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Méthodologie pour l’évaluation de la qualité de l’environnement des sites émetteurs d’éléments potentiellement toxiques (EPT)


Environnement, Risques & Santé. Volume 3, Numéro 5, 279-87, Septembre-Octobre 2004, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : René Prost , Institut national de la recherche agronomique (INRA), Centre de Versailles‐Grignon, Gestion des sites et des sols contaminés (GSC) Route de Saint‐Cyr, 78026 Versailles cedex <prost@versailles.inra.fr> .

Résumé : Un grand nombre d’installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) émettent dans leur environnement, de manière diffuse ou canalisée, des éléments potentiellement toxiques (EPT). Le contrôle des ICPE par les services de l’État (directions régionales de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement, DRIRE \; directions départementales des Affaires sanitaires et sociales, DDASS \; direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, DGCCRF, etc.) se traduit par la demande d’études destinées à l’évaluation des risques encourus par les riverains et par la recherche de solutions pour y remédier. Quel que soit l’objectif des études demandées (évaluation des risques sanitaires, étude détaillée des risques…), elles comprennent toutes un volet dédié à la caractérisation de l’environnement du site. L’originalité de la méthodologie proposée réside dans le fait que les prélèvements de sols, d’eau et de végétaux et les analyses sont effectués de manière à acquérir les données objectives nécessaires pour répondre aux questions posées. Ces questions concernent en particulier : l’extension spatiale de la pollution historique et actuelle \; l’origine des EPT présents dans la terre (mise en évidence des facteurs de confusion s’ils existent) \; la spéciation des EPT \; la mobilité dans le sol et la biodisponibilité pour les végétaux des EPT présents dans la terre. C’est ce à quoi la méthodologie présentée ici est consacrée.

Mots-clés : évaluation risque \; industrie \; polluants eau \; polluants sol \; pollution environnement \; surveillance environnement.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : René Prost

Institut national de la recherche agronomique (INRA), Centre de Versailles-Grignon, Gestion des sites et des sols contaminés (GSC)* Route de Saint-Cyr, 78026 Versailles cedex 
<prost@versailles.inra.fr>

* La SARL « Gestion des sites et des sols contaminés » (GSC) est une société de conseil et d'expertise liée à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) par un contrat de valorisation. GSC travaille sous « licence INRA ». René PROST est gérant et responsable scientifique de GSC.

Les sites qui émettent dans leur environnement, de manière diffuse ou canalisée, des éléments potentiellement toxiques sont contrôlés par les services de l’État (directions régionales de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement, DRIRE ; directions départementales de l’Action sanitaire et sociale, DDASS ; direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, DGCCRF, etc.). Cela se traduit par la demande d’études destinées à l’évaluation des risques encourus par les riverains et par la recherche de solutions pour y remédier. Quel que soit l’objectif des études demandées (risques sanitaires, étude détaillée des risques…), elles comprennent toutes un volet dédié à la caractérisation de l’environnement du site. 

À cause de l’extrême variété des situations, l’expérience montre qu’il vaut mieux s’appuyer, dans le cas d’installations ou de sites existants, sur des données acquises expérimentalement plutôt que sur des données déduites de modèles. Toutefois, le prélèvement à des fins analytiques d’échantillons de végétaux ou de terre, selon un maillage plus ou moins serré, ne suffit pas pour décrire l’état de l’environnement. Il apparaît en fait indispensable d’effectuer ces prélèvements de manière raisonnée afin de pouvoir exploiter les résultats obtenus dans le but de mieux connaître : 

– l’extension spatiale de la pollution historique et actuelle des éléments potentiellement toxiques (EPT) : Pb, Cd, Zn, Ni, As… ;

– l’origine des EPT présents dans la terre ;

– la spéciation des EPT qui retombent autour des installations ;

– la mobilité dans le sol et la biodisponibilité pour les végétaux des EPT présents dans la terre.

L’objectif de cet article est de présenter la démarche suivie pour réaliser les différents types de prélèvements et d’analyses à effectuer afin de répondre aux questions posées.

Cette méthodologie reprend pour partie celle retenue par l’administration et les industriels pour le suivi des installations de deuxième fusion du plomb [1]. C’est pourquoi cet élément est souvent utilisé dans la suite pour illustrer la démarche proposée.

Extension spatiale de la pollution historique et actuelle

Les EPT émis par les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) ou les sites pollués contaminent l’air, le sol, l’eau et les sédiments, ainsi que les végétaux qui sont cultivés sur ces sols et les poissons qui vivent dans les eaux de surface.

En effet, l’eau rejetée par les stations de traitement des eaux de process et des eaux de surface des usines contiennent encore des éléments ou des substances dissoutes, mais aussi des produits en suspension. L’eau est une voie de transfert quelquefois importante lorsque le site contaminé ne dispose pas de station d’épuration et que les eaux de ruissellement ou de drainage rejoignent naturellement celles collectées par le bassin-versant.

Par ailleurs, les poussières ou les vapeurs émises dans l’atmosphère par une ICPE proviennent :

– des cheminées (émissions canalisées) ;

– de la manipulation des produits finement divisés, du roulage des engins, etc. (émissions diffuses).

Ces poussières et ces vapeurs retombent à l’intérieur et autour du site. On montre que les poussières qui retombent sur le sol sont transformées à l’échelle du mois ou de l’année [2] et qu’il en est de même pour les EPT transportés par l’eau. C’est en particulier le cas des métaux lourds qui s’accumulent dans les sédiments sous forme de sulfures. On a par conséquent à prendre en compte :

– les EPT associés aux poussières émises par l’usine, dont la forme physico-chimique est liée à leur origine (four, manipulation des produits finement divisés ou des scories…) ;

– les EPT présents dans la terre et retenus par le complexe argilo-humique du sol (association des argiles avec les matières humiques du sol) ou dans les sédiments, dont les formes physico-chimiques, différentes de celles des poussières qui sont à l’origine de la pollution, induisent, du fait d’une mobilité et d’une biodisponibilité réduites, des conséquences en termes de risque souvent moindres que les précédentes.

Cette analyse conduit à aborder la question de l’extension spatiale de la pollution par les EPT en considérant la pollution historique et la pollution actuelle qui sont respectivement la pollution générée par l’installation depuis sa création ou au contraire celle générée aujourd’hui. Elles sont toutes deux liées aux émissions diffuses et canalisées de poussières ou de vapeurs dans l’atmosphère et aux rejets d’eau provenant des stations d’épuration ou tout simplement du ruissellement et du drainage d’eaux météoriques. Dans le cas d’une pollution historique, les poussières sont peu ou prou transformées par le sol et les sédiments qui les collectent, alors que s’il s’agit d’une pollution actuelle, les poussières sont celles émises par l’installation.

Pollution historique

Le sol est le collecteur naturel de toutes les formes d’EPT provenant de retombées atmosphériques ou de l’écoulement naturel des eaux de surface ou de drainage. L’extension spatiale de la pollution est caractérisée par la distribution en surface, dans la couche 0-20 cm du sol, des EPT autour de l’installation, mais aussi en profondeur dans les différents horizons du sol. L’objectif est de déterminer les courbes isoteneurs des EPT autour du site et les profils de concentration des EPT dans le sol.

Cas du sol

• Extension en surface de la pollution

La démarche proposée ici est beaucoup plus simple que celle retenue par l’Observatoire de la qualité des sols (OQS) [3, 4] et reprise dans le précédent protocole [1]. On peut toutefois s’y référer dans le cas où la connaissance précise des teneurs en éléments totaux est utile. On propose ici de déterminer la teneur en EPT de la terre prélevée dans la couche 0-20 cm du sol, selon les directions parallèle et perpendiculaire aux vents dominants. Les résultats sont portés en fonction de la distance à l’usine et une courbe de tendance est tracée. Son équation est de la forme y = ax-b. Le traitement statistique des résultats est nécessaire. On constate en effet une assez grande dispersion des points expérimentaux due à l’échantillonnage et à l’hétérogénéité du sol qui a souvent été remanié. Or, si on répète ces déterminations plusieurs années de suite, on note pour chaque année une dispersion différente des points sur le graphique alors que les courbes de tendance restent pratiquement les mêmes. Cette approche permet de discuter les résultats en faisant référence à une courbe qui représente la répartition moyenne des EPT présents dans la terre prélevée dans la couche 0-20 cm du sol, et non plus à la valeur la plus élevée trouvée lors d’une campagne de mesures dont on sait pertinemment qu’elle ne sera pas la même l’année suivante.

L’application d’un calcul statistique simple (encadré 1) permet en outre de mettre en évidence les teneurs en EPT singulières dont l’origine peut être liée à l’existence de facteurs de confusion. La figure 1 illustre ce cas. Le point singulier correspond ici à l’apport de sables de fonderie pour alléger la terre du jardin.

Encadré 1 

Principe du calcul pour une loi en puissance y = a*xb

Le calcul est fait en utilisant l’outil régression linéaire d’Excel. Sur une feuille annexe on calcule la régression de ln(y) par rapport à ln(x). On extrait d’abord la constante dont on prend l’exponentielle pour avoir le coefficient a de la courbe en puissance. La valeur b est conservée telle quelle. Pour visualiser la dispersion, on prend l’erreur-type s dans les statistiques de la régression. On calcule ensuite exp(2s) et exp(-2s). Ces deux coefficients multiplicatifs, appliqués aux valeurs théoriques ye déduites des paramètres ci-dessus, donnent la plage à 95 %. Les valeurs respectives sont ye max et ye min. Il suffit ensuite de placer les courbes et d’incorporer les points réels (figure 1).

De la même manière, la comparaison des courbes de tendance obtenues dans plusieurs directions de l’espace (sous le vent, au vent…) a permis de révéler l’existence et d’évaluer l’importance d’une contamination du sol due à l’apport de sédiments contaminés déposés lors de la crue d’une rivière.

Les courbes de tendance peuvent en outre être utilisées pour définir de manière plus rigoureuse les limites correspondant à l’arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles pris en application du décret no 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du traitement des eaux usées [5]. Ces limites, qui ne définissent pas un niveau de pollution de la terre par les EPT, mais un seuil à partir duquel la qualité des produits agricoles cultivés sur ce sol pourrait ne pas être conforme aux différents règlements existants, est utile pour délimiter les zones où la consommation des légumes autoproduits doit être contrôlée.

• Extension en profondeur de la pollution : profil de concentration en EPT

Les EPT s’accumulent dans les couches superficielles du sol [6]. Cela conduit à faire des prélèvements de manière différente selon qu’il s’agit d’une terre cultivée ou d’une prairie permanente ou encore d’un gazon ancien. On prélèvera un échantillon de terre dans l’horizon cultivé si la terre est régulièrement travaillée, puis ensuite tous les 20 cm ou, si l’on a creusé une fosse pédologique, en tenant compte des horizons naturels. Il peut être intéressant, dans le cas d’une prairie permanente, de prélever des échantillons dans les couches 0-2, 2-5, 5-10, 10-20 cm, etc., du sol.

Les teneurs en EPT des échantillons de terre sont ensuite portées en fonction de la profondeur afin de tracer les profils de concentration en EPT. Ces courbes peuvent ensuite être utilisées pour évaluer la mobilité des EPT et les risques que ces éléments présentent vis-à-vis de la qualité des eaux souterraines. La figure 2 donne les profils de concentration en plomb en deux points d’une pelouse proche d’une usine qui fabrique des batteries au plomb depuis 1916. La teneur en Pb déterminée sur les échantillons prélevés à 1 m de profondeur correspond au fond géochimique..

Cas de l’eau

Les eaux concernées sont celles qu’on trouve en surface (mares, fossés, rivières…), mais aussi celles qui correspondent aux premiers aquifères, en particulier ceux où des captages ont été installés. On détermine les teneurs en EPT dans :

– l’eau filtrée sur filtre de type « Millipore » 0,45 μm ;

– les matières en suspension retenues sur le filtre ;

– les vases ou les sédiments ;

– la partie consommée des poissons, s’il y en a.

Cette façon de procéder est particulièrement importante car on peut trouver de petites quantités d’EPT dissous dans l’eau, alors que les matières en suspension en contiennent de plus grandes quantités. Cela est dû à l’état physico-chimique (spéciation) des EPT qui détermine leur mobilité. La présence de matières en suspension contaminées peut faire courir un risque aux animaux et à l’homme qui consomment cette eau. La manipulation des vases et des sédiments doit être faite de manière à ne pas provoquer de changements d’états (spéciation) des EPT, par exemple, en modifiant les conditions d’oxydo-réduction.

Pollution actuelle

Les EPT actuellement émis par une ICPE et qui retombent dans son voisinage génèrent ce que nous désignons par pollution actuelle. Cette dernière est évaluée en installant des plaquettes de dépôt dans le voisinage de l’installation ou en prélevant des feuilles de végétaux dans les directions parallèle et perpendiculaire aux vents dominants.

Le collecteur de poussières est une plaquette de dépôt

On utilise pour évaluer les quantités de poussières qui retombent autour d’une installation des plaquettes de dépôt ( figure 3) constituées par des cadres en bois destinés à recevoir des photographies de 10 x 15 cm dont le verre est enduit d’huile de silicone (Robsil ES 273, « pour mesure des particules sédimentaires pour plaque de Diem »). Dans le cadre en bois est placé un plot d’aluminium recouvert d’un autocollant carbone. L’analyse des poussières collectées par la plaquette de dépôt permet la détermination des retombées d’EPT exprimées en μg/m2/jour. L’examen des poussières par microscopie électronique à balayage (MEB), en plaçant, après métallisation, le plot d’aluminium recouvert de l’autocollant carbone dans la chambre du MEB, permet de les caractériser et de disposer ainsi d’indications sur la spéciation des EPT.

Le collecteur de poussières est constitué de feuilles de végétaux

Les feuilles sont le collecteur naturel des poussières émises par l’usine. Elles peuvent être prélevées en de nombreux points. Elles ne donnent pas une information aussi précise que les plaquettes de dépôt, mais elles fournissent cependant, pour une période donnée correspondant à l’âge des feuilles, une indication sur la répartition spatiale des poussières provenant des retombées atmosphériques. Cette période de temps est généralement suffisamment longue pour intégrer les variations climatiques locales.

Les feuilles sont prélevées à environ 2 m du sol pour diminuer la part qui pourrait être due aux projections, sous l’effet de la pluie ou de l’arrosage, de particules de terre contaminée. Chaque lot de feuilles est partagé en deux. L’analyse des EPT retenus par les feuilles est faite sur le lot lavé et sur le lot non lavé. Les résultats sont ensuite portés en fonction de la distance à l’usine et les courbes de tendance tracées. La  figure 4 donne la courbe de tendance obtenue dans le cas d’une installation de seconde fusion du plomb.

L’interprétation des courbes de tendance se fait différemment selon qu’il s’agit de la courbe obtenue avec les feuilles non lavées ou avec les feuilles lavées. La première doit être analysée par comparaison avec les données acquises ponctuellement à l’aide des jauges Owen ou des plaquettes de dépôt. La seconde peut être utilisée pour définir la zone où la teneur en EPT des feuilles des végétaux est supérieure à la limite retenue par la Communauté européenne pour les légumes-feuilles. Elle peut aussi être utilisée pour définir la zone où l’herbe des prés a des teneurs en plomb inférieures à la limite fixée par l’arrêté du 12 janvier 2001 fixant les teneurs maximales pour les substances et produits indésirables dans l’alimentation des animaux [7] ( figure 4).

Mobilité dans le sol et biodisponibilité pour les végétaux des EPT présents dans la terre

Mobilité des EPT

La mobilité des EPT dans le sol traduit, en particulier, leur aptitude à migrer en profondeur avec le risque de contaminer les aquifères. Elle détermine les profils de concentration des EPT. Les courbes obtenues sont analysées afin de déterminer la quantité totale d’EPT provenant de retombées atmosphériques et retenus par :

– l’ensemble des horizons du sol (couche 0-100 cm du sol) au cours des décennies passées (c’est l’aire de la surface limitée par la courbe) ;

– l’horizon superficiel (couche 0-20 cm du sol).

Le rapport des deux valeurs donne une appréciation objective de la mobilité de l’EPT. La  figure 2 montre, dans le cas de l’environnement d’une usine fabriquant des batteries au plomb, que 75 % environ du plomb trouvé dans le sol est localisé dans les 30 premiers centimètres.

Biodisponibilité des EPT

La biodisponibilité des EPT pour les végétaux caractérise, en particulier, l’aptitude du système racinaire des plantes à absorber les EPT présents dans la terre. Elle est évaluée :

– en serre, en effectuant des cultures en petits vases de végétation. On teste alors le couple terre contaminée/légume (salade, radis…) à l’abri de toutes retombées de poussières. On veille cependant à ne pas contaminer, lors des arrosages, la partie consommée du végétal par des projections de particules de terre contaminée ;

– en plein champ, en prélevant des légumes dont la partie consommée est protégée des retombées atmosphériques (cf. paragraphe « Qualité des végétaux », ci-après).

Les résultats, exprimés par rapport à la matière sèche (MS), permettent le calcul du facteur de bioconcentration (Fb) donné par la formule :

 

Ce paramètre doit être déterminé avec soin, car c’est lui qui est utilisé dans l’évaluation détaillée des risques (EDR).

Les productions agricoles doivent être soumises aux mêmes analyses.

Qualité des végétaux cultivés dans les jardins ou en plein champ

La qualité des végétaux est évaluée en considérant la teneur en EPT de la partie consommée du végétal. Cela concerne en premier lieu les légumes des jardins mais aussi les productions agricoles de plein champ (blé, maïs, betterave, pomme de terre…).

Les légumes sont récoltés, préparés, épluchés, lavés comme le feraient le maraîcher et la ménagère. La teneur en EPT de la partie consommée est ensuite déterminée et le résultat est exprimé, soit par rapport à la matière fraîche (MF), soit par rapport à la matière sèche (MS). De la terre où les légumes ont poussé est aussi prélevée afin d’en déterminer la teneur en EPT.

Les légumes sont classés selon leur exposition aux retombées atmosphériques. On considère :

– les légumes dont la partie consommée est protégée des retombées atmosphériques : ce sont les pommes de terre, les carottes, les radis dont on a enlevé l’extrémité des racines, les collets et les fanes, les petits pois, les haricots en grain, etc. Ces légumes sont désignés dans la suite comme légumes « protégés » ;

– les légumes dont la partie consommée est exposée aux retombées atmosphériques et aux projections de particules de terre contaminée sous l’effet de la pluie, de l’arrosage ou des pratiques culturales. Ce sont les légumes-feuilles (salade, oseille…), les légumes fruits (tomate, concombre…) et les plantes aromatiques (thym, laurier sauce, estragon…). Ces légumes sont désignés dans la suite comme légumes « exposés ». On est assez souvent amené à faire la distinction entre les plantes dont la partie consommée est exposée durant les 8 à 10 semaines nécessaires à leur développement (salade, fraise…) et celles qui sont exposées plus longtemps, en particulier les plantes aromatiques.

Les résultats des teneurs en EPT de la partie consommée des légumes, exprimés par rapport à la matière fraîche sont analysés au regard de la réglementation européenne. Ceux exprimés par rapport à la matière sèche sont portés, soit en fonction de la teneur en EPT de la terre, soit en fonction de la distance à l’usine. Les courbes de tendance tracées mettent en évidence les points singuliers correspondant aux plantes dont la partie consommée a été exposée longtemps aux retombées atmosphériques ou qui a été contaminée par des projections de particules de terre contaminée provenant de l’arrosage ou du travail du sol.

Origine des retombées atmosphériques : les facteurs de confusion

La présence d’une installation industrielle n’implique pas nécessairement que tous les EPT présents dans les terres ou sur les végétaux prélevés autour du site proviennent de l’usine. Il existe des facteurs de confusion (plomb « essence », récupération de métaux, activité ancienne…). Nous avons indiqué plus haut ( figure 1) que l’examen des courbes de tendance tracées en portant les teneurs en EPT de la terre prélevée dans la couche 0-20 cm en fonction de la distance à l’usine (pollution historique) permet de mettre en évidence les points singuliers susceptibles d’être liés à ces facteurs de confusion. On peut, en tenant compte de ces facteurs de confusion, calculer la part des EPT émis par l’usine. La figure 5 illustre le cas de sols situés autour d’une fabrique de batteries au plomb où le plomb « essence » constitue une part importante du plomb présent dans la terre.

Caractérisation des poussières émises par les installations

Il est intéressant de préciser l’origine des poussières émises par l’usine et qui retombent sur les terrains proches de l’installation. Les émissions canalisées et diffuses caractérisent des voies de contamination, mais non l’origine des poussières émises. Par exemple, les aménagements réalisés ces dernières années dans les installations de seconde fusion du plomb font qu’on ramène sur une seule cheminée les poussières émises par les fours et celles provenant des extracteurs placés aux différents postes de travail. Cette façon de procéder rend le contrôle des émissions plus facile.

Les études préliminaires faites à l’aide de la microscopie électronique à balayage analytique montrent que les poussières collectées dans la cheminée d’une installation de deuxième fusion du plomb ont des formes et des compositions spécifiques selon qu’elles sont émises par les fours ou qu’elles proviennent des fines de batterie ou des scories (figure 6, photos 1 2 et   3). La comparaison des poussières provenant de retombées atmosphériques, collectées à l’aide de plots d’aluminium recouverts d’un autocollant carbone ou déposées sur les feuilles d’arbres (figure 6, photos 4 5 et  6), aux poussières émises par la cheminée et aux différents postes de travail permet d’identifier les sources émettrices de poussières. L’évaluation quantitative des différents types de poussière peut aider l’industriel à hiérarchiser les aménagements à effectuer sur l’installation pour diminuer les émissions de poussière.

Spéciation des EPT présents dans la terre et sur les feuilles de végétaux

Ce point revêt une importance capitale. En effet, les poussières qui retombent sur la surface de la terre sont, comme cela a été rappelé plus haut, transformées sous l’action des facteurs biogéochimiques du sol [2]. Les EPT deviennent alors moins mobiles et moins biodisponibles. En revanche, ceux qui sont présents dans les poussières qui retombent sur les feuilles de végétaux, les aires de jeux des enfants, voire à l’intérieur des maisons, peuvent être beaucoup plus mobiles et biodisponibles. Ils sont potentiellement plus dangereux pour les riverains que les EPT présents dans la terre. En effet, ces poussières peuvent être ingérées avec les légumes-feuilles insuffisamment lavés ou par le portage main bouche observé chez les enfants. Les particules les plus fines qui sont en suspension dans l’air peuvent être inhalées. C’est pourquoi il est nécessaire de préciser la nature des poussières trouvées sur les feuilles de végétaux ou récoltées sur des plots d’aluminium recouverts d’un autocollant carbone placés dans les espaces où les enfants jouent. Ces études sont faites par microscopie électronique à balayage et à transmission (figure 6). Elles apportent des indications sur la spéciation et l’origine des EPT des poussières qui retombent au voisinage de l’usine.

Conclusion

La démarche scientifique qui a conduit à la mise au point de cette méthodologie repose essentiellement sur la nécessité de réaliser les prélèvements et les analyses de manière à pouvoir utiliser les résultats pour apporter des éléments de réponse aux questions relatives à la qualité de l’environnement des ICPE ou des sites contaminés. Les procédures de prélèvement et d’analyse sont raisonnées dans la mesure où elles sont déterminées par l’objectif à atteindre.

La méthodologie présentée ici a été testée à l’occasion de nombreuses études réalisées par l’auteur [8] dans le cas des éléments potentiellement toxiques (Pb, Cd, Zn, …, As …). Son application à des substances potentiellement toxiques nécessite simplement une adaptation qui tienne compte, par exemple, de la transformation des composés organiques.

Une première version du protocole du suivi de la qualité des sols, des eaux et des végétaux autour des usines de retraitement des batteries au plomb a été intégrée au plan de progrès signé par l’administration et les industriels de la seconde fusion du plomb [1]. L’expérience acquise au cours de ces dernières années a permis d’en affiner les performances. La méthodologie développée dans cet article est mieux adaptée à la demande des services de l’État et des industriels soucieux de connaître l’état de l’environnement (qualité des sols, des eaux et des végétaux, etc.) autour des installations classées pour la protection de l’environnement afin : 

– d’évaluer objectivement les risques encourus par les riverains ;

– de gérer rigoureusement les installations concernées.

Remerciements

L’auteur remercie M. Bernard Pitie, Directeur de l’Association Minéraux, métaux non ferreux, santé et environnement (AMSE), de l’avoir mis en contact avec les industriels adhérents de l’Association et pour sa très grande disponibilité à traiter du sujet abordé. L’auteur remercie en outre M. Jean-Paul Saintives pour sa contribution à la réalisation de ce document. n

Références

1. Prost R. Protocole du suivi de la qualité des sols, des eaux et des végétaux autour des installations de deuxième fusion du plomb. Document INRA. Versailles : INRA, 2000 ; 34 p.

2. Bataillard P. Évolution de la spéciation du plomb et du cadmium dans les sols. Thèse ENGREF, Paris, 2002, 149 p.

3. Martin S. L’observatoire de la qualité des sols : un outil de gestion pour l’agriculture, un instrument de suivi des systèmes écologiques. In : Stengel P, Gelin S, eds. Sol : interface fragile. Paris : INRA éditions, 1998 : 203-12.

4. Lepretre A, Martin S. Sampling strategy of soil quality. Analysis Magazine 1994 ; 23 : 40-3.

5. Arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles pris en application du décret n° 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du traitement des eaux usées. Journal officiel de la République française, 31 janvier 1998 : 1563-71.

6. Sterckeman T, Douay F, Proix N, Fourrier H. Contamination des sols vers la profondeur à Noyelles-Godault et Auby. In : Baise D, Terce M, eds. Les éléments traces métalliques dans les sols, approches fonctionnelles et spatiales. Paris : INRA éditions, 2002 : 237-67.

7. Arrêté du 12 janvier 2001 fixant les teneurs maximales pour les substances et produits indésirables dans l’alimentation des animaux. Journal officiel de la République française, 20 janvier 2001 : 1049-53.

8. C’est pour respecter les clauses de confidentialité des contrats que l’auteur n’a pas précisé les études desquelles ont été extraits les exemples cités. Ces documents sont disponibles auprès des directions régionales de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE).

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour de l’usine Metalblanc à Bourg-Fidèle. Campagne 2002. Rapport GSC. 2002, 30 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour de l’usine Metalblanc à Bourg-Fidèle. Campagne 2003. Rapport GSC. 2004, 42 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour de l’usine Metaleurop à Escaudœuvres. Campagne 2002. Rapport GSC. 2002, 38 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour de l’usine Metaleurop à Escaudœuvres. Campagne 2003. Rapport GSC. 2004, 42 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour du site industriel de Paimbœuf. Campagne 2001. Rapport GSC. 2002, 52 p.

Prost R. Étude des sédiments de la retenue d’eau du site industriel de Paimbœuf. Rapport GSC. 2003, 28 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour du site industriel de METALEUROP à Villefranche-sur-Saône. Campagne 2002. Rapport GSC. 2003, 60 p.

Prost R. Suivi de la qualité des sols et des végétaux autour du site industriel de METALEUROP à Villefranche-sur-Saône. Campagne 2003. Rapport GSC. 2004, 45 p.

Prost R. Étude de la qualité des sols et des végétaux dans le voisinage du centre d’enfouissement technique (CET) de Vaivre-Pusey (70). Rapport GSC. 2002, 53 p.

Prost R. État de l’environnement autour de l’usine CEAC de Nanterre. Campagne 2001/2002. Rapport GSC. 2003, 75 p.


 

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