| Fréquence |
% |
| Fièvre (moyenne
de 39 °C) associée souvent à des frissons |
12/12 |
100 |
| Lésions cutanées
(photos 1, 2, 3) |
10/12 |
83 |
| Mycose
oro-pharyngée |
10/12 |
83 |
|
Poly-adénopathies (principalement cervicales) |
8/12 |
66 |
| Hépatomégalie
(flèche hépatique > 15 cm) |
7/12 |
58 |
| Splénomégalie
(degré I, II, III, et IV, selon classification de Hackett) |
7/12 |
58 |
| Ictère
cutanéo-muqueux |
7/12 |
58 |
| Anomalies
pulmonaires (surtout bronchi) |
6/12 |
50 |
| Syndrome
méningé(*) |
1/12 |
8 |
| Adénites |
1/12 |
8 |
| Torpeur |
1/12 |
8 |
Syndrome méningé(*) : le cas de méningite
cryptococique associée.
Le diagnostic de candidose oro-pharyngée a été posé à partir
d’arguments cliniques (enduit blanchâtre au niveau lingual) et de
la cavité orale. L’hépatomégalie et la splénomégalie ont été
confirmées et mesurées par échographie.
Les lésions dermatologiques étaient distribuées sur l’ensemble du
revêtement cutané. Elles étaient prédominantes au niveau du visage
sous la forme classique de papules (photo 1), mais également
d’ulcérations hématiques de pustules, à diamètre variable
(0,5-1 cm) (photo
2), ainsi que de lésions papulo-pustulleuses acnéiformes
non douloureuses et non prurigineuses (photo 3).
Données biologiques et paracliniques
Ces données sont présentées dans le tableau
3. L’examen radiologique pulmonaire a été réalisé chez
7 patients qui présentaient une toux (dont les 5 patients
ayant un antécédent de tuberculose pulmonaire). Les anomalies
pulmonaires étaient les plus souvent des infiltrats nodulaires
et/ou réticulaires. Le nombre moyen des lymphocytes CD4 circulants
était de 4 éléments/mm3. Cette numération n’a pu
être réalisée que chez 4 patients.
Tableau 3. Données biologiques et
paracliniques.
Table 3. Biological and paraclinical data.
|
Fréquence |
% |
| Anémie
(Hb < 7,3 mg % en moyenne) |
11/12 |
92 |
| Leucopénie
(4 870/mm3 en moyenne) |
4/12 |
33 |
| Thrombopénie
(100 000/mm3 en moyenne) |
6/12 |
50 |
| Anomalies
radio-pulmonaires |
4/7 |
57 |
| Mise en évidence
de P. marneffei dans les échantillons pathologiques |
10/10 |
100 |
| Mise en évidence
de P. marneffei par hémoculture |
12/12 |
100 |
Traitement et évolution
Les 12 patients ont été traités par antifongiques :
dix par itraconazole (Sporal®), un par
amphotéricine B associée au fluconazole (le cas associé à la
cryptococcose) et un par kétoconazole
(Nizoral®).
• Itraconazole : (n = 10)
Ces patients ont reçu un traitement de 7 jours per os
à la posologie de 300-400 mg/jour.
L’ensemble des symptômes et signes cliniques se sont amendés en
une moyenne de 6 jours dans la plupart des cas (8/10 des cas).
La fièvre a disparu au cours de la première semaine de traitement.
Les lésions cutanées ont été cicatrisées au terme d’une semaine. La
toux, les signes de candidose oro-pharyngée et la diarrhée ont
diminué progressivement mais ont persisté plus longtemps. L’ictère
et l’organomégalie ont persisté jusqu’à la sortie des patients. Il
y a eu un cas de décès au sixième jour de traitement. Il s’agissait
d’un patient en état de torpeur 30 jours après le début des
symptômes et décédé d’un choc septique.
• Amphotéricine B + fluconazole (n = 1).
Ce cas était également atteint d’une méningite cryptococcique. Le
patient a reçu un traitement de 34 jours d’amphotéricine B
(par voie intraveineuse) à la posologie de 0,33 mg/jour et de
fluconazole à la posologie de 450 mg/jour.
• La fièvre a diminué progressivement et a disparu après
2 semaines de traitement. Les céphalées empêchantes se sont
estompées au cours de la quatrième semaine de traitement.
• Kétoconazole : (n = 1).
Ce patient a été traité pendant 14 jours à la posologie de
400 mg/jour.
La fièvre et les lésions cutanées ont disparu lors de la
deuxième semaine.
Discussion
Le nombre de patients diagnostiqués et traités dans cette série
apparaît limité. Néanmoins, peu de séries ont été consignées dans
la littérature, avec un recrutement comparable en un temps aussi
restreint [2, 10, 23]. Cependant, celle-ci permet de faire quelques
remarques sur les caractéristiques de cette infection dans le
contexte du recrutement des patients VIH (+) constituant la file
active du CMT.
Aspects épidémiologiques
La fréquence de cette maladie augmente avec la prévalence de
l’infection par le VIH au Vietnam, comme le confortent ces
observations [4, 5, 23]. La plupart des patients sont des hommes
jeunes habitant à Ho Chi Minh-ville.
Une exposition aux rats de bambou ou aux bambous n’a pas pu être
démontrée dans notre série. La source de contamination par P.
marneffei dans l’environnement et le complexe pathogène de
cette infection restent en effet un problème non résolu [26,
27].
La moitié des cas possèdent un antécédent de tuberculose
pulmonaire. La tuberculose pulmonaire pourrait être un facteur de
risque pour le développement de P. marneffei si la voie
aérienne était la voie de contamination privilégiée. Cependant, la
place de la tuberculose dans l’histoire naturelle de l’infection à
VIH/Sida peut aussi conduire à une association fortuite.
Aspects cliniques et paracliniques
Dans notre série, le délai moyen entre la première manifestation
et l’hospitalisation était de 26 jours. Les patients
présentaient toujours une fièvre élevée intermittente, souvent
associée à des frissons. La présence de lésions cutanées est très
évocatrice du diagnostic. Ces lésions apparaissent sous forme de
papules, de pustules, d’ulcères ou de lésions d’aspect acnéique et
sont prédominantes au visage. Elles ne sont ni douloureuses ni
prurigineuses. Le tropisme pour le système réticulo-endothélial
prévaut chez ces patients. L’adénomégalie, la splénomégalie,
l’hépatomégalie ainsi qu’une anémie sévère se rencontrent dans la
plupart des cas. Ces critères pourraient être mieux utilisés en
termes de signes indirects dans la démarche diagnostique. Les
anomalies à l’examen clinique pulmonaire, ainsi que la présence
d’infiltrats nodulaires ou réticulaires sur la radiographie
pulmonaire ont été souvent observées. Ces anomalies sont non
spécifiques et peuvent évoquer d’autres maladies opportunistes. Par
ailleurs, deux cas ont été diagnostiqués de façon fortuite par
hémoculture : l’un avec une fièvre prolongée et l’inefficacité
d’une antibiothérapie à large spectre et l’autre co-infecté par une
cryptococcose méningée. La recherche de pénicilliose n’était pas
systématiquement réalisée dans les hémocultures. Il est donc
possible que d’autres cas aient été méconnus et que le nombre de
cas ait été sous-estimé.
La plupart de ces patients étaient hospitalisés au stade sida de
la maladie, avec une altération marquée de l’état général. Le
nombre des lymphocytes CD4 circulants était par ailleurs très bas.
Un patient est décédé 5 jours après le début du traitement
dans un contexte de choc septique.
Dans notre série, la mise en évidence des levures à l’examen
direct, dans les phagocytes, à partir des prélèvements tissulaires
ou dans les monocytes du sang circulant et l’identification
morphologique du champignon par hémoculture ont été les principaux
examens de diagnostic positif.
Traitement
La réponse thérapeutique aux antifongiques disponibles
(Itraconazole, Sporal®) était relativement
favorable. Cependant, en cas d’hospitalisation tardive, le risque
de mortalité restait élevé (1 cas, soit 8,5 %). Nous ne
disposions pas d’antifongiques d’accessibilité plus récente et de
coût élevé, comme le voriconazole.
Conclusion
L’infection à P. marneffei est une infection opportuniste
au cours de l’infection à VIH/sida présente dans le sud du Vietnam.
Au CMT d’Ho Chi Minh-ville, elle est évoquée devant les signes
d’appel cutanés. Cette infection est parfois découverte
fortuitement à l’occasion de la recherche d’une autre mycose. Elle
est probablement sous-estimée. La prise en compte des signes
d’atteinte du système réticulo-endothélial (splénomégalie,
adénopathie, et anémie, voire pancytopénie) devraient faire évoquer
plus souvent cette hypothèse diagnostique. Dans notre série,
l’interrogatoire à la recherche de facteurs de risque (exposition
aux rats de bambou, antécédents de tuberculose) n’a pas été
concluant. L’évaluation de l’impact de ces déterminants
nécessiterait la réalisation d’une étude de type cas-témoin [26].
L’utilisation d’un test sérologique sensible, spécifique et peu
onéreux permettrait un diagnostic précoce de pénicilliose et
augmenterait donc les chances de survie de ces patients [26, 28,
29].
Remerciements
Nous remercions vivement la direction du Centre des maladies
tropicales d’Ho Chi Minh-ville, Vietnam, pour son autorisation à la
réalisation de ce travail. Nous remercions également le Professeur
Tran Vinh Hien pour son aide en mycologie.
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