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Téléphones mobiles et neurotoxicité pour le système nerveux central


Environnement, Risques & Santé. Volume 5, Numéro 2, 107-19, Mars-Avril 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Elsa Brillaud, René de Sèze , Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), Parc ALATA, BP2, 60550 Verneuil-en-Halatte, France.

Résumé : La téléphonie mobile s’est largement développée ces dernières années. L’inquiétude de la population quant à un effet potentiel des ondes émises sur le système nerveux central est légitime du fait de la position du téléphone lors de son utilisation. Nous faisons ici un état des lieux des travaux concernant les effets neurotoxiques potentiels des radiofréquences émises par les téléphones mobiles, c’est-à-dire une atteinte au niveau structural, fonctionnel, électrophysiologique, comportemental ou au niveau du développement neural. De nombreuses études ont été effectuées et leur analyse ne met en évidence aucun effet certain, quel que soit le niveau étudié. En l’état actuel des connaissances, les radiofréquences de la téléphonie mobile ne semblent pas être toxiques pour le système nerveux central. La revue des travaux montre une grande disparité des protocoles et des paramètres mesurés, et pour conforter les résultats et répondre clairement aux inquiétudes, d’autres études complémentaires doivent être effectuées. La standardisation et la reproduction de travaux antérieurs semblent être actuellement une orientation nécessaire de la recherche dans ce domaine.

Mots-clés : téléphone cellulaire, champ électromagnétique, syndrome neurotoxique, système nerveux central

ARTICLE

Auteur(s) : Elsa Brillaud, René de Sèze

Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), Parc ALATA, BP2, 60550 Verneuil-en-Halatte, France

La recherche sur les effets biologiques induits par les champs électromagnétiques de type radiofréquence a débuté avec le développement des télécommunications, après la seconde guerre mondiale. L’expansion soudaine de la téléphonie mobile a relancé les inquiétudes et orienté les recherches. En particulier, du fait de la position des téléphones portables lors de leur utilisation, à proximité de la tête, les études concernant le système nerveux central se sont multipliées. Cette synthèse présente les principaux résultats obtenus concernant les effets neurotoxiques potentiels des radiofréquences utilisées par la téléphonie mobile au niveau du système nerveux central (SNC) pour des études in vitro et in vivo chez l’animal et chez l’homme. Cette synthèse se base sur les revues les plus récentes complétées des derniers travaux publiés. La construction de la présentation des travaux suit les cinq axes de recherche (morphologie, fonctionnement, électrophysiologie, comportement et développement) des études en neurotoxicologie [1].

Rappels sur la téléphonie mobile

Les radiofréquences (RF) sont des ondes électromagnétiques caractérisées par une bande de fréquence porteuse allant de 0,1 MHz à 300 GHz. Ce type de rayonnement est dit non ionisant (f < 3.1015 Hz), c’est-à-dire qu’il ne possède pas suffisamment d’énergie pour modifier les éléments constitutifs des êtres vivants. Dans la téléphonie mobile, les informations sont traduites en RF (de 800 à 2 500 MHz) [2] et sont émises par impulsion (et non continûment) à une fréquence dite de répétition. Le tableau 1( Tableau 1 ) résume les principaux standards utilisés ainsi que leurs caractéristiques. Une onde électromagnétique est l’association d’un champ électrique et d’un champ magnétique possédant une certaine énergie, et sa propagation dépend des propriétés du milieu traversé. Dans les tissus biologiques, une partie de l’énergie est absorbée et cette quantité, nommée débit d’absorption spécifique (DAS), s’exprime en watts/kg (W/kg). La Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (International Commission on Non-Ionising Radiation Protection, ICNIRP) a émis un avis pour limiter le DAS des utilisateurs de téléphones mobiles à 2 W/kg au niveau de la tête et du tronc (moyenne calculée sur 10 g de tissu), et à 0,08 W/kg au niveau du corps exposé en entier. En France, ces valeurs limites et l’obligation pour les fabricants d’indiquer le DAS correspondant à chaque appareil ont été fixées par décret [3]. Pour un DAS élevé, la chaleur produite par l’énergie absorbée peut être mesurable. L’effet consécutif à un échauffement mesurable est appelé effet thermique.

Les travaux présentés par la suite ont été choisis en fonction de leur fréquence (bandes de fréquences utilisées dans la téléphonie mobile) et de leur DAS (proches des valeurs limites, effet non thermique) et sont résumés dans les tableaux 2 à 4( Tableau 2 )( Tableau 3 )( Tableau 4 ).
Tableau 1 Principaux standards utilisés dans la téléphonie mobile.

Noms

Bandes de fréquences (MHz)

Génération

Pays

  • GSM
  • (Global System for Mobile communication)


900

2e

Europe

  • DCS
  • (Digital Communication System, variante GSM)


1 800

2e

Europe

  • PCS
  • (Personal Communication Systems, variante GSM)


1 900

2e

Amérique Nord et Sud (sauf Brésil), Japon

  • D-AMPS
  • (Digital Advance Mobile Phone System)


1 439

2e

États-Unis et Japon

  • PDC
  • (Personnal Digital Cellular)


800 et 1 500

2e

Japon

  • CDMA
  • (Code Division Multiple Access)


800 et 1 900

2e

États-Unis

  • W-CDMA
  • (Wide-CDMA)


1 885 ~ 2 200

3e

États-Unis, Amérique du Sud

  • UMTS
  • (Universal Mobil Telecommunications System)


1 885 ~ 2 200

3e

Europe

Blue tooth

2 450

Liaison oreillette-téléphone

Monde

Wi-fi (Wireless fidelity)

2 450

Système Ethernet

Monde


Tableau 2 Résumé des études concernant les effets sur la morphologie, la thermorégulation et le fonctionnement du système nerveux central (la première partie du tableau présente des revues, la suite des articles originaux chez l’animal puis chez l’homme).

Auteurs

Étude

Domaine

Période

Résultats et conclusions

4

D’Andrea et al., 2003

In vivo/in vitro/homme

Effets sur SNC

Des années 1970 à 2002

  • - Beaucoup de diversité dans les études : fréquences, paramètres d’exposition, types de mesures
  • - Effet thermique certain à haute dose
  • - Pas d’évidence chez l’homme, disparité des résultats chez l’animal (exemple BHE) à dose faible : pas de conclusion
  • - Nécessité de faire des réplications dans plusieurs laboratoires en parallèle
  • - Nécessité de faire des études « dose et durée-dépendantes »


6

Adair et Black, 2003

In vivo/homme/modèles

Thermo-régulation

Des années 1940 à 2002

  • - Les rongeurs sont un mauvais modèle de thermorégulation pour l’extrapolation à l’homme
  • - La thermorégulation chez l’homme est efficace bien au-delà de la limite imposée (0,4 W/kg)


13

Hossmann et Hermann, 2003

In vitro/in vivo/homme

Effets SNC

Des années 1970 à 2002

  • - Pas d’évidence in vitro à dose non thermique ; vérifier effet sur calcium à fréquences type téléphone
  • - Induction de protéines de stress et effet transitoire sur BHE in vivo, effets liés à augmentation température
  • - Difficile de conclure concernant les neurohormones et les neurotransmetteurs du fait de la disparité des études


10

Lin, 2004

In vivo

BHE

9 articles de 1992 à 2003

  • - Mesure passage albumine à travers BHE : pas d’effet en dessous de 7,5 W/kg, dû à la chaleur
  • - Résultats positifs non répliqués
  • - Actuellement nombreuses études en parallèle pour répliquer études passage albumine à travers la BHE


14

Cotgreave, 2005

In vitro/in vivo

Réponse de stress

Des années 1980 à 2004

  • - Induction in vitro d’une réponse HSP avec fréquence de type téléphone (750 à 2 400 MHz) à des DAS non thermiques : grande importance de la fréquence de modulation, grande variabilité des méthodes et protocoles
  • - Peu d’études in vivo (modèle plus réaliste pour transposition à l’homme)
  • - Résultats controversés, grande variabilité : plus d’analyses sont nécessaires


17

Lai et al., 1992

Travaux Lai et al.

Neuro T

Des années 1980 à 1992

  • - Rôle médiateur important des opioïdes dans certains effets des RF sur le système nerveux
  • - Modification du système cholinergique
  • - Paramètres d’exposition importants pour déterminer les effets possibles


Auteurs

Étude

Domaine

Sujet d’étude

Signal

  • DAS/
  • intensité


Durée

Mesure

Résultats

Conclusions

5

Dasdag et al., 2004

In vivo

Phospho-lipides

Rats SD

902 MHz

  • 3,13 (tête) 0,52
  • (corps) W/kg


  • 20 min/jr,
  • 7 jrs/sem,
  • 1 mois


  • Histologie
  • Phospholipides
  • Quantification malondialdéhyde


Pas d’effet significatif sur observations histologiques. Augmentation de la concentration en malondialdéhyde après expo

8 et 9

Salford et al., 1994 et 2003

In vivo

Mort neuronale

Rats F libres

915 MHz

2, 20 et 200 mW/kg

2 h

Marquage crésyl violet de coupes de cerveaux pour voir neurones noirs

Apparition de neurones noirs, surtout aux doses de 20 et 200 mW/kg (corps entier) dans le cortex, l’hippocampe et les ganglions de la base

  • Modèle rat utilisé = adolescent.
  • Auteurs n’excluent pas des dommages après utilisations répétitives de téléphones mobiles


12

Cosquer et al., 2005c

In vivo

BHE

Rats SD

2 450 MHz

2 W/kg

45 min

Mesure passage méthyl-scopolamine (test mémoire travail)

Pas d’effet significatif sur les performances

Pas de perméabilisation BHE par RF chez le rat.

11

Franke et al., 2005

In vitro

BHE

Coculture

1 800 MHz

0,3 W/kg

1 à 5 jrs

Mesure passage sucrose

Pas d’effet significatif

  • Modèle de BHE optimisé
  • Pas de perméabilisation par RF


16

Bakos et al., 2003

In vivo

Hormones

Rats

900/1 800 MHz

100/20 mW/cm2

2 h/j, 14 jrs

Mesure 6sulfatoxy-mélatonine dans urine

Pas d’effet significatif

Pas d’effet RF sur production de mélatonine chez le rat

15

Hata et al. 2005

In vivo

Hormones

Rats

  • 1 439 MHz
  • TDMA


7,5 (tête) 1,9-2 (corps) W/kg

[mélatonine] et [sérotonine] dans sérum et glande pinéale

Pas d’effet significatif

  • Pas modifications hormones chez le rat après expo aiguë (4 fois sup. expo téléphone)
  • Effet expo chronique ?


18

Barteri et al., 2005

In vitro

Neurotrans-metteurs

Solution d’enzymes (Ach estérase)

915-1 822 MHz

0,51 W/kg

1 à 50 min

Structure et activité enzyme

Modification structure et activité de l’enzyme

  • Étudier effet ex vivo ou in vivo
  • Pas d’extrapolation possible


19

Mausset-Bonnefont et al., 2005

In vivo

Neurotrans-metteurs

Rats Wistar restreints (expo tête seule)

900 MHz

6 W/kg

15 min

Propriétés des transporteurs dopamine, récepteurs GABAA et NMDA

  • Modification des propriétés de liaison pour les 3
  • Diminution des récepteurs NMDA en post-synaptique dans striatum et cortex


  • Modifications biochimiques et cellulaires après simple exposition à un haut DAS
  • Modification pas seulement dans le cortex proche : effet pourrait être possible à DAS plus faible


Glie

Marquage de la protéine GFAP

Activation astrocytes 3 jrs après exposition

20

Finnie, 2005

In vivo

Activité cérébrale

Souris restreintes

900 MHz

4 W/kg

60 min

Marquage de la protéine c-Fos

Pas d’effet exposition

Augmentation du marquage due à la contention

21

Haarala et al., 2003

Homme

Flux sanguin/activité cérébrale

Hommes

902 MHz

0,88 (tête) W/kg

65 min

Enregistrement pendant tâche visuelle de mémoire

  • Diminution flux sanguin dans cortex auditif bilatéralement
  • Pas de modification au niveau de la zone exposée


  • Résultats difficiles à interpréter
  • Études supplémentaires nécessaires


22

Huber et al., 2005

Homme

Flux sanguin/activité cérébrale

Hommes

900 MHz

1 W/kg

30 min

Enregistrement au niveau du cortex préfrontal dorsolatéral.

Augmentation du flux sanguin du côté de l’exposition au téléphone

  • Signal RF peut modifier EEG (conforte études précédentes)
  • Modulation du signal cruciale pour entraîner des altérations physiologiques.



Tableau 3 Résumé des études concernant les effets électrophysiologiques (la première partie présente des revues, la suite des articles originaux chez l’animal puis chez l’homme).

Auteur

Étude

Domaine

Période

Résultats et conclusions

4

D’Andrea et al., 2003

In vivo/in vitro/homme

Effets SNC

Des années 1970 à 2002

  • - Beaucoup de diversité dans les études : fréquences, paramètres d’exposition, types de mesures
  • - Effet thermique certain à haute dose
  • - Pas d’évidence chez l’homme, disparité des résultats chez l’animal à dose faible : pas de conclusion
  • - Reproduire étude mesurant l’activité sur tranche d’hippocampe
  • - Nécessité de faire des réplications dans plusieurs laboratoires en parallèle, et des études « dose et durée-dépendantes »


13

Hossmann et Hermann, 2003

In vitro/in vivo/homme

Effets SNC

Des années 1970 à 2002

  • - Pas d’évidence in vitro à dose non thermique
  • - Interaction avec système auditif (modification EEG) ; plus d’études nécessaires
  • - Études divergentes chez l’homme sur le sommeil ; plus d’études nécessaires


Auteurs

Étude

Domaine

Sujet d’étude

Signal

  • DAS/
  • intensité


Durée

Mesure

Résultats

Conclusions

23

Beason et Semm, 2002

In vivo

EEG

Oiseaux anesthésiés (paresseux)

900 MHz GSM et continu

  • 0,05 W/kg
  • 0,1 MW/cm2


10 min

Activité spontanée dans cortex pariétal et occipital

  • 133 mesures pendant expo :
  • 69 augmentations,
  • 22 diminutions,
  • 42 non-réponses


  • Pas d’interaction onde-électrode
  • Pas d’effet thermique (réponse en signal pulsé, pas en continu)
  • Stimulus mimerait mécanisme naturel de communication


26

Maby et al., 2004

Homme

EEG

Hommes sains et épileptiques

GSM

1,4 (tête) W/kg

10 min

Mesure PEA, spectre

Diminution amplitude des N100 avec exposition (chez sujets sains et épileptiques)

Modification de l’activité corticale auditive par les RF

25

Maby et al., 2005

Homme

EEG

Hommes sains et épileptiques

900 MHz GSM

1,4 (tête) W/kg

10 min

Mesure potentiels auditifs évoqués (PEA), spectres

Une corrélation observée

Pas de conclusion évidente sur effet des RF sur la santé humaine

30

Hinrichs et Heinze, 2004

Homme

EEG

Hommes et femmes

1 800 MHz

0,61 (tête) W/kg

30 min

Événements relatifs aux ondes magnétiques (ERMF) pendant tâche cognitive

Modification ERMF au début de la tâche (encodage)

Aucun effet sur la santé ne peut être conclu à partir de ces résultats

27

Hamblin et al., 2004

Homme

EEG

Hommes et femmes

894,6 MHz GSM

0,87 (tête) W/kg

5 x 1 min expo/sham

EEG pendant tâche auditive

Modification des N100 et du délai des P300

Modification de l’activité neuronale proche de la zone d’exposition par RF

29

Krause et al., 2000

Homme

EEG

Hommes

902 MHz GSM

0,648 (tête) W/kg

30 min

EEG pendant tâche auditive

Augmentation bande 8-10 Hz

Pas d’altération de l’EEG de base mais modification EEG pendant tâche de mémoire

28

Krause et al., 2004

Homme

EEG

Hommes

902 MHz

0,648 (tête) W/kg

30 min

Réplication : EEG pendant tâche auditive

Pas d’effet significatif

  • Pas de réplication des résultats.
  • Effet des RF sur EEG variable et difficilement réplicable


24

Huber et al., 2003

Homme

EEG

Hommes jeunes

900 MHz CW et PW

1 W/kg

30 min

EEG pendant 8 heures de sommeil après expo

Modification EEG pendant réveil et sommeil après expo RF pulsée

  • Réplication résultats sur sommeil (Borbely 99).
  • Mode pulsé nécessaire à effet. Intérêt thérapeutique ?



Tableau 4 Résumé des études concernant les effets sur le comportement (premier tableau : la première partie présente des revues, la suite présente les articles originaux chez l’animal puis chez l’homme) et le développement du système nerveux central (second tableau : revues).

Auteurs

Étude

Domaine

Période

Résultats et conclusions

31

D’andrea et al., 2003

In vivo/in vitro/ homme

Effets cognitifs et SNC

Des années 1970 à 2002

  • - Modification comportementale après hyperthermie (+ 1 °C de température corporelle) après exposition forte dose : diminue niveau de réussite, augmente temps de réponse. Relation toujours vraie ?
  • - Limite de DAS donnant un effet thermique chez l’animal > 4 W/kg ; pas de conclusion pour dose faible
  • - Nécessité de réaliser plus d’études à long terme avec DAS faible, d’avoir plus d’études chez l’homme, d’avoir plus de données de thermorégulation et de reproduire les études (même protocole, même mesure, même méthode)


Auteur

Étude

Domaine

Sujet d’étude

Signal

  • DAS/
  • intensité


Durée expo

Mesure

Résultats

Conclusions

19

Mausset Bonnefont et al., 2004

In vivo

Comportement

Rats Wistar restreints (tête seule)

  • 900 MHz
  • GSM


6 (tête) W/kg

15 min

  • Comportement locomoteur
  • (test open-field)


Pas d’effet significatif

Effets biochimiques n’ont pas de conséquences comportementales

34

Lai et al., 1994

In vivo

Comportement

Rats SD

  • 2 450 MHz
  • pulsé


0,6 W/kg

45 min

Mémoire de travail (labyrinthe radiaire)

  • Retard d’apprentissage après exposition
  • Prétraitement avec agoniste cholinergique annule effet


Modification de l’apprentissage en mémoire de travail chez le rat par RF due à modification du système cholinergique

35

Lai et al., 2004

In vivo

Comportement

Rats SD

  • 2 450 MHz
  • pulsé


1,2 W/kg

1h/j, 6 jrs

Mémoire spatiale (piscine de Morris)

Retard d’apprentissage après exposition

Modification de l’apprentissage pour une tâche de mémoire spatiale chez le rat par RF : effet sur le système cholinergique

40

Yamagushi et al., 2003

In vivo

Comportement

Rats SD

1 439 MHz

7,5/1,7 tête/corps W/kg

1 h/jr, 4 jrs ou 4 sem

Mémoire de travail (labyrinthe en T)

Pas d’effet significatif

Pas d’effet sur apprentissage et mémoire des RF quand il n’y a pas d’effet thermique chez le rat

37

Dubreuil et al., 2003

In vivo

Comportement

Rats SD restreints (tête seule)

  • 900 MHz
  • GSM


1 et 3,5 W/kg

45 min

  • Mémoire spatiale et non spatiale
  • (labyrinthe radiaire)


Pas d’effet significatif

Les RF n’altèrent pas la mémoire spatiale et non spatiale chez le rat

38

Cobb et al., 2004

In vivo

Comportement

Rats SD

2 450 MHz pulsé

0,6 W/kg

45 min

Mémoire de travail (labyrinthe radiaire)

Pas d’effet significatif

Pas d’effet des RF sur la mémoire de travail chez le rat

39

Cassel et al., 2004

In vivo

Comportement

Rats SD

2 450 MHz pulsé

0,6 W/kg

45 min

Mémoire de travail (labyrinthe radiaire)

Pas d’effet significatif

  • Pas de modification de la mémoire de travail chez les rats par RF
  • Biais méthodologique supposé dans étude Lai et al., 1994


33

Cosquer et al., 2005

In vivo

Comportement

Rats SD

  • 2 450 MHz
  • pulsé


0,6 W/kg

45 min

  • Niveau d’anxiété
  • (test croix surélevée)


Pas d’effet significatif

Pas d’effet des RF sur le niveau d’anxiété ; contradictoire avec étude Lai et al., 1992

36

Cosquer et al. 2005

In vivo

Comportement

Rats SD

2 450 MHz pulsé

0,6 W/kg

45 min

Mémoire spatiale (labyrinthe radiaire avec murs)

Pas d’effet significatif

Pas de modification de la mémoire spatiale chez le rat par RF, même avec accès réduit aux indices

12

Cosquer et al., 2005

In vivo

Comportement

Rats SD

2 450 MHz

2 W/kg

45 min

Mémoire de travail (labyrinthe radiaire)

Pas d’effet significatif.

Pas d’effet des RF sur la mémoire de travail, même à DAS > celui de Lai et al., 1994

32

Schmid et al., 2005

Homme

Perception visuelle

Hommes et femmes

1970 MHz UMTS

0,37 (cortex temporal) W/kg

2 x 40 min

Mesure perception visuelle

Pas d’effet significatif

Pas d’effet sur perception visuelle des RF chez l’homme.

45

Lee et al., 2003

Homme

Attention

Étudiants

1 800 MHz GSM

0,81 (tête) W/kg)

45 min

2 tâches d’attention

Amélioration des performances après un type d’exposition

  • Amélioration transitoire de l’attention par les RF selon conditions
  • Effet serait « dose-dépendante »


44

Besset et al., 2005

Homme

Cognition

Hommes et femmes

900 MHz

0,54 (tête) W/kg

  • 2 h/jr,
  • 5 jrs/sem,
  • 9 sem


22 tâches (assimilation info, attention, mémoire, exécution)

Pas d’effet significatif

Une exposition répétée aux RF ne modifie pas les fonctions cognitives chez l’homme

21

Haarala et al., 2003b

Homme

Cognition

Hommes et femmes

902 MHz

0,88 (tête) W/kg

65 min

Réplication étude précédente : performances dans 9 tâches cognitives.

Pas d’effet significatif

RF n’ont pas d’effet sur la cognition ou alors effets trop petits et observés que de façons occasionnelles

41

Haarala et al., 2004

Homme

Cognition

Hommes

902 MHz

0,683 (tête) W/kg

60 min

Réplication étude précédente avec amélioration : tâche de mémoire à court terme

Pas d’effet statistique

Pas de réplication des résultats précédents. Peut venir du manque de connaissance sur effets des RF ou du manque de sensibilité du test

29

Krause et al., 2000

Homme

Cognition

Hommes

902 MHz GSM

0,648 (tête) W/kg

30 min

Tâche de mémoire auditive

Augmentation du nombre d’erreurs

Modification de la réponse cognitive pendant tâche de mémoire par RF

42

Koivisto et al., 2000

Homme

Cognition

Hommes

902 MHz GSM

0,648 (tête) W/kg

30 min

Tâche de mémoire de travail

Diminution du temps de réponse après exposition

  • Amélioration du temps de réponse par RF
  • D’autres études nécessaires


43

Koivisto et al., 2000

Homme

Cognition

Hommes

902 MHz GSM

0,648 (tête) W/kg

30 min

12 tâches d’attention (simple, complexe et de calcul)

Diminution du temps de réponse après exposition dans tâches simples, de vigilance et de calcul

Effet facilitateur des RF sur le fonctionnement cérébral surtout pour tâches d’attention et de mémoire de travail

28

Krause et al., 2004

Homme

Cognition

Hommes

902 MHz GSM

0,648 (tête) W/kg

30 min

Réplication étude précédente : tâche de mémoire

Pas d’effet significatif

  • Pas de réplication des résultats précédents
  • Pas de corrélation modification EEG et performances.


30

Hinrichs et Heinze, 2004

Homme

Cognition

Hommes et femmes

1 800 MHz

0,61 (tête) W/kg)

30 min

Tâche de discrimination et de rappel

Pas d’effet significatif

  • Pas de corrélation modification ERMF et performances
  • Aucun effet sur la santé ne peut être conclu


27

Hamblin et al., 2004

Homme

Cognition

Hommes et femmes

894,6 MHz GSM

0,87 (tête) W/kg

5 x 1 min expo/sham

EEG et performance pendant tâche auditive

Modification de l’EEG (ondes N100 et P300), augmentation du temps de réaction avec expo

RF peut modifier l’activité neuronale, surtout proche de la zone d’exposition. Mais la taille du groupe étudié est petite

46

Curcio et al., 2004

Homme

Cognition

Hommes et femmes

902,4 MHz

0,5 W/kg

45 min

  • Tâches acoustiques (simple et complexe), visuelle et de calcul
  • Température tympan


  • Augmentation du temps de réaction dans les 2 tâches acoustiques
  • Augmentation température tympanique avec expo


  • Il y a un effet « temps-dépendant » : les effets apparaissent après 25 min d’exposition
  • Peut-être un effet température


Auteurs

Étude

Domaine

Période

Résultats et conclusions

47

Heynick et Merritt, 2003

In vivo/homme

Développement

Des années 1970 à 2002

  • - Effets observés pour des doses supérieures aux normes autorisées : effet thermique
  • - Pas d’évidence d’effet pour des doses non thermiques


48

Kheifets et al., 2005

In vivo/homme

Développement

Des années 1985 à 2005

  • - Définitions des études prioritaires à effectuer : in vivo, homme (modèle enfant avec considération éthique de vigueur) et épidémiologiques sur leucémie, développement SNC, cognition
  • - Principe et précaution à mettre en œuvre en attendant réponse et ces études


Morphologie

Une synthèse a été effectuée par D’Andrea et al. en 2003 [4] concernant l’étude des effets des RF sur la morphologie du SNC pour des modèles in vitro ou in vivo. Aucun effet en deçà d’un effet thermique (DAS < 5 W/kg) n’a été clairement observé. Une étude récente [5] montre qu’une exposition chronique (20 min/j, tous les jours pendant 1 mois) à un téléphone portable (signal 900 MHz type GSM) à un DAS peu élevé (0,52 W/kg corps entier et 3,13 W/kg tête) n’entraîne aucune modification histologique.

Une atteinte structurale, définie comme un changement neuropathologique visible à l’œil nu ou après observation au microscope, est un signe évident d’un effet neurotoxique. Les études actuelles ne montrent pas ce type d’atteinte après une exposition aux radiofréquences émises par la téléphonie mobile.

Fonctionnement

Thermorégulation

Une revue des études concernant la thermorégulation a été faite par Adair et Black [6]. La thermorégulation est un processus physiologique permettant de maintenir la température du corps à une valeur constante. Chez l’homme, la température optimale pour l’efficacité de la majorité des processus enzymatiques physiologiques est de 37 °C. Une modification de la température corporelle ou locale peut donc entraîner des conséquences physiologiques. La structure cérébrale impliquée dans le maintien de la température est l’hypothalamus et les phénomènes mis en jeu pour réguler la température sont variés (sudation ou dilatation des vaisseaux sanguins périphériques dans le cas d’une hyperthermie). L’effet des RF sur l’efficacité de la thermorégulation a été largement étudié chez l’animal et chez l’homme ou en utilisant des modèles mathématiques. La revue montre tout d’abord que le rongeur n’est pas un bon modèle pour étudier la thermorégulation et extrapoler les résultats à l’homme, car les processus mis en jeu ne sont pas les mêmes (pas de sudation chez le rongeur, par exemple). Les données animales ne sont pas satisfaisantes, mais des données suffisantes chez l’homme sont disponibles et montrent que le système de thermorégulation humain reste efficace au-delà de la limite prescrite (0,08 W/kg pour le corps entier).

Barrière hémato-encéphalique

La barrière hémato-encéphalique (BHE) isole le SNC du reste de l’organisme et permet de réguler les échanges sanguins [7]. Son atteinte peut entraîner le passage de substances non désirables au sein du SNC, pouvant avoir des conséquences pathologiques (inflammation, mort neuronale). Dans leur revue, D’Andrea et al. [4] répertorient les différentes études concernant la BHE. À des DAS thermiques, une perméabilisation a été observée. À des DAS non thermiques, les résultats sont contradictoires. En particulier, l’étude de Salford [8] qui montre une perméabilisation de la BHE chez le rat après une exposition de deux heures (signal 915 MHz de type GSM, DAS tête < 2,5 W/kg) est discutée. Cette étude, reproduite par la même équipe par la suite [9], montre un effet non « dose-dépendant ». Cependant, la dosimétrie est controversée. Un projet de réplication des études de Salford dans différents laboratoires indépendants est en cours [10], et aucun effet en deçà d’un DAS (tête) de 7,5 W/kg (niveau thermique) n’a pour l’instant été observé. Une étude récente sur un modèle in vitro de BHE [11] ne montre pas de perméabilisation au sucre après une exposition GSM (signal 1 800 MHz, DAS = 0,3 W/kg). Une autre étude [12] ne montre pas le passage de la méthylscopolamine (antagoniste cholinergique) en mesurant les performances de rats dans un test de mémoire de travail, 10 minutes après exposition (exposition 45 min, signal 2 450 MHz, DAS = 2 W/kg). De plus, la revue de Hossmann et Hermann [13] pointe que l’interprétation de la perméabilité de la BHE comme effet neuropathologique des RF n’est pas nécessairement pertinente car, quand elle est trouvée, c’est un phénomène réversible et ayant une durée de vie courte (moins de 30 min).

Réponse de stress et hormones

Les protéines de choc thermique (HSP, Heat shock protein) sont des marqueurs sensibles d’un stress tissulaire. Une revue rapide [13] des études faites au niveau du SNC à ce sujet ne montre aucun effet d’induction suite à une exposition aux RF. Une revue récente concernant l’induction de protéines de stress sur tous types de tissus après exposition aux RF montre une induction des protéines HSP sur des modèles in vitro à des DAS non thermiques [14]. L’auteur note que peu d’études in vivo sont disponibles, ce modèle étant pourtant plus adapté pour la transposition des effets chez l’homme, et qu’étant donné la variabilité des systèmes d’exposition et des paramètres utilisés, il est difficile de conclure à un effet éventuel.

Les études des RF utilisées dans la téléphonie mobile sur la sécrétion des neurohormones [4, 13] ne montrent pas d’effet. Là encore les paramètres utilisés sont extrêmement variables. Deux études récentes in vivo (modèle rat) confirment cette première conclusion, en ne mettant pas en évidence de modification de la synthèse de la mélatonine après une exposition aiguë de 4 heures [15] (signal 1 439 MHz de type D-AMPS, DAS tête/corps = 7,5/2 W/kg) ou chronique de 2 heures pendant 14 jours [16] (signal 900 et 1 800 MHz de type GSM, DAS corps = 0,012 et 0,045 W/kg respectivement à ces deux fréquences).

Neurotransmission et glie

Le système nerveux central est composé de neurones et de cellules gliales [7]. Les neurones communiquent entre eux par messages électriques directs (gap junction) ou chimiques par l’intermédiaire de synapses, faisant intervenir les neurotransmetteurs. Le suivi des systèmes de neurotransmission donne un aperçu des mécanismes potentiellement mis en jeu lors d’un effet. Le suivi des cellules gliales, et en particulier des astrocytes, donne une bonne indication de l’intégrité du SNC, car ces cellules ont la capacité de s’hypertrophier (réaction inflammatoire) ou de se multiplier dans le cas d’une mort neuronale (gliose).

La cartographie de l’activité cérébrale (tous les systèmes de neurotransmission) peut également être mesurée pour visualiser les zones modifiées après exposition. Les revues de Hossmann et Hermann [13] et D’Andrea et al. [4] montrent des effets très variés, des paramètres diversifiés, et peu de conclusions possibles concernant l’interaction des RF avec les systèmes de neurotransmission. En particulier, des études montrent des effets pour les systèmes du gamma-aminobutyrate (GABA) et de l’acétylcholine mais à des DAS qui pourraient entraîner des effets thermiques. Les travaux de Lai et al. résumés dans une publication de l’auteur [17] sont particulièrement discutés car ils montrent qu’une exposition aiguë ou chronique à un DAS faible (0,6 W/kg pour le corps entier) peut agir sur les systèmes GABAergique et cholinergique chez le rat. Une étude in vitro récente [18] étudie les effets d’une exposition simple (1 à 50 min, téléphones GSM 900 et 1 800 MHz, DAS = 0,51 W/kg) sur une solution contenant l’enzyme choline estérase. L’activité a diminué et la structure de l’enzyme semble être modifiée de façon irréversible après l’exposition, mais l’auteur précise que des conclusions pour la santé ne sont pas possibles et que des études complémentaires in vivo et chez l’homme sont nécessaires. Mausset et al. [19] montrent une modification immédiate chez le rat des propriétés des récepteurs N-methyl-D-aspartate (NMDA) et GABA de type A (GABAA) ainsi que des transporteurs à la dopamine après une simple exposition de 15 minutes à un DAS élevé (DAS tête = 6 W/kg, exposition tête seule, signal 900 MHz type GSM). Trois jours après une même exposition, une augmentation de la surface marquée pour la protéine GFAP (protéine structurale des cellules gliales) a été observée. Les auteurs ne concluent pas à une hypertrophie ou une gliose, n’ayant pas de données séquentielles dans le temps. Ils supposent un effet direct des radiofréquences, en excluant un effet thermique (durée très courte, données dosimétriques). De plus, du fait de l’observation de l’ensemble de ces modifications au niveau du cortex (proche de l’exposition) mais aussi dans des zones plus profondes (hippocampe, striatum), les auteurs suggèrent qu’une exposition à un DAS plus faible pourrait entraîner également des modifications. Les radiofréquences semblent pouvoir moduler les systèmes de neurotransmission et avoir un impact sur les cellules gliales. Pour spécifier cet effet et son importance, des études avec un suivi temporel de ces marqueurs et pour des DAS plus faibles, en accord avec les valeurs limites (2 W/kg pour la tête) sont nécessaires. Concernant l’activité cérébrale, Finnie [20] ne décrit pas de modification de l’expression de la protéine c-Fos (marqueur de l’activité cérébrale) au niveau du cortex cérébral et du cervelet après une exposition de 60 minutes chez la souris (signal 900 MHz de type GSM, DAS tête = 4 W/kg). Chez l’homme, avec la technique de tomographie à émission de positons, Haarala et al. [21] n’observent pas de modification des zones activées pendant une tâche de mémoire de travail durant l’exposition (téléphone 900 MHz de type GSM, DAS tête = 0,99 W/kg). Huber et al. [22] trouvent une augmentation du flux sanguin cérébral au niveau du cortex préfrontal dorsolatéral 10 minutes après 30 minutes d’exposition (téléphone 900 MHz de type GSM, DAS tête = 1 W/kg).

Aucune atteinte fonctionnelle évidente n’a été montrée par ces études pour des DAS équivalents à ceux de l’utilisation d’un téléphone mobile. Cependant, plusieurs points restent incertains du fait d’études contradictoires et méritent des études complémentaires (barrière hémato-encéphalique, systèmes de neurotransmission, ou activité cérébrale). Il est utile de rappeler que toutes les atteintes au niveau fonctionnel ne sont pas nécessairement un signe de neurotoxicité. Leurs conséquences éventuelles aux niveaux physiologique, pathologique ou comportemental, sont à prendre en considération et à tester. S’il y a corrélation avec au moins un de ces points, alors l’effet sera considéré comme neurotoxique.

Électrophysiologie

L’électrophysiologie consiste en l’étude de l’activité électrique du cerveau. Cela permet de tester l’intégrité d’une portion de neurones. La revue des études antérieures à 2003 [4, 13] n’amène pas de conclusion précise. Les résultats évoquent une interaction potentielle des RF avec l’électroencéphalogramme (EEG), mais la variabilité des conditions d’étude (sommeil, veille, tâche cognitive) et l’imprécision de certaines données de dosimétrie ne permettent pas de conclure. Suite à ces remarques, seules les publications présentant des données de dosimétrie ont été retenues.

Une étude in vivo, consistant en l’enregistrement de la réponse de neurones au niveau du cervelet et des cortices occipital et pariétal chez des oiseaux anesthésiés (passereaux) exposés à un signal 900 MHz de type GSM (DAS corps = 0,05 W/kg) [23], montre un effet significatif de l’exposition sur l’activité électrique des neurones dans 69 % des réponses (augmentations et diminutions), non dû à la chaleur ou à une interaction directe des ondes avec l’électrode de mesure. Le signal pourrait mimer un mécanisme membranaire naturel intervenant dans la communication entre les cellules. Les conséquences potentielles sur la santé ou le comportement ne sont pas connues. Chez l’homme, une publication de Huber et al. [24] compare deux études antérieures et indique une distribution du DAS au sein du cerveau. Dans ces études, des jeunes hommes sains ont été exposés par intermittence 30 min avant ou durant leur sommeil (signal 900 MHz type GSM, DAS10g = 1 W/kg). Les résultats montrent une modification comparable de l’EEG, pendant le sommeil non paradoxal quand l’exposition a lieu durant le sommeil, et 15 minutes après une exposition en état de veille. Même si l’exposition n’est pas la même (unilatérale avant sommeil, bilatérale pendant le sommeil), l’étude dosimétrique montre un DAS équivalent (0,1 W/kg) dans les deux cas au niveau du thalamus (impliqué dans le sommeil). Les travaux de Maby et al. [25, 26] montrent une modification des potentiels auditifs cérébraux évoqués chez des sujets sains ou épileptiques (signal 900 MHz type GSM, DAS10g = 1,4 W/kg), mais sans conséquences pour la santé. Durant une tâche de mémoire auditive, Hamblin et al. [27] montrent une modification de l’EEG surtout dans des zones proches de l’exposition (signal 894,6 MHz ; DAS10g = 0,87 W/kg). Dans le même type de tâche, Krause et al. [28], reproduisant une étude précédente [29] (signal 902 MHz type GSM, DAS10g = 0,648 W/kg), observent des résultats différents (forte modification dans la première étude versus très faible modification dans le second cas), et concluent à des effets variables des RF sur l’EEG difficilement reproductibles. Quinze minutes après 30 minutes d’exposition de type GSM (signal 1 800 MHz, DAS10g = 0,61 W/kg), l’enregistrement du magnéto-encéphalogramme (MEG) pendant une tâche visuelle d’encodage et de rappel montre une modification au début de la tâche (encodage) mais aucune conséquence sur la santé ne peut en être déduite [30].

L’enregistrement de l’EEG permet de déterminer de potentiels dysfonctionnements neuronaux et une modification conséquente est un signe de neurotoxicité. Les données actuelles tendent à montrer une interaction des ondes RF de la téléphonie mobile avec l’EEG en sommeil, éveil ou tâche cognitive. Cependant, ces modifications sont assez faibles, toujours temporaires, et aucune conséquence sur la santé ne leur a été clairement attribuée.

Comportement

Les études comportementales illustrent les trois composantes fonctionnelles du SNC : motrice, sensorielle, et cognitive. Les comportements moteurs comprennent les mouvements involontaires et volontaires. Les comportements sensoriels correspondent à l’intégration des éléments extérieurs par des neurones sensitifs (auditifs, visuels, nociceptifs, etc.). Les aspects cognitifs recouvrent tous les processus cérébraux autres que les processus moteurs et sensoriels. Ils sont souvent complexes et mal définis. Seuls les effets observés au niveau du système nerveux central seront développés ici. Une revue des études comportementales [31] ne montre pas d’effet à des DAS non thermiques (seuil estimé d’effet pour le corps = 4 W/kg). Cependant, l’effet d’une exposition sur l’attention reste très discuté car les résultats sont contradictoires (diminution, augmentation du temps de réaction ou pas d’effet). Là encore, la variabilité des systèmes d’exposition et des paramètres mesurés ne permet pas de conclure et les auteurs préconisent plus d’études. Dans les études récentes les plus pertinentes présentant des données dosimétriques, Mausset et al. [19], malgré les modifications biochimiques décrites précédemment, n’observent aucun changement du comportement locomoteur des rats durant un test d’exploration libre dans une arène sèche (test open-field) après une simple exposition tête seule de 15 minutes (DAScerveau = 6 W/kg, signal 900 MHz type GSM). Pour les co