ARTICLE
Auteur(s) : René Prost
Institut national de la recherche agronomique (INRA), Centre de
Versailles-Grignon, Gestion des sites et des sols contaminés
(GSC)* Route de Saint-Cyr, 78026 Versailles
cedex
<prost@versailles.inra.fr>
* La SARL « Gestion des sites et des sols contaminés »
(GSC) est une société de conseil et d'expertise liée à l'Institut
national de la recherche agronomique (INRA) par un contrat de
valorisation. GSC travaille sous « licence INRA ». René
PROST est gérant et responsable scientifique de GSC.
Les sites qui émettent dans leur environnement, de manière
diffuse ou canalisée, des éléments potentiellement toxiques sont
contrôlés par les services de l’État (directions régionales de
l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement, DRIRE ;
directions départementales de l’Action sanitaire et sociale,
DDASS ; direction générale de la Concurrence, de la
Consommation et de la Répression des Fraudes, DGCCRF, etc.). Cela
se traduit par la demande d’études destinées à l’évaluation des
risques encourus par les riverains et par la recherche de solutions
pour y remédier. Quel que soit l’objectif des études demandées
(risques sanitaires, étude détaillée des risques…), elles
comprennent toutes un volet dédié à la caractérisation de
l’environnement du site.
À cause de l’extrême variété des situations, l’expérience montre
qu’il vaut mieux s’appuyer, dans le cas d’installations ou de sites
existants, sur des données acquises expérimentalement plutôt que
sur des données déduites de modèles. Toutefois, le prélèvement à
des fins analytiques d’échantillons de végétaux ou de terre, selon
un maillage plus ou moins serré, ne suffit pas pour décrire l’état
de l’environnement. Il apparaît en fait indispensable d’effectuer
ces prélèvements de manière raisonnée afin de pouvoir exploiter les
résultats obtenus dans le but de mieux connaître :
– l’extension spatiale de la pollution historique et actuelle
des éléments potentiellement toxiques (EPT) : Pb, Cd, Zn, Ni,
As… ;
– l’origine des EPT présents dans la terre ;
– la spéciation des EPT qui retombent autour des
installations ;
– la mobilité dans le sol et la biodisponibilité pour les
végétaux des EPT présents dans la terre.
L’objectif de cet article est de présenter la démarche suivie pour
réaliser les différents types de prélèvements et d’analyses à
effectuer afin de répondre aux questions posées.
Cette méthodologie reprend pour partie celle retenue par
l’administration et les industriels pour le suivi des installations
de deuxième fusion du plomb [1]. C’est pourquoi cet élément
est souvent utilisé dans la suite pour illustrer la démarche
proposée.
Extension spatiale de la pollution historique et actuelle
Les EPT émis par les installations classées pour la protection
de l’environnement (ICPE) ou les sites pollués contaminent l’air,
le sol, l’eau et les sédiments, ainsi que les végétaux qui sont
cultivés sur ces sols et les poissons qui vivent dans les eaux de
surface.
En effet, l’eau rejetée par les stations de traitement des eaux
de process et des eaux de surface des usines contiennent
encore des éléments ou des substances dissoutes, mais aussi des
produits en suspension. L’eau est une voie de transfert quelquefois
importante lorsque le site contaminé ne dispose pas de station
d’épuration et que les eaux de ruissellement ou de drainage
rejoignent naturellement celles collectées par le
bassin-versant.
Par ailleurs, les poussières ou les vapeurs émises dans
l’atmosphère par une ICPE proviennent :
– des cheminées (émissions canalisées) ;
– de la manipulation des produits finement divisés, du roulage
des engins, etc. (émissions diffuses).
Ces poussières et ces vapeurs retombent à l’intérieur et autour du
site. On montre que les poussières qui retombent sur le sol sont
transformées à l’échelle du mois ou de l’année [2] et qu’il en
est de même pour les EPT transportés par l’eau. C’est en
particulier le cas des métaux lourds qui s’accumulent dans les
sédiments sous forme de sulfures. On a par conséquent à prendre en
compte :
– les EPT associés aux poussières émises par l’usine, dont la
forme physico-chimique est liée à leur origine (four, manipulation
des produits finement divisés ou des scories…) ;
– les EPT présents dans la terre et retenus par le complexe
argilo-humique du sol (association des argiles avec les matières
humiques du sol) ou dans les sédiments, dont les formes
physico-chimiques, différentes de celles des poussières qui sont à
l’origine de la pollution, induisent, du fait d’une mobilité et
d’une biodisponibilité réduites, des conséquences en termes de
risque souvent moindres que les précédentes.
Cette analyse conduit à aborder la question de l’extension spatiale
de la pollution par les EPT en considérant la pollution historique
et la pollution actuelle qui sont respectivement la pollution
générée par l’installation depuis sa création ou au contraire celle
générée aujourd’hui. Elles sont toutes deux liées aux émissions
diffuses et canalisées de poussières ou de vapeurs dans
l’atmosphère et aux rejets d’eau provenant des stations d’épuration
ou tout simplement du ruissellement et du drainage d’eaux
météoriques. Dans le cas d’une pollution historique, les poussières
sont peu ou prou transformées par le sol et les sédiments qui les
collectent, alors que s’il s’agit d’une pollution actuelle, les
poussières sont celles émises par l’installation.
Pollution historique
Le sol est le collecteur naturel de toutes les formes d’EPT
provenant de retombées atmosphériques ou de l’écoulement naturel
des eaux de surface ou de drainage. L’extension spatiale de la
pollution est caractérisée par la distribution en surface, dans la
couche 0-20 cm du sol, des EPT autour de l’installation, mais
aussi en profondeur dans les différents horizons du sol. L’objectif
est de déterminer les courbes isoteneurs des EPT autour du site et
les profils de concentration des EPT dans le sol.
Cas du sol
• Extension en surface de la pollution
La démarche proposée ici est beaucoup plus simple que celle
retenue par l’Observatoire de la qualité des sols (OQS) [3, 4]
et reprise dans le précédent protocole [1]. On peut toutefois
s’y référer dans le cas où la connaissance précise des teneurs en
éléments totaux est utile. On propose ici de déterminer la teneur
en EPT de la terre prélevée dans la couche 0-20 cm du sol,
selon les directions parallèle et perpendiculaire aux vents
dominants. Les résultats sont portés en fonction de la distance à
l’usine et une courbe de tendance est tracée. Son équation est de
la forme y = ax-b. Le traitement statistique
des résultats est nécessaire. On constate en effet une assez grande
dispersion des points expérimentaux due à l’échantillonnage et à
l’hétérogénéité du sol qui a souvent été remanié. Or, si on répète
ces déterminations plusieurs années de suite, on note pour chaque
année une dispersion différente des points sur le graphique alors
que les courbes de tendance restent pratiquement les mêmes. Cette
approche permet de discuter les résultats en faisant référence à
une courbe qui représente la répartition moyenne des EPT présents
dans la terre prélevée dans la couche 0-20 cm du sol, et non
plus à la valeur la plus élevée trouvée lors d’une campagne de
mesures dont on sait pertinemment qu’elle ne sera pas la même
l’année suivante.
L’application d’un calcul statistique simple (encadré 1) permet en outre de mettre en
évidence les teneurs en EPT singulières dont l’origine peut être
liée à l’existence de facteurs de confusion. La figure 1 illustre ce
cas. Le point singulier correspond ici à l’apport de sables de
fonderie pour alléger la terre du jardin.
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Principe du calcul pour une loi en puissance
y = a*xb
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Le calcul est fait en utilisant l’outil régression linéaire
d’Excel. Sur une feuille annexe on calcule la régression de
ln(y) par rapport à ln(x). On extrait d’abord la
constante dont on prend l’exponentielle pour avoir le coefficient
a de la courbe en puissance. La valeur b est
conservée telle quelle. Pour visualiser la dispersion, on prend
l’erreur-type s dans les statistiques de la régression. On
calcule ensuite exp(2s) et exp(-2s). Ces deux
coefficients multiplicatifs, appliqués aux valeurs théoriques
ye déduites des paramètres ci-dessus, donnent la plage à
95 %. Les valeurs respectives sont ye max
et ye min. Il suffit ensuite de placer les
courbes et d’incorporer les points réels (figure 1).
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De la même manière, la comparaison des courbes de tendance
obtenues dans plusieurs directions de l’espace (sous le vent, au
vent…) a permis de révéler l’existence et d’évaluer l’importance
d’une contamination du sol due à l’apport de sédiments contaminés
déposés lors de la crue d’une rivière.
Les courbes de tendance peuvent en outre être utilisées pour
définir de manière plus rigoureuse les limites correspondant à
l’arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions
techniques applicables aux épandages de boues sur les sols
agricoles pris en application du décret no 97-1133 du
8 décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du
traitement des eaux usées [5]. Ces limites, qui ne
définissent pas un niveau de pollution de la terre par les EPT,
mais un seuil à partir duquel la qualité des produits agricoles
cultivés sur ce sol pourrait ne pas être conforme aux différents
règlements existants, est utile pour délimiter les zones où la
consommation des légumes autoproduits doit être contrôlée.
• Extension en profondeur de la pollution : profil de
concentration en EPT
Les EPT s’accumulent dans les couches superficielles du
sol [6]. Cela conduit à faire des prélèvements de manière
différente selon qu’il s’agit d’une terre cultivée ou d’une prairie
permanente ou encore d’un gazon ancien. On prélèvera un échantillon
de terre dans l’horizon cultivé si la terre est régulièrement
travaillée, puis ensuite tous les 20 cm ou, si l’on a creusé
une fosse pédologique, en tenant compte des horizons naturels. Il
peut être intéressant, dans le cas d’une prairie permanente, de
prélever des échantillons dans les couches 0-2, 2-5, 5-10,
10-20 cm, etc., du sol.
Les teneurs en EPT des échantillons de terre sont ensuite
portées en fonction de la profondeur afin de tracer les profils de
concentration en EPT. Ces courbes peuvent ensuite être utilisées
pour évaluer la mobilité des EPT et les risques que ces éléments
présentent vis-à-vis de la qualité des eaux souterraines. La figure 2 donne
les profils de concentration en plomb en deux points d’une pelouse
proche d’une usine qui fabrique des batteries au plomb depuis 1916.
La teneur en Pb déterminée sur les échantillons prélevés à 1 m
de profondeur correspond au fond géochimique..
Cas de l’eau
Les eaux concernées sont celles qu’on trouve en surface (mares,
fossés, rivières…), mais aussi celles qui correspondent aux
premiers aquifères, en particulier ceux où des captages ont été
installés. On détermine les teneurs en EPT dans :
– l’eau filtrée sur filtre de type « Millipore »
0,45 μm ;
– les matières en suspension retenues sur le filtre ;
– les vases ou les sédiments ;
– la partie consommée des poissons, s’il y en a.
Cette façon de procéder est particulièrement importante car on peut
trouver de petites quantités d’EPT dissous dans l’eau, alors que
les matières en suspension en contiennent de plus grandes
quantités. Cela est dû à l’état physico-chimique (spéciation) des
EPT qui détermine leur mobilité. La présence de matières en
suspension contaminées peut faire courir un risque aux animaux et à
l’homme qui consomment cette eau. La manipulation des vases et des
sédiments doit être faite de manière à ne pas provoquer de
changements d’états (spéciation) des EPT, par exemple, en modifiant
les conditions d’oxydo-réduction.
Pollution actuelle
Les EPT actuellement émis par une ICPE et qui retombent dans son
voisinage génèrent ce que nous désignons par pollution actuelle.
Cette dernière est évaluée en installant des plaquettes de dépôt
dans le voisinage de l’installation ou en prélevant des feuilles de
végétaux dans les directions parallèle et perpendiculaire aux vents
dominants.
Le collecteur de poussières est une plaquette de
dépôt
On utilise pour évaluer les quantités de poussières qui
retombent autour d’une installation des plaquettes de dépôt
( figure 3)
constituées par des cadres en bois destinés à recevoir des
photographies de 10 x 15 cm dont le verre est enduit
d’huile de silicone (Robsil ES 273, « pour mesure des
particules sédimentaires pour plaque de Diem »). Dans le cadre
en bois est placé un plot d’aluminium recouvert d’un autocollant
carbone. L’analyse des poussières collectées par la plaquette de
dépôt permet la détermination des retombées d’EPT exprimées en
μg/m2/jour. L’examen des poussières par microscopie
électronique à balayage (MEB), en plaçant, après métallisation, le
plot d’aluminium recouvert de l’autocollant carbone dans la chambre
du MEB, permet de les caractériser et de disposer ainsi
d’indications sur la spéciation des EPT.
Le collecteur de poussières est constitué de feuilles de
végétaux
Les feuilles sont le collecteur naturel des poussières émises
par l’usine. Elles peuvent être prélevées en de nombreux points.
Elles ne donnent pas une information aussi précise que les
plaquettes de dépôt, mais elles fournissent cependant, pour une
période donnée correspondant à l’âge des feuilles, une indication
sur la répartition spatiale des poussières provenant des retombées
atmosphériques. Cette période de temps est généralement
suffisamment longue pour intégrer les variations climatiques
locales.
Les feuilles sont prélevées à environ 2 m du sol pour
diminuer la part qui pourrait être due aux projections, sous
l’effet de la pluie ou de l’arrosage, de particules de terre
contaminée. Chaque lot de feuilles est partagé en deux. L’analyse
des EPT retenus par les feuilles est faite sur le lot lavé et sur
le lot non lavé. Les résultats sont ensuite portés en fonction de
la distance à l’usine et les courbes de tendance tracées. La
figure 4
donne la courbe de tendance obtenue dans le cas d’une installation
de seconde fusion du plomb.
L’interprétation des courbes de tendance se fait différemment
selon qu’il s’agit de la courbe obtenue avec les feuilles non
lavées ou avec les feuilles lavées. La première doit être analysée
par comparaison avec les données acquises ponctuellement à l’aide
des jauges Owen ou des plaquettes de dépôt. La seconde peut être
utilisée pour définir la zone où la teneur en EPT des feuilles des
végétaux est supérieure à la limite retenue par la Communauté
européenne pour les légumes-feuilles. Elle peut aussi être utilisée
pour définir la zone où l’herbe des prés a des teneurs en plomb
inférieures à la limite fixée par l’arrêté du 12 janvier
2001 fixant les teneurs maximales pour les substances et
produits indésirables dans l’alimentation des animaux [7]
( figure 4).
Mobilité dans le sol et biodisponibilité pour les végétaux des
EPT présents dans la terre
Mobilité des EPT
La mobilité des EPT dans le sol traduit, en particulier, leur
aptitude à migrer en profondeur avec le risque de contaminer les
aquifères. Elle détermine les profils de concentration des EPT. Les
courbes obtenues sont analysées afin de déterminer la quantité
totale d’EPT provenant de retombées atmosphériques et retenus
par :
– l’ensemble des horizons du sol (couche 0-100 cm du sol)
au cours des décennies passées (c’est l’aire de la surface limitée
par la courbe) ;
– l’horizon superficiel (couche 0-20 cm du sol).
Le rapport des deux valeurs donne une appréciation objective de la
mobilité de l’EPT. La figure 2 montre, dans
le cas de l’environnement d’une usine fabriquant des batteries au
plomb, que 75 % environ du plomb trouvé dans le sol est
localisé dans les 30 premiers centimètres.
Biodisponibilité des EPT
La biodisponibilité des EPT pour les végétaux caractérise, en
particulier, l’aptitude du système racinaire des plantes à absorber
les EPT présents dans la terre. Elle est évaluée :
– en serre, en effectuant des cultures en petits vases de
végétation. On teste alors le couple terre contaminée/légume
(salade, radis…) à l’abri de toutes retombées de poussières. On
veille cependant à ne pas contaminer, lors des arrosages, la partie
consommée du végétal par des projections de particules de terre
contaminée ;
– en plein champ, en prélevant des légumes dont la partie
consommée est protégée des retombées atmosphériques (cf.
paragraphe « Qualité des végétaux », ci-après).
Les résultats, exprimés par rapport à la matière sèche (MS),
permettent le calcul du facteur de bioconcentration (Fb) donné par
la formule :

Ce paramètre doit être déterminé avec soin, car c’est lui qui
est utilisé dans l’évaluation détaillée des risques (EDR).
Les productions agricoles doivent être soumises aux mêmes
analyses.
Qualité des végétaux cultivés dans les jardins ou en plein
champ
La qualité des végétaux est évaluée en considérant la teneur en
EPT de la partie consommée du végétal. Cela concerne en premier
lieu les légumes des jardins mais aussi les productions agricoles
de plein champ (blé, maïs, betterave, pomme de terre…).
Les légumes sont récoltés, préparés, épluchés, lavés comme le
feraient le maraîcher et la ménagère. La teneur en EPT de la partie
consommée est ensuite déterminée et le résultat est exprimé, soit
par rapport à la matière fraîche (MF), soit par rapport à la
matière sèche (MS). De la terre où les légumes ont poussé est aussi
prélevée afin d’en déterminer la teneur en EPT.
Les légumes sont classés selon leur exposition aux retombées
atmosphériques. On considère :
– les légumes dont la partie consommée est protégée des
retombées atmosphériques : ce sont les pommes de terre, les
carottes, les radis dont on a enlevé l’extrémité des racines, les
collets et les fanes, les petits pois, les haricots en grain, etc.
Ces légumes sont désignés dans la suite comme légumes
« protégés » ;
– les légumes dont la partie consommée est exposée aux retombées
atmosphériques et aux projections de particules de terre contaminée
sous l’effet de la pluie, de l’arrosage ou des pratiques
culturales. Ce sont les légumes-feuilles (salade, oseille…), les
légumes fruits (tomate, concombre…) et les plantes aromatiques
(thym, laurier sauce, estragon…). Ces légumes sont désignés dans la
suite comme légumes « exposés ». On est assez souvent
amené à faire la distinction entre les plantes dont la partie
consommée est exposée durant les 8 à 10 semaines nécessaires à
leur développement (salade, fraise…) et celles qui sont exposées
plus longtemps, en particulier les plantes aromatiques.
Les résultats des teneurs en EPT de la partie consommée des
légumes, exprimés par rapport à la matière fraîche sont analysés au
regard de la réglementation européenne. Ceux exprimés par rapport à
la matière sèche sont portés, soit en fonction de la teneur en EPT
de la terre, soit en fonction de la distance à l’usine. Les courbes
de tendance tracées mettent en évidence les points singuliers
correspondant aux plantes dont la partie consommée a été exposée
longtemps aux retombées atmosphériques ou qui a été contaminée par
des projections de particules de terre contaminée provenant de
l’arrosage ou du travail du sol.
Origine des retombées atmosphériques : les facteurs de
confusion
La présence d’une installation industrielle n’implique pas
nécessairement que tous les EPT présents dans les terres ou sur les
végétaux prélevés autour du site proviennent de l’usine. Il existe
des facteurs de confusion (plomb « essence »,
récupération de métaux, activité ancienne…). Nous avons indiqué
plus haut ( figure 1) que
l’examen des courbes de tendance tracées en portant les teneurs en
EPT de la terre prélevée dans la couche 0-20 cm en fonction de
la distance à l’usine (pollution historique) permet de mettre en
évidence les points singuliers susceptibles d’être liés à ces
facteurs de confusion. On peut, en tenant compte de ces facteurs de
confusion, calculer la part des EPT émis par l’usine. La figure 5 illustre
le cas de sols situés autour d’une fabrique de batteries au plomb
où le plomb « essence » constitue une part importante du
plomb présent dans la terre.
Caractérisation des poussières émises par les
installations
Il est intéressant de préciser l’origine des poussières émises
par l’usine et qui retombent sur les terrains proches de
l’installation. Les émissions canalisées et diffuses caractérisent
des voies de contamination, mais non l’origine des poussières
émises. Par exemple, les aménagements réalisés ces dernières années
dans les installations de seconde fusion du plomb font qu’on ramène
sur une seule cheminée les poussières émises par les fours et
celles provenant des extracteurs placés aux différents postes de
travail. Cette façon de procéder rend le contrôle des émissions
plus facile.
Les études préliminaires faites à l’aide de la microscopie
électronique à balayage analytique montrent que les poussières
collectées dans la cheminée d’une installation de deuxième fusion
du plomb ont des formes et des compositions spécifiques selon
qu’elles sont émises par les fours ou qu’elles proviennent des
fines de batterie ou des scories (figure 6, photos 1, 2 et
3). La
comparaison des poussières provenant de retombées atmosphériques,
collectées à l’aide de plots d’aluminium recouverts d’un
autocollant carbone ou déposées sur les feuilles d’arbres
(figure 6, photos 4, 5 et 6), aux
poussières émises par la cheminée et aux différents postes de
travail permet d’identifier les sources émettrices de poussières.
L’évaluation quantitative des différents types de poussière peut
aider l’industriel à hiérarchiser les aménagements à effectuer sur
l’installation pour diminuer les émissions de poussière.
Spéciation des EPT présents dans la terre et sur les feuilles
de végétaux
Ce point revêt une importance capitale. En effet, les poussières
qui retombent sur la surface de la terre sont, comme cela a été
rappelé plus haut, transformées sous l’action des facteurs
biogéochimiques du sol [2]. Les EPT deviennent alors moins mobiles
et moins biodisponibles. En revanche, ceux qui sont présents dans
les poussières qui retombent sur les feuilles de végétaux, les
aires de jeux des enfants, voire à l’intérieur des maisons, peuvent
être beaucoup plus mobiles et biodisponibles. Ils sont
potentiellement plus dangereux pour les riverains que les EPT
présents dans la terre. En effet, ces poussières peuvent être
ingérées avec les légumes-feuilles insuffisamment lavés ou par le
portage main bouche observé chez les enfants. Les particules les
plus fines qui sont en suspension dans l’air peuvent être inhalées.
C’est pourquoi il est nécessaire de préciser la nature des
poussières trouvées sur les feuilles de végétaux ou récoltées sur
des plots d’aluminium recouverts d’un autocollant carbone placés
dans les espaces où les enfants jouent. Ces études sont faites par
microscopie électronique à balayage et à transmission (figure 6).
Elles apportent des indications sur la spéciation et l’origine des
EPT des poussières qui retombent au voisinage de l’usine.
Conclusion
La démarche scientifique qui a conduit à la mise au point de
cette méthodologie repose essentiellement sur la nécessité de
réaliser les prélèvements et les analyses de manière à pouvoir
utiliser les résultats pour apporter des éléments de réponse aux
questions relatives à la qualité de l’environnement des ICPE ou des
sites contaminés. Les procédures de prélèvement et d’analyse sont
raisonnées dans la mesure où elles sont déterminées par l’objectif
à atteindre.
La méthodologie présentée ici a été testée à l’occasion de
nombreuses études réalisées par l’auteur [8] dans le cas des
éléments potentiellement toxiques (Pb, Cd, Zn, …, As …). Son
application à des substances potentiellement toxiques nécessite
simplement une adaptation qui tienne compte, par exemple, de la
transformation des composés organiques.
Une première version du protocole du suivi de la qualité des
sols, des eaux et des végétaux autour des usines de retraitement
des batteries au plomb a été intégrée au plan de progrès signé par
l’administration et les industriels de la seconde fusion du
plomb [1]. L’expérience acquise au cours de ces dernières
années a permis d’en affiner les performances. La méthodologie
développée dans cet article est mieux adaptée à la demande des
services de l’État et des industriels soucieux de connaître l’état
de l’environnement (qualité des sols, des eaux et des végétaux,
etc.) autour des installations classées pour la protection de
l’environnement afin :
– d’évaluer objectivement les risques encourus par les
riverains ;
– de gérer rigoureusement les installations concernées.
Remerciements
L’auteur remercie M. Bernard Pitie, Directeur de l’Association
Minéraux, métaux non ferreux, santé et environnement (AMSE), de
l’avoir mis en contact avec les industriels adhérents de
l’Association et pour sa très grande disponibilité à traiter du
sujet abordé. L’auteur remercie en outre M. Jean-Paul Saintives
pour sa contribution à la réalisation de ce document. n
Références
1. Prost R. Protocole du suivi de la qualité des
sols, des eaux et des végétaux autour des installations de deuxième
fusion du plomb. Document INRA. Versailles : INRA,
2000 ; 34 p.
2. Bataillard P. Évolution de la spéciation du
plomb et du cadmium dans les sols. Thèse ENGREF, Paris, 2002,
149 p.
3. Martin S. L’observatoire de la qualité des
sols : un outil de gestion pour l’agriculture, un instrument
de suivi des systèmes écologiques. In : Stengel P, Gelin S,
eds. Sol : interface fragile. Paris : INRA
éditions, 1998 : 203-12.
4. Lepretre A, Martin S. Sampling strategy of soil
quality. Analysis Magazine 1994 ; 23 : 40-3.
5. Arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions
techniques applicables aux épandages de boues sur les sols
agricoles pris en application du décret n° 97-1133 du 8
décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du traitement
des eaux usées. Journal officiel de la République française,
31 janvier 1998 : 1563-71.
6. Sterckeman T, Douay F, Proix N, Fourrier H.
Contamination des sols vers la profondeur à Noyelles-Godault et
Auby. In : Baise D, Terce M, eds. Les éléments traces
métalliques dans les sols, approches fonctionnelles et
spatiales. Paris : INRA éditions, 2002 : 237-67.
7. Arrêté du 12 janvier 2001 fixant les teneurs
maximales pour les substances et produits indésirables dans
l’alimentation des animaux. Journal officiel de la République
française, 20 janvier 2001 : 1049-53.
8. C’est pour respecter les clauses de
confidentialité des contrats que l’auteur n’a pas précisé les
études desquelles ont été extraits les exemples cités. Ces
documents sont disponibles auprès des directions régionales de
l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE).
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
de l’usine Metalblanc à Bourg-Fidèle. Campagne 2002. Rapport
GSC. 2002, 30 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
de l’usine Metalblanc à Bourg-Fidèle. Campagne 2003. Rapport
GSC. 2004, 42 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
de l’usine Metaleurop à Escaudœuvres. Campagne 2002. Rapport
GSC. 2002, 38 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
de l’usine Metaleurop à Escaudœuvres. Campagne 2003. Rapport
GSC. 2004, 42 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
du site industriel de Paimbœuf. Campagne 2001. Rapport GSC.
2002, 52 p.
Prost R. Étude des sédiments de la retenue d’eau du site
industriel de Paimbœuf. Rapport GSC. 2003, 28 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
du site industriel de METALEUROP à Villefranche-sur-Saône.
Campagne 2002. Rapport GSC. 2003, 60 p.
Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour
du site industriel de METALEUROP à Villefranche-sur-Saône.
Campagne 2003. Rapport GSC. 2004, 45 p.
Prost R. Étude de la qualité des sols et des végétaux dans le
voisinage du centre d’enfouissement technique (CET) de Vaivre-Pusey
(70). Rapport GSC. 2002, 53 p.
Prost R. État de l’environnement autour de l’usine CEAC de
Nanterre. Campagne 2001/2002. Rapport GSC. 2003, 75 p.
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