ARTICLE
Auteur(s) : Emmanuel Lemazurier, Luc Multigner*, Anthony Lecomte, Franck Robidel, Frédéric-Yves Bois,
Laboratoire de toxicologie expérimentale, Institut national de
l'environnement industriel et des risques, Ineris DRC Toxi, Parc
technologique ALATA, BP 2,
60550 Verneuil-en-Halatte.
* GERM-Inserm U435, Université de Rennes I, Campus de Beaulieu,
Avenue du général Leclerc, 35092 Rennes Cedex
<emmanuel.lemazurier@ineris.fr>
Les éthers de glycol sont des solvants oxygénés dont l'usage
s'est largement développé ces trente dernières années. Ils
constituent une famille variée de plus de 30 substances
différentes réparties entre les dérivés de l'éthylène glycol et les
dérivés du propylène glycol. Leur caractère amphiphile leur confère
une grande miscibilité dans l'eau et dans de nombreux solvants
organiques. De plus, leur faible toxicité aiguë, comparée à celle
de la plupart des solvants organiques, a favorisé leur présence
dans de nombreuses préparations à usage industriel ou domestique
tels que les peintures, encres, vernis, teintures, produits de
nettoyage, savons liquides, cosmétiques ou certaines formulations
pharmaceutiques.
Depuis la première publication de Nagano et al. en 1979
[1], de nombreuses études réalisées chez l'animal de laboratoire
ont montré que des éthers de glycol dérivés de l'éthylène glycol
(principalement l'éther méthylique ou EGME) présentaient des effets
adverses sur la reproduction et le développement [2]. Cependant,
tous les éthers de glycol ne présentent pas le même niveau de
toxicité, celle-ci étant liée au métabolisme, lui-même variable
selon l'éther de glycol considéré.
Les éthers de glycol sont modérément volatils mais possèdent un
excellent pouvoir de pénétration cutanée. La publication, dans les
années 1980, de travaux expérimentaux montrant la toxicité de deux
éthers de glycol dérivés de l'éthylène glycol (l'éther méthylique
ou EGME et l'éther éthylique ou EGEE) a conduit le Conseil des
Communautés européennes à arrêter une directive imposant des
restrictions d'usage et de marché pour ces deux éthers de glycol et
leurs acétates. En France, trois arrêtés et deux décisions de 1997,
1998, et 1999 ont interdit leur utilisation dans les produits à
usage domestique, dans les cosmétiques et les médicaments. D'autres
éthers de glycol ont récemment été classés comme toxiques pour la
fertilité et le développement. C'est le cas de l'éthylène glycol
diméthyl éther (EGDME, catégorie 2 : substances devant être
assimilées à des substances altérant la fertilité dans l'espèce
humaine, substances devant être assimilées à des substances causant
des effets toxiques sur le développement dans l'espèce humaine), du
diéthylène glycol monométhyl éther (DEGME, catégorie 3 :
substances préoccupantes pour la fertilité dans l'espèce humaine,
substances préoccupantes pour l'homme en raison d'effets toxiques
sur le développement), du diéthylène glycol diméthyl éther (DEGDME,
catégorie 2), du triéthylène glycol diméthyl éther (TEGDME,
catégorie 2) et également de l'isomère β du PGME (catégorie 2). Ces
dernières substances sont d'ailleurs classées à risque pour la
fertilité et la grossesse (R60, R61, R62 et R63).
Nous présentons ici un point sur les connaissances de la
toxicité de l'EGME (CAS 109-86-4, synonymes glycol éther EM,
méthoxy-2-éthanol, méthyl glycol) et du PGME (CAS isomère α
107-98-2 synonymes glycol éther PM, 1-méthoxy 2-propanol et
CAS isomère β 1589-47-5 synonyme 2-méthoxy 1-propanol)
vis-à-vis de la reproduction et du développement. Le premier, parce
qu'il est aujourd'hui interdit dans les produits à usage
domestique, dans les cosmétiques et les médicaments mais qu'il
reste, avec l'EGEE, une référence comme toxique de la reproduction
et du développement [3, 4]. Le second parce qu'en se substituant à
l'EGME, il est devenu le produit phare de la deuxième génération
des éthers de glycol et de la série propylénique, mais aussi parce
que des doutes subsistent quant à son réel potentiel de toxicité
sur la reproduction et le développement des mammifères [5] quoique
plus faible que celui de l'EGME et de l'EGEE. Cela s'explique par
une différence structurale qui est la clé de la toxicité des éthers
de glycol sur la reproduction et le développement : la
longueur de la chaîne carbonée (inversement liée à la toxicité) et,
surtout dans le cas qui nous intéresse ici, la présence d'une
fonction alcool primaire (figure 1). Les éthers de
glycol qui possèdent un résidu alcool primaire, sont métabolisés
par des alcools déshydrogénases en leur alkoxy acide correspondant
(l'EGME donne l'acide méthoxyacétique, ou MAA, l'EGEE donne l'acide
éthoxyacétique, ou EAA), alors que ceux possédant un résidu alcool
secondaire (l'isomère α du PGME), substrats peu affins pour les
alcools déshydrogénases, forment des quantités faibles de
métabolites sous forme d'alkoxy acide (acide méthoxypropionique ou
MPA) [6] (figure
1). Une étude récente [7] a montré in vivo et in
vitro chez le lapin que l'isomère β du PGME est rapidement et
totalement converti en MPA. Ce métabolite possède un NOEL1 dix fois plus élevé (26 mg/kg/j) que
le MAA (2,5 mg/kg/j). L'étude pharmacocinétique a également
montré que la demi-vie du MPA était longue (33 à 44 heures).
Cependant, le pic de concentrations sanguines (1,3 mM) et
l'aire sous la courbe (52,9 mM-h/l) du MPA, associés à un
LOEL2 de 78 mg/kg/j, montrent un
seuil de toxicité relativement élevé du MPA [7]. Les métabolites de
l'EGME et de l'EGEE sont, quant à eux, les vrais toxiques du
développement et de la reproduction issus des éthylènes glycols
éthers de faible poids moléculaire [3, 4]. Cependant, bien que les
systèmes enzymatiques des différentes espèces étudiées et de
l'homme soient qualitativement proches, il existe des différences
quantitatives des activités enzymatiques tissulaires d'une espèce à
l'autre [8].À la différence des testicules de rat, les testicules
humains ne présentent qu'une faible activité alcool déshydrogénase
et ne produisent ni aldéhyde, ni acide à partir des éthers de
glycol.
1 NOEL : No Observed Effect
Level.
2 LOEL : Lowest Observed
Effect Level.
EGME : effets sur la reproduction et le développement
La toxicité sur la fonction de reproduction est la survenue
d'effets adverses sur le système de reproduction de l'un ou l'autre
sexe résultant d'une exposition à des agents extérieurs. Cette
toxicité peut s'exprimer au niveau des organes reproducteurs (au
premier chef, les gonades), du système endocrinien associé (l'axe
hypothalamo-hypophyso-gonadique) ou des événements qui font suite à
la fécondation. Les manifestations d'une telle toxicité peuvent
inclure des effets délétères sur la production et le transport des
gamètes à l'âge adulte, le comportement sexuel, la gestation, la
maturation sexuelle, et sur toute autre fonction dépendante de
l'intégrité du système reproducteur.
Effets de l'EGME sur la fertilité chez le mâle
L'EGME fait partie des toxiques testiculaires unanimement
reconnus. Une littérature riche lui est consacrée, aussi bien sur
la description de ses effets testiculaires que sur son mécanisme
d'action (revue dans l'expertise collective de l'INSERM). La haute
spécificité de son effet testiculaire fait qu'il peut être utilisé
dans des modèles expérimentaux in vivo et in vitro
pour obtenir une déplétion de la lignée germinale et étudier ainsi
les interactions paracrines (actions dues à une hormone synthétisée
par une cellule et agissant localement sur les cellules voisines)
entre les différentes composantes cellulaires du testicule.
Études in vivo
L'ensemble des études toxicologiques réalisées in vivo
chez l'animal de laboratoire montre, de manière cohérente, les
conséquences délétères de l'EGME (et de son acétate) sur la
fonction testiculaire, pouvant entraîner une diminution
significative de la fertilité.
Dès 1979, Nagano et al. [1] puis Miller et al.
[10] ont montré que l'exposition de rats ou de souris à l'EGME par
inhalation conduit à une atrophie testiculaire accompagnée d'une
atteinte préférentielle des tubules séminifères (figure 2)
chez ces deux modèles animaux. Le poids du testicule et de
l'épididyme de rats Sprague Dawley notamment est diminué
significativement, qu'ils soient traités pendant 2 semaines
avec 200 mg/kg/j ou pendant 4 semaines avec
100 mg/kg/j d'EGME [3]. Dans le premier groupe, une atrophie
du tubule séminifère et la présence de cellules géantes
multinucléées au niveau du testicule ont été observées. Par la
suite, d'autres travaux ont montré, chez le rat adulte ou
prépubère, l'atteinte spécifique de la lignée germinale à
l'intérieur des tubules séminifères. Ces lésions impliquent une
altération de la spermatogenèse (figure 3, page 93),
entraînant une diminution de la production de spermatozoïdes [11,
12].
Dans la lignée germinale, la cible initiale et préférentielle
concerne les spermatocytes au stade pachytène [13-16]. En fonction
de l'intensité de l'exposition, les spermatocytes leptotènes et
zygotènes ainsi que les spermatides jeunes (à noyaux ronds), stades
suivant et finaux de la méïose, vont, par un effet cascade, être
atteints à leur tour. Tant que les cellules souches de la
spermatogenèse (spermatogonies) ne sont pas atteintes, un arrêt de
l'exposition au stade pachytène conduit à une réversibilité des
lésions [17]. Cependant, à des niveaux d'exposition plus élevés,
lorsque les spermatogonies ainsi que les spermatides plus vieilles
(à noyaux allongés) sont touchées [11, 18], la réversibilité des
lésions est compromise en raison d'une réduction du nombre des
cellules souches tandis que l'atteinte des spermatides à noyaux
allongés se traduit par une réduction de la mobilité des
spermatozoïdes. Au niveau ultrastructural, les spermatocytes et les
cellules de Sertoli présentent une atteinte des mitochondries, une
dissolution de la membrane cellulaire, une fragmentation du réseau
microtubulaire ou une condensation périphérique de la chromatine
nucléaire, signes clairs de cytotoxicité. La dégénérescence des
spermatides semble, quant à elle, consécutive à l'altération de
l'association entre les cellules germinales et les cellules de
Sertoli [18]. Cette cytotoxicité apparaît fortement dépendante du
métabolisme de l'EGME puisque le pré-traitement par un inhibiteur
de l'alcool déshydrogénase de rats exposés à l'EGME prévient les
effets testiculaires [19], suggérant un rôle des alkoxyacides dans
la genèse des lésions testiculaires. Le methoxy acetic acid
(MAA), principal métabolite de l'EGME, reproduit d'ailleurs, chez
le rat, les effets de la substance mère (atrophie des tubules
séminifères, atteinte spécifique et préférentielle des
spermatocytes pachytènes).
Études in vitro
Les études in vitro apportent des éclaircissements quant
au métabolite impliqué dans cette cytotoxicité. Elles ont montré
que le MAA, et non l'EGME lui-même, induit une cytotoxicité
vis-à-vis des spermatocytes pachytènes identique à celle qui est
observée chez l'animal entier [20]. Li et al. [21] ont
confirmé sur des cultures primaires humaines la spécificité et la
sensibilité des spermatocytes pachytènes au MAA. Le MALD
(méthoxyaldéhyde, aldéhyde dérivé de l'EGME, figure 1) génère les mêmes
effets mais semble plus efficace que le MAA [22].
Effets de l'EGME sur la fertilité chez la femelle
La toxicité des éthers de glycol sur la fonction de reproduction
chez la femelle non gravide a été très peu étudiée. Chez l'animal,
le seul indicateur recherché a été celui de la fertilité (femelles
exposées et accouplées à des mâles non exposés). Au cours de ces
dernières années, des travaux se sont intéressés aux effets des
éthers de glycol sur le cycle ovarien [23].
Études in vivo
Davis et al. [23] ont montré que l'administration
quotidienne de 300 mg/kg d'EGME par voie orale chez des rates
adultes supprime, au terme de 3 à 8 jours d'exposition, le
rythme du cycle ovarien sans induire d'autre effet systémique. Cet
effet est accompagné d'une augmentation des taux circulants de
progestérone alors que ceux de l'hormone stimulante de la
folliculogenèse (FSH), de l'hormone lutéinisante (LH) et de la
prolactine restent inchangés. Au niveau histologique, une
hypertrophie du corps jaune a été observée. L'ensemble de ces
données suggère que les cellules lutéales ovariennes sont la cible
primaire de l'EGME.
Études in vitro
In vitro, des cellules lutéales de la granulosa en
culture isolées d'ovaires après injection de gonadotropine
chorionique humaine (hCG) ont été exposées au MAA après stimulation
à la LH. Ce métabolite de l'EGME maintient la sécrétion de
progestérone pendant 24 et 48 h par rapport au témoin dont la
production de progestérone diminue [23]. Il est connu que la
production de progestérone est stimulée par la LH via la
voie adénosine monophosphate cyclique (AMPc) [24]. Or, dans cette
étude, le MAA stimule la production de progestérone en absence de
LH (après 24 ou 48 h) et la concentration d'AMPc ne varie pas
lors du traitement. Ces travaux montrent que l'EGME (via le
MAA) exerce un effet toxique sur la cellule lutéale et que la
production de progestérone qui en découle est indépendante de la
stimulation de l'AMPc par la LH [23]. Bolon et al. [25] ont
observé chez la souris que l'EGME et le MAA réduisent de manière
significative le nombre de follicules ovariens et Berger et
al. [26] ont montré une diminution des ovocytes ovulés avec le
même traitement chez le rat.
Effets de l'EGME sur le développement
La toxicologie du développement de l'EGME a été étudiée selon
deux types de protocoles :
• Administration journalière pendant la durée de
l'organogenèse (ou du moins dans sa plus grande partie). Dans
ces travaux, les doses élevées entraînent invariablement une mort
fœtale totale : 1 000 mg/kg/j chez la souris selon
Nagano et al. [27], 264 mg/kg/j pour le rat selon
Nelson et al. [28], 35,8 mg/kg/j chez le singe selon
Scott et al. [29]. Cette embryolétalité est variable selon
les doses et les espèces utilisées ; elle peut se manifester,
selon la dose, par une perte post-implantatoire totale ou
partielle.
• Administration de doses uniques ou pendant un temps très
court de l'embryogenèse. Cette approche a pour but d'étudier
les phases sensibles du développement. L'exencéphalie est induite
par une administration précoce d'EGME entre le jour de gestation 7
(G7) et G10 chez la souris [30]. Au contraire, les anomalies
des extrémités sont générées par des administrations plus tardives
avec un maximum d'efficacité à G11 [31]. Ce fait témoigne de
données classiques concernant la chronologie de la formation du
système nerveux et des membres.
Les malformations observées dans la plupart des études, selon
des protocoles standardisés (coupe de Wilson), sont des anomalies
des doigts des pattes antérieures plus que postérieures et une
exencéphalie, surtout à partir de la dose de 250 mg/kg/j chez
la souris [28].
Dans ce type de protocole, le groupe de Nelson [28] a exposé des
rates Sprague Dawley gestantes à de l'EGME par inhalation
(25 ppm, 7 h/j de G7 à G13 ou de G14 à G20). Les ratons
naissent et sont testés sur leur habilité neuromusculaire et leurs
caractères comportementaux le 10e et le 90e
jour après la naissance. Lorsque les femelles ont été soumises à
une atmosphère polluée de G7 à G13, on note chez le raton un échec
au conditionnement d'évitement. C'est le seul test comportemental
qui soit perturbé, montrant qu'un traitement chez la femelle
gestante peut générer des troubles comportementaux persistants chez
le rat nouveau-né. Aucune perturbation n'est notée chez le raton si
les femelles sont traitées entre G14 et G20. Cependant, cette étude
reste non reproduite.
PGME : effets sur la reproduction et le développement
Tous les éthers de glycol n'ont cependant pas été autant étudiés
que l'EGME quant à leur toxicité pour la reproduction et le
développement. C'est le cas du propylène glycol méthyl éther (PGME)
dont le produit commercial contient aujourd'hui au moins 97 %
de 1-méthoxy-2-propanol (isomère α, 2PG1ME), mais également une
faible proportion de l'isomère β, le 2-méthoxy-1-propanol (1PG2ME).
Dans certains produits commerciaux de PGME, la proportion de ce
dernier pouvait atteindre 2 à 5 %. Cependant, le récent
rapport d'avancement au directeur général de la Santé du groupe
d'expert du Conseil supérieur d'hygiène publique de France, section
des milieux de vie [32], souligne qu'aucune précision n'est
apportée sur la proportion de 1PG2ME dans les produits commerciaux
contenant du PGME et son acétate.
Effets du PGME sur la fertilité
Un certain nombre de publications concluent à une absence
d'effets testiculaires du 2PG1ME, que ce soit chez le rat, la
souris ou le lapin [33, 34], après inhalation du produit. Une étude
de Carney et al. [35] a consisté à exposer par inhalation
des rats mâles et femelles pendant les phases d'accouplement, de
gestation et de lactation. Un effet important a été rapporté pour
les parents à 3 000 ppm de PGME caractérisé par une
diminution du poids, un allongement du cycle œstral, une diminution
de fertilité et du poids des ovaires ainsi que des altérations
histologiques de ces organes. Cette toxicité parentale est
importante pour expliquer la diminution observée du poids et de la
taille des portées, et cette toxicité reste inférieure aux doses
toxiques pour le développement. En effet, les auteurs proposent un
NOEL de 1 000 ppm pour les effets sur la reproduction et
les effets néonataux, et de 300 ppm pour la toxicité
parentale.
Les données chez la femelle sont encore plus rares. Bolon et
al. [25] n'ont pas montré d'effets délétères du PGME sur le
système reproducteur de la souris femelle.
Le manque certain de données animales sur le PGME incite à la
prudence quant aux conclusions à en tirer. Des études
complémentaires sont encore nécessaires, notamment dans l'étude des
effets du 1PG2ME qui possède une fonction alcool primaire, et donc
potentiellement une toxicité élevée.
Effets du PGME sur le développement
Les études de tératologie conduites avec le 2PG1ME purs sont
souvent associées à une forte toxicité maternelle provoquant la
mort de la mère ou des signes neurologiques importants. Cette
toxicité maternelle est souvent associée à une auto-restriction
alimentaire et/ou une diminution du poids de la mère pendant la
gestation qui pourrait être mis secondairement en relation avec les
retards d'ossification observés dans les portées. Ces retards
peuvent donc ne pas être directement associés au produit et
présentent souvent des différences en fonction de l'espèce
testée.
Merkle et al. [36] ont observé des effets tératogéniques
chez le lapin et le rat après inhalation d'acétate de 1PG2ME. Une
sensibilité plus importante chez le lapin a d'ailleurs été
observée. Récemment, Carney et al. [7] ont montré que cette
toxicité était due à la bioconversion du 1PG2ME en MPA dont le
seuil de toxicité était plus élevé que celui du MAA. Hellwig et
al. [37] ont également montré que le 1PG2ME provoque chez le
lapin des morts fœtales par résorption totale ou partielle à des
doses faibles (545 ppm). En comparaison, des expositions de
rats ou de lapins au 2PG1ME (jusqu'à 3000 ppm) n'ont montré
que des retards d'ossification chez le rat [38]. Ces auteurs ont
également observé des malformations des doigts, des côtes et du
sternum avec le 1PG2ME et ont défini un NOAEL3 de 145 ppm et un LOAEL4 de 225 ppm.
3 NOAEL : No Observed Adverse
Effect Level.
4 LOAEL : Lowest Observed
Adverse Effect Level.
Données épidémiologiques
Les études disponibles sont de qualité diverse et les effets
sont souvent difficiles à attribuer aux seuls éthers de glycol en
raison des co-expositions à d'autres solvants. Cependant, un
ensemble de résultats [39] concordants est en faveur de l'existence
d'un lien entre l'infertilité masculine (s'entendant par la
diminution de la concentration du sperme, l'oligospermie, la
difficulté à concevoir un enfant) et l'exposition professionnelle à
l'EGEE, l'EGME et peut-être à l'un des autres éthers de glycol
présents dans l'industrie des semi-conducteurs (DEGDME, 2PG1MEA) où
les niveaux d'exposition restent somme toute faibles. Chez les
femmes travaillant dans les secteurs les plus exposés aux éthers de
glycol, des études ont rapporté des anomalies de la durée ou de la
régularité des cycles menstruels ainsi qu'une diminution de la
fertilité (s'entendant par un taux de fécondabilité abaissé ou des
difficultés à concevoir un enfant) [40]. Les composantes
historiques et prospectives des deux études américaines menées dans
l'industrie des semi-conducteurs sont concordantes pour montrer un
effet de l'exposition aux éthers de glycol présents dans
l'industrie sur le risque d'avortements spontanés [41]. Le risque
augmente avec le niveau d'exposition aux dérivés éthyléniques.
Les études sur les malformations (anomalies multiples, anomalies
du tube neural, fentes orales) sont encore peu nombreuses et
contradictoires [41]. Une récente publication [42] tend à montrer
des malformations spécifiques chez l'homme suite à une exposition
forte in utero à des éthers de glycol. Ces malformations
sont de plus en corrélation avec des anomalies du cycle
cellulaire.
Enfin, les quelques études épidémiologiques conduites sur la
relation entre l'exposition aux éthers de glycol et différents
types de cancer chez l'homme (leucémies aiguës myéloïdes, cancer de
l'estomac, cancer du testicule) n'apportent pas de résultats
convaincants sur un effet cancérigène potentiel de ces solvants,
même si certains travaux menés chez l'animal vont dans le sens de
cette relation [43, 44].
Conclusion
La publication, dans les années 1980, de travaux expérimentaux
montrant la toxicité de deux éthers de glycol dérivés de l'éthylène
glycol (l'éther méthylique ou EGME et l'éther éthylique ou EGEE) a
conduit le Conseil des Communautés européennes à arrêter une
directive imposant des restrictions d'usage et de marché pour ces
deux éthers de glycol et leurs acétates. En France, trois arrêtés
et deux décisions de 1998, 1999 et 2002 [45-49] ont interdit
leur utilisation dans les produits à usage domestique, dans les
cosmétiques et les médicaments.
Dans cette revue non exhaustive, il apparaît que, si le retrait
de l'EGME du marché est pleinement justifié, son remplacement par
le PGME reste discutable. En effet, le PGME sous sa forme
commerciale impure (présence du 1PG2ME) ne semble pas dénué
d'effets sur la reproduction et surtout sur le développement. Un
certain nombre d'études complémentaires, notamment en ce qui
concerne l'implication du 1PG2ME dans la toxicité, sont
nécessaires. n
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45. Arrêté du 22 janvier 1998 suspendant la
mise ou le maintien sur le marché de produits cosmétiques et de
produits d'hygiène corporelle contenant certains éthers de glycol.
Journal Officiel de la République française, 30 janvier
1998 : 1476.
46. Arrêté du 27 janvier 1998 portant
suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation,
de la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux de certains
produits destinés à l'homme ou à l'animal et contenant des éthers
de glycol. Journal Officiel de la République française,
30 janvier 1998 : 1494-5.
47. Décision du 24 août 1999 interdisant la
fabrication, l'importation, l'exportation, la mise sur le marché à
titre gratuit ou onéreux, la détention en vue de la vente ou de la
distribution à titre gratuit, l'utilisation, la prescription, la
délivrance et l'administration de certains produits destinés à
l'homme et contenant certains éthers de glycol. Journal Officiel
de la République française, 1er septembre
1999 : 1353-4.
48. Décision du 24 août 1999 interdisant la
fabrication, le conditionnement, l'importation, l'exportation, la
distribution en gros, la mise sur le marché à titre gratuit ou
onéreux, la détention en vue de la vente ou de la distribution à
titre gratuit et l'utilisation de certains produits cosmétiques
contenant certains éthers de glycol. Journal Officiel de la
République française, 1er septembre 1999 :
1354.
49. Arrêté du 7 mars 2002 portant
interdiction de la fabrication, l'exécution, la prescription, la
délivrance et l'administration à des animaux de préparations
extemporanées vétérinaires et des autovaccins à usage vétérinaire
contenant certains éthers de glycol. Journal Officiel de la
République française, 24 mars 2002 : 5246.
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