ARTICLE
Au Maroc les bains maures traditionnels sont fréquentés
par la quasi-totalité de la population. Cette étude a été
motivée par l'absence de couverture médicale de ce secteur,
le nombre important de personnes qui y travaillent ou s'y rendent et la
rareté des travaux scientifiques se rapportant à ce milieu.
Le but de cette enquête épidémiologique est d'analyser
l'hygiène et les conditions de travail, d'évaluer les risques
professionnels dans les bains maures et de proposer des mesures de prévention.
Population et méthode
Population
Cette étude épidémiologique de type transversal
s'est déroulée dans dix bains maures traditionnels de la
ville de Marrakech sur une période de trois mois ; de mai à
juillet 1998. Elle a concerné l'ensemble des travailleurs exposés
soit 60 personnes (30 hommes et 30 femmes).
Méthode
L'étude comprend l'analyse des conditions de travail, d'hygiène
et de sécurité et une enquête médicale comportant
un questionnaire, un examen clinique, une radiographie pulmonaire de face
et un bilan biologique (NFS, VS, glycémie, transaminases, parasitologie
des selles, VDRL, examen cytobactériologique urinaire).
Le questionnaire mené par nous-mêmes porte sur l'état
civil, le niveau socio-économique, l'ancienneté, les antécédents
médicaux dermatologiques, musculo-squelettiques, neurologiques,
oculaires, ORL, respiratoires, cardio-vasculaires, digestifs, génito-urinaires
et accidents du travail.
La visite des lieux et l'observation des postes de travail, l'entretien
avec les travailleurs, la mesure de la teneur en chlore résiduel
au niveau de l'eau des robinets et son examen bactériologique nous
ont permis d'apprécier les risques infectieux dans ce milieu. Des
prélèvements d'échantillons d'eau, de baignade et
de consommation, ont été réalisés à
l'aide de seringues stériles de 20 ml ; l'eau prélevée
a été directement mise dans des tubes rodés préalablement
stérilisés à 120 °C pendant une heure. L'analyse
bactériologique des échantillons de l'eau froide et chaude
des bains publics a été faite au laboratoire de bactériologie
de l'hôpital provincial de Marrakech. Les méthodes d'examen
bactériologique [1] se réfèrent aux recommandations
de l'OMS (techniques d'analyse d'eau et concept d'indicateurs bactériens
de contamination fécale). La méthode du nombre le plus probable
(NPP) a été utilisée pour le dénombrement
des bactéries recherchées, les résultats ont été
exprimés en nombre de colonies par 100 ml.
Résultats
Analyse des conditions de travail
* Architecture générale (figures
1 et 2) * Conditions d'hygiène
Elles sont mauvaises avec :
- un éclairage insuffisant, électrique le soir et
naturel le jour par des petites ouvertures vitrées situées
au niveau des plafonds ne dépassant pas 15 centimètres de
diamètre. La vapeur accentue l'obscurité rendant la vision
du sol et de l'entourage non nette ;
- une aération insuffisante se faisant par l'intermédiaire
de quelques petites ouvertures circulaires aux plafonds qui restent fermées
en saison froide et qu'on ouvre en saison chaude ou en cas de surchauffe
des salles de bain ;
- une ambiance thermique chaude et humide non réglable et
fluctuante avec parfois une surchauffe des salles de bains pouvant être
suivie d'un brusque refroidissement. Un même système chauffe
en même temps l'eau et le sol des salles de bain ;
- un entretien des murs, des sols, des plafonds, des portes et
des sanitaires défectueux. Il est effectué avec un matériel
rudimentaire qui se résume à quelques raclettes en caoutchouc,
balais en fibres végétales trop souples pour permettre un
brossage efficace, serpillières très usées et quelques
seaux en matière plastique abîmés avec une paroi rugueuse
contenant des impuretés ;
- des chambres de captage des particules inexistantes et des cheminées
ne dépassant pas la hauteur des habitations avoisinantes alors
que, selon les normes en vigueur, elles devraient dépasser de deux
mètres le point culminant de voisinage se trouvant dans un diamètre
de 100 mètres [2] ;
- des combustibles se composant de bûches et sciures de bois
ainsi que d'ordures sous forme de produits d'emballage en matière
plastique, en carton et en papier. Cependant, l'article premier de l'arrêté
du 21 novembre 1958 interdit l'utilisation de tout combustible à
base de caoutchouc ou de produits cellulosiques servant en particulier
au chauffage des bains maures [3] ;
- des puits, alimentant les bains en eau, mal aménagés,
mal protégés et mal traités. En effet, les puits
existants sont de simples trous creusés dans le sol sans aucune
structure de protection. En principe, un puits correctement construit
[4] doit comporter au moins les éléments suivants : un couvercle
de protection en béton, en tôle ou en bois avec un trou de
puisage, une plate-forme aménagée en matériau solide
et étanche avec une inclinaison vers l'extérieur, une rigole
de protection et d'évacuation des eaux de ruissellement, un cuvelage
en matériau étanche (tel que le béton, la maçonnerie
avec enduit, l'argile damée, le cuvelage métallique ou le
béton préfabriqué), un diffuseur de chlore et une
margelle de protection. Toute source de contamination doit être
éloignée du puits. Une zone de protection d'au moins 15
m d'étendue autour du puits sera surveillée. Dans cette
zone, aucune installation de fosse ou de latrine, aucun dépôt
d'ordures ou d'autres déchets ne doit être autorisé.
Le puits doit être curé et désinfecté. Il sera
procédé au pompage de l'eau, à l'enlèvement
de la vase et détritus accumulés au fond du puits et, éventuellement,
à l'approfondissement pour améliorer la productivité.
On effectuera un lavage et un brossage du revêtement intérieur
du puits avec une solution concentrée de chlore (0,5 litre d'eau
de Javel dans 100 litres d'eau ou 50 g de chlorure de chaux dans 100 litres
d'eau). Une solution identique sera versée dans l'eau de puits
qu'on laissera reposer pendant 12 heures avant de pomper à nouveau
jusqu'à disparition de l'odeur du chlore [4] ;
- l'absence totale de chlore résiduel et la présence
de signes de contamination bactérienne d'origine fécale
des eaux froide et chaude des robinets émanant directement des
puits et désignées pour la baignade. Nous avons dénombré
pour les dix bains maures en moyenne 35 colonies/100 ml de coliformes
et 14 colonies d'Escherichia coli/100 ml. Les robinets des bains
maures dont le système de canalisation d'eau froide est alimenté
par le réseau de distribution urbain d'eau potable n'ont montré
aucun signe de contamination fécale.
* Organisation du travail
La cadence et le rythme du travail sont variables en fonction du taux
de fréquentation du bain qui varie entre 200 et 600 personnes/jour.
Le travail posté se fait par équipes alternantes un jour
sur deux et débute vers 5 heures du matin pour se terminer vers
minuit. Les travailleurs ne bénéficient ni de congés
hebdomadaires ni annuels en dehors de quelques jours de fêtes religieuses.
Les repas sont préparés et consommés sur les lieux
du travail. Pour six bains sur dix, le personnel loge dans la salle de
repos de l'établissement. La protection médicale et technique
collective et individuelle est pratiquement absente.
* Étude des postes du travail
Le travail du personnel des salles de bain consiste à assister
les clients, les laver et les masser et à entretenir l'établissement.
La contrainte physique, thermique et posturale est importante avec port
de charge dans une ambiance chaude et humide.
Bilan médical
* Questionnaire
La population, de niveau socio-économique très bas, est
assez jeune avec prédominance dans la tranche d'âge comprise
entre 36 et 45 ans (55 %) (tableau
1). Soixante-cinq pour cent ont une ancienneté de 6 à
15 ans et 20 % de 16 à 25 ans, il existe donc une stabilité
dans l'emploi (tableau 2).
* Bilan clinique (tableau
3)
L'atteinte cutanée et/ou des phanères est notée
chez 100 % des travailleurs. Cette atteinte dermatologique est représentée
par les épidermomycoses (66,6 %) qui intéressent de façon
élective les espaces interdigitaux plantaires, les plis sous-mammaires,
axillaires et inguinaux, ainsi que les ongles et leurs pourtours. L'atteinte
de la barbe et du cuir chevelu est pratiquement absente. Les dermites
allergiques ou irritatives des mains sont retrouvées chez 10 personnes
(16,6 %).
La pathologie musculo-squelettique affecte 17 personnes (28,3 %). Il
s'agit particulièrement de troubles de posture qui se manifestent
sous forme de rachialgies (8 cas de lombalgies et 5 cas de cervicalgies)
et d'hypersollicitation à l'origine de douleurs articulaires des
membres (15 cas).
Les troubles neurologiques à type de céphalées,
d'insomnie, d'irritabilité touchent 43 sujets (71,6 %).
La fréquence des atteintes oculaires est de 30 %. Elle se traduit
essentiellement par des conjonctivites allergiques, irritatives ou infectieuses
(15 cas : 25 %) et des blépharites (11 cas : 18,3 %).
La pathologie ORL surtout à type de rhinite perannuelle allergique
ou vasomotrice avec des surinfections à répétition
est notée chez 31 personnes (51,6 %). Des épistaxis à
répétition sont rapportées par 10 % de ces derniers.
Les infections respiratoires à type de toux, d'expectorations,
d'asthme et de bronchite chronique intéressent 54 travailleurs
(90 %). La prévalence d'intoxication tabagique est élevée
chez les hommes, en effet, 56,6 % sont des fumeurs permanents. Les antécédents
de tuberculose pulmonaire sont notés chez une personne (1,6 %).
Les troubles cardio-vasculaires sont représentés surtout
par les insuffisances veineuses (varices et dèmes des membres
inférieurs) notées dans 24 sujets (40 %) avec prédominance
féminine (3 femmes pour 1 homme). L'hypertension artérielle
a été retrouvée chez 5 personnes âgées
de plus de 40 ans.
Les troubles digestifs (douleurs abdominales, troubles de transit, nausées)
sont rapportés par 7 personnes (11,6 %). Les affections bucco-dentaires
à type de caries, d'abcès dentaires et de mauvaises dentures
sont notées chez 63,3 % de l'effectif total.
Les infections urinaires récidivantes sont rapportées
par 19 personnes (31,66 %) avec prédominance féminine (13
femmes versus 6 hommes). Les infections gynécologiques sont
découvertes chez 25 femmes (83,3 %) avec 8 cas de vulvovaginites
(26,6 %), 13 cas d'exocervicites (43,3 %) et 4 cas de leucorrhées
isolées (13,3 %).
Les accidents du travail intéressent 11 sujets (18,33 %) et sont
surtout causés par des morsures de rats (6,1 %) et des chutes par
glissades (12,2 %).
* Bilan paraclinique
La numération formule sanguine montre 3 cas (5 %) d'anémie
dont 2 sont régénératives et 1 arégénérative
et 12 hyperéosinophilies (24,3 %). La vitesse de sédimentation
est accélérée chez 9 personnes (15 %). Les transaminases
(GOT et GPT) sont significativement augmentées chez 3 sujets (5
%). L'hyperglycémie à jeun est notée chez 2 sujets
(3,3 %). Le VDRL est positif chez 2 femmes (3,3 %) et l'examen cytobactériologique
urinaire est positif dans 3 cas (5 %) avec présence du colibacille.
L'examen parasitologique des selles a recensé 8 cas de parasitoses
intestinales (13,3 %) dont 4 polyparasités (6,6 %). Les espèces
parasitaires identifiées sont principalement Entamoeba coli
(3 cas), Entamoeba histolytica (3 cas). Giardia intestinalis
(2 cas) et Enterobius vermicularis (2 cas).
Discussion
Conditions d'hygiène
Elles sont non conformes à la réglementation en vigueur
concernant la protection de l'hygiène publique et de la salubrité
des villes [5] et la prévention, l'hygiène et la sécurité
des salariés en général. Il paraît nécessaire
:
- d'améliorer l'aération et l'éclairage ;
- de séparer le système de chauffage de l'eau de
celui des sols pour maintenir une ambiance thermique constante et contrôlable.
L'utilisation de chaudières améliorées avec foyer
de combustion incorporé et isolation thermique ou de chauffes-eau
solaires semble adaptée [6, 7] ;
- de bien aménager et traiter les puits en utilisant un
système de désinfection continue par injection [4] et de
proposer la réfection des canalisations provenant des puits. Rhazi
Filali et al. [1], dans une étude similaire sur la contamination
bactérienne des bains maures traditionnels publics à Meknès,
ont détecté des stigmates de contamination fécale
dans les eaux de puits qui alimentent les bains maures avec présence
de Escherichia coli et autres coliformes, de streptocoques fécaux
et de Clostridium sulfito-réducteurs. D'après
la réglementation française des eaux potables [1], la qualité
exigée d'une eau traitée doit nécessiter l'absence
de salmonelles, de germes d'origine fécale et ne tolérer
qu'un nombre très réduit de germes ou de spores qui peuvent
résister à un traitement désinfectant, moins de 2
Clostridium sulfito-réducteurs dans 20 ml d'eau. Dans le
cas des eaux non traitées, les recommandations mondiales de la
santé exigent des critères plus sévères pour
la qualité bactériologique de ces eaux distribuées
sans traitement. Elles exigent l'absence de salmonelles dans un échantillon
de 5 litres d'eau et l'absence de bactéries d'origine fécale
certaine (coliformes et streptocoques fécaux) dans un échantillon
de 100 ml, de ne tolérer qu'une faible teneur de germes de signification
fécale douteuse (5 à 10 coliformes non fécaux et
5 à 10 Clostridium sulfito-réducteurs par 100 ml)
et même sans signification fécale (10 à 20 germes
aérobies mésophiles se développant à 37 °C
dans 1 ml). En fixant ainsi ces limites de tolérance, nous pouvons
considérer l'eau analysée prélevée dans les
bains maures comme une eau polluée qui ne répond pas aux
recommandations de l'OMS. Elle doit donc être préalablement
traitée avant d'être utilisée par les baigneurs ;
- d'entretenir efficacement et régulièrement les
sols, murs, portes et sanitaires avec des solutions désinfectantes
adaptées. Skalli [8], sur 122 prélèvements à
visée mycologique effectués au niveau des sols de 14 hammams
répartis à Casablanca et représentant par leurs situations
et clientèles les différents niveaux socio-économiques
de la population, a montré que 100 % des hammams étudiés
révèlent, au niveau de leurs sols, au moins un champignon
doué d'un pouvoir pathogène pour l'homme (Candida albicans
et des dermatophytes : Trichophyton interdigitaleae, Trichophyton rubium,
Epidermophyton floccosum). Les sols des hammams fréquentés
par les femmes sont plus infestés que ceux fréquentés
par les hommes et l'importance de l'infestation est inversement proportionnelle
au niveau socio-économique des usagers. Rhazi Filali et al.
[1] ont isolé et identifié de nombreux germes pathogènes
dans l'eau résiduelle collectée dans différents locaux
du bain (Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus, Enterobacter,
nombreuses espèces de Klebsiella, Proteus et streptocoques).
Les antibiogrammes ont révélé un pourcentage élevé
de multirésistances aux antibiotiques (pénicilline, oxacilline,
ampicilline, pristinamycine, lincomycine, tétracycline, gentamicine,
chloramphénicol et triméthoprime sulfaméthoxazole)
;
- de remplacer les toilettes à la turque ou de les recouvrir
pour empêcher la sortie de rats qui peuvent souiller les sols et
le matériel et mordre le personnel ou les usagers [9, 10] ;
- de modifier la hauteur des cheminées qui doit dépasser
de 2 m le point culminant de voisinage se trouvant dans un diamètre
de 100 m. La chambre de captage des particules doit être conforme
au modèle réglementaire et les produits combustibles doivent
être constitués uniquement de bûches de bois non traité
[6, 7] ;
- de faire pratiquer des contrôles d'hygiène réguliers
par les responsables des bureaux municipaux d'hygiène [2, 11].
Organisation du travail
Un aménagement des postes et de la durée du travail est
nécessaire. Candas et Bothorel [12] soulignent que la durée
du travail continu dans des conditions de chaleur et d'humidité
ne devrait pas dépasser 3 à 4 heures.
Bilan médical
La prévalence des épidermomycoses dans notre série
concorde avec la littérature, Skalli [8] rapporte que 100 % des
prélèvements cutanés et des phanères pratiqués
chez le personnel des salles de bain sont positifs au Candida albicans
et que les types de dermatophytes retrouvés au niveau des sols
sont uniquement ceux qui attaquent les pieds, les plis et les ongles.
Foussereau [13] note que les mycoses de type Tinea pedis sont favorisées
par la chaleur et l'humidité ambiante et par les douches communautaires.
La contagiosité peut se faire par les sols des douches où
les dermatophytes peuvent survivre pendant des mois voire un à
deux ans. La large utilisation du henné par les marocaines comme
produit capillaire peut expliquer l'absence des atteintes du cuir chevelu.
Agoumi et al. [14] signalent que le henné possède
des propriétés antifongiques. L'eczéma des mains
noté chez 16,6 % des cas peut être en rapport avec l'application
du shampooing, des savons de toilette et des produits d'entretien et la
macération permanente par l'eau.
Dans notre enquête, la pathologie musculo-squelettique et particulièrement
les lombalgies retrouvées surtout chez les femmes sont en rapport
avec le port de charge et les postures contraignantes. Un seau plein d'eau
pèse en moyenne 16,5 kg et il en faut une dizaine pour laver chaque
cliente.
Les troubles neurologiques et particulièrement les céphalées
notées dans notre étude sont, selon les travailleurs des
bains maures, en rapport avec la chaleur et le séjour prolongé
dans les salles de bain [15].
La présence de symptômes oculaires subjectifs chez la totalité
de notre population peut être expliquée par l'effet thermique
de la chaleur [15] et par la fatigue visuelle en rapport avec la surcharge
de travail et un éclairage insuffisant. Les conjonctivites et les
blépharites, allergiques, irritatives ou infectieuses, sont favorisées
par la chaleur humide, les mauvaises conditions d'hygiène et les
produits de toilette et capillaires utilisés (savons, shampooings,
henné, produits de défrisage, etc.).
Dans notre travail, la grande fréquence (90 %) des infections
respiratoires et/ou ORL à répétition (angine, pharyngite,
rhinite, sinusite, bronchite, etc.) s'explique par les fréquents
changements brusques de température lors des passages de l'ambiance
chaude des salles de bain à l'ambiance froide de la salle de repos
et vice versa. Les antécédents de tuberculose pulmonaire
retrouvés chez 1,6 % de la population peut s'expliquer par l'absence
de vaccination, la promiscuité, les mauvaises conditions hygiéniques
et le bas niveau socio-économique [16] des usagers.
La prévalence élevée de 40 % de l'insuffisance
veineuse dans notre population concorde avec la littérature. Sobaszek
et al. [17] rapportent que 40 % des salariés en sont atteints
dont 83 % sont des femmes. Ils ajoutent que les travaux en antéflexion
en ambiance chaude et humide sont particulièrement incriminés.
Géraut et Dupa [15] signalent le rôle important du travail
à la chaleur dans l'apparition de l'insuffisance veineuse.
La prévalence élevée des manifestations digestives
dans notre population est en rapport avec le parasitisme intestinal et
les mauvaises conditions d'hygiène.
Les antécédents d'atteintes syphilitiques sont retrouvés
chez 16,6 % de notre personnel, en effet Blacque-Belair [18] signale que
la contamination syphilitique peut être indirecte par les objets
de toilette ou extragénitale directe par le contact avec des lésions
syphilitiques. Nous ne pouvons pas incriminer exclusivement le bain maure
dans la transmission de la syphilis puisque toute notre population est
en période d'activité génitale. Fassi Fihri [19]
a établi que le bain maure est vecteur d'infections cervicovaginales
chez 54 % de jeunes filles fréquentant régulièrement
le bain maure avec 36 % d'atteintes à Candida albicans et
18 % à Trichomonas vaginalis. Lahbabi [20] rapporte 23,3
% de vaginites à Candida albicans et 9,7 % de vaginites
à Trichomonas vaginalis chez des femmes fréquentant
régulièrement le bain maure. Dans notre travail, la prévalence
des infections gynécologiques est plus élevée (83,3
%) car l'intensité de l'exposition au risque est plus importante
chez le personnel que chez les usagers étudiés par Lahbabi
[20]. La prévalence élevée de 31,6 % des infections
urinaires récidivantes retrouvées dans notre population,
avec dans trois cas présence de colibacilles à l'examen
cytobactériologique des urines, permet d'évoquer, particulièrement
chez la femme, la possibilité d'infections par voie ascendante
par colibacille contenu dans l'eau de puits et autres microbes présents
dans le sol des bains.
Aspects législatifs de la prévention
et de la réparation des risques professionnels dans les bains maures
* Prévention
Il n'existe pas de réglementation spécifique concernant
le travail dans les bains maures, néanmoins la prévention,
l'hygiène et la sécurité des salariés sont
régies, dans un cadre général, par les dispositions
du dahir du 2 juillet 1947 relatif à la réglementation du
travail [21] et de l'arrêté du 4 novembre 1952 déterminant
les mesures générales de protection et de salubrité
applicables à tous les établissements dans lesquels est
exercée une profession commerciale, industrielle ou libérale.
Ces derniers traitent des mesures d'hygiène générales
(aération, éclairage, chauffage, installation sanitaire,
repas et boissons des travailleurs, vestiaires, entretien des locaux,
etc.), de la prévention des accidents du travail et des incendies.
Par ailleurs, l'arrêté municipal permanent du 22 septembre
1997 [2], wilaya de Marrakech, détermine les mesures d'hygiène
et de sécurité dans les bains maures ainsi que des sanctions
en cas de non-respect de la réglementation. Parmi les mesures recommandées,
nous trouvons la nécessité d'un contrôle sanitaire
permanent par les bureaux municipaux d'hygiène, l'adduction en
eau potable, le raccordement du tout-à-l'égout, l'entretien
régulier des puits quand ils existent et des salles de bain dont
le sol doit être facile à nettoyer et, enfin, des salles
de repos, de déshabillage et les toilettes qui doivent répondre
à des exigences sanitaires satisfaisantes. Malheureusement ces
différents textes d'ordre très général ne
précisent pas les modalités pratiques comme les types et
la périodicité des examens et des contrôles et la
nature des désinfectants et des détergents devant être
utilisés pour le nettoyage des locaux.
Les travailleurs des bains maures ne faisant actuellement l'objet d'aucune
protection médicale ni technique, il est urgent, conformément
aux dispositions du dahir du 8 juillet 1957 et de son décret d'application
du 8 février 1958, de créer des services de santé
au travail au niveau des bureaux municipaux d'hygiène [11] et d'instaurer
une surveillance médicale spéciale de ces travailleurs exposés
à de nombreux risques professionnels. Le rôle du médecin
du travail est donc considérable et son champ d'intervention en
ce milieu est vaste. Ses fonctions comportent [22] :
- une surveillance de la santé des travailleurs par les
visites médicales, dans l'esprit de recherche d'une bonne adéquation
entre la personne examinée et le poste de travail occupé
;
- des activités administratives qui se résument en
la tenue du dossier médical de chaque sujet, l'établissement
de la fiche d'aptitude et du rapport annuel d'activité ;
- une surveillance du milieu du travail par la connaissance des
facteurs de l'ambiance du travail pouvant affecter la santé des
travailleurs et la surveillance des conditions d'hygiène dans les
bains.
Enfin, les services de santé au travail ont pour but de protéger
et d'améliorer le bien-être physique, mental et social des
travailleurs. Il est naturel que l'on accorde une grande attention à
la promotion de la santé en général (vaccination,
éducation sanitaire...). Par conséquent, ces services médicaux
du travail enrichiront efficacement les infrastructures sanitaires souvent
déficitaires surtout dans ce milieu pauvre et défavorisé.
* Réparation
Les risques dans les bains maures étant nombreux, plusieurs tableaux
de maladies professionnelles réparent des affections causées
par le travail dans ce milieu [23] :
- tableau 7 : tétanos professionnel,
- tableau 14 : leptospirose,
- tableau 31 : affections professionnelles dues aux bacilles tuberculeux,
- tableau 37 : intoxication professionnelle par l'oxyde de carbone,
- tableau 39 : hépatites virales professionnelles,
- tableau 42 : affections respiratoires de mécanisme allergique,
- tableau 59 : affections péri-articulaires provoquées
par certains gestes et postures de travail,
- tableau 61 : affections provoquées par les enzymes,
- tableau 62 : lésions eczématiformes de mécanisme
allergique,
- tableau 71: péri-onyxis et onyxis,
- tableau 73 : mycoses cutanées,
- tableau 78 : kératoconjonctivites virales.
La syphilis est réparée au titre des accidents du travail.
Cette liste de tableaux des maladies professionnelles n'est pas limitative
et la loi impose à tout docteur en médecine de déclarer
toute maladie qui présente à son avis un caractère
professionnel, en indiquant la nature de la maladie, celle de l'agent
nocif à l'action duquel elle est attribuée ainsi que la
profession du malade.
Quelques recommandations et propositions
L'information et l'éducation sanitaire des responsables, du grand
public et du personnel des bains maures constituent la première
étape.
* Pour les usagers
- les malades, particulièrement ceux porteurs d'affections
dermatologiques, gynécologiques et/ou urinaires doivent s'abstenir
d'aller au bain ;
- des sandales, en matière plastique à usage individuel,
doivent être portées durant tout le séjour et exclusivement
dans les salles de bain du hammam ;
- l'utilisation de serviettes et de gants de toilette communs,
proposés par le personnel du hammam, est à proscrire ;
- les seaux doivent être bien lavés avant et après
utilisation et ne doivent pas être transportés au niveau
de l'apodytrium.
* Pour les hammams
- nettoyage à grande eau avec l'eau de Javel deux fois par
jour des sols, murs, seaux et toilettes ;
- surveillance médicale spéciale de tout le personnel
du hammam ;
- traitements et contrôles microbiologiques réguliers
au moins deux fois par an des eaux et des sols par les bureaux municipaux
d'hygiène.
Telles sont quelques règles simples qui permettront de diminuer
le risque de contamination au niveau du hammam sans pour autant l'acculturer.
CONCLUSION Nous
devons en premier lieu souligner le rôle important des médecins
traitants, des médecins du travail et des médecins inspecteurs
du travail dans la sensibilisation et l'information sur les risques professionnels
et le diagnostic des maladies professionnelles. La sensibilisation, l'information
sur les risques professionnels, l'éducation sanitaire et la formation
sur la prévention sont nécessaires pour le personnel, les
usagers et les propriétaires des bains maures. Enfin, une sensibilisation
des pouvoirs publics semble également nécessaire pour diffuser
l'information aux populations concernées et imposer les contrôles
sanitaires nécessaires. REFERENCES
1. Rhazi Filali F, Zaid A, Zehhouni M. Contamination bactérienne
des bains traditionnels publics. Objectif médical, spécial
Maroc, Casablanca, 1996 : 6-12.
2. Arrêté municipal permanent du 22 septembre 1997 relatif
aux conditions d'hygiène pour les bains maures. Marakech, Maroc.
3. Décret du 21 novembre 1958 portant interdiction d'utilisation
du combustible à base de caoutchouc à l'intérieur
du périmètre urbain de la ville de Marrakech. Marakech,
Maroc.
4. Azizi A, Lamquaddam M, Jad M. Eau de boisson : aménagement
des puits, désinfection continue, relevé du chlore dans
l'eau désinfectée, prélèvements d'échantillons
d'eau pour analyse bactériologique. In : Guide pour les activités
d'hygiène du milieu en zones rurales. Ministère de la Santé
publique, Rabat, Direction de l'épidémiologie et des programmes
sanitaires, Division de l'hygiène du milieu, 1990 : 14-5, 24-6.
5. Dahirs du 8 décembre 1915 et du 24 juin 1916 relatifs à
des mesures sanitaires pour la protection de l'hygiène publique
et de la salubrité des villes. Marakech, Maroc.
6. Centre de développement des énergies renouvelables.
Programme spécial énergie, Maroc. Promotion et diffusion
des chaudières améliorées pour les « hammams
» à bois et à sciures de bois journée d'information
et de sensibilisation, Marrakech, 1998, 21 mai ; 42 p.
7. Centre de développement des énergies renouvelables.
Programme spécial énergie, Maroc. Projet d'amélioration
de l'efficacité énergétique des « Hammams »
traditionnels. Étude et amélioration énergétique
du modèle « cuve cubique ». Journée d'information
et de sensibilisation, Marrakech, 1998, 21 mai ; 7 p.
8. Skalli A. Enquête sur la flore fongique des sols de 14 «
Hammams » de Casablanca : contribution à la connaissance de
l'épidémiologie des épidermomycoses au Maroc.
Thèse Médecine, Casablanca, 1987 ; 72 p.
9. Altmeyer N, Abadia G, Schmitt S, Leprince A. Risques microbiologiques
et travail dans les stations d'épuration des eaux usées.
Fiche médico-technique 44 TC 34. Document pour le médecin
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10. Nguyen M. Leptospirose : plus de mille diagnostics en France en
1996. Le quotidien du médecin 1997 ; 6147 (27) : il.
11. Arrêté viziriel du 8 avril 1941 relatif au conseil
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