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Hygiène, conditions de travail et risques professionnels dans les bains maures « hammams » à Marrakech


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 10, Numéro 1, 19-26, Janvier - Février 2000, Etudes originales


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Chakib El Houssine Laraqui, Alain Caubet, Amina Benghalem, Omar Laraqui, Amina Zahrathaddi, Jean-Pierre Curtes, Christian Verger, 44, avenue Lalla Yacout, Casablanca, Maroc..

Résumé : Au Maroc, les bains maures traditionnels sont fréquentés par la quasi-totalité de la population. Nous nous proposons d’analyser les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité et d’évaluer les risques professionnels au niveau de dix bains maures de la ville de Marrakech. Une enquête épidémiologique de type transversal et descriptif a été menée chez 60 travailleurs (30 hommes et 30 femmes). L’étude comprend l’analyse des conditions de travail, d’hygiène et de sécurité et une enquête médicale : questionnaire, examen clinique détaillé, radiographie pulmonaire de face et bilan biologique (NFS, VS, glycémie, transaminases, parasitologie des selles, VDRL et examen cytobactériologique urinaire). L’ambiance du travail dans les bains maures est particulièrement chaude et humide. Cette enquête a révélé les mauvaises conditions de travail, d’hygiène et de sécurité, le non-respect de la réglementation régissant la prévention et l’absence totale de moyens de protection du personnel. Les études mycologiques des sols ont montré la présence de champignons pathogènes pour l’homme dans 100 % des prélèvements. L’analyse bactériologique des eaux des puits qui alimentent les bains révèle la présence de souches pathogènes d’origine fécale. Le bilan médical a décelé de nombreuses affections dominées par le risque infectieux. Les atteintes cutanées et/ou des phanères, retrouvées chez 100 % des travailleurs, sont surtout représentées par les épidermomycoses (66,6 %) et les dermites allergiques ou irritatives des mains (16,6 %). La pathologie musculo-squelettique touche 17 personnes (28,3 %). Les troubles neurologiques à type de céphalées, d’insomnie, d’irritabilité affectent 43 sujets (71,6 %). L’atteinte oculaire intéresse 30 % de notre population avec 25 % de conjonctivites et 18,3 % de blépharites. Quatre-vingt-dix et 51,6 % de la population souffrent respectivement d’infections respiratoires et ORL à répétition. Les troubles cardio-vasculaires sont représentés surtout par les insuffisances veineuses notées dans 24 cas (40 %). La pathologie digestive est rapportée par sept personnes (11,6 %). Les affections bucco-dentaires à type de caries, d’abcès dentaires et de mauvaises dentures sont notées chez 63,3 % de l’effectif total. Les infections gynécologiques intéressent 83,3 % des femmes avec 26,6 % de vulvovaginites, 43,3 % d’exocervicites et 13,3 % de leucorrhées isolées. Les infections urinaires, prédominantes chez les femmes, sont estimées à 31,6 %. Les accidents du travail intéressent 11 cas de la population (18,33 %) et sont surtout causés par des morsures de rats (6,1 %) et des chutes par glissades (12,2 %). Devant tous ces risques professionnels, il paraît impératif d’instaurer une surveillance médicale spéciale du personnel des bains maures, d’améliorer les conditions de travail, d’hygiène et d’assurer une éducation sanitaire des partenaires sociaux. La création d’un service médical du travail au sein des bureaux municipaux d’hygiène devra être une première étape.

Illustrations

ARTICLE

Au Maroc les bains maures traditionnels sont fréquentés par la quasi-totalité de la population. Cette étude a été motivée par l'absence de couverture médicale de ce secteur, le nombre important de personnes qui y travaillent ou s'y rendent et la rareté des travaux scientifiques se rapportant à ce milieu. Le but de cette enquête épidémiologique est d'analyser l'hygiène et les conditions de travail, d'évaluer les risques professionnels dans les bains maures et de proposer des mesures de prévention.

Population et méthode

Population

Cette étude épidémiologique de type transversal s'est déroulée dans dix bains maures traditionnels de la ville de Marrakech sur une période de trois mois ; de mai à juillet 1998. Elle a concerné l'ensemble des travailleurs exposés soit 60 personnes (30 hommes et 30 femmes).

Méthode

L'étude comprend l'analyse des conditions de travail, d'hygiène et de sécurité et une enquête médicale comportant un questionnaire, un examen clinique, une radiographie pulmonaire de face et un bilan biologique (NFS, VS, glycémie, transaminases, parasitologie des selles, VDRL, examen cytobactériologique urinaire).

Le questionnaire mené par nous-mêmes porte sur l'état civil, le niveau socio-économique, l'ancienneté, les antécédents médicaux dermatologiques, musculo-squelettiques, neurologiques, oculaires, ORL, respiratoires, cardio-vasculaires, digestifs, génito-urinaires et accidents du travail.

La visite des lieux et l'observation des postes de travail, l'entretien avec les travailleurs, la mesure de la teneur en chlore résiduel au niveau de l'eau des robinets et son examen bactériologique nous ont permis d'apprécier les risques infectieux dans ce milieu. Des prélèvements d'échantillons d'eau, de baignade et de consommation, ont été réalisés à l'aide de seringues stériles de 20 ml ; l'eau prélevée a été directement mise dans des tubes rodés préalablement stérilisés à 120 °C pendant une heure. L'analyse bactériologique des échantillons de l'eau froide et chaude des bains publics a été faite au laboratoire de bactériologie de l'hôpital provincial de Marrakech. Les méthodes d'examen bactériologique [1] se réfèrent aux recommandations de l'OMS (techniques d'analyse d'eau et concept d'indicateurs bactériens de contamination fécale). La méthode du nombre le plus probable (NPP) a été utilisée pour le dénombrement des bactéries recherchées, les résultats ont été exprimés en nombre de colonies par 100 ml.

Résultats

Analyse des conditions de travail

* Architecture générale (figures 1 et 2) * Conditions d'hygiène

Elles sont mauvaises avec :

- un éclairage insuffisant, électrique le soir et naturel le jour par des petites ouvertures vitrées situées au niveau des plafonds ne dépassant pas 15 centimètres de diamètre. La vapeur accentue l'obscurité rendant la vision du sol et de l'entourage non nette ;

- une aération insuffisante se faisant par l'intermédiaire de quelques petites ouvertures circulaires aux plafonds qui restent fermées en saison froide et qu'on ouvre en saison chaude ou en cas de surchauffe des salles de bain ;

- une ambiance thermique chaude et humide non réglable et fluctuante avec parfois une surchauffe des salles de bains pouvant être suivie d'un brusque refroidissement. Un même système chauffe en même temps l'eau et le sol des salles de bain ;

- un entretien des murs, des sols, des plafonds, des portes et des sanitaires défectueux. Il est effectué avec un matériel rudimentaire qui se résume à quelques raclettes en caoutchouc, balais en fibres végétales trop souples pour permettre un brossage efficace, serpillières très usées et quelques seaux en matière plastique abîmés avec une paroi rugueuse contenant des impuretés ;

- des chambres de captage des particules inexistantes et des cheminées ne dépassant pas la hauteur des habitations avoisinantes alors que, selon les normes en vigueur, elles devraient dépasser de deux mètres le point culminant de voisinage se trouvant dans un diamètre de 100 mètres [2] ;

- des combustibles se composant de bûches et sciures de bois ainsi que d'ordures sous forme de produits d'emballage en matière plastique, en carton et en papier. Cependant, l'article premier de l'arrêté du 21 novembre 1958 interdit l'utilisation de tout combustible à base de caoutchouc ou de produits cellulosiques servant en particulier au chauffage des bains maures [3] ;

- des puits, alimentant les bains en eau, mal aménagés, mal protégés et mal traités. En effet, les puits existants sont de simples trous creusés dans le sol sans aucune structure de protection. En principe, un puits correctement construit [4] doit comporter au moins les éléments suivants : un couvercle de protection en béton, en tôle ou en bois avec un trou de puisage, une plate-forme aménagée en matériau solide et étanche avec une inclinaison vers l'extérieur, une rigole de protection et d'évacuation des eaux de ruissellement, un cuvelage en matériau étanche (tel que le béton, la maçonnerie avec enduit, l'argile damée, le cuvelage métallique ou le béton préfabriqué), un diffuseur de chlore et une margelle de protection. Toute source de contamination doit être éloignée du puits. Une zone de protection d'au moins 15 m d'étendue autour du puits sera surveillée. Dans cette zone, aucune installation de fosse ou de latrine, aucun dépôt d'ordures ou d'autres déchets ne doit être autorisé. Le puits doit être curé et désinfecté. Il sera procédé au pompage de l'eau, à l'enlèvement de la vase et détritus accumulés au fond du puits et, éventuellement, à l'approfondissement pour améliorer la productivité. On effectuera un lavage et un brossage du revêtement intérieur du puits avec une solution concentrée de chlore (0,5 litre d'eau de Javel dans 100 litres d'eau ou 50 g de chlorure de chaux dans 100 litres d'eau). Une solution identique sera versée dans l'eau de puits qu'on laissera reposer pendant 12 heures avant de pomper à nouveau jusqu'à disparition de l'odeur du chlore [4] ;

- l'absence totale de chlore résiduel et la présence de signes de contamination bactérienne d'origine fécale des eaux froide et chaude des robinets émanant directement des puits et désignées pour la baignade. Nous avons dénombré pour les dix bains maures en moyenne 35 colonies/100 ml de coliformes et 14 colonies d'Escherichia coli/100 ml. Les robinets des bains maures dont le système de canalisation d'eau froide est alimenté par le réseau de distribution urbain d'eau potable n'ont montré aucun signe de contamination fécale.

* Organisation du travail

La cadence et le rythme du travail sont variables en fonction du taux de fréquentation du bain qui varie entre 200 et 600 personnes/jour. Le travail posté se fait par équipes alternantes un jour sur deux et débute vers 5 heures du matin pour se terminer vers minuit. Les travailleurs ne bénéficient ni de congés hebdomadaires ni annuels en dehors de quelques jours de fêtes religieuses. Les repas sont préparés et consommés sur les lieux du travail. Pour six bains sur dix, le personnel loge dans la salle de repos de l'établissement. La protection médicale et technique collective et individuelle est pratiquement absente.

* Étude des postes du travail

Le travail du personnel des salles de bain consiste à assister les clients, les laver et les masser et à entretenir l'établissement. La contrainte physique, thermique et posturale est importante avec port de charge dans une ambiance chaude et humide.

Bilan médical

* Questionnaire

La population, de niveau socio-économique très bas, est assez jeune avec prédominance dans la tranche d'âge comprise entre 36 et 45 ans (55 %) (tableau 1). Soixante-cinq pour cent ont une ancienneté de 6 à 15 ans et 20 % de 16 à 25 ans, il existe donc une stabilité dans l'emploi (tableau 2).

* Bilan clinique (tableau 3)

L'atteinte cutanée et/ou des phanères est notée chez 100 % des travailleurs. Cette atteinte dermatologique est représentée par les épidermomycoses (66,6 %) qui intéressent de façon élective les espaces interdigitaux plantaires, les plis sous-mammaires, axillaires et inguinaux, ainsi que les ongles et leurs pourtours. L'atteinte de la barbe et du cuir chevelu est pratiquement absente. Les dermites allergiques ou irritatives des mains sont retrouvées chez 10 personnes (16,6 %).

La pathologie musculo-squelettique affecte 17 personnes (28,3 %). Il s'agit particulièrement de troubles de posture qui se manifestent sous forme de rachialgies (8 cas de lombalgies et 5 cas de cervicalgies) et d'hypersollicitation à l'origine de douleurs articulaires des membres (15 cas).

Les troubles neurologiques à type de céphalées, d'insomnie, d'irritabilité touchent 43 sujets (71,6 %).

La fréquence des atteintes oculaires est de 30 %. Elle se traduit essentiellement par des conjonctivites allergiques, irritatives ou infectieuses (15 cas : 25 %) et des blépharites (11 cas : 18,3 %).

La pathologie ORL surtout à type de rhinite perannuelle allergique ou vasomotrice avec des surinfections à répétition est notée chez 31 personnes (51,6 %). Des épistaxis à répétition sont rapportées par 10 % de ces derniers.

Les infections respiratoires à type de toux, d'expectorations, d'asthme et de bronchite chronique intéressent 54 travailleurs (90 %). La prévalence d'intoxication tabagique est élevée chez les hommes, en effet, 56,6 % sont des fumeurs permanents. Les antécédents de tuberculose pulmonaire sont notés chez une personne (1,6 %).

Les troubles cardio-vasculaires sont représentés surtout par les insuffisances veineuses (varices et œdèmes des membres inférieurs) notées dans 24 sujets (40 %) avec prédominance féminine (3 femmes pour 1 homme). L'hypertension artérielle a été retrouvée chez 5 personnes âgées de plus de 40 ans.

Les troubles digestifs (douleurs abdominales, troubles de transit, nausées) sont rapportés par 7 personnes (11,6 %). Les affections bucco-dentaires à type de caries, d'abcès dentaires et de mauvaises dentures sont notées chez 63,3 % de l'effectif total.

Les infections urinaires récidivantes sont rapportées par 19 personnes (31,66 %) avec prédominance féminine (13 femmes versus 6 hommes). Les infections gynécologiques sont découvertes chez 25 femmes (83,3 %) avec 8 cas de vulvovaginites (26,6 %), 13 cas d'exocervicites (43,3 %) et 4 cas de leucorrhées isolées (13,3 %).

Les accidents du travail intéressent 11 sujets (18,33 %) et sont surtout causés par des morsures de rats (6,1 %) et des chutes par glissades (12,2 %).

* Bilan paraclinique

La numération formule sanguine montre 3 cas (5 %) d'anémie dont 2 sont régénératives et 1 arégénérative et 12 hyperéosinophilies (24,3 %). La vitesse de sédimentation est accélérée chez 9 personnes (15 %). Les transaminases (GOT et GPT) sont significativement augmentées chez 3 sujets (5 %). L'hyperglycémie à jeun est notée chez 2 sujets (3,3 %). Le VDRL est positif chez 2 femmes (3,3 %) et l'examen cytobactériologique urinaire est positif dans 3 cas (5 %) avec présence du colibacille.

L'examen parasitologique des selles a recensé 8 cas de parasitoses intestinales (13,3 %) dont 4 polyparasités (6,6 %). Les espèces parasitaires identifiées sont principalement Entamoeba coli (3 cas), Entamoeba histolytica (3 cas). Giardia intestinalis (2 cas) et Enterobius vermicularis (2 cas).

Discussion

Conditions d'hygiène

Elles sont non conformes à la réglementation en vigueur concernant la protection de l'hygiène publique et de la salubrité des villes [5] et la prévention, l'hygiène et la sécurité des salariés en général. Il paraît nécessaire :

- d'améliorer l'aération et l'éclairage ;

- de séparer le système de chauffage de l'eau de celui des sols pour maintenir une ambiance thermique constante et contrôlable. L'utilisation de chaudières améliorées avec foyer de combustion incorporé et isolation thermique ou de chauffes-eau solaires semble adaptée [6, 7] ;

- de bien aménager et traiter les puits en utilisant un système de désinfection continue par injection [4] et de proposer la réfection des canalisations provenant des puits. Rhazi Filali et al. [1], dans une étude similaire sur la contamination bactérienne des bains maures traditionnels publics à Meknès, ont détecté des stigmates de contamination fécale dans les eaux de puits qui alimentent les bains maures avec présence de Escherichia coli et autres coliformes, de streptocoques fécaux et de Clostridium sulfito-réducteurs. D'après la réglementation française des eaux potables [1], la qualité exigée d'une eau traitée doit nécessiter l'absence de salmonelles, de germes d'origine fécale et ne tolérer qu'un nombre très réduit de germes ou de spores qui peuvent résister à un traitement désinfectant, moins de 2 Clostridium sulfito-réducteurs dans 20 ml d'eau. Dans le cas des eaux non traitées, les recommandations mondiales de la santé exigent des critères plus sévères pour la qualité bactériologique de ces eaux distribuées sans traitement. Elles exigent l'absence de salmonelles dans un échantillon de 5 litres d'eau et l'absence de bactéries d'origine fécale certaine (coliformes et streptocoques fécaux) dans un échantillon de 100 ml, de ne tolérer qu'une faible teneur de germes de signification fécale douteuse (5 à 10 coliformes non fécaux et 5 à 10 Clostridium sulfito-réducteurs par 100 ml) et même sans signification fécale (10 à 20 germes aérobies mésophiles se développant à 37 °C dans 1 ml). En fixant ainsi ces limites de tolérance, nous pouvons considérer l'eau analysée prélevée dans les bains maures comme une eau polluée qui ne répond pas aux recommandations de l'OMS. Elle doit donc être préalablement traitée avant d'être utilisée par les baigneurs ;

- d'entretenir efficacement et régulièrement les sols, murs, portes et sanitaires avec des solutions désinfectantes adaptées. Skalli [8], sur 122 prélèvements à visée mycologique effectués au niveau des sols de 14 hammams répartis à Casablanca et représentant par leurs situations et clientèles les différents niveaux socio-économiques de la population, a montré que 100 % des hammams étudiés révèlent, au niveau de leurs sols, au moins un champignon doué d'un pouvoir pathogène pour l'homme (Candida albicans et des dermatophytes : Trichophyton interdigitaleae, Trichophyton rubium, Epidermophyton floccosum). Les sols des hammams fréquentés par les femmes sont plus infestés que ceux fréquentés par les hommes et l'importance de l'infestation est inversement proportionnelle au niveau socio-économique des usagers. Rhazi Filali et al. [1] ont isolé et identifié de nombreux germes pathogènes dans l'eau résiduelle collectée dans différents locaux du bain (Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus, Enterobacter, nombreuses espèces de Klebsiella, Proteus et streptocoques). Les antibiogrammes ont révélé un pourcentage élevé de multirésistances aux antibiotiques (pénicilline, oxacilline, ampicilline, pristinamycine, lincomycine, tétracycline, gentamicine, chloramphénicol et triméthoprime sulfaméthoxazole) ;

- de remplacer les toilettes à la turque ou de les recouvrir pour empêcher la sortie de rats qui peuvent souiller les sols et le matériel et mordre le personnel ou les usagers [9, 10] ;

- de modifier la hauteur des cheminées qui doit dépasser de 2 m le point culminant de voisinage se trouvant dans un diamètre de 100 m. La chambre de captage des particules doit être conforme au modèle réglementaire et les produits combustibles doivent être constitués uniquement de bûches de bois non traité [6, 7] ;

- de faire pratiquer des contrôles d'hygiène réguliers par les responsables des bureaux municipaux d'hygiène [2, 11].

Organisation du travail

Un aménagement des postes et de la durée du travail est nécessaire. Candas et Bothorel [12] soulignent que la durée du travail continu dans des conditions de chaleur et d'humidité ne devrait pas dépasser 3 à 4 heures.

Bilan médical

La prévalence des épidermomycoses dans notre série concorde avec la littérature, Skalli [8] rapporte que 100 % des prélèvements cutanés et des phanères pratiqués chez le personnel des salles de bain sont positifs au Candida albicans et que les types de dermatophytes retrouvés au niveau des sols sont uniquement ceux qui attaquent les pieds, les plis et les ongles. Foussereau [13] note que les mycoses de type Tinea pedis sont favorisées par la chaleur et l'humidité ambiante et par les douches communautaires. La contagiosité peut se faire par les sols des douches où les dermatophytes peuvent survivre pendant des mois voire un à deux ans. La large utilisation du henné par les marocaines comme produit capillaire peut expliquer l'absence des atteintes du cuir chevelu. Agoumi et al. [14] signalent que le henné possède des propriétés antifongiques. L'eczéma des mains noté chez 16,6 % des cas peut être en rapport avec l'application du shampooing, des savons de toilette et des produits d'entretien et la macération permanente par l'eau.

Dans notre enquête, la pathologie musculo-squelettique et particulièrement les lombalgies retrouvées surtout chez les femmes sont en rapport avec le port de charge et les postures contraignantes. Un seau plein d'eau pèse en moyenne 16,5 kg et il en faut une dizaine pour laver chaque cliente.

Les troubles neurologiques et particulièrement les céphalées notées dans notre étude sont, selon les travailleurs des bains maures, en rapport avec la chaleur et le séjour prolongé dans les salles de bain [15].

La présence de symptômes oculaires subjectifs chez la totalité de notre population peut être expliquée par l'effet thermique de la chaleur [15] et par la fatigue visuelle en rapport avec la surcharge de travail et un éclairage insuffisant. Les conjonctivites et les blépharites, allergiques, irritatives ou infectieuses, sont favorisées par la chaleur humide, les mauvaises conditions d'hygiène et les produits de toilette et capillaires utilisés (savons, shampooings, henné, produits de défrisage, etc.).

Dans notre travail, la grande fréquence (90 %) des infections respiratoires et/ou ORL à répétition (angine, pharyngite, rhinite, sinusite, bronchite, etc.) s'explique par les fréquents changements brusques de température lors des passages de l'ambiance chaude des salles de bain à l'ambiance froide de la salle de repos et vice versa. Les antécédents de tuberculose pulmonaire retrouvés chez 1,6 % de la population peut s'expliquer par l'absence de vaccination, la promiscuité, les mauvaises conditions hygiéniques et le bas niveau socio-économique [16] des usagers.

La prévalence élevée de 40 % de l'insuffisance veineuse dans notre population concorde avec la littérature. Sobaszek et al. [17] rapportent que 40 % des salariés en sont atteints dont 83 % sont des femmes. Ils ajoutent que les travaux en antéflexion en ambiance chaude et humide sont particulièrement incriminés. Géraut et Dupa [15] signalent le rôle important du travail à la chaleur dans l'apparition de l'insuffisance veineuse.

La prévalence élevée des manifestations digestives dans notre population est en rapport avec le parasitisme intestinal et les mauvaises conditions d'hygiène.

Les antécédents d'atteintes syphilitiques sont retrouvés chez 16,6 % de notre personnel, en effet Blacque-Belair [18] signale que la contamination syphilitique peut être indirecte par les objets de toilette ou extragénitale directe par le contact avec des lésions syphilitiques. Nous ne pouvons pas incriminer exclusivement le bain maure dans la transmission de la syphilis puisque toute notre population est en période d'activité génitale. Fassi Fihri [19] a établi que le bain maure est vecteur d'infections cervicovaginales chez 54 % de jeunes filles fréquentant régulièrement le bain maure avec 36 % d'atteintes à Candida albicans et 18 % à Trichomonas vaginalis. Lahbabi [20] rapporte 23,3 % de vaginites à Candida albicans et 9,7 % de vaginites à Trichomonas vaginalis chez des femmes fréquentant régulièrement le bain maure. Dans notre travail, la prévalence des infections gynécologiques est plus élevée (83,3 %) car l'intensité de l'exposition au risque est plus importante chez le personnel que chez les usagers étudiés par Lahbabi [20]. La prévalence élevée de 31,6 % des infections urinaires récidivantes retrouvées dans notre population, avec dans trois cas présence de colibacilles à l'examen cytobactériologique des urines, permet d'évoquer, particulièrement chez la femme, la possibilité d'infections par voie ascendante par colibacille contenu dans l'eau de puits et autres microbes présents dans le sol des bains.

Aspects législatifs de la prévention et de la réparation des risques professionnels dans les bains maures

* Prévention

Il n'existe pas de réglementation spécifique concernant le travail dans les bains maures, néanmoins la prévention, l'hygiène et la sécurité des salariés sont régies, dans un cadre général, par les dispositions du dahir du 2 juillet 1947 relatif à la réglementation du travail [21] et de l'arrêté du 4 novembre 1952 déterminant les mesures générales de protection et de salubrité applicables à tous les établissements dans lesquels est exercée une profession commerciale, industrielle ou libérale. Ces derniers traitent des mesures d'hygiène générales (aération, éclairage, chauffage, installation sanitaire, repas et boissons des travailleurs, vestiaires, entretien des locaux, etc.), de la prévention des accidents du travail et des incendies.

Par ailleurs, l'arrêté municipal permanent du 22 septembre 1997 [2], wilaya de Marrakech, détermine les mesures d'hygiène et de sécurité dans les bains maures ainsi que des sanctions en cas de non-respect de la réglementation. Parmi les mesures recommandées, nous trouvons la nécessité d'un contrôle sanitaire permanent par les bureaux municipaux d'hygiène, l'adduction en eau potable, le raccordement du tout-à-l'égout, l'entretien régulier des puits quand ils existent et des salles de bain dont le sol doit être facile à nettoyer et, enfin, des salles de repos, de déshabillage et les toilettes qui doivent répondre à des exigences sanitaires satisfaisantes. Malheureusement ces différents textes d'ordre très général ne précisent pas les modalités pratiques comme les types et la périodicité des examens et des contrôles et la nature des désinfectants et des détergents devant être utilisés pour le nettoyage des locaux.

Les travailleurs des bains maures ne faisant actuellement l'objet d'aucune protection médicale ni technique, il est urgent, conformément aux dispositions du dahir du 8 juillet 1957 et de son décret d'application du 8 février 1958, de créer des services de santé au travail au niveau des bureaux municipaux d'hygiène [11] et d'instaurer une surveillance médicale spéciale de ces travailleurs exposés à de nombreux risques professionnels. Le rôle du médecin du travail est donc considérable et son champ d'intervention en ce milieu est vaste. Ses fonctions comportent [22] :

- une surveillance de la santé des travailleurs par les visites médicales, dans l'esprit de recherche d'une bonne adéquation entre la personne examinée et le poste de travail occupé ;

- des activités administratives qui se résument en la tenue du dossier médical de chaque sujet, l'établissement de la fiche d'aptitude et du rapport annuel d'activité ;

- une surveillance du milieu du travail par la connaissance des facteurs de l'ambiance du travail pouvant affecter la santé des travailleurs et la surveillance des conditions d'hygiène dans les bains.

Enfin, les services de santé au travail ont pour but de protéger et d'améliorer le bien-être physique, mental et social des travailleurs. Il est naturel que l'on accorde une grande attention à la promotion de la santé en général (vaccination, éducation sanitaire...). Par conséquent, ces services médicaux du travail enrichiront efficacement les infrastructures sanitaires souvent déficitaires surtout dans ce milieu pauvre et défavorisé.

* Réparation

Les risques dans les bains maures étant nombreux, plusieurs tableaux de maladies professionnelles réparent des affections causées par le travail dans ce milieu [23] :

- tableau 7 : tétanos professionnel,

- tableau 14 : leptospirose,

- tableau 31 : affections professionnelles dues aux bacilles tuberculeux,

- tableau 37 : intoxication professionnelle par l'oxyde de carbone,

- tableau 39 : hépatites virales professionnelles,

- tableau 42 : affections respiratoires de mécanisme allergique,

- tableau 59 : affections péri-articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail,

- tableau 61 : affections provoquées par les enzymes,

- tableau 62 : lésions eczématiformes de mécanisme allergique,

- tableau 71: péri-onyxis et onyxis,

- tableau 73 : mycoses cutanées,

- tableau 78 : kératoconjonctivites virales.

La syphilis est réparée au titre des accidents du travail.

Cette liste de tableaux des maladies professionnelles n'est pas limitative et la loi impose à tout docteur en médecine de déclarer toute maladie qui présente à son avis un caractère professionnel, en indiquant la nature de la maladie, celle de l'agent nocif à l'action duquel elle est attribuée ainsi que la profession du malade.

Quelques recommandations et propositions

L'information et l'éducation sanitaire des responsables, du grand public et du personnel des bains maures constituent la première étape.

* Pour les usagers

- les malades, particulièrement ceux porteurs d'affections dermatologiques, gynécologiques et/ou urinaires doivent s'abstenir d'aller au bain ;

- des sandales, en matière plastique à usage individuel, doivent être portées durant tout le séjour et exclusivement dans les salles de bain du hammam ;

- l'utilisation de serviettes et de gants de toilette communs, proposés par le personnel du hammam, est à proscrire ;

- les seaux doivent être bien lavés avant et après utilisation et ne doivent pas être transportés au niveau de l'apodytrium.

* Pour les hammams

- nettoyage à grande eau avec l'eau de Javel deux fois par jour des sols, murs, seaux et toilettes ;

- surveillance médicale spéciale de tout le personnel du hammam ;

- traitements et contrôles microbiologiques réguliers au moins deux fois par an des eaux et des sols par les bureaux municipaux d'hygiène.

Telles sont quelques règles simples qui permettront de diminuer le risque de contamination au niveau du hammam sans pour autant l'acculturer.

CONCLUSION

Nous devons en premier lieu souligner le rôle important des médecins traitants, des médecins du travail et des médecins inspecteurs du travail dans la sensibilisation et l'information sur les risques professionnels et le diagnostic des maladies professionnelles. La sensibilisation, l'information sur les risques professionnels, l'éducation sanitaire et la formation sur la prévention sont nécessaires pour le personnel, les usagers et les propriétaires des bains maures. Enfin, une sensibilisation des pouvoirs publics semble également nécessaire pour diffuser l'information aux populations concernées et imposer les contrôles sanitaires nécessaires.

REFERENCES

1. Rhazi Filali F, Zaid A, Zehhouni M. Contamination bactérienne des bains traditionnels publics. Objectif médical, spécial Maroc, Casablanca, 1996 : 6-12.

2. Arrêté municipal permanent du 22 septembre 1997 relatif aux conditions d'hygiène pour les bains maures. Marakech, Maroc.

3. Décret du 21 novembre 1958 portant interdiction d'utilisation du combustible à base de caoutchouc à l'intérieur du périmètre urbain de la ville de Marrakech. Marakech, Maroc.

4. Azizi A, Lamquaddam M, Jad M. Eau de boisson : aménagement des puits, désinfection continue, relevé du chlore dans l'eau désinfectée, prélèvements d'échantillons d'eau pour analyse bactériologique. In : Guide pour les activités d'hygiène du milieu en zones rurales. Ministère de la Santé publique, Rabat, Direction de l'épidémiologie et des programmes sanitaires, Division de l'hygiène du milieu, 1990 : 14-5, 24-6.

5. Dahirs du 8 décembre 1915 et du 24 juin 1916 relatifs à des mesures sanitaires pour la protection de l'hygiène publique et de la salubrité des villes. Marakech, Maroc.

6. Centre de développement des énergies renouvelables. Programme spécial énergie, Maroc. Promotion et diffusion des chaudières améliorées pour les « hammams » à bois et à sciures de bois journée d'information et de sensibilisation, Marrakech, 1998, 21 mai ; 42 p.

7. Centre de développement des énergies renouvelables. Programme spécial énergie, Maroc. Projet d'amélioration de l'efficacité énergétique des « Hammams » traditionnels. Étude et amélioration énergétique du modèle « cuve cubique ». Journée d'information et de sensibilisation, Marrakech, 1998, 21 mai ; 7 p.

8. Skalli A. Enquête sur la flore fongique des sols de 14 « Hammams » de Casablanca : contribution à la connaissance de l'épidémiologie des épidermomycoses au Maroc. Thèse Médecine, Casablanca, 1987 ; 72 p.

9. Altmeyer N, Abadia G, Schmitt S, Leprince A. Risques microbiologiques et travail dans les stations d'épuration des eaux usées. Fiche médico-technique 44 TC 34. Document pour le médecin du travail (INRS), 1990 ; 44 : 373-88.

10. Nguyen M. Leptospirose : plus de mille diagnostics en France en 1996. Le quotidien du médecin 1997 ; 6147 (27) : il.

11. Arrêté viziriel du 8 avril 1941 relatif au conseil central et aux commissions régionales d'hygiène et de salubrité publique et organisant les bureaux municipaux d'hygiène.

12. Candas V, Bothorel B. Hydratation, travail et chaleur. Fiche d'hygiène de vie au travail, Cahier de notes documentaires. INRS 1989 ; 135 : 241-4.

13. Foussereau J. Les mycoses de la peau, du cuir chevelu et des ongles en pathologie professionnelle. Fiche d'allergologie - dermatologie professionnelle n° 45. Document pour le médecin du travail (INRS), 1988 ; 33 : 43-7.

14. Agoumi A, Cadi Soussi M, Lahcout Bouchikhi M. Le henné : propriétés antifongiques. Ann Med Chir d'Avicennes 1976 ; 7 : 260-4.

15. Géraut C, Dupa D. Travail à la chaleur. Encycl Méd Chir (Paris, France), Toxicologie, pathologie professionnelle, 16500 B10, 1991 ; 6 p.

16. Laraqui CH, Belamallem I. La tuberculose au Maroc. Casablanca : éd. Dar Kortoba, 1995 ; 150 p.

17. Sobaszek A, Domont A, Frima P, Dreyfus JP, et al. L'insuffisance veineuse chronique des membres en entreprise : enquête réalisée auprès de trois populations de salariés français. Arch Mal Prof 1996 ; 3 : 157-67.

18. Blacque-Belair A. Syphilis. Dictionnaire médical, clinique, pharmacologique et thérapeutique. Paris : Maloine, 1978 : 1589-97.

19. Fassi Fihri F. Le bain maure cause favorisante des leucorrhées cervicovaginales à Trichomonas vaginalis et Candida albicans chez la femme marocaine. Étude parasitologique et épidémiologique. Thèse pharmacie, Paris VI, 1977 ; 92 p.

20. Lahbabi S. Flore parasitaire et fongique vaginale, étude prospective de 900 prélèvements systématiques. Thèse méd, Casablanca, 1986 ; 124 p.

21. Dahir du 2 juillet 1947 relatif à la réglementation du travail.

22. Dahir du 8 juillet 1957 relatif à la création des services de santé au travail au niveau des bureaux municipaux d'hygiène.

23. Laraqui CH, Laraki F. Guide pratique de la législation marocaine de médecine du travail. Casablanca : éd. Dar Kortoba, 1988 ; 251 p.


 

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