ARTICLE
Auteur(s) : François CLINARD1,
François
DESCHAMPS2, Chantal MILAN1, Anne-Marie BOUVIER1, Paule-Marie CARLI3, Jean-Paul MOUTET Jean FAIVRE1, Claire
BONITHON-KOPP1, Patrick HILLON1
1. Registre bourguignon des cancers digestifs (EPI INSERM
0106), Faculté de médecine, BP 87900 21079 Dijon Cedex,
France
<fclinard@u-bourgogne.fr>
2. Réseau Transport Électricité, Immeuble Ampère, Courbevoie,
France
3. Registre des hémopathies malignes de Côte-d’Or (INSERM DGS
93R 388), Faculté de médecine, Dijon, France
En généralisant l’usage de courant électrique alternatif
(50 Hz en Europe et 60 Hz aux Etats-Unis) l’homme du
XXe siècle s’est entouré en
quasi-permanence – dans les pays industrialisés du moins
- de champs magnétiques (CM) et électriques. Longtemps considérés
comme inoffensifs pour la santé, les CM alternatifs sont suspectés
depuis une vingtaine d’année d’être responsables de nombreuses
pathologies (fatigue, maux de tête, nausées, diminution de la
libido, anxiété, troubles du sommeil, dépression, suicide,
anomalies de la reproduction, cancers).
La partie la plus intéressante de la recherche épidémiologique
sur les CM a incontestablement porté jusqu’à présent sur la
relation CM résidentiels – cancer de l’enfant [1, 2].
C’est en effet autour de ces travaux que se sont élaborées les
techniques les plus fines pour mesurer une exposition
environnementale difficile à évaluer face à l’ubiquité des sources
d’exposition. Au premier rang de ces sources figurent les réseaux
de transport de l’électricité. La charge électrique transportée par
les réseaux électriques varie en fonction des capacités des
différents types de lignes (très haute, haute, moyenne et basse
tension) et en fonction du temps : lorsque la consommation
domestique augmente, les courants circulants sont plus intenses.
L’intensité des champs magnétiques dépend donc de la charge de
celle-ci et de la distance de mesure par rapport à la source.
S’il n’est possible de tenir compte des variations de charges au
cours du temps qu’à travers un calcul complexe reposant sur un
historique de l’exploitation des lignes [3], une évaluation
approximative de l’exposition peut être obtenue en réalisant un
code d’exposition fondé uniquement sur le type de ligne et sur sa
distance par rapport à l’habitation concernée (wiring code
ou « code de câblage »). Ce type de code est établi à
partir de calculs théoriques de production de champs magnétiques
par des conducteurs rectilignes. Cette méthode a été inventée par
les auteurs de la première étude cas-témoins sur le sujet [4] et
améliorée par la suite [5-7]. Ce code définit quatre groupes
d’intensités de champs magnétiques en fonction du type de ligne
rencontré et de sa distance. Les groupes sont classés en Very
Low Current Configuration (VLCC), Ordinary Low Current
Configuration (OLCC), Ordinary High Current
Configuration (OHCC), et Very High Current Configuration
(VHCC). Ce code a été créé à partir du réseau électrique américain.
Il nécessite donc des adaptations pour être utilisé dans d’autres
pays.
En France, l’exposition de la population aux CM est mal connue,
en particulier à proximité des lignes de transport de l’électricité
[8]. Le but de cette étude est de tester la validité d’un code
d’exposition (appelé code EDF) développé par EDF R & D [9]
et de fournir des mesures d’intensité de CM dans des logements
situés à proximité de lignes à haute ou très haute tension.
Matériel et méthode
Constitution de l’échantillon
En France, les habitations situées à proximité des lignes de
transport et de distribution de l’électricité ne sont pas
répertoriées. Pour étudier un échantillon représentatif de ces
logements particuliers, il est donc nécessaire de créer une base
d’échantillonnage originale recensant toutes les habitations
situées de part et d’autre de ces lignes, puis de tirer au sort
dans cette base un nombre de logements permettant une exploitation
statistique fiable des données pour un coût d’étude acceptable.
Pour réaliser notre étude, la totalité des lignes à très haute
tension (400 et 225 kV) et à haute tension (63 kV) de
Côte-d’Or a été filmée à l’aide d’un caméscope embarqué sur un ULM
(ultra léger motorisé), à l’exception des lignes de l’agglomération
dijonnaise, interdites de survol. Le vol a été effectué à l’aplomb
exact de la ligne, à une altitude précise permettant, en fonction
de l’incidence de la prise de vue et de la focale de la caméra, de
filmer une bande de 300 m pour les lignes à 400 kV, de
200 m pour les lignes de 225 kV et de 100 m pour les
lignes de 63 kV. Le commentaire du pilote enregistré sur la
bande sonore a permis de préciser le nom des villages survolés et
de décrire sommairement les bâtiments filmés (granges, fermes,
entrepôts, maisons d’habitation). La base d’échantillonnage a été
constituée à partir de ces films. Les habitations de
l’agglomération dijonnaise ont été recensées sur la base de plans
cadastraux et sur le terrain depuis le sol.
Deux cent quarante habitations ont été tirées au sort dans des
sous-groupes de la base en fonction du type de la ligne, de la
distance ligne – habitation et du type de logement
(maison individuelle/immeuble) (tableau 1).
Tableau 1. Stratification des
logements tirés au sort.
| Strate |
Type de ligne (en kV) |
Distance ligne-habitation (en mètres) |
Type de logement |
Nombre de logements sélectionnés |
| 1 |
400 |
< 50 |
Tout |
30 |
| 2 |
400 |
50-300 |
Tout |
30 |
| 3 |
225 |
< 50 |
Tout |
30 |
| 4 |
225 |
50-200 |
Tout |
30 |
| 5 |
63 |
< 50 |
Maison individuelle |
30 |
| 6 |
63 |
< 50 |
Immeuble |
30 |
| 7 |
63 |
50-100 |
Maison individuelle |
30 |
| 8 |
63 |
50-100 |
Immeuble |
30 |
Enquête
Mesures de champ magnétique et recueil des
questionnaires
Les occupants des logements tirés au sort ont été contactés par
un enquêteur afin de réaliser des mesures de champs magnétiques et
de remplir un questionnaire. L’enquêteur a réalisé une mesure dans
la chambre à coucher parentale d’une durée de 30 minutes dans
deux tiers des logements et de 24 heures dans le tiers
restant. Le choix d’une mesure de 30 minutes ou de
24 heures a été déterminé au préalable et de manière
aléatoire. Le protocole ne prévoyait qu’une seule visite, donc une
seule série de mesures par logement.
Les mesures ont été réalisées avec des appareils Emdex II
(Enertech Inc., Campbell, Californie) enregistrant toutes les dix
secondes une mesure d’intensité de champ magnétique dans les trois
directions de l’espace. La bande passante était comprise entre 40
et 800 Hz. La moyenne de ces mesures sur 30 minutes ou
24 heures a été extraite de l’Emdex à l’aide du logiciel
Emcalc (Enertech Inc., Campbell, Californie). Ces appareils ont été
étalonnés avant la campagne de mesure et vérifiés après. Aucune
dérive n’a été constatée.
Le questionnaire portait sur le bâtiment d’habitation (année de
construction, nombre de pièces, nombre d’étages, type de
chauffage), l’équipement électroménager (14 items), la
consommation électrique annuelle et la puissance du compteur
électrique.
Relevé de la configuration du réseau électrique environnant
l’habitation
La présence de lignes de transport et de distribution de
l’électricité a été relevée par une seconde équipe d’enquêteurs qui
ne connaissaient pas les résultats de la première enquête. Les
lignes de basse, moyenne, haute et très haute tension ont été
prises en compte dans un rayon de 200 mètres autour de
l’habitation. Les postes de transformation de la tension électrique
ont également été mentionnés.
Ces données ont été utilisées pour classer les logements en
fonction d’un code de configuration de lignes établi par le
département des Laboratoires de génie électrique d’EDF R&D. Une
adaptation légèrement simplifiée de ce code a été utilisée dans
notre étude. Elle est présentée dans le tableau 2.
Tableau 2. Classification de
l’exposition des logements aux CM en fonction du type d’ouvrage
électrique et de leur distance.
|
|
5 m |
10 m |
20 m |
50 m |
100 m |
200 m |
| THT |
Ligne 400 kV faisceau
triple |
|
|
|
|
|
|
| Ligne 400 kV faisceau
double |
|
|
|
|
|
|
| Ligne 225 kV faisceau
double |
|
|
|
|
|
|
| Ligne 225 kV conducteur
simple |
|
|
|
|
|
|
| HT |
Ligne 63 kV |
|
|
|
|
|
|
| MT |
Ligne 20 kV |
|
|
|
|
|
|
| BT |
Ligne BT conducteurs nus |
|
|
|
|
|
|
| Ligne BT conducteurs isolés |
|
|
|
|
|
|
| |
Câbles torsadés MT et BT |
|
|
|
|
|
|
| |
Postes aériens transport |
|
|
|
|
|
|
| |
Postes urbains transport |
|
|
|
|
|
|
| |
Postes MT/BT |
|
|
|
|
|
|
| |
Code
EDF = 3 ; |
|
Code EDF = 2 ; |
|
Code
EDF = 1 ; |
|
Code EDF = 0 |
Collecte des résultats et données recueillies
Les visites de logements ont été effectuées entre le
1er juillet et le 19 septembre 1994, en semaine,
entre 8 h et 19 h. Lorsqu’un logement tiré au sort était
inoccupé ou que ses résidents refusaient de participer à l’enquête,
les habitants de la maison la plus proche étaient alors sollicités.
Les appareils Emdex n’ont pas fonctionné dans deux logements.
L’analyse porte donc sur 238 logements.
Une analyse factorielle des correspondances a permis de
différencier les logements selon leur équipement électroménager.
Les logements ne disposant pas de four électrique, de congélateur,
de télévision ou de lave-linge ont constitué le groupe à
« faible équipement électroménager ». Le reste des
logements correspondait au groupe à « équipement
électroménager classique ». Les logements ont également été
classés en fonction de leur localisation géographique : zone
rurale pour les logements situés sur des communes de moins de
2 000 habitants, zone urbaine pour les autres.
Analyse statistique
Le but de l’analyse statistique était d’identifier le ou les
facteur(s) expliquant l’intensité du CM moyen mesuré dans les
habitations, en intégrant la présence de lignes de transport de
l’électricité par utilisation du code d’exposition EDF.
Deux types d’analyses statistiques ont été réalisés, l’intensité
du champ magnétique mesurée dans la chambre à coucher (mesure de
référence) étant tour à tour étudiée de manière dichotomique par
régression logistique (en se référant aux seuils classiquement
utilisés dans les études cas-témoins : 0,1, 0,2 et
0,3 µT) et de manière continue par régression linéaire. Par
manque de puissance, les résultats au seuil de 0,4 µT étaient
difficilement exploitables et ne sont pas présentés ici.
Les mesures de champ magnétique ont subi une transformation
logarithmique avant d’être utilisées dans les modèles de régression
linéaire et de concordance. L’analyse statistique a été réalisée à
l’aide des logiciels BMDP (Statistical Software, Cork, Irlande) et
Stata (Stata Corporation, College Station, Texas, États-Unis).
Résultats
La moyenne arithmétique des mesures réalisées toutes les
10 secondes dans 78 logements pendant 24 heures
était très proche de la moyenne des mesures réalisées pendant les
30 minutes de l’entretien, avec un coefficient de corrélation
intra-classe de 0,958 (IC 95 % : 0,934-0,973). Au vu de
ces résultats, nous avons choisi d’analyser les données en prenant
la moyenne sur 30 minutes dans la chambre comme mesure de
référence. Les CM moyens enregistrés dans les logements se
distribuent grossièrement selon une loi log-normale (figure 1). L’intensité
moyenne des CM est inférieure à 0,015 µT dans 25 % des
cas et supérieure à 0,138 µT dans 25 % des cas. La
moyenne géométrique (0,046 µT) est proche de la médiane de
distribution (0,044 µT). La valeur la plus élevée atteint
1,6 µT.
Facteurs expliquant l’intensité des CM
Le mois et l’heure au cours desquels la mesure de CM a été
réalisée sont sans influence sur l’intensité de cette mesure (le
degré de significativité des tests du χ2 varie
respectivement de 0,30 à 0,47 et de 0,16 à 0,55 en fonction des
seuils). L’intensité des CM n’est pas affectée par l’équipement
électroménager, la puissance du compteur électrique de
l’habitation, les habitudes de consommation d’électricité ou la
localisation géographique codée en urbain ou rural (tableau 3). Une partie plus importante de
maisons individuelles que de fermes ou d’immeubles est située à des
niveaux plus élevés de CM, mais les CM moyens de ces trois
catégories de logement restent proches. L’année de construction du
logement et la présence de lignes de transport de l’électricité
dans les habitations sont fortement corrélées à l’intensité de CM
mesurée.
Tableau 3. Description des
variables susceptibles de modifier l’intensité des champs
magnétiques mesurés dans les chambres de 238 logements de
Côte-d’Or.
| |
Seuil
0,1 µT |
Seuil
0,2 µT |
Seuil
0,3 µT |
Moyennes |
| |
≤ 0,1 |
> 0,1 |
|
≤ 0,2 |
> 0,2 |
|
≤ 0,3 |
> 0,3 |
|
|
|
| |
N(a) |
% |
N(a) |
% |
p(b) |
N(a) |
% |
N(a) |
% |
p(b) |
N(a) |
% |
N(a) |
% |
p(b) |
mgéo(c) |
p(d) |
| Consommation
électrique annuelle |
| inconnue |
64 |
68 % |
30 |
32 % |
|
78 |
83 % |
16 |
17 % |
|
86 |
91 % |
8 |
9 % |
|
0,041 |
|
|
< 5 000 kWh |
63 |
69 % |
28 |
31 % |
|
75 |
82 % |
16 |
18 % |
|
79 |
87 % |
12 |
13 % |
|
0,054 |
|
| ≥ 5 000 kWh |
39 |
74 % |
14 |
26 % |
0,777 |
48 |
91 % |
5 |
9 % |
0,377 |
49 |
92 % |
4 |
8 % |
0,449 |
0,042 |
0,318 |
| Puissance du
compteur |
| inconnu |
25 |
66 % |
13 |
34 % |
|
29 |
76 % |
9 |
24 % |
|
34 |
89 % |
4 |
11 % |
|
0,052 |
|
| 3 - 6 kWh |
94 |
70 % |
41 |
30 % |
|
115 |
85 % |
20 |
15 % |
|
119 |
88 % |
16 |
12 % |
|
0,047 |
|
| 9 kWh |
25 |
83 % |
5 |
17 % |
|
28 |
93 % |
2 |
7 % |
|
29 |
97 % |
1 |
3 % |
|
0,033 |
|
| 10 -18 kWh |
22 |
63 % |
13 |
37 % |
0,296 |
29 |
83 % |
6 |
17 % |
0,279 |
32 |
91 % |
3 |
9 % |
0,558 |
0,045 |
0,571 |
| Équipement
électroménager |
| faible |
71 |
75 % |
24 |
25 % |
|
82 |
86 % |
13 |
14 % |
|
85 |
89 % |
10 |
11 % |
|
0,039 |
|
| classique |
95 |
66 % |
48 |
34 % |
0,172 |
119 |
83 % |
24 |
17 % |
0,518 |
129 |
90 % |
14 |
10 % |
0,853 |
0,050 |
0,193 |
| Localisation
géographique |
| rural |
84 |
67 % |
42 |
33 % |
|
105 |
83 % |
21 |
17 % |
|
115 |
91 % |
11 |
9 % |
|
0,042 |
|
| urbain |
82 |
73 % |
30 |
27 % |
0,272 |
96 |
86 % |
16 |
14 % |
0,613 |
99 |
88 % |
13 |
12 % |
0,462 |
0,049 |
0,409 |
| Type
d’habitation |
| ferme |
18 |
82 % |
4 |
18 % |
|
20 |
91 % |
2 |
9 % |
|
21 |
95 % |
1 |
5 % |
|
0,038 |
|
| maison ind. |
99 |
64 % |
55 |
36 % |
|
123 |
80 % |
31 |
20 % |
|
134 |
87 % |
20 |
13 % |
|
0,048 |
|
| immeuble |
49 |
79 % |
13 |
21 % |
0,044 |
58 |
94 % |
4 |
6 % |
0,029 |
59 |
95 % |
3 |
5 % |
0,131 |
0,043 |
0,757 |
| Année de
construction |
| < 1948 |
51 |
82 % |
11 |
18 % |
|
58 |
94 % |
4 |
6 % |
|
61 |
98 % |
1 |
2 % |
|
0,029 |
|
| 1948-1974 |
56 |
67 % |
28 |
33 % |
|
71 |
85 % |
13 |
15 % |
|
74 |
88 % |
10 |
12 % |
|
0,056 |
|
| > 1974 |
59 |
64 % |
33 |
36 % |
0,042 |
72 |
78 % |
20 |
22 % |
0,037 |
79 |
86 % |
13 |
14 % |
0,032 |
0,051 |
0,032 |
| Code
EDF |
| 0 |
101 |
89 % |
12 |
11 % |
|
109 |
96 % |
4 |
4 % |
|
111 |
98 % |
2 |
2 % |
|
0,024 |
|
| 1 |
36 |
57 % |
27 |
43 % |
|
50 |
79 % |
13 |
21 % |
|
56 |
89 % |
7 |
11 % |
|
0,071 |
|
| 2 |
29 |
49 % |
30 |
51 % |
|
41 |
69 % |
18 |
31 % |
|
47 |
76 % |
15 |
24 % |
|
0,091 |
|
| 3 |
0 |
0 % |
2 |
100 % |
< 0,001 |
1 |
50 % |
1 |
50 % |
< 0,001 |
0 |
0 % |
2 |
100 % |
< 0,001 |
0,191 |
< 0,001 |
(a) Nombre de logements ;
(b) Degré de signification du test du
χ2 ; (c) Moyenne géométrique ;
(d) Degré de signification de l’analyse de
variance.
Trois variables associées à l’exposition des logements avec un
degré de signification inférieur à 5 % ont été retenues dans
l’analyse multivariée. Il s’agit du code EDF, du type d’habitat et
de l’année de construction du logement. Trois modèles de régression
logistique ont été utilisés afin d’étudier l’exposition des
logements en fonction des trois seuils d’exposition utilisés dans
les études cas-témoins (0,1, 0,2 et 0,3 µT). Ces trois modèles
donnent des résultats très proches (tableau 4). Ils font intervenir les deux mêmes
variables : le code EDF et l’année de construction. Il n’y a
pas d’interaction entre ces deux facteurs.
Tableau 4. Facteurs expliquant
l’intensité de champ magnétique (CM) des logements à différents
seuils d’exposition par régression logistique.
| |
Seuil 0,1 µT |
Seuil 0,2 µT |
Seuil 0,3 µT |
| |
OR |
IC 95 |
p |
OR |
IC 95 |
p |
OR |
IC 95 |
p |
| Code EDF |
| 0 |
1 |
|
< 0,01 |
1 |
|
< 0,01 |
1 |
|
< 0,01 |
| 1 |
7,1 |
3,2-16,1 |
|
7,2 |
2,2-23,9 |
|
7,4 |
1,4-38,1 |
|
| 2 et 3 |
10,8 |
4,8-24,4 |
|
13,5 |
4,3-42,9 |
|
19,6 |
4,2-91,7 |
|
| Année de
construction |
| < 1948 |
1 |
|
0,02 |
1 |
|
0,03 |
1 |
|
< 0,01 |
| 1948-1974 |
3,4 |
1,4-8,4 |
|
3,5 |
1,0-12,1 |
|
11,2 |
1,3-94,6 |
|
| > 1974 |
2,6 |
1,1-6,1 |
|
4,0 |
1,2-12,9 |
|
10,0 |
1,2-81,6 |
|
OR : odds ratio; IC : intervalle de confiance.
Des CM moyens élevés, dépassant les trois seuils retenus, sont
d’autant plus fréquemment rencontrés dans les logements que ces
logements sont proches des lignes électriques (code EDF croissant).
Les logements situés dans les zones moyennement exposées aux lignes
(zone avec code EDF = 1) ont sept fois plus de chance de
présenter une intensité de CM supérieure à 0,1 µT que les
logements situés en zone où le code EDF = 0. Pour les
zones très proches des lignes électriques (codes EDF 2 et 3), les
logements ont 10 à 20 fois plus de chance de présenter une
intensité de CM supérieure aux trois seuils retenus. Par ailleurs,
les logements construits après 1948 ont trois fois plus de chance
d’avoir une exposition moyenne supérieure à 0,1 µT et dix fois
plus de chance d’avoir une exposition moyenne supérieure à
0,3 µT, par comparaison avec ceux construits avant 1948. Cet
effet n’est pas retrouvé pour les logements construits entre 1948
et 1974 par comparaison avec ceux construits après 1974.
Lorsque l’on explique l’intensité de CM de la chambre par une
régression linéaire multiple, le code EDF et l’année de
construction sont les seules variables explicatives retenues par le
modèle (tableau 5). Près de
25 % des variations de CM dans les logements sont expliquées
par ce modèle. Le code EDF explique à lui seul 20 % des
variations de CM dans les logements.
Tableau 5. Facteurs expliquant
l’intensité de champ magnétique (CM) des logements par régression
linéaire multiple.
| |
SC |
ddl |
CM |
F |
p |
| Régression |
117,2 |
4 |
29,3 |
19,4 |
< 0,0001 |
| résiduelle |
351,6 |
233 |
1,5 |
|
|
SC : somme des carrés des écarts ; ddl : degrés de
liberté ; CM : carré moyen ; F : rapport des
carrés moyens ; p : degré de signification du test de
Fisher.
Ln CMchambre = – 4,2 + codage
des lignes + année de construction
|
Valeurs des coefficients des variables
|
|
Codage des lignes
|
Année de construction
|
| Code EDF = 0 : |
codage des lignes = 0 |
avant 1948 : |
année de construction = 0 |
| Code EDF = 1 : |
codage des lignes = 1,1 |
1948-1974 : |
année de construction = 0,8 |
| Code EDF = 2 ou 3 : |
codage des lignes = 1,4 |
après 1974 : |
année de construction = 0,6 |
| Variable |
Coefficient |
Écart type |
p |
| codage des lignes
(EDF 1 vs EDF 0) |
1,1 |
0,2 |
< 0,01 |
| codage des lignes (EDF 2 et
3 vs EDF 0) |
1,4 |
0,2 |
< 0,01 |
| année de construction (1948-1974
vs < 1948) |
0,8 |
0,3 |
< 0,01 |
| année de construction
(> 1974 vs < 1948) |
0,5 |
0,2 |
0,02 |
Valeur du R2 ajusté : 0,249
Comparaison du code EDF avec les « codes de câblage »
américain et canadien
Des mesures précises d’intensité de CM en fonction du
« code de câblage » ont été rapportées dans trois études
américaines et une étude canadienne [10-13]. Une comparaison avec
les mesures françaises est proposée dans le tableau 6. Les intensités moyennes relevées
dans les configurations VLCC (ou EDF 0), OLCC (EDF 1),
OHCC (EDF 2) et OHCC (EDF 3) sont du même ordre de
grandeur pour les cinq études (approximativement 0,06, 0,10, 0,15
et 0,21 µT). L’intensité mesurée au niveau EDF 0 est plus
faible que dans les études anglo-saxonnes. En effet, à distance des
réseaux de transport électrique, l’intensité des CM en France est
particulièrement basse [8]. Les résultats obtenus pour le niveau
EDF 3 doivent être interprétés avec prudence, car ils ne
sont le reflet que de deux mesures.
Tableau 6. Comparaison des
intensités de champ magnétique (CM) mesurées pour les différents
niveaux des codes d’exposition anglo-saxons et français.
| |
Mc Bride et al. |
Tarone et al. |
Barnes et al. |
Preston-Martin et al. |
code EDF |
| Moyenne arithmétique |
| VLCC |
0,082 |
0,077 |
0,053 |
0,076 |
0,048 |
| OLCC |
0,111 |
0,118 |
0,071 |
0,104 |
0,121 |
| OHCC |
0,168 |
0,136 |
0,122 |
0,118 |
0,184 |
| VHCC |
0,263 |
0,207 |
0,212 |
0,179 |
0,194 |
| Médiane |
| VLCC |
- |
0,049 |
0,030 |
0,057 |
0,024 |
| OLCC |
- |
0,075 |
0,051 |
0,043 |
0,080 |
| OHCC |
- |
0,098 |
0,090 |
0,060 |
0,109 |
| VHCC |
- |
0,133 |
0,216 |
0,108 |
0,194 |
| Fréquence des logements
présentant une intensité supérieure à 0,2 µT (%) |
| VLCC |
0 |
6 |
– |
12 |
4 |
| OLCC |
6 |
15 |
– |
9 |
20 |
| OHCC |
21 |
20 |
– |
14 |
32 |
| VHCC |
60 |
40 |
– |
35 |
50 |
Discussion
Les champs magnétiques d’une habitation peuvent provenir de
quatre sources principales [10] : les courants vagabonds
(quasi inexistants en France avec la généralisation du disjoncteur
différentiel), les appareils électroménagers, l’installation et le
câblage électrique du logement, ainsi que les lignes de transport
de l’électricité environnantes. Ces dernières constituent très
certainement la source quantitativement la plus importante pour les
logements situés à proximité des lignes [14]. Ces logements sont
peu nombreux. D’après nos estimations, ils représenteraient moins
de 2 % des habitations de Côte-d’Or [15]. Il est, en France, à
l’heure actuelle, impossible de les identifier par cartographie ou
croisement de bases de données comme dans les pays scandinaves [3,
16]. L’originalité de cette étude se caractérise donc à la fois par
la constitution de sa base d’échantillonnage, qui a nécessité la
mise en œuvre d’outils originaux en épidémiologie (ULM, films
aériens) et par les informations qu’elle apporte sur des logements
jamais étudiés en France jusqu’alors.
L’intensité des CM mesurés dans ces logements situés à proximité
des lignes est nettement supérieure à celle mesurée dans le reste
des logements français (respectivement 0,05 µT et
0,01 µT) [8]. Comme pour d’autres pays [17], la consommation
électrique, la puissance du compteur et l’équipement électroménager
ne modifient pas l’intensité des CM. Le bruit de fond, plus
important en ville qu’en campagne [8], devient négligeable devant
l’importance des CM générés par les lignes de transport de
l’électricité avoisinantes. Mais la présence de ces lignes
n’explique que partiellement les variations de CM dans les
logements. Le code EDF explique à lui seul près de 20 % de ces
variations, performance identique à celle du code de Wertheimer et
Leeper [10, 18]. Un facteur propre à l’habitation ou à son
environnement est nécessaire pour expliquer plus complètement
l’intensité des CM mesurée dans la chambre. Dans notre étude, il
intervient à travers le facteur « date de construction »
mais cache certainement une réalité plus complexe qui explique
peut-être la discordance des résultats des études cas-témoins
lorsque l’exposition est évaluée par un code de configuration de
lignes ou par des mesures de CM.
Les mesures de CM dans chaque classe du code français sont du
même ordre de grandeur que celles effectuées aux États-Unis à
partir du code originel de Wertheimer et Leeper [10, 19].
L’effectif des logements de la classe EDF 3 étant faible,
nous avons dû les regrouper avec la classe EDF 2 dans les
analyses multivariées. Au vu des résultats de ces analyses, les
classes EDF 1 et EDF 2 pourraient être regroupées.
Un code en trois classes EDF 0, EDF 1-2 et
EDF 3 serait alors plus adapté, mais le manque de
logements dans la classe EDF 3 ne permet pas d’étudier
plus avant un tel code qui pourrait s’approcher de celui de Savitz
et Kaune [18].
Les lignes de transport et de distribution de l’électricité
n’expliquent qu’une partie de l’exposition des individus aux CM
dans les habitations. Les mesures directes de CM dans les logements
(mesure moyenne sur 24 heures dans la chambre à coucher, par
exemple) permettent de prendre en compte d’autres sources non
négligeables de CM, mais elles ne rendent évidemment pas compte des
expositions aux CM en dehors du logement qui, elles aussi, ne sont
pas négligeables (transport, école, etc.). Afin de décrire le mieux
possible l’exposition réelle aux CM, les études épidémiologiques
récentes [13, 20-22] ont exploité simultanément plusieurs types de
mesurage (code de câblage, charge transportée par les lignes,
mesures fixes sur 24 heures dans la chambre à coucher, mesures
spot de quelques minutes dans plusieurs pièces, port de
dosimètres individuels). Ces mesurages ne s’attachent plus
seulement à répertorier la présence de lignes de distribution et de
transport de l’électricité mais cherchent également à prendre en
compte toutes les sources de CM de la vie quotidienne.
Par ailleurs, les effets biologiques des CM étant mal connus
[23], rien ne prouve aujourd’hui que la mesure moyenne d’intensité
de CM soit le paramètre le plus pertinent à mettre en regard
d’effets sanitaires dans les études épidémiologiques [24]. Cette
moyenne correspond simplement au paramètre qui semble s’approcher
le plus du code de configuration des lignes développé dans l’étude
originelle de Wertheimer [4]. Peut-être faudrait-il plutôt
s’intéresser à certaines fenêtres de fréquence, aux variations
brusques d’intensité, ou au temps passé au-dessus de certaines
intensités seuils. Il sera donc nécessaire, dans les futures
campagnes de mesurage de CM en France, de ne plus s’attacher
uniquement à la présence de lignes de transport de l’électricité
mais aussi de prendre en compte toutes les sources de CM de la vie
quotidienne en utilisant, par exemple, des dosimètres-enregistreurs
portés pendant un ou plusieurs jours. L’analyse de ces
enregistrements offrirait en outre la possibilité d’exploiter
d’autres paramètres (pics, fenêtres) que les valeurs moyennes
d’intensité de CM.
Conclusion
Cette étude a permis d’évaluer pour la première fois en France
l’intensité moyenne des CM existants dans les logements situés à
proximité des lignes de transport de l’électricité. Elle a
également permis de tester en grandeur réelle une adaptation
française du code de configuration des lignes développé aux
États-Unis par Wertheimer et Leeper. Bien que pertinent et
exploitable pour une étude épidémiologique en France, au même titre
que le wire code anglo-saxon, ce code d’exposition
n’explique pas complètement les variations de champs magnétiques.
Un paramètre propre au logement, à son environnement immédiat ou au
mode de vie de ses occupants est également important pour
caractériser son exposition aux CM. À l’avenir, pour mieux
connaître l’exposition des Français aux CM, il sera donc nécessaire
de mettre en place des études sortant du cadre historique habituel
du « logement proche des lignes à haute tension » en
effectuant des mesurages individuels en continu, sur plusieurs
jours, et prenant en compte les activités quotidiennes à
l’intérieur comme à l’extérieur des habitations. n
Remerciements
À Edith Lanier pour son aide précieuse tout au long de l’étude,
à Mohamed Harb, Nathalie Rousseaux et Marc Damy pour leur
contribution au relevé de configuration des lignes. Cette étude a
bénéficié du soutien, pour ces aspects techniques, d’EDF R&D et
d’un point de vue financier, du Conseil régional de Bourgogne et du
Service des études médicales d’EDF.
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24. Lee GM, Neutra RR, Hristova L, et al. A
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field measures and miscarriages. Epidemiology 2002 ;
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|