toute l’étude.
Pour localiser les segments coliques droit, gauche et recto-sigmoïde, les clichés de RASP ont été divisés, selon la méthode d’Arhan [5], en trois parties par une ligne médiane qui part du centre de la cinquième vertèbre lombaire et par deux lignes obliques qui s’étendent du centre de cette même vertèbre aux deux épines sacrées antéro-supérieures ou aux deux grands trochanters. Ces lignes permettaient d’isoler trois zones correspondant grossièrement au côlon droit, au côlon gauche et au rectosigmoïde, dans le sens horaire.
Tous les marqueurs présents ont été ensuite comptés dans chaque segment, sur tous les clichés (figure 1). Le TTC dans chaque segment a été calculé selon la formule d’Arhan [5] où TTC = 1,2 × ni (ni étant le nombre total de marqueurs présents à j3, j7 et j10). Les valeurs de TTC ont été exprimées en moyenne, plus ou moins une déviation standard (m ± DS) et la limite supérieure des valeurs chez les sujets sains, exprimée en moyenne, plus deux déviations standard (m + 2 DS).

Résultats

Les valeurs moyennes du TTC (m ± DS) obtenues respectivement dans le côlon droit, le côlon gauche, le rectosigmoïde et dans l’ensemble du côlon ont été de 8,94 ± 5,76 heures, 12,6 ± 8,29 heures, 14,4 ± 5,45 heures, 34,94 ± 15,09 heures. La limite supérieure (m + 2 DS) dans chaque segment côlon a été de 20 heures, 29 heures, 25 heures et 65 heures respectivement, dans le colon droit, le colon gauche, le rectosigmoïde et dans l’ensemble du colon.

Discussion

Aucune étude à notre connaissance n’est actuellement disponible sur les valeurs exprimées du TTC chez des sujets noirs africains. La méthode de référence pour la détermination du TTC est celle d’Arhan et al., qui apparaît cependant très irradiante. En effet, elle consiste à réaliser dès le lendemain de la prise des marqueurs radio-opaques, des RASP tous les jours pendant sept jours afin d’observer l’élimination des marqueurs radio-opaques du colon et les éventuels reflux de ces marqueurs dans le côlon [5]. À côté de cette méthode, d’autres techniques d’appréciation du TTC ont été développées et validées par rapport à la méthode de référence [6, 7]. Parmi ces méthodes, nous avons préféré celle de Chaussade et al. [1] qui utilise des marqueurs de forme et de taille différentes. Elle est simple d’emploi et est capable de détecter les éventuels reflux de marqueurs radio-opaques chez le patient constipé avec une faible irradiation, car elle ne nécessite que trois RASP pour l’étude du TTC. Elle est de ce fait moins contraignante pour le patient en limitant ainsi ses déplacements à l’hôpital.
Plusieurs méthodes permettant aux sujets d’ingérer les marqueurs radio-opaques ont été décrites dans la littérature, notamment l’adjonction des marqueurs radio-opaques dans les repas [8]. Le conditionnement des marqueurs radio-opaques dans des gélules nous est apparu original car les gélules avaient l’apparence d’un médicament. Ainsi, ces gélules étaient facilement acceptées par les sujets et pouvaient être ingérées en dehors des repas. Notre étude a été réalisée sur des sujets vivant dans une même zone géographique, aux habitudes alimentaires superposables et sans enrichissement du régime en fibres alimentaires contrairement à l’étude princeps de Chaussade et al. où un enrichissement du régime en fibres alimentaires avait été fait [1]. Des études postérieures ont montré l’absence de corrélation entre le TTC et la quantité de fibres alimentaires ingérées, bien que l’adjonction de fibres alimentaires à l’échelle individuelle ait des effets justifiant leur utilisation dans le traitement des constipations chroniques idiopathiques [6-9].
Le TTC varie en fonction des habitudes alimentaires de la population locale étudiée. La variation du TTC en fonction du sexe reste cependant un sujet de controverse [4, 6]. Dans l’étude plus récente de Dorval et al. [10], le TTC serait plus long au côlon gauche et au rectosigmoïde chez la femme que chez l’homme. Les limites supérieures (m + 2 DS) du TTC gauche et total obtenues dans notre étude sont sensiblement identiques à celles obtenues par Chaussade et al. chez 22 sujets français composés en majorité de femmes [1]. Néanmoins, dans notre étude, dont l’échantillon était essentiellement composé d’hommes, les TTC droit et rectosigmoïde sont plus courts. Dans une autre étude effectuée par Chaussade et al. sur un échantillon plus grand issu de la population française, les valeurs obtenues du TTC révèlent également des écarts au niveau du colon droit et du rectosigmoïde lorsqu’on se réfère aux valeurs obtenues dans notre étude [4]. D’autres études qui utilisent des méthodes différentes mais tout aussi validées par rapport à la méthode de référence [6, 7, 10], trouvent des valeurs soit supérieures soit inférieures aux nôtres (tableau 1). Par conséquent, la variation du TTC en fonction de la population étudiée justifie la nécessité d’obtenir des valeurs de référence, à partir d’un échantillon de sujets sains représentatif de la population locale, lorsqu’une étude du TTC par les marqueurs radio-opaques doit être faite chez le sujet constipé [1].

Tableau 1. Limites supérieures du TTC (M + 2 DS) exprimées en heures obtenues dans notre étude et dans d’autres études réalisées chez les sujets sains d’origine caucasienne.
Table 1. Upper limits of colonic transit time (in hours) obtained in our study and in other studies from healthy Caucasian subjects.
Colon droit Colon gauche Rectosigmoïde Colon total
Chaussade (n = 22) 24 30 44 67
Chaussade (n = 96) 24 31 33 67
Arhan (n = 38) 38 37 34 93
Metcalf (n = 73) 32 39 36 68
Bouchoucha (n = 32) 37 26 41 88
Notre étude (n = 20) 20 29 25 65

Nos résultats doivent cependant être interprétés avec nuance. D’une part, notre série trop limitée en nombre de sujets (20 sujets sains) ne permet pas de tirer des conclusions statistiquement valables donc les valeurs ici ne sont pas a priori généralisables à toute la population ivoirienne et, d’autre part, la méthode utilisée (m + 2 DS) ne serait pas appropriée pour l’étude du TTC d’un échantillon qui ne présente pas tous les caractères d’une distribution gaussienne [10]. Néanmoins, l’analyse des études du TTC par les marqueurs radio-opaques faites en occident [1, 4-7] permet de déduire que le TTC du sujet ivoirien a sa spécificité, notamment un TTC court au niveau du colon droit et du rectosigmoïde. Des études ultérieures sur un plus grand effectif de la population ivoirienne permettra de vérifier ce constat et éventuellement d’en rechercher les bases anatomo-physiologiques n

Références

1. Chaussade S, Roche H, Khyari A, et al. Mesure du temps de transit colique : description et validation d’une nouvelle méthode. Gastroenterol Clin Biol 1986 ; 10 : 385-9.

2. Chaussade S, Atienza P, Beretta O. Méthode d’exploration fonctionnelle dans la constipation chronique idiopathique de l’adulte. Gastroenterol Clin Biol 1990 ; 14 : 163-70.

3. Schang JC, Devroede G. Temps de transit colique : modalités pratiques, quand le demander, comment l’interpréter ? Act Med Int Gastroenterol 1987 ; 3 : 77-81.

4. Chaussade S, Gosselin A, Hostein J, et al. Détermination du temps de transit colique global et segmentaire dans une population de 96 volontaires sains. Gastroenterol Clin Biol 1990 ; 14 : 95-106.

5. Arhan P, Devroede G, Jehanin B, et al. Segmental colonic transit time. Dis colon Rectum 1981 ; 24 : 625-9.

6. Metcalf AM, Phillips SF, Zinsmeister AR, et al. Simplified assessement of segmental colonic transit. Gastroenterology 1987 ; 92 : 40-7.

7. Bouchoucha M, Devroede G, Arhan P, et al. What the meaning of colorectal transit time measurement ? Dis Colon Rectum 1992 ; 35 : 773-82.

8. Couturier D, Chaussade S. Temps de transit colique global et segmentaires. Mesures par les marqueurs radioopaques. Presse Med 1988 ; 17 : 69-73.

9. Spiller R. Management of constipation. When fibre fails. Br Med J 1990 ; 300 : 1064-5.

10. Dorval ED, Barbieux JP, Picon L, et al. Mesure simplifiée du temps de transit colique par une seule radiographie et un seul type de marqueur : normes chez 82 témoins en fonction du sexe. Gastroenterol Clin Biol 1994 ; 18 : 141-4.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]