ARTICLE
Auteur(s) : Jean
Carré1, Michel
Joyeux2, Antoine
Montiel3
1École nationale de santé publique (ENSP),
Département EGERIES, avenue du professeur Léon Bernard, 35043
Rennes cedex
2Eaux de Paris, rue Victor Schoelcher, 75014 Paris
316, rue Paul Carle, 94600 Choisy
Article reçu le 30 Mai 2007, accepté le 1 Octobre 2007
Afin de mettre en relation les zones d’infiltration et les points
de prélèvement d’eau souterraine, ainsi que pour déterminer des
vitesses d’écoulement de l’eau tant dans le milieu superficiel que
souterrain, les hydrologues et hydrogéologues utilisent des
traceurs. Cette pratique apparue à la fin du
XIXe siècle [1] s’est beaucoup développée avec
l’accroissement du nombre de pollutions touchant les nappes.Au fil
du temps, les techniques de traçage se sont affinées avec, en
parallèle, une multiplication des substances utilisées [2]. Parmi
les traceurs mis en œuvre, les produits fluorescents occupent une
place privilégiée. Il s’agit de molécules colorées ou non qui
présentent des fluorescences permettant leur détection même à très
faible concentration [3]. L’intérêt pour ces dernières tient à leur
facilité de mise en œuvre ainsi qu’à un coût abordable.Ces produits
ont été souvent présentés comme sans risque pour la santé des
consommateurs de l’eau tracée. Pourtant, l’usage de certaines
substances toxiques ou suspectées de l’être, telles que le
dichromate de sodium apprécié pour sa grande stabilité à la lumière
[4] et la rhodamine 6G, a été abandonné.Au-delà des risques pour la
santé des consommateurs, ces produits doivent être sans risques
pour l’environnement.Après un inventaire des traceurs fluorescents
couramment utilisés, cet article fait le point sur les
connaissances disponibles à propos des dangers de ces molécules
pour l’homme et l’environnement, sur les modes d’exposition et sur
la caractérisation des risques associés à leur mise en œuvre en
l’absence de valeur toxicologique de référence (VTR).
Produits utilisés
Les traceurs fluorescents utilisés depuis plusieurs décennies
appartiennent à plusieurs familles de molécules. Le tableau 1 regroupe les produits les plus
fréquemment cités dans la bibliographie [2, 5-8]. Il s’agit
essentiellement de composés organiques hétérocycles.
Parmi ces produits, la fluorescéine et les rhodamines sont les
plus fréquemment mises en œuvre. Néanmoins, l’utilisation des
stilbènes, agents de blanchiment optique provenant de l’industrie
papetière, tend à se développer.
Tableau 1 Traceurs fluorescents les plus couramment
utilisés.
Table 1 Most commonly used fluorescent tracers.
|
Produits
|
Index Couleur
|
CAS
|
Formule
|
|
Colorants xanthéniques
|
- Uranine
- (fluorescéine sodique)
|
|
518-47-8
|
C20H10O5, 2Na
|
|
Éosine
|
Acid Red 87
|
17372-87-1
|
C20H8Br4O5
|
|
Phloxine B
|
|
18472-87-2
|
C20H2Br4Cl4Na2O
5
|
|
Rhodamine B
|
|
81-88-9
|
C28H31N2O3Cl
|
|
Rhodamine Wt
|
Acid Red 388
|
37299-86-8
|
C29H29N2O5Cl 2Na
|
|
Rhodamine 6G
|
IC 45160
|
989-38-8
|
C28H31N2O3Cl
|
|
Sulforhodamine B
|
|
3520-42-1
|
C27H30N2O7S2
|
|
Sulforhodamine G
|
|
5873-16-5
|
C25H25N2NaO7S2
|
|
Squelettes hydrocarbures polycycliques aromatiques
|
|
Lissamine flavine FF
|
|
2391-30-2
|
C19H13NO5SNa
|
|
Amino G acide
|
|
86-65-7
|
|
|
Pyranine
|
|
6358-69-6
|
C16H7Na3O10S3
|
|
Naphtionate de sodium
|
|
130-13-2
|
|
|
Stilbènes
|
- Tynopal CBS-X
- Tynopal ABP
|
Fluorescent brightener 351
|
54351-85-8
|
N(CH2CH2OH)2
|
|
Photine CU
|
Fluorescent brightener 15
|
|
|
|
Fluolite BW
|
|
|
|
|
Leucophor C
|
|
|
|
Dangers
La connaissance des effets sur la santé des traceurs fluorescents
utilisés en hydrologie est très limitée. Peu de travaux
toxicologiques ont porté sur ces produits. Aucun problème de santé
chez l’homme lié à leur utilisation comme traceur n’est par
ailleurs rapporté dans la littérature.
Il n’existe aucune information concernant ces molécules dans les
bases de données toxicologiques internationales - ATSDR,
US EPA, RIVM, Health Canada, NSF International, ITER (voir
glossaire, page 451). Sur le site du Centre international de
recherche contre le cancer (CIRC) des informations sont disponibles
uniquement pour la rhodamine B et l’éosine.
Des informations toxicologiques figurent en revanche dans
certaines publications et dans les bases concernant la santé au
travail ainsi que dans certaines fiches accompagnant les produits
industriels.
Les informations disponibles sont présentées ci-après.
Colorants xanthéniques
Benoît-Guyod et al. [3] rapportent que parmi les colorants
xanthéniques, les sulforhodamines se comportent comme des anions
alors que les rhodamines B et 6G se comportent comme des
cations, l’éosine, l’uranine et la rhodamine Wt ayant un
comportement intermédiaire. Le coefficient de partage octanol-eau
(KOW) permet de distinguer les sulforhodamines très
hydrosolubles (KOW 9,5 et 6,2.10-3), des
rhodamines 6G et B très liposolubles (KOW 5,1 et
1,9.10-2) et des molécules à caractère intermédiaire que
sont la rhodamine Wt, l’éosine et l’uranine (KOW
4,7.10-2 pour les deux premières et
4,1.10-2). La forme ionique et l’hydrosolubilité
interviennent fortement sur la toxicité des produits. Les dérivés
sulfoniques anioniques, hydrosolubles sont ainsi moins toxiques que
les composés très liposolubles se comportant comme des cations.
Fluorescéine
Yankell [9] a montré qu’après une administration par voie orale de
3 000 et 4 200 mg/kg de fluorescéine, les souris ne
présentaient pas d’effets observables liés au produit. Les animaux
présentaient en revanche une décroissance de l’activité motrice
spontanée et une ataxie à partir d’une concentration de
5 880 mg/kg. Une DL501 de 4 738 mg/kg pour la souris et de
6 721 mg/kg pour le rat a été déterminée.
McEneyrney [10] rapporte l’absence d’effets tératogènes chez le
lapin après l’injection de fluorescéine à des doses comparables à
celles utilisées chez l’homme comme agent de diagnostic en
ophtalmologie (angiographie de la rétine).
Lutty [11] et Salem [12] ont montré qu’une unique injection
intraveineuse de fluorescéine chez la souris ne produit pas
d’effets embryotoxiques ni d’effets tératogènes. Cependant, cette
substance traverse le placenta chez l’animal et peut être retrouvée
dans le lait maternel chez l’homme.
Les travaux de Yankell [9] indiquent que la fluorescéine
concentrée peut présenter une très faible toxicité aiguë pour le
rat par voie orale. La DL50 est de 6 720 mg/kg. Ce
produit peut entraîner une irritation oculaire chez le lapin et,
par inhalation, une exposition excessive peut provoquer une légère
irritation locale.
Un document de la Commission de la santé et de la sécurité au
travail du Québec [13] indique que la fluorescéine entraîne une
irritation cutanée chez l’animal. L’ingestion à forte dose peut
s’accompagner d’une irritabilité, d’une diminution de l’activité
motrice, de troubles de la coordination (ataxie) et de diarrhée.
Plusieurs études suggèrent l’absence d’effet sur le développement
de l’embryon.
Du point de vue écotoxicologique, des études de toxicité aiguë
et chronique de la fluorescéine sur daphnies (Daphnia pulex) ont
été conduites par Walthall et Stark en 1999 [14]. Celles-ci donnent
des concentrations inhibitrices 50 (CL50) de
337 mg/L pour la fluorescéine. La fluorescéine est à l’origine
d’effets sublétaux. Pouliquen [15] rapporte une concentration
létale (CL50) de 997 mg/L pour le turbot.
Phloxine B
Une très faible toxicité aiguë par voie orale pour le rat est
rapportée dans la fiche de sécurité de la phloxine B2, la DL50 étant de
8 400 mg/kg. Par ingestion, ce produit pourrait causer des
irritations du système gastro-intestinal se manifestant par des
nausées, des vomissements et des diarrhées.
Brown et al. [16] n’ont pas signalé d’effet mutagène pour
cette substance avec le test d’Ames. La cancérogénicité de la
phloxine n’est pas connue, le produit n’est pas classé par le
CIRC.
Une toxicité aiguë et chronique pour les daphnies est signalée,
la phloxine étant 800 fois plus toxique que la fluorescéine,
la CL50 à 48 heures étant de 0,423 mg/L contre
337 mg/L pour la fluorescéine [14]. En revanche, la phloxine
ne présente pas d’effets sublétaux, à la différence de la
fluorescéine.
Éosine
Aucun cas d’intoxication et aucune donnée épidémiologique ne sont
disponibles pour l’homme. Ce produit est classé dans le
groupe 3 du CIRC correspondant aux produits inclassables quant
à leur cancérogénicité pour l’homme [17]. L’éosine a été testée
seulement chez le rat par voie orale ou par injection sous-cutanée.
Les résultats ne permettent pas une évaluation de la
carcinogénicité de ce produit.
Brown et al. [16] n’ont pas signalé d’effet mutagène pour
cette substance avec le test d’Ames.
L’ingestion d’une solution aqueuse d’éosine par des enfants ou
par des personnes démentes est fréquente et sans risque. Il suffit
de rincer la bouche et de donner un peu d’eau à boire. Une
éventuelle coloration rouge des urines peut se produire3.
Rhodamine B
La cancérogénicité chez la souris et le rat a été étudiée [18]. Les
essais ne permettent pas de conclure sur les effets liés à une
exposition par voie orale. Le produit est carcinogène chez le rat,
par injection sous-cutanée, et entraîne des sarcomes localisés.
L’apport de rhodamine B dans l’alimentation du rat (jusqu’à
4 % de la diète) n’entraîne pas de cancer. L’accroissement des
tumeurs thyroïdiennes chez le rat et de néoplasmes hépatiques chez
la souris recevant de la rhodamine B a cependant été observé.
Cette molécule est classée dans le groupe 3 par le CIRC. Aucun
problème de santé n’a été signalé chez l’homme et aucune étude
épidémiologique n’est disponible.
Des effets contradictoires sont rapportés dans les essais de
mutagenèse sur bactéries, une impureté associée au produit pouvant
être à l’origine des effets positifs [19]. Des aberrations
chromosomiques ont cependant été observées [20] ainsi que des
échanges de chromatides sœurs sur des cultures de cellules de
hamster. Aucun effet n’est en revanche observé sur une culture de
fibroblaste humain.
Aucun effet sur la reproduction n’est signalé pour le rat ou la
souris. Hood [21] rapporte que l’injection de rhodamine B chez
la souris ne s’accompagne pas d’effets tératogènes contrairement à
l’exposition à la rhodamine 6G.
Les études sur l’animal indiquent une toxicité aiguë modérée à
forte. La DL50 pour le rat et la souris est de 89,5 à
116 mg/kg par injection et de 174 à 997 mg/kg par voie
orale. L’évaluation de la toxicité aiguë montre que la
DL50 par voie intrapéritonéale est, chez la souris, plus
faible que par voie orale, mais légèrement supérieure chez le
rat.
Un rapport de l’US EPA de 1982 [22] signale que la voie
principale d’exposition des consommateurs à la rhodamine B est
liée à l’usage de cosmétiques et de médicaments.
En présence de nitrites, la rhodamine B peut donner des
composés N-nitrosés comme la diéthylnitrosamine (DENA) extrêmement
cancérigènes [23]. La formation de ce composé n’est possible que
dans les eaux superficielles, les nitrites, forme instable de
l’azote, n’étant présents dans les eaux souterraines que dans des
conditions particulières et seulement à de très faibles
teneurs.
Rochat [24] rapporte que pour les daphnies une concentration de
10 mg/L n’a aucun effet et que la CL50 à
24 heures est de 22 mg/L.
Smart [5] signale pour la rhodamine B liquide une toxicité
aiguë pour les poissons. La DL50 est supérieure à
100 mg/L et le développement d’une hyperplasie épithéliale a
été observé chez le triton. Pour les daphnies et les guppies, la
rhodamine B apparaît plus toxique que l’éosine et la
fluorescéine [3].
Rhodamine Wt
Nestmann [25] rapporte que la rhodamine Wt produit des mutations
pour le test d’Ames avec ou sans activité métabolique, ce qui est
confirmé par d’autres auteurs. Aucune atteinte chromosomique ou
spermatique n’est observée chez la souris par injection
intrapéritonéale. La rhodamine Wt est un irritant de la peau et de
l’œil.
Jensen et al. [26] signalent l’absence d’effet de la
rhodamine Wt jusqu’à 100 mg/L sur la charge en
Escherichia coli ; cependant, Foxworthy et Kneeling, cités par
cet auteur, avaient montré l’absence d’effets de la
rhodamine B pour des teneurs inférieures à 4 mg/L.
Les tests de mutagenèse effectués sur des cellules d’ovaire de
hamster chinois (cellule CHO) montrent un échange de chromatides
sœurs à des concentrations de 6 mmol/L et des dommages à l’ADN
à 80 mmol/L.
Pour la rhodamine Wt, le CDC/NIOSH4 signale une très faible toxicité aiguë chez
la souris avec une DL50 de 462 mg/kg par voie
intrapéritonéale et de 430 mg/kg par voie intraveineuse.
Comme la rhodamine B, la rhodamine WT peut donner des
composés N-nitrosés tels que la diéthylnitrosamine (DENA).
À conditions égales, le rendement dans la production de DENA
avec la rhodamine Wt est deux fois supérieur à celui obtenu
avec la rhodamine B [23].
Pour les daphnies et les guppies, la rhodamine Wt apparaît
moins toxique que la rhodamine B mais aussi que l’éosine et la
fluorescéine [3].
Sulforhodamines
La faible toxicité par intraveineuse des sulforhodamines a été
démontrée par Lutty [11].
La DL50 de la sulforhodamine B par voie orale
pour le rat est supérieure à 1 000 mg/kg [5].
Les sulforhodamines sont très peu toxiques vis-à-vis des
daphnies et des guppies en raison de la présence d’une fonction
acide sulfonique [3].
Stilbènes
Des études portant sur le Tynopal RBS, AMS, 5BM et CBS ont été
conduites par Keplinger et al. [27]. Au regard de la toxicité
aiguë ou subchronique par voie orale, de l’irritation oculaire, de
l’inhalation de poussières, de la toxicité aiguë pour le poisson
(tableau 2), de la mutagénicité et de
tests par patch sur l’homme, ces produits apparaissent peu
toxiques, non mutagènes et non tératogènes.
Tableau 2 Toxicité des stilbènes pour le poisson.
Table 2 Toxicity of stilbenes for fish.
|
Valeurs CL50 (ppm)
|
|
Truite (Salmo gairdnerii)
|
Poisson chat (Ictalurus punctatus)
|
|
Produit
|
24 heures
|
96 heures
|
24 heures
|
96 heures
|
|
Tynopal RBS
|
2 000
|
1 780
|
2 000
|
943
|
|
Tynopal AMS
|
2 000
|
750
|
2 000
|
1 060
|
|
Tynopal 5BM
|
120
|
108
|
105
|
86
|
|
Tynopal CBS
|
160
|
130
|
156
|
126
|
|
DDT pour comparaison
|
|
0,008
|
|
0,015
|
Expositions
L’exposition à ces traceurs concerne tout d’abord les
manipulateurs. Celle-ci peut se faire essentiellement par voie
cutanée et par inhalation. En conséquence, des précautions de mise
en œuvre accompagnent ces produits pulvérulents légers. En ce qui
concerne la population générale, seule l’exposition par voie orale
mérite d’être considérée.
La mise en œuvre, le suivi et l’interprétation des traçages
artificiels dans le milieu souterrain ont été largement décrits
[28-31]. Le succès d’un traçage dépend de la libération dans le
milieu du produit traçant en quantité suffisante mais non excessive
pour permettre une détection fiable dès le début de prélèvement et
la détermination d’un pas de prélèvement adapté [32, 33]. La
détermination de la quantité optimale à injecter, permettant de
rester dans des conditions acceptables pour l’environnement et
réduisant l’exposition des populations, peut être toutefois
délicate. L’opération peut en conséquence être répétée avec un
accroissement de la quantité de produit injecté. En revanche,
l’introduction de traceur en excès conduit souvent à compromettre
l’interprétation de l’essai.
Les figures 1 et 2 présentent deux
exemples de courbes de restitution de traceurs dans un système
karstique et dans un milieu poreux.
Le traçage en karst (figure 1), réalisé
avec l’amino G, s’accompagne d’un pic de concentration observé
19 heures après l’injection et correspondant à une teneur
maximale de 45 ng/L. Le pic de concentration est très bref.
Au-delà, la concentration diminue fortement, même si l’on observe
quelques remontées de concentration qui restent inférieures à
5 ng/L. Malgré l’existence d’une circulation rapide de l’eau
par la fissuration, le taux de restitution du traceur, très faible
(5,3 %), laisse présager d’autres relargages et une perte
définitive de produit.
Le traçage est réalisé dans ce cas en milieu poreux. Malgré une
porosité importante de la roche dans ces conditions (20 %),
l’adsorption du traceur est importante. Le pic de concentration est
moins net qu’en milieu fissuré et la restitution se fait sous forme
de bouffées successives (figure 2) dont les
teneurs sont peu élevées (20 μg/L).
De manière générale, les suivis des traçages se font sur des
durées suffisantes pour permettre l’interprétation, mais la fin de
restitution du traceur est rarement observée.
Le retard à la restitution des traceurs, bien décrit dans la
littérature, provient, dans le karst, de vitesses de circulation
variables selon l’ouverture des fractures, d’une rétention dans la
porosité de la roche et d’une adsorption sur les argiles. Les
phénomènes d’adsorption des traceurs fluorescents, très importants
en milieu poreux, conduisent en général à recourir à d’autres
molécules pour réaliser les traçages.
Les opérations de traçage se présentent comme des opérations de
durée limitée et normalement uniques. Il s’agit donc d’une
exposition courte qui conduirait à ne s’intéresser qu’aux effets
aigus. Ceux-ci sont peu probables en raison des faibles doses
auxquelles les consommateurs peuvent être exposés. Les phénomènes
de fixation réversible dans les terrains, peuvent en revanche
conduire à des effets subchroniques.
La figure 3 présente un
exemple de traçage en eau de surface, illustré par la courbe de
concentration pour un même traçage à la rhodamine B, effectué
sur le Léguer (Côtes d’Armor), avec un suivi du panache sur cinq
stations.
En eau de surface, la seule contrainte pour la réalisation d’un
traçage est la détermination de la quantité de produit à injecter
pour que celui-ci reste visible malgré la coloration naturelle de
l’eau. Les quantités utilisées sont en conséquence souvent très
importantes (plusieurs centaines de grammes par litre au point
d’injection).
Au fil des stations, la durée de passage du panache s’accroît,
mais, en revanche, la concentration maximale diminue. La figure 3 montre
l’importance de la dilution. Le suivi du devenir du traceur dans le
milieu superficiel est aisé, et sauf rétention le long des berges
ou stagnation dans des secteurs de calme, celui-ci est exporté
totalement vers l’aval. L’exposition à prendre en compte en eau de
surface serait plutôt de type aigu.
Il faut rappeler qu’à la différence des eaux souterraines
distribuées en général après une simple désinfection, les eaux de
surface font l’objet d’un traitement qui permet l’élimination de
tout ou partie du traceur. En effet, ces produits facilement
adsorbables [2], sont éliminés dans l’étape de coagulation,
détruits par l’ozone ou adsorbés lors de la filtration sur charbon
actif.
Caractérisation des risques
Il n’existe pas dans la littérature de relations dose-réponse pour
les traceurs fluorescents, au moins pour une exposition par voie
orale.
En l’absence de valeurs toxicologiques de référence,
l’US EPA et un groupe de travail allemand ont développé deux
approches pour se prononcer sur les risques liés à l’utilisation de
ces produits et définir des conditions de mise en œuvre.
L’étude américaine [34] s’est intéressée à 13 molécules.
Leur toxicité a été évaluée par l’Office des substances toxiques de
l’EPA selon la méthode SAR (structure activity relationship)
développée pour évaluer la toxicité de produits industriels [35,
36]. Cette méthode permet de prédire le potentiel toxique d’une
molécule à partir de sa configuration chimique, des données
toxicologiques disponibles sur des produits analogues testés
expérimentalement, et en utilisant des algorithmes prenant en
compte l’activité biologique. L’évaluation réalisée s’appuie sur
des effets cancérogènes, mutagènes, sur les données de toxicité
aiguë, chronique et de neurotoxicité, sur les altérations du
développement et de la reproduction ainsi que sur des effets
écotoxiques. Un niveau de risque est attribué à chacun des produits
en fonction de la gravité possible des effets. Les résultats de
l’étude sont présentés dans le tableau
3.
L’évaluation réalisée par l’EPA montre qu’au regard de la santé
humaine et de l’écotoxicité, l’utilisation des traceurs étudiés ne
s’accompagne que d’un niveau de risque faible à modéré. Toutefois,
cette étude ne prend pas en compte les effets liés aux produits de
dégradation des traceurs, ni aux synergies possibles avec d’autres
composés présents dans l’eau.
Aucun des traceurs fluorescents ne peut présenter un risque
significatif pour la santé si la concentration dans l’eau est
maintenue à une valeur inférieure à 2 mg/L durant
24 heures au point de captage. Cette concentration se situe en
dessous des niveaux de toxicité aiguë pour les organismes
aquatiques.
Partant des travaux de Smart [5, 37], un groupe de travail mis
en place par l’Agence fédérale pour l’environnement en Allemagne
[38] dont les résultats sont synthétisés par Behrens et al. [39]
s’est intéressé à 17 traceurs dont 11 traceurs fluorescents, à
savoir : la fluorescéine, l’éosine, la sulforhodamine B,
l’amino G, la rhodamine Wt, la rhodamine B, la
rhodamine 6G, le naphthionate de sodium, la pyranine, le
Tynopal CBS-X et le Tynopal ABP. Ces produits ont fait l’objet
d’essai de génotoxicité (mutations sur Salmonella et analyses des
aberrations chromosomiques) et d’écotoxicité (test poisson et test
daphnies). Les résultats figurent dans le i>tableau 4.
Au regard de leurs effets génotoxiques et écotoxiques, l’usage
des produits a été discuté. Les recommandations faites par le
groupe pour l’utilisation de ces traceurs sont présentées dans le
tableau 5.
Tableau 3 Niveaux de risque associés à l’utilisation
des traceurs fluorescents.
Table 3 Levels of risk associated with the use of
fluorescent tracers.
|
Traceur
|
Niveau de risque *
|
|
Humain
|
Écologique
|
|
Fluorescéine
|
F
|
M
|
|
Éosine
|
F-M
|
F-M
|
|
Rhodamine B
|
F-M
|
M
|
|
Rhodamine Wt
|
F-M
|
M
|
|
Rhodamine G
|
F-M
|
F-M
|
|
Sulforhodamine B
|
F-M
|
F-M
|
|
Agent de blanchiment 351
|
M
|
F-M
|
|
Agent de blanchiment 22
|
M
|
F-M
|
|
Agent de blanchiment 28
|
F-M
|
F-M
|
|
Pyranine
|
F
|
F-M
|
|
Amino G
|
M
|
F-M
|
Tableau 4 Effets génotoxiques et écotoxiques des
traceurs fluorescents.
Table 4 Genotoxic and ecotoxic effects of fluorescent
tracers.
|
Génotoxicité
|
Écotoxicité
|
|
Test d’Ames
|
Analyse cytogénétique
|
Test poisson
|
Test daphnies
|
|
Fluorescéine
|
-
|
-
|
-
|
ne
|
|
Éosine
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Sulforhodamine B
|
ne
|
ne
|
ne
|
ne
|
|
Amino G
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Rhodamine Wt
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Rhodamine B
|
+
|
+
|
+
|
+
|
|
Rhodamine 6G
|
-
|
+
|
-
|
+
|
|
Naphtionate de sodium
|
+
|
+
|
+
|
+
|
|
Pyranine
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Tynopal CBS-X
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Tynopal ABP
|
-
|
-
|
-
|
-
|
Tableau 5 Préconisations pour l’utilisation des
traceurs fluorescents.
Table 5Recommendations for the use of fluorescent tracers.
|
Traceur
|
Utilisation/évaluation toxicologique
|
Fondements de l’évaluation*
|
|
Fluorescéine
|
sans limite
|
T, B
|
|
Éosine
|
sans limite
|
B, Ex
|
|
Sulforhodamine B
|
douteuse/écotoxicologie
|
T
|
|
Amino G
|
sans limite
|
T
|
|
Rhodamine Wt
|
non conseillée
|
T
|
|
Rhodamine B
|
non conseillée
|
T, B
|
|
Rhodamine 6G
|
non conseillée
|
T, B
|
|
Naphthionate de sodium
|
sans limite
|
T
|
|
Pyranine
|
sans limite
|
T
|
|
Tynopal CBS-X
|
sans limite
|
T
|
|
Tynopal ABP
|
sans limite
|
T
|
Conclusions
Il existe peu d’informations toxicologiques concernant les traceurs
fluorescents utilisés en hydrologie, en particulier pour
l’exposition par voie orale, seule voie importante vis-à-vis du
consommateur d’eau.
Les résultats des études, parfois contradictoires, pourraient
s’expliquer par la présence d’impuretés dans les produits
utilisés.
Les informations disponibles ne montrent pas pour autant de
risque significatif pour la santé du consommateur pour un niveau
d’exposition correspondant aux concentrations susceptibles d’être
retrouvées dans l’eau. Les substances utilisées n’ont pas montré
d’effets cancérigènes chez l’animal.
Les traçages correspondent à des opérations qui s’étalent sur
quelques jours, voire quelques semaines, le pic de concentration du
produit ne durant que quelques heures. Il serait alors plutôt
légitime de s’intéresser aux effets aigus. Néanmoins, les doses
auxquelles les consommateurs peuvent être exposés sont, sauf
accident, très faibles. Cependant ces opérations sont parfois
répétées et les relargages que subit un traceur dans le milieu
souterrain, tout particulièrement en milieu poreux, conduit à
allonger considérablement la durée d’exposition au produit. Les
effets liés à une exposition subchronique ne peuvent être
totalement écartés pour certains traceurs comme la rhodamine B
qui est capable d’induire une activité génotoxique
in vitro.
L’absence de VTR pour ces molécules exclut toute évaluation
quantitative des risques.
L’évaluation des risques réalisée par l’US EPA montre que
les traceurs colorants peuvent être utilisés sans risque pour la
santé dès que la quantité de produit au robinet du consommateur ne
dépasse pas une concentration de 1 à 2 mg/L durant
24 heures. Il s’agit toutefois d’une approche reposant sur la
comparaison de propriétés des traceurs avec celles de molécules
dont la toxicité est connue et considérée comme applicable à
certains traceurs. L’approche proposée repose donc sur l’expérience
et le jugement d’un groupe d’experts. Par ailleurs, les arguments
retenus par les auteurs pour cette évaluation ne sont pas tous
présentés dans les documents.
La position allemande fondée sur un classement des produits en
fonction de l’existence ou non de données toxicologiques et des
résultats négatifs pour certains tests, conduit à ne pas
recommander l’emploi de certaines molécules. Cette position prive
l’hydrologue de traceurs intéressants et peut conduire parfois à
leur préférer des traceurs non fluorescents, présentés comme
« propres » et qui peuvent poser d’autres problèmes. Il
en est ainsi des bromures qu’il est nécessaire d’injecter à des
concentrations élevées en raison de la teneur naturelle dans les
eaux (0,1 à 2 mg/L) et qui à l’occasion de la désinfection de
l’eau conduisent à la formation de trihalométhanes (THM)
bromés.
Au vu des informations disponibles, toutes les molécules
paraissent utilisables sans restriction particulière, même si
certaines d’entre elles, telles que la fluorescéine ou les
stilbènes, paraissent plus anodines que d’autres.
Cela n’exclut pas d’adapter la quantité de produit à l’objectif,
en prenant en compte l’importance du réservoir et du flux
superficiel ou souterrain pour éviter que de fortes concentrations
parviennent jusqu’au robinet du consommateur. La détection de ces
molécules jusqu’à de très faibles concentrations facilite cette
adaptation. Par ailleurs, pour éviter la répétition des traçages,
ceux-ci doivent être réalisés par des intervenants compétents.
Enfin, les traçages correspondent à des opérations brèves qui
permettent éventuellement de ne pas utiliser l’eau tracée pour la
boisson ; cela s’applique tout particulièrement aux eaux
superficielles dont le prélèvement peut être momentanément
interrompu.
|
Glossaire
|
|
ATSDR
|
Agency for Toxic Substances and Disease Registry
|
|
CDC/NIOSH
|
Centers for Disease Control and prevention/The National Institute
for Occupational Safety and Health
|
|
CIRC
|
Centre international de recherche contre le cancer
|
|
CL
|
Concentration létale
|
|
DENA
|
Diéthylnitrosamine
|
|
DL
|
Dose létale
|
|
ITER
|
International Toxicity Estimates for Risk Database
|
|
NSF
|
National Sanitation Foundation
|
|
RIVM
|
Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu
|
|
US EPA
|
United States Environmental Protection Agency
|
|
VTR
|
Valeur toxicologique de référence
|
|
THM
|
Trihalométhanes
|
Références
1 Trillat A. Sur l’emploi des matières colorantes pour le recherche
de l’origine des sources et des eaux d’infiltration. CR Hebd
Seances Acad Sci 1889 ; 128 : 698–700.
http ://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k30841.
2 Flury M, Wai NN. Dyes as tracers for vadose zone
hydrology. Rev Geophys 2003 ; 41 : 1002.
3 Benoît-Guyod JL, Rochat J, Alary J,
Andre C, Taillandier G. Corrélations entre propriétés
physicochimiques et écotoxicité des traceurs fluorescents
xanthéniques. Tox Eur Res 1979 ; II : 241-6.
4 Roche M. Hydrologie de surface. Paris :
Gauthier-Villars ; Orstom éditions, 1963.
5 Smart PL. A review of the toxicity of twelve fluorescent
dyes used for water tracing. NSS Bull 1984 (October) :
21-33.
6 US Environmental Protection Agency (US EPA), Office of
Research and Development. The QTracer Program for
tracer-breakthrough curve analysis for karst and fracturated-rock
aquifers. EPA/600/R-98/156a. Washington (DC) : US EPA,
1999.
7 Société suisse d’hydrogéologie (SSH), Groupe de travail
« Traçage ». Utilisation des traceurs artificiels en
hydrogéologie. Rapport de l’OFEG, Série Géologie, n°3. Berne :
SSH, 2002.
8 Meus P, Bakalowicz M. Les traçages artificiels,
outils de reconnaissance et d’étude des aquifers karstiques.
Hydrogéologie 1997 ; 3 : 43-50.
9 Yankell SL, Loux JJ. Acute toxicity testing of
erythrosine and sodium fluorescein in mice and rats. J Periodontol
1977 ; 48 : 228-31.
10 McEnerney JK, Wong WP, Peyman GA. Evaluation
of teratogenicity of fluorescein sodium. Am J Ophthalmol
1977 ; 84 : 847-50.
11 Lutty GA. The acute intravenous toxicity of biological
stains, dyes, and other fluorescent substances. Toxicol Appl
Pharmacol 1978 ; 44 : 225-49.
12 Salem H, Loux JJ, Smith S, Nichols CW.
Evaluation of the toxicologic and teratogenic potentials of sodium
fluorescein in the rat. Toxicology 1979 ; 12 :
143-50.
13 Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST).
Service du répertoire toxicologique.
www.reptox.csst.qc.ca/Produit.asp?no_produit=280198&nom=URANINE.
14 Walthall WK, Stark JD. The acute and chronic
toxicity of two xanthene dyes, fluorescein sodium salt and phloxine
B, to Daphnia pulex. Environ Pollut 1999 ; 104 :
207-15.
15 Pouliquen H, Algoet M, Buchet V, Le
Bris H. Acute toxicity of fluorescein to turbot (Scophthalmus
maximus). Vet Hum Toxicol 1995 ; 37 : 527-9.
16 Brown JP, Dietrich PS, Bakner CM. Mutagenicity
testing of some drug and cosmetic dye lakes with the
Salmonella/mammalian microsome assay. Mutat Res/Gen Toxicol
1979 ; 66 : 181-5.
17 International Agency for Research on Cancer (IARC). Eosine
and eosine disodium salt. Monographs on the evaluation of
carcinogenic risks to humans, vol. 15. Lyon : IARC, 1977.
18 International Agency for Research on Cancer (IARC). Rhodamine
B. Monographs on the evaluation of carcinogenic risks to humans,
vol. 16. Lyon : IARC, 1978.
19 Nestmann ER, Douglas GR, Matula TI,
Grant CE, Kowbel DJ. Mutagenic activity of rhodamine dyes
and their impurities as detected by mutation induction in
Salmonella and DNA damage in Chinese ovary cells. Cancer Res
1979 ; 39 : 4412-7.
20 Lewis Il. Patterson RM, McBay HC. The effects of rhodamine B
on the chromosomes of Muntiacus muntjak. Mutat Res 1981 ;
88 : 211-6.
21 Hood RD, Jones CL, Ranganathan S. Comparative
developmental toxicity of cationic and neutral rhodamines in mice.
Teratology 1989 ; 40 : 143-50.
22 US Environmental Protection Agency (US EPA), Office of toxic
substances. Rhodamine B. Chemical hazard information profile draft
report. Washington (DC): US EPA, 1982.
23 Abidi SL. Detection of diethylnitrosamine in
nitrite-rich water following treatment with rhodamine flow tracers.
Water Res 1982 ; 16 : 199-204.
24 Rochat J, Demenge P, Rerat JC. Contribution à
l’étude toxicologique d’un traceur fluorescent la Rhodamine B.
Toxicol Eur Res 1978 ; 1 : 23-6.
25 Nestmann ER, Kowbel DJ. Mutagenicity in Salmonella
of Rhodamine WT, a dye used in Environmental water-tracing studies.
Mutat Res/Genetic Toxicology 1979 ; 68 : 389-92.
26 Jensen M, Kristensen KK. Effects of rhodamine water
tracer on Escherichia coli densities. Water Res 1989 ;
23(2) : 257-9.
27 Keplinger ML, Fancher OE, Lyman FL,
Calandra JC. Toxicologic studies of four fluorescent whitening
agents. Toxicol Appl Pharmacol 1974 ; 27 : 494-506.
28 Lepiller M, Mondain P. Les traçages artificiels en
hydrogéologie karstique, mise en œuvre et interprétation. Hydrogéol
1986 ; 1 : 33-52.
29 Dzikowski M. Convolution in time-dependent system from
artificial tracer tests responses in porous or karst systems ;
theory and modelling. J Hydrol 1995 ; 16 : 287-303.
30 Dzikowski M, Delay F, Sauty JP,
Crampon N, de Marsily G. Convolution in time dependent
system from artificial tracer test responses ; application on
a karst system (Causse de Gramat Lot, France). J Hydrol 1995 ;
16 : 305-24.
31 United States Environmental Protection Agency (US EPA).
Tracer-test planning using the efficient hydrologic tracer-test
design (EHTD) program. EPA/600/R-03/034. Washington (DC) :
National Center for Environmental Assessment, 2003.
32 United States Environmental Protection Agency (US EPA).
Ground-water monitoring in karst terranes : recommended
protocols and implicites assumptions. Mammoth Cave
(Kentucky) : National Park Service, 1989.
33 Field MS. A review of some tracer-test design equations
for tracer-mass estimation and sample-collection frequency. Environ
Geol 2003 ; 43 : 867-81.
34 Field MS, Wilhelm RG, Quinlan JF,
Aley TJ. An assessment of the potential adverse properties of
fluorescent tracer dyes used for groundwater tracing. Environ Monit
Assess 1995 ; 38 : 175-96.
35 Auer CM, Nabholz JV, Baetcke KP. Mode of
action and the assessment of chemical hazards in the presence of
limited data : use of the Structure-Activity Relationships
(SAR) under TSCA, section 5. Environ Health Perspect 1990 ;
87 : 183-97.
36 Auer CM, Gould DH. Carcinogenicity assessment and
the role of structure activity relationship (SAR) analysis under
TSCA section 5. J Envir Sci Hith, Envir Carcino Revs 1987 ;
C5(1) : 29-71.
37 Smart PL, Laidlaw IMS. An evaluation of some
fluorescent dyes for water tracing. Water Resour Res 1977 ;
13(1) : 15-33.
38 Arbeitskreis Human- und oekotoxikologische Bewertung von
Markierungsmitteln in Gewässern. Grundwasser 1997 ; 2 :
61-4.
39 Behrens H, Beims U, Dieter H, et al.
Toxicological and ecotoxicological assessment of water tracers.
Hydrogeol J 2001 ; 9 : 321-5.
2 Site Internet (MSDS P3885 08/10/04),
Phloxine B. www.jtbaker.com/msds/englishhml/p3885.htm3 Source :
www.poisoncentre.be/article.php?id_article=594 www.cdc.gov./niosh/ipcsnfrn/nfrn0325.html.1 DL50 : dose entraînant la mort
chez 50 % des sujets d’expérience.
|