ARTICLE
Auteur(s) :, Jean-Noël JaubertJean-Noël
Jaubert1,*
1Université du Havre, 25, rue Philippe Lebon, 76063
Le Havre cedex
2Centre d’Affaires « Le Fil d’Osmé », 8 ter,
rue de la Rochette, 27000 Évreux
Depuis une vingtaine d’années, les odeurs semblent prendre une
grande place dans la vie de nos concitoyens. Tandis que la
parfumerie concentre de plus en plus les produits qu’elle met sur
le marché, tandis que les « encens » ou les odorisants
envahissent de plus en plus nos habitations et nos espaces de vie
[1], les plaintes se sont multipliées contre les odeurs
industrielles ou agricoles. Qu’y a-t-il de changé ? Comment
pourrions-nous être devenus à la fois moins sensibles aux parfums
pour en demander l’augmentation de puissance et de présence et plus
sensibles aux émanations d’une station d’épuration pour en demander
la fermeture ? À moins que certaines émissions n’aient crû
beaucoup plus vite ou que nous soyons devenus beaucoup plus
vigilants dans nos choix entre des odeurs « bonnes » ou
« voulues » et des odeurs « mauvaises » ou
« inopinées » ?Il n’empêche que, pour les habitants
de nos cités et de nos campagnes, la qualité de l’air passe aussi
par ses caractéristiques odorantes et aucun émetteur ne peut plus
se boucher le nez en ignorant ce phénomène. Les différentes
enquêtes que nous avons conduites, nous ont amenés à conclure que,
d’une manière générale, le « mal-être » lié aux nuisances
odorantes équivaut à la moitié de celui des nuisances sonores et
passe même devant dans certaines régions précises.Le législateur et
différents organismes ont donc été amenés à se pencher sur le
sujet. Ainsi avons-nous vu la publication de textes réglementaires
de plus en plus nombreux dans des pays de plus en plus variés [2].
La France s’est dotée de son « code de l’Environnement »
[3] qui consacre le titre II du livre II à l’air et
l’atmosphère (art. L 220 à L 229) en s’orientant
essentiellement vers les problèmes liés à la santé des habitants.
Il y revient au livre V (prévention des pollutions des risques
et des nuisances) mais ne lui consacre pas un titre comme cela est
le cas de la prévention des nuisances acoustiques et visuelles
(titre VII). En remontant à la loi de base du
2 août 1961 [4] qui est encore mentionnée dans de
nombreux textes actuels, nous notons une cinquantaine de textes qui
font état d’une référence aux odeurs. Mais, comme cela est aussi le
cas des normes de métrologie [5-7] qui sont proposées, ils omettent
une part de ce qui fait la caractéristique d’une odeur, même s’ils
font appel à des sujets pour effectuer des mesures.Ainsi, aucun
texte ne définit l’odeur, ni ne sait reconnaître qu’il s’agit d’une
perception avec toute la complexité que cela suppose. Faisant alors
l’impasse sur nombre d’informations ou octroyant un rôle privilégié
aux composantes psychologiques, les moyens d’investigation proposés
n’atteignent pas vraiment le but annoncé.La mise au point des
connaissances acquises dans le domaine des odeurs, dont nous
résumons ce qui nous paraît essentiel dans la première partie,
devrait participer à l’amélioration du regard sur ce sujet. Après
une lecture des composantes qui font la qualité de l’air, notre
contribution est complétée par la proposition de nouveaux moyens
d’analyse qui permettront d’aller plus loin dans l’appréhension de
l’odeur et de lui apporter une certaine objectivité.
De la subjectivité de l’odeur
Possesseurs d’un nez, nous avons tous le droit de nous exprimer sur
les odeurs. Pourtant, il reste bien difficile à la majorité d’entre
nous de parler odeur autrement qu’en exprimant des ressentis
hédoniques et très peu savent ce qu’est une odeur et encore moins
comment l’analyser.
L’odeur
Nous avons l’habitude de définir l’odeur comme
« l’interprétation par le cerveau (perception) des signaux
fournis par les récepteurs olfactifs lors de leur stimulation par
des substances (potentiellement) odorantes ». Elle se situe
donc au niveau cérébral supérieur de la cognition qui, comme nous
le savons, intègre aussi beaucoup de composantes provenant de la
personne elle-même.
L’odeur ne peut pas être confondue avec les molécules, les
substances ou les objets qui la provoquent. Sa connaissance n’est
remplaçable ni par des dosages physico-chimiques de composés
organiques volatils (COV) ni par des appréciations de sentiments
auprès de la population (gêne). Il conviendra donc, pour l’étudier,
de lui trouver les moyens de la caractériser objectivement, tant
qualitativement que quantitativement. L’usage de « variables
auxiliaires » à la relation non établie (comme le pouvoir
redox généralement mesuré par des « nez électroniques »)
ou de transpositions libres (comme les pléthores d’images verbales)
ne peuvent permettre une approche pertinente.
Certes, le déclenchement de l’odeur est la conséquence de notre
rencontre fugace de mélanges de molécules potentiellement odorantes
(MPO) lors de chacun de nos mouvements respiratoires. Celles-ci
nous restent très strictement extérieures, les molécules n’étant
pas autorisées à pénétrer plus avant (du moins dans le cadre du
système olfactif). De nombreux phénomènes physiologiques,
psychophysiologiques et psychosocioculturels vont ensuite
intervenir chez chaque personne jusqu’à leur restitution, le plus
souvent au travers de mots ; cet ensemble se construit peu à
peu avec l’avancement dans la vie [8] par imprégnation1. Au travers du bref résumé de ce parcours,
le lecteur saura apprécier toute la place que la subjectivité prend
dans la notion même d’odeur et il comprendra la nécessité de
trouver un mode d’investigation plus pertinent des grandeurs
correspondantes [9].
Quelques éléments sur la physiologie
Ces dernières décennies ont permis de combler, en partie, le retard
des connaissances sur le sens de l’olfaction [10].
Le capteur (la tache jaune) est directement constitué de
plusieurs millions de neurones bipolaires portant, sur leur
extrémité dendritique, les récepteurs constitués de protéines
particulières enchâssées dans la paroi étirée de la membrane
cellulaire (les cils olfactifs) [11]. Si les cils se renouvellent
toutes les 24 heures, les cellules elles-mêmes sont remplacées
tous les deux à trois mois. Notre système olfactif, agressé sans
cesse par les molécules présentes dans l’air, est donc
continuellement renouvelé, ce qui garantit sa pleine activité
constante.
Le sens de l’olfaction n’est, sans doute, pas très différent des
autres sens, mais la richesse de ce système est à souligner puisque
l’on peut dénombrer environ mille types de protéines réceptrices
par sujet (correspondant à 347 gènes reconnus). Les possibilités de
variations, tant dans la combinatoire de ces protéines que dans la
répartition topographique des neurones correspondants sur la tache
jaune, sont telles que le nombre dépasse largement celui des
humains passés, présents et à venir sur notre planète. Il ôte donc
toute probabilité de rencontrer deux sujets identiques. La
subjectivité est donc, a priori, totale dès la constitution du
signal initial [12].
Ces faits sont bien observables à différents niveaux.
- • Sur le plan quantitatif, nous notons de larges
variations entre les sujets : la distribution des
« niveaux limites de reconnaissance, NLR2 » pour une molécule donnée se répartit
couramment selon un rapport de 1 à 1003 dans un même jury. De même, le suivi des
expressions des intensités relatives de perception des
concentrations donne, selon chaque sujet, une courbe d’équation
différente (( figure 1 )). Les
cartes de sensibilités de nos sujets nous montrent que, si des
liens peuvent être observés entre certains groupes de molécules, un
même sujet est souvent plus sensible à certaines substances et
moins à d’autres. En conséquence, lorsque l’on passe d’une molécule
isolée à un mélange (ce qui est toujours le cas), les molécules
perçues en priorité ont peu de chance d’être les mêmes d’une
personne à l’autre.
- • Sur le plan qualitatif, avec des molécules isolées, la
convergence entre sujets dépend à la fois de la structure de la
molécule [13] et de l’apprentissage4
des sujets ; en revanche, dans une situation normale, celle
d’un mélange, il est très peu probable que deux sujets puissent
répondre, en fait, à une même stimulation en raison de leurs
différences de sensibilité. Nous noterons aussi que, si la qualité
est ainsi liée à la quantité relative (en rapport avec l’acuité du
sujet), la sensibilité apparente (hors NLR) est largement malléable
selon l’attente et la vigilance du sujet comme nous l’observons,
d’ailleurs, avec nos autres sens.
L’interprétation des signaux
Comme pour tous les systèmes sensoriels, les signaux que notre
cerveau aura à analyser résulteront d’une convergence qui, sur des
bases topographiques (donc individuelles), va en diminuer le nombre
en les amplifiant pour, en corollaire, en augmenter les contrastes
(( figure 2
)).
Mais l’importance et la densité de la « forme » qui en
résulte contraignent notre cerveau à en sélectionner quelques
éléments en leur donnant plus d’importance, comme il le fait pour
d’autres sens comme la vision (principe du portrait robot :
chacun ne saisit qu’une partie d’un visage). Ce tri peut
éventuellement :
- – soit, s’imposer par une partie de la forme plus dense
correspondant à une forte concentration ou à une forte
sensibilité ;
- – soit, être effectué par des présuppositions guidées
par des informations qui peuvent provenir d’autres sens, ou de
données psychosocioculturelles propres à chacun.
Ainsi, même si tous les sujets recevaient le même signal, ils ne
pourraient pas en faire le même usage. Nous sommes donc certains
que le « code » qui parviendra à la conscience et servira
au classement en mémoire est tout à fait spécifique à chaque
individu pour une MPO donnée. La différenciation entre MPO pour un
sujet dépend en revanche de la précision de l’analyse de cette
« forme » que son cerveau reçoit ; cette précision,
très limitée pour un sujet naïf, devient de plus en plus grande
avec l’éducation, comme pour tous les autres moyens de
connaissance.
Les choses se compliquent lorsque le sujet est sollicité par un
mélange de MPO car les « formes » interfèrent
nécessairement. De plus, sans éducation, le sujet regroupe les
informations dans le temps et n’opère un tri que sur cet ensemble
complexe. Ce que sa prise de conscience retient est donc le fruit,
à la fois, d’aléas et de subjectivité.
En revanche, avec une formation adéquate, le sujet apprendra à
décomposer les informations en plusieurs plans :
- – en suivant son évolution dans le temps quand cela est
possible (fT3)5 ;
- – en portant son attention sur l’évolution de ses
perceptions au cours d’une olfaction (fT1)6 ;
- – en reconnaissant dans chaque information instantanée
des formes apprises au préalable7,
comme nous avons aussi l’habitude de le faire dans les autres
espaces sensoriels.
Ainsi, une seule information totalement subjective devient un
ensemble d’informations plus pertinentes.
Le besoin impératif d’une éducation
Dans la pratique, nous avons deux manières d’exprimer nos
perceptions, toutes deux faisant appel à notre mémoire :
- – soit en recherchant dans notre vécu les circonstances
dans lesquelles nous avions déjà rencontré cette
« forme » ; la restitution se fait alors au moyen
des associations (objets, situations, personnes, affects…). Cela
laisse, à n’en point douter, un caractère totalement personnel,
sauf dans le cas où l’association fait appel à quelque expérience
partagée ;
- – soit en le positionnant dans un système de référents
appris en commun et en le décrivant par le (ou les) référent(s)
le(s) moins éloigné(s), comme nous le faisons en général et, par
exemple, pour les couleurs. Cette approche est, bien entendu, plus
objective.
Ainsi le besoin de communication pour établir une culture, la
nécessité de règles pour appliquer des analyses objectives, le
dépassement des émotions pour investiguer les concepts ont conduit
l’humanité à mettre en place des systèmes éducatifs fondés sur des
langages dans toutes les approches sensorielles. Seule l’olfaction
avait échappé à cette démarche pour des raisons techniques et des
raisons sociologiques.
Les progrès des recherches en chimie et en physiologie ainsi que
des travaux conduits il y a un quart de siècle [14] ont permis de
proposer un langage construit, comme tous les langages, sur une
collection de référents pris dans l’espace étudié et donc, dans ce
cas, parmi des molécules odorantes. Cet outil, dénommé « Champ
des Odeurs® », permet, en appliquant comme toujours
la règle de la recherche des moindres distances, de positionner
tout élément odorant de la manière la plus objective possible sans
faire appel au vécu de la personne.
Cet outil contient 45 « notes odorantes » de base8 qui peuvent être augmentées, dans un
souci de précision, par des « zooms » sur des points
particuliers. Il est appris en s’appuyant sur une structure et
après avoir acquis des techniques d’olfaction et de discrimination.
De manière analogue, dans l’espace quantitatif, nous avons mis en
place des systèmes de référents par notes odorantes. Associé à des
protocoles opératoires spécifiques, cet outil nous a permis de
constituer une part bien particulière de l’évaluation sensorielle
que nous avons nommée l’« analyse olfactive ». Nous
disposons ainsi d’un véritable outil d’investigation, le plus
objectif possible, d’une véritable « grandeur odeur »
indépendamment des transpositions dans des espaces incertains au
travers d’associations très personnelles9. De plus, cette démarche permet de
s’assurer d’une bonne et constante vigilance du sujet formé.
Comme nous ne possédons toujours pas de solides variables
auxiliaires, mesurables par voie instrumentale, nous pouvons
espérer que les systèmes de référents contribuent à des progrès
dans ce sens, comme cela a été le cas, dans le passé, avec la
vision ou l’ouïe. C’est cet outil indispensable qui a permis par la
suite de trouver de l’intérêt dans ces fameuses variables
auxiliaires (par exemple le système Lab10 pour les couleurs ou l’analyse des
fréquences sonores).
La perception odorante est donc, naturellement, strictement
personnelle mais ces nouveaux apports permettent de dépasser la
subjectivité qui rendait bien délicate l’étude des odeurs dans des
espaces et donc ne permettait pas de toucher réellement les
nuisances. L’étude des couleurs ou la communication orale demandent
un long travail au jeune enfant ; il est donc tout à fait
normal que l’apprentissage des odeurs exige aussi une éducation.
C’est le prix (modeste) à payer pour mesurer, analyser et connaître
les « odeurs » de manière quelque peu objective.
La qualité odorante de l’air
Depuis quelques décennies, la qualité de l’air que nous respirons
fait l’objet d’une attention toute particulière, non seulement des
intéressés que nous sommes tous, mais aussi des services publics et
des différents émetteurs. Cela est bien normal si l’on considère
que chacun inspire probablement plus de 300 000 m3
d’air au cours de sa vie.
Les pollutions osmiques
Cet air peut, parfois, contenir des substances qui ne devraient pas
y être et qui pourraient nuire à notre bon fonctionnement et à
celui de la nature : les pollutions. Ces pollutions peuvent
avoir des effets très différents selon leur nature. Ici nous ne
retiendrons que le caractère odorant de ces substances, ce que nous
nommons la « pollution osmique ».
Ces composés peuvent avoir différentes sources :
- – la terre elle-même, avec les productions telluriques
ou celles des sols ;
- – les microorganismes, où qu’ils se trouvent, sont
d’importants producteurs de MPO ;
- – le monde végétal est en général bien connu : à
lui se superposent les effets de l’agriculture
(engrais) ;
- – tout le monde animal bien sûr, et ce d’autant plus que
l’espèce est plus importante (insectes) ou que sa densité est plus
grande (élevage intensif) ;
- – l’être humain dans sa nature même, ses besoins et ses
activités, avec un degré croissant du fait de sa population
grandissante et de sa densification (villes, stations d’épuration,
usage de produits industriels, industrie, transports).
De sources très variées, les MPO sont aussi de natures très
variées. Il est probable que l’on puisse compter plus de 100 000
molécules différentes dont le seul point commun est qu’elles aient
la tension de vapeur nécessaire pour se retrouver en quantité
suffisante dans l’air que nous respirons pour y être détectées par
le système olfactif d’une personne. La majorité est de nature
organique et contient des hydrocarbures aliphatiques ou cycliques,
fonctionnalisés ou non, des aromatiques et des hétérocycles. Les
hétéroatomes les plus fréquents sont l’oxygène, le soufre et
l’azote.
Ces molécules seraient, bien entendu, repérables par les moyens
physico-chimiques dont nous disposons si leurs concentrations
n’étaient pas, la plupart du temps, largement en dessous du pouvoir
de résolution des équipements disponibles, même après des manœuvres
d’enrichissement. En outre, l’investigation physico-chimique ne
nous informe pas réellement sur les grandeurs odeurs telles que
nous les avons définies plus haut, ni sur les effets du
combinatoire de molécules que nous offrent les mélanges
odorants.
Les nuisances odorantes et la gêne olfactive
Les pollutions donnent une nuisance dès lors qu’elles peuvent avoir
un effet négatif sur un humain. Dans le sujet qui nous concerne
ici, il s’agit de nuisances odorantes procurant donc des
perceptions que chacun pourra éventuellement associer à un
« mal-être » (la gêne) de plus ou moins grande
importance.
Ainsi, une fois perçue par le sujet, une pollution osmique
devient nuisance odorante si :
- – la concentration des substances, quelles qu’elles
soient, dans l’air inspiré est telle qu’elle provoque un trouble
physiologique (« éblouissement », douleur…). Cet effet
est bien entendu fonction des sensibilités des sujets ;
- – les composés sont en décalage avec les attentes :
- – au niveau spatial (odeurs de cuisine dans une
chambre) ;
- – au niveau temporel : durée excessive d’exposition
due à une longue émission ou à décroissance faible avec la
dilution, persistance dans les voies respiratoires, rémanence dans
l’olfaction, ténacité sur les différents supports (peau, vêtements,
cadre), heure d’arrivée dans la journée (les odeurs acceptées le
matin au réveil ne sont pas les mêmes qu’en fin de
journée) ;
- – au niveau du nombre de rencontres (fréquence trop
élevée) ;
- – au niveau de leur coïncidence avec d’autres données
sensorielles qui ne leur sont habituellement pas
associées ;
- – au niveau de l’occupation du sujet (odeur de parfum
pendant le repas).
Ces différents paramètres occupent, bien entendu, une place plus
ou moins grande selon le sujet concerné. Ils restent observables,
mais pas toujours commodes à paramétrer.
- – les affects associés aux perceptions ont un contenu
négatif pour le sujet concerné [15] :
- – la peur d’une dangerosité que pourraient porter des
substances dès lors que le nez les détecte. Notre présente
préoccupation ne porte ni sur la toxicité ni sur les allergies,
mais l’imaginaire des populations fait, le plus souvent à tort, un
lien entre l’hédonisme et la dangerosité11 ;
- – les associations mémorisées sont désagréables :
objet laid, situation inconfortable, personne
antipathique… ;
- – des mécanismes répétés les ont fait rejeter :
éducation (éducation à la propreté), réflexes acquis (troubles
psychosomatiques tels que des nausées) et peut-être les formes
d’intolérance aux odeurs (Idiopathic Environmental
Intolerance) ;
- – les émotions inconscientes qu’ils déclenchent mettent
mal à l’aise ;
- – le sentiment de viol du territoire du sujet par la
démonstration de l’intrusion non autorisée de substances étrangères
dans son espace. Le sujet reste frustré de son impuissance à les
refouler ;
- – le contexte de conflit qui a pu se créer avec
l’émetteur (ou celui qui est désigné comme tel).
Ces éléments ont un contenu essentiellement personnel même si
certains ont une résonance sociologique.
Les MPO ne sont donc qu’un facteur déclenchant quand elles sont
perçues et prises en compte par le sujet. À l’autre extrémité,
l’essentiel de la gêne olfactive fait appel à des données
totalement liées au vécu propre à chaque sujet. La connaissance du
taux de gêne d’une personne (ou d’un groupe) ou du taux de
personnes gênées dans une population, ne constitue pas une mesure
en relation directe avec l’entité odeur. De plus, les relations
avec les sources ne sont pas évidentes et nous avons maintes fois
dû corriger des erreurs d’accusations patentées12.
Il convient donc de rechercher d’autres approches pour
l’investigation et il faut bien être conscient que toute mesure
d’abattement doit comprendre, à la fois, une action sur les
« quantités d’odeurs » émises et une communication
d’informations pertinentes aux riverains concernés.
Étude des « odeurs » dans l’air
Les approches classiques
La qualité de l’air doit bien entendu inclure aussi son caractère
odorant et les réglementations doivent donner un cadre permettant
de le garantir de manière objective. Mais les lois dans ce domaine
en sont encore à leurs balbutiements et se sont rattachées à des
approches existant dans d’autres domaines.
Deux types de considérations sont prises en compte :
- 1. L’étude porte sur la gêne des riverains considérée de
différentes manières : soit que le site ne doive pas
« apporter de gêne aux riverains » comme l’indiquent
certains arrêtés préfectoraux, perpétuant l’esprit de la loi du
2 août 1961 [3] (où sont mentionnées les « odeurs
qui incommodent les populations »), soit que l’entreprise soit
amenée à faire effectuer la mesure d’un « indice de
gêne » donné par un échantillon non représentatif de la
population. C’est sous cette forme très psychologique qu’elle est
reprise dans l’annexe III de l’arrêté du 12 février 2003 [16] qui
donne le mode de calcul d’un « indice de gêne ». Ce type
d’approche, dit « à la réception », a l’avantage de
porter son attention sur une partie de l’objectif effectif des
recherches de qualité de l’air, mais il présente l’inconvénient de
ne s’appuyer que sur des données totalement subjectives qu’il n’est
pas raisonnable d’utiliser comme outil de mesure et encore moins
comme base pour imposer des règles à un émetteur que la gêne
n’identifie pas nécessairement : le bruit de la roulette du
dentiste n’est-il pas infiniment plus gênant qu’un disque de jazz
écouté même avec une bonne puissance ?
- 2. L’étude s’intéresse à l’émission en observant soit
les qualités odorantes des volumes d’air rejetés par le site [4,
17], soit en observant la qualité de cet air en limite de
propriété. Ainsi, l’arrêté du 2 février 1998 sur les installations
classées [18], donne presque à l’odeur des caractéristiques de
grandeur physique et la mesure, sans, pour autant, lui attribuer un
regard pertinent comme le montrent les distances aux habitations à
respecter pour les épandages13.
Ce second regard semblerait plus pertinent mais nous devons
faire quelques réserves :
- – toutes les sources d’un site ne sont pas toujours
prises en considération ; les réglementations ne s’intéressent
souvent qu’aux émissaires canalisés alors que nous avons constaté
assez souvent que les émissions locales14 peuvent avoir plus
d’importance ;
- – on ne s’assure pas réellement de la signification des
moyens d’investigation constitués de jurys dont on ignore les
sensibilités et la représentativité, ce qui conduit souvent à des
résultats qui ne correspondent pas aux observations sur le
terrain ;
- – on oublie généralement qu’une odeur est non pas une
entité globale mais la juxtaposition de différentes notes odorantes
qui ont chacune leur propre parcours, que certaines se conjuguent à
celles d’autres sources alors que d’autres s’amenuisent ;
- – on omet que chaque substance participant aux volumes
étudiés a sa propre courbe de réponse en fonction des dilutions et
que les notes évoluent au cours des mesures. La qualité du brassage
et l’aptitude de la substance à se répartir peut aussi peser sur
les concentrations rencontrées par la suite ;
- – on sait peu que les relations entre les puissances
odorantes de différentes MPO n’ont aucun caractère de stabilité
d’un sujet à l’autre (non-transférabilité des réponses obtenues sur
une substance à une autre) (( figure 3 )).
- – on ne prend pas en charge, dans les protocoles,
certaines particularités de l’action des MPO, telles la ténacité de
certaines notes sur les matériaux des équipements, la rémanence de
certaines notes dans la réponse sensorielle ou la persistance dans
les voies respiratoires… ;
- – on considère souvent que les panaches d’émission se
déplacent de manière rectiligne ;
- – des perceptions de nature différente sont traitées
ensemble.
Les approches nouvelles
La prise de conscience de la nature même de l’« odeur »
permet d’apporter un nouveau regard sur la manière d’aborder ces
sujets.
Il n’est en tout premier lieu pas pensable de demander des
analyses à des sujets dans un domaine où ils n’ont pas reçu une
véritable éducation. Imaginez ce que serait un critique littéraire
qui n’aurait pas appris à reconnaître les caractères
typographiques ! Voir une image, écouter une phrase
et…percevoir une odeur, cela s’apprend. Nous disposons maintenant
des outils indispensables15. La
construction d’un jury de bonne qualité demande environ
70 heures, cela incluant nécessairement une cartographie des
sensibilités de chaque sujet aux notes retenues pour l’étude
projetée.
Cette formation a pour but d’apprendre aux sujets :
- – outre quelques techniques d’olfaction, à prendre
conscience de leurs perceptions olfactives avec suffisamment de
précision ainsi que de leurs sensibilités ;
- – à acquérir le langage commun du « Champ des
Odeurs® » pour pouvoir structurer leurs connaissances,
partager une culture et en profiter ;
- – à savoir trouver plusieurs informations simples et
communicables dans les mélanges odorants rencontrés.
Avec cette formation, le groupe d’observateurs devient un
véritable instrument de mesure qui offre alors la possibilité
d’effectuer de réelles analyses d’odeurs :
- – discrimination des éléments constitutifs de l’ensemble
odorant grâce à l’acquisition de techniques d’olfaction ;
- – reconnaissance des notes composant cet ensemble avec
un langage commun, le « Champ des Odeurs® » ;
- – appréciation des niveaux par positionnement sur des
séries rangées communes de concentrations de même note.
Tout cela est bien entendu appliqué, quels que soient les
protocoles expérimentaux et les démarches retenus ; nous
pratiquons notamment de cette manière à différents stades de
dilution16 d’effluves odorants
prélevés, ce qui est indispensable à la compréhension des
phénomènes. Il devient donc possible de mesurer des
« odeurs » avec un maximum d’objectivité.
Quelques applications de l’« analyse olfactive » au
monde des nuisances odorantes
Ces approches nous ont permis de développer de nombreuses
applications au cours de ces vingt dernières années. Elles se sont
d’abord intéressées au domaine de la parfumerie et de l’aromatique
alimentaire avant de se porter depuis dix-huit ans sur celui des
nuisances dont nous donnons ci-dessous quelques exemples parmi tant
d’autres.
« Veille olfactive externe »
Nous résumerons ici le cas d’une « veille olfactive
externe » qui constitue l’une des applications les plus
complètes [20] en rassemblant différentes approches qui pourraient
aussi être utilisées indépendamment selon les investigations
demandées
L’objet de cette démarche est de rechercher la contribution d’un
site aux gênes ressenties par la population d’une aire donnée, d’en
localiser les sources majeures et de suivre l’évolution et l’impact
de telle ou telle opération. Les opérations s’enchaînent comme
suit :
- 1. Établissement des profils olfactifs des sites
émetteurs qui ont été ciblés : cette étape est réalisée par
les experts formés de IAP-Sentic sur les bases de l’« analyse
olfactive » avec le protocole de la « méthode du cube17 » [21], suivie d’approches
classiques [22] utilisant les mesures globales18. Le but est de reconnaître les notes
odorantes composant les émissions de l’ensemble du site afin de
former le jury et de rechercher ces notes dans l’espace avoisinant
étudié. Complétée par la connaissance du fonctionnement du site,
cette investigation permet de dégager les principales émissions et
d’en connaître les caractéristiques. Il permet de dresser la carte
olfactive du site (( figure 4 )).
- 2. Recrutement et formation du collège
d’observateurs : sur la base d’un appel à volontaires
bénévoles, et selon des règles précises, un groupe de sujets sera
retenu pour être formé à l’« analyse olfactive » sur les
mêmes bases que nos experts, ce qui permet des échanges efficaces
de réponses aux différentes sollicitations olfactives et ne laisse
pas de place à des interprétations hasardeuses. La formation est
adaptée aux cas étudiés.
- 3. Mise en place de la veille : elle consiste en
l’implantation d’une station météorologique en un point judicieux,
à l’établissement d’un protocole de suivi du site, à la mise en
place de l’outil de surveillance de l’air dans les zones étudiées
(protocoles d’observation et de restitution des réponses) et à la
mise en place d’un dispositif de recueil des plaintes spontanées
des habitants concernés.
- 4. La veille elle-même se déroule sur plusieurs
mois ; elle comprend des observations faites, par chaque juré,
en des points définis et à des heures définies (olfactions
standard) et des observations chaque fois qu’un signal positif se
manifeste à l’un des observateurs (olfactions
complémentaires) ; ces données sont recueillies sur fiches
transmises par poste, télécopie, internet ou téléphone19.
- 5. Le traitement des données : une vaste matrice
rassemble la totalité des données liées par la donnée chronologique
précise. Toutes les données liées à l’odeur ont l’avantage d’être
rigoureusement superposables. Des outils mathématiques permettent
de comprendre les phénomènes étudiés.
Les correspondances olfactives nous permettent de nous assurer
des sources des mélanges odorants parvenant dans les zones étudiées
et de les hiérarchiser. Les confrontations avec les autres données
nous servent à savoir quelles sont les causes des gênes, quels sont
les phénomènes du site à l’origine de la situation, quelles sont
les conditions météorologiques aggravantes. Elle nous aident à
suivre la qualité odorante de l’air : notes, niveaux,
fréquence, durée des odeurs perçues de manière objective.
Mesure de l’efficacité d’un dispositif d’abattement
L’efficacité d’un dispositif d’abattement semble pouvoir être
facilement mesurée en appliquant directement les normes en vigueur.
Nous donnons ici un exemple réel très simple qui montre qu’en ne
faisant pas appel à l’« analyse olfactive », des
résultats très incomplets peuvent conduire à un contresens. Un
local de stockage de boues est désodorisé par un dispositif de
masquage installé dans sa cheminée d’extraction. Les résultats des
mesures effectuées se lisent facilement sur la ( figure 5 ).
Le graphe inférieur indique le profil exprimé en nombres
d’odeurs par note composant l’odeur (selon les référents du
« Champ des Odeurs® ») de l’ambiance telle
qu’elle est rejetée par la cheminée, le dispositif de masquage
étant à l’arrêt ; le graphe intermédiaire est celui du masquant et
le graphe supérieur celui de l’effluent sortant de la cheminée avec
le dispositif en action. Ainsi, bien que les nombres d’odeurs
soient du même ordre de grandeur, laissant croire le dispositif
inefficace, les graphiques montrent qu’aucune note de l’intérieur
ne s’échappe du site ; les seules notes rencontrées à
l’extérieur sont celles du masquant. Le dispositif remplit donc
tout à fait sa fonction.
Identification des produits à l’origine de pollutions
osmiques
Sur un site industriel ou, pire, sur une zone industrielle, le
nombre de produits manipulés est en général très élevé ; or il
est utile de savoir quel produit, quelle réaction ou quelle
procédure sont à l’origine de telle ou telle pollution osmique.
Dans l’exemple présenté, le problème posé était de rechercher
les effluents qui contribuaient le plus aux émissions d’un bassin
qui collecte différentes sources. Des moyens de traitement
sélectifs étaient possibles dans le cas présent.
Le cercle de corrélation est obtenu à partir des profils
olfactifs de 9 échantillons d’effluents (EC) selon leur
facteur d’odeur (fo) par note20, la
somme pondérée de ces profils (S) et le profil
olfactif (R) trouvé sur le prélèvement gazeux surfacique
effectué sur le bassin exprimé à partir des nombres d’odeurs par
note (( figure 6 )). Ce
graphique montre, outre une excellente convergence entre la somme
théorique obtenue par les fo et l’observation directe, que
l’effluent EC15b est le principal contributeur ; viennent
ensuite les EC18 et EC21. Ces émissaires, qui n’ont pas les plus
gros débits, pourraient être traités séparément pour des coûts
inférieurs à la totalité des installations.
Nous pouvons aussi, grâce à ces mesures, suivre en temps réel et
de manière objective, la qualité odorante de l’air au-dessus d’une
agglomération [23] ou encore prévoir les notes qui ont le plus de
chance d’atteindre un quartier.
Ce mesurage permet réellement d’apprécier un phénomène en
évitant beaucoup d’aléas et devrait permettre de fixer des règles
pertinentes ; il permet aussi de suivre efficacement
l’évolution d’une situation sur plusieurs années et de surveiller
de manière objective la qualité odorante de l’air.
De nombreuses autres applications montreraient pourquoi nous ne
pouvons plus nous passer de l’« analyse olfactive » dans
la grande majorité des démarches relatives aux nuisances odorantes
et dans l’étude des problèmes environnementaux mettant en jeux des
composés ayant un caractère odorant.
Conclusion
Dans l’état actuel, bien que chacun puisse penser qu’il est capable
de connaître le monde des odeurs, l’absence de formation des
personnes ne permet pas de faire une analyse pertinente et
objective des odeurs car :
- – les stimuli sont en général des mélanges plus ou moins
complexes ;
- – les sujets ont une constitution différente et des
moyens d’interprétations différents qui ne peuvent leur faire
trouver les mêmes informations dans ces mélanges ;
- – il n’y avait pas de plate-forme commune permettant un
véritable échange entre les sujets.
Les progrès réalisés au cours de ces vingt dernières années et
en particulier la possibilité de pouvoir proposer une formation à
l’olfaction, reposant sur un langage pertinent, montrent qu’il est
maintenant tout à fait possible d’aller plus loin dans les
investigations sur les odeurs et d’éviter ces imprécisions si
importantes qu’elles deviennent des erreurs de par la mauvaise
interprétation du contenu réel de la « grandeur odeur ».
Ces nouveaux moyens offrent un nouveau chantier à la préparation de
nouvelles réglementations et normes.
Les principes présentés ci-dessus ont de larges applications et
s’ouvrent à de nombreux protocoles adaptés à chaque type de
problème.
Cette approche tendant vers une bonne objectivité permet
d’étudier de manière égale toutes les compositions odorantes,
qu’elles soient directement dans l’air ou au travers d’espaces de
tête21 de solides ou de liquides.
Elle permet aussi de traiter de manière analogue les volumes émis
ou reçus, ou encore de les suivre sur leur parcours. Par ailleurs,
elle offre le seul moyen de dégager valablement des correspondances
entre les différents mélanges étudiés où qu’ils soient et de pister
valablement des émissions en évitant des erreurs d’adresse.
Ce type d’observations peut être encore couplé avec :
- – des analyses chimiques, par les connaissances des
relations structures/activité que nous avons acquises ;
- – des informations sur l’activité de l’émetteur pour
expliquer les phénomènes ;
- – des données météorologiques pour comprendre
l’évolution des situations ;
- – des réactions des populations concernées pour
rechercher les causes et les conditions de leurs plaintes.
Il est enfin possible de passer valablement de la pollution
osmique provoquée par les substances à la gêne olfactive ressentie
par des riverains.
Rien ne s’oppose donc plus à aller bien au-delà des
prescriptions réglementaires ou normatives actuelles, à rechercher
leur évolution et à mieux prendre en charge la réalité des
problèmes d’odeur. Ces problèmes, pris le plus tôt possible tant au
niveau de l’environnement qu’au niveau des processus de leurs
productions, seront mieux connus et pourront donc être traités plus
facilement et à des coûts moindres.
Références
1 Faivre H. Odorat et humanité en crise à l’heure du déodorant
parfumé. Paris : L’Harmattan, 2001 ; 242 p.
2 Najean P. Méthodes de mesure des odeurs et leur place
dans la réglementation. Conférence prononcée au colloque
Eurodeur-Airodeur, Pau, 19 juin. 2003.
3 Code de l’environnement publié par ordonnance n° 2000-914 du
18 septembre 2000 et rassemblant actuellement de l’article L 110
(loi 2002-276 du 26 février 2002 art. 132, JO du 28 février 2002) à
l’article 713-9 (loi 2003-347 du 15 avril 2003 art. 1, JO du 16
avril 2003) les textes relatifs à l’environnement. Journal officiel
de la République française, 21 septembre 2000.
4 Loi 61-842 du 2 août 1961 relative à la lutte contre les
pollutions atmosphériques et les odeurs et portant modification de
la loi du 19 décembre 1917. Journal officiel de la République
Française, 3 août 1961.
5 Association française de normalisation (AFNOR). Qualité de
l’air, détermination de la concentration d’une odeur par
olfactométrie dynamique : norme EN 13725. Saint-Denis La
Plaine : AFNOR, 2003 ; 65 p.
6 Association française de normalisation (AFNOR). Méthode de
mesurage de l’odeur d’un effluent gazeux, détermination du facteur
de dilution au seuil de perception : norme NF X 43-101.
In : Recueil de normes françaises 1996, Qualité de l’air. 6e
édition. Saint-Denis La Plaine : AFNOR, 1996 :
263-81.
7 Association française de normalisation (AFNOR). Mesures
olfactométriques - Mesurage de l’odeur d’un effluent gazeux,
méthodes supraliminaires : norme NF X 43-103. In :
Recueil de normes françaises 1996, Qualité de l’air. 6e édition.
Saint-Denis La Plaine : AFNOR, 1996 : 283-302.
8 Jaubert JN. Découverte des odeurs par des populations
enfantines. Parf Cosm Aron 1986 ; 72 : 72-3.
9 Jaubert JN. In : L’odeur : de l’émotif à l’objectif.
Conférence prononcée au colloque Eurodeur-Airodeur, Evreux. 25 juin
2003.
10 Holley A. Éloge de l’odorat.Paris. Paris : Éditions
Odile Jacob, 1999 ; 272 p.
11 Matarazzo V. Les mécanismes moléculaires de la
perception olfactive. 123bio. net-Biologie et Recherche,
2000 ; 112 p.
http://www.123bio.net/revues/vmatarazzo/index.html.
12 Laboratoire de neurosciences & Systèmes sensoriels CNRS
ESA 5020, Université Claude Bernard, Lyon. In : Actes du
European Symposium on Olfaction and Cognition. Lyon 10-12 juin
1999 : 1-58.
13 Rossiter K. Structure-odour correlation : scope and
limitations. Chem Rev 1996 ; 96 : 3201-40.
14 Jaubert JN, Tapiero Cl, Doré JC. The field of
odours: towards a universal language for odour relationships.
Perfumer and Flavorist 1995 ; 20 : 1-16.
15 Köster EP. Tonalité affective et maîtrise de la
pollution odorante. In : Martin G, Laffort P, eds.
Odeurs et désodorisation dans l’environnement. Paris : Toc
& Doc Lavoisier, 1991 : 61-78.
16 Arrêté du 12 février 2003 relatif aux prescriptions
applicables aux installations classées soumises à autorisation sous
la rubrique 2730 (traitement des cadavres, des déchets ou des
sous-produits d’origine animale à l’exclusion des activités visées
par d’autres rubriques de la nomenclature). Journal officiel de la
République Française, 15 avril 2003 : 6662.
17 Association française de normalisation (AFNOR). Atmosphères
odorantes : norme NF-X 43 –104. In : Recueil de normes
françaises 1996, Qualité de l’air. 6e édition. Saint- Denis La
Plaine : AFNOR, 1996 : 303-13.
18 Arrêté du 2 février 1998 relatif aux prélèvements et à la
consommation d’eau ainsi qu’aux émissions de toute nature des
installations classées pour la protection de l’environnement
soumises à autorisation, accompagné de la circulaire aux Préfets du
17 décembre 1998. Journal officiel de la République Française, 3
mars 1998 : 3247.
19 Arrêté du 3 mai 2000 relatif aux prescriptions applicables
aux installations classées pour la protection de l’environnement
soumises à autorisation sous la rubrique 2251. Journal officiel de
la République Française, 8 juillet 2000 : 10350.
20 Jaubert JN. In : Veille olfactive en zone urbaine.
Eurodeur-Airodeur 98, 1er Congrès International P.A.S sur les
polluants atmosphériques spécifiques. Actes des conférences vol 2.
Dinard : Harbour. 1998 : 177-95.
21 Jaubert JN. The « cube method » in order to
analyse odours in industrial area. Odours and VOC’s Journal
1995 ; 1 : 245-50.
22 Perrin ML, Thal MF, Zettwoog P. Olfactométrie
dans l’industrie : mesure des odeurs à l’émission et dans
l’environnement. Paris : Éditions Techniques de l’ingénieur,
1991 ; 445.
23 Jaubert JN. In : Mise en place d’un outil de
surveillance de la qualité odorante de l’air d’une agglomération..
Conférence prononcé au colloque Eurodeur-Bioodeur, Paris. 22 juin
2004.
21 Fraction gazeuse régnant au-dessus d’un
liquide ou d’un solide du fait de la tension de vapeur de ses
différents composés.13 100 m pour
des déchets ou effluents odorants épandus selon l’arrêté du
12 février 2003 relatif aux prescriptions applicables aux
installations classées soumises à autorisation sous la rubrique
2730, alors que cette distance est atteinte très rapidement avec
des substances très peu odorantes. Des distances encore plus
courtes étaient imposées dans des textes antérieurs (50 m dans
l’arrêté du 3 mai 2000 [19] relatif aux prescriptions applicables
aux installations classées pour la protection de l’environnement
soumises à autorisation sous la rubrique 2251).14 Observations faites sur le site non directement
liées à un émissaire caractérisé.15 Se
reporter à l’« analyse olfactive » développée par
IAP-Sentic. Cet outil commun constitue le préalable indispensable à
l’étude de l’espace odeur : aurions-nous jamais pu comprendre
puis analyser les couleurs et établir la théorie de la trichromie,
si chacun avait continué à exprimer ses perceptions des couleurs au
travers de son propre vécu sans une éducation commune, sans un
langage commun !16 Au cours d’une
procédure de mesure d’unité d’odeur standard, par exemple.17 Cette méthode consiste à découper un site en
unités de travail d’un volume défini selon les caractéristiques du
site (d’un cube de 5 m de côté à des volumes plus grands
allant jusqu’à
250 m x 250 m x 5 m. Dans chaque
volume sont reconnus les équipements, les opérations, les
émissaires, les produits (intrants, présents et sortants). Les
opérations d’« analyse olfactive » sont faites
directement sur cet espace, des prélèvements d’air sont pratiqués
en vue de leur « analyse olfactive » en laboratoire, et
des produits seront aussi échantillonnés pour être également soumis
à l’« analyse olfactive » en laboratoire.18 Réponses ne triant pas les notes dans un mélange
odorant et ne prenant pas en considération les sensibilités
spécifiques des sujets. Ces approches peuvent utiliser les normes
EN 13725, NF X 43-101 et NF X 43-103 [5-7].19 Protocole EXPOLL de la Société PLANIFF.1 L’imprégnation constitue la procédure de
l’apprentissage premier par lequel l’enfant associe deux
informations concomitantes et les garde en mémoire. Ainsi le sujet
découvre ses sens, construit sa mémoire et acquiert des réflexes.
Sans éducation, cela constitue le seul domaine dans lequel le sujet
peut piocher pour reconnaître et exprimer des perceptions.2 Concentration à partir de laquelle un sujet
formé reconnaît une molécule dont il connaît l’odeur et qui lui a
été nommée au préalable.3 Ce ratio est
tout à fait dans la norme de phénomènes biologiques mais, en fait,
nous n’observons pratiquement pas de rapport inférieur à 1 à 10
alors que nous trouvons des rapports de 1 à 1 000, voire
plus.4 Éducation à un langage commun, voir
plus loin.5 Facteur-temps-3 : les
tensions de vapeur des différentes MPO contenues dans un mélange
n’étant pas les mêmes, la composition de la phase vapeur perçue
évolue. Les différences de perception qui en découlent permettent
de séparer certaines informations odorantes.6 Facteur-temps-1 : avec une formation adéquate,
le sujet apprend à trier sciemment plusieurs caractères odorants
pendant les quelques secondes que dure une inspiration. Cette
donnée est en fait naturelle, et pèse certainement sur
l’identification de sources, mais reste inconsciente.7 Nous trouvons ici une certaine analogie avec les
transformées de Fourier qui permettent de retrouver dans une forme
complexe des associations d’équations élémentaires simples et
connues. Ce phénomène se comprend aisément : ne sommes-nous
pas capables de suivre la mélodie d’un violon au milieu des autres
instruments lors de l’exécution d’une symphonie ? Cela
nécessite bien sûr d’avoir appris à reconnaître le son d’un violon
(sans aller jusqu’aux capacités du chef d’orchestre qui est capable
d’identifier chacun des violons).8 Le
nombre de référents peut être modulé pour suivre au plus près le
sujet de l’étude, soit en le diminuant pour alléger le travail du
jury (en le ramenant aux seuls référents concernés par les odeurs
rencontrées ou en concentrant des informations trop dispersées),
soit en ajoutant des référents dans un souci d’améliorer la
précision (pour trier des réponses proches, pour mieux coller à
certaines notes intermédiaires ou pour s’adapter à des notes
précisément présentes sur l’espace étudié). Dans tous les cas, les
référents sont soigneusement positionnés dans la structure du
« Champ des Odeurs® » pour garder sa cohésion
au système.9 Les études fondées sur les
mots utilisés pour parler d’odeur en sont un exemple couramment
pratiqué. Les substances odorantes servent de déclencheurs au
rappel du vécu de la personne à la manière du test de Rorschach
dans le domaine visuel.10 Système
Lab : l’un des modes d’analyse des couleurs selon trois
dimensions ; L correspond à la clarté, a à une opposition
vert-rouge et b à une opposition bleu-jaune.11 Des produits toxiques peuvent tout aussi bien
avoir une odeur agréable que désagréable. Des produits inodores
peuvent être mortels à très faible dose…20 Le facteur d’odeur (fo) est une procédure
développée par IAP-Sentic qui permet de mesurer le volume gazeux
que peut odoriser un gramme d’une substance solide ou gazeuse.
Comme les nombres d’odeurs (ou unité d’odeur standard), cette
valeur se décline par note (fon) qui nous permet de dresser des
profils.12 Nous nous souvenons
d’accusations portées contre un site industriel en fonction des
origines du vent, alors que la cause de la gêne était le barbecue
de sardines du voisin ! Grâce à la connaissance des qualités
des odeurs, nous avons d’ailleurs appris à nous méfier de
l’application des pratiques du type de la
« radiogoniométrique » pour identifier une source. Les
stations météorologiques n’ont pas toujours l’implantation adéquate
et les panaches suivent parfois des chemins bien
capricieux.
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