ARTICLE
Auteur(s) : Sylvie Cassadou1, Philippe Quénel1, Abdelkrim Zeghnoun1, Philippe Saviuc1, Hélène Prouvost2, Laurence Pascal1, Catherine Nunes3, Sylvia Medina1, Alain Le Tertre1, Laurent Filleul1, Daniel Eilstein1, Christophe Declercq2
1. Institut de veille sanitaire, 12, rue du Val d'Osne,
94415 Saint Maurice Cedex.
<cassadou@cict.fr>
2. Observatoire régional de la santé Nord-Pas-de-Calais,
13, rue Faidherbe, 59046 Lille Cedex.
3. Observatoire régional de la santé Île-de-France, 21-23,
rue Miollis, 75732 Paris Cedex 15.
Depuis 1997, l'Institut de veille sanitaire coordonne le
programme de surveillance air et santé – 9 villes
(PSAS-9). Implanté à Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille,
Paris, Rouen, Strasbourg et Toulouse, ce programme a pour objectif
d'estimer et d'actualiser les relations entre l'exposition des
populations à la pollution atmosphérique urbaine et les risques
sanitaires. La seconde phase du programme [1] a confirmé et précisé
les relations exposition/risque concernant la mortalité anticipée,
estimées lors de la première phase [2]. La finalité de ces
relations exposition/risque, établies à partir de données
françaises, est de permettre l'évaluation de l'impact sanitaire
(EIS) de la pollution atmosphérique urbaine, non seulement dans les
neuf villes du dispositif, mais également dans d'autres
agglomérations du territoire afin de pouvoir disposer d'éléments
d'évaluation sanitaire pour la gestion locale de la qualité de
l'air.
La méthode d'EIS de la pollution atmosphérique à l'échelle d'une
agglomération découle de la démarche d'évaluation quantitative des
risques sanitaires (EQRS) [3] de plus en plus utilisée pour
apporter des éléments de réponse à des questions de santé
environnementale, en complément ou en alternative aux études
épidémiologiques [4, 5].
Dans le champ de la pollution atmosphérique urbaine, si la
démarche d'EIS repose sur les principes généraux de l'évaluation
des risques sanitaires, elle en diffère par une estimation directe
des expositions qui n'est pas le fruit de scénarios théoriques mais
le résultat de mesures réelles des concentrations atmosphériques
ambiantes représentant l'exposition moyenne de la population en
milieu urbain [6].
L'objectif de cet article est de présenter une EIS réalisée dans
le cadre du PSAS-9 et de discuter les résultats observés sur les
neuf villes ainsi que les retombées potentielles pour la prise en
compte des aspects santé dans la gestion loco-régionale, nationale
et européenne de la qualité de l'air.
Méthode
Les relations exposition/risque étant linéaires et sans seuil
(cas le plus fréquent pour les relations observées dans les pays
industrialisés avancés), la proportion de cas attribuables (PA) à
un niveau donné de pollution se calcule de la manière suivante
[7] :
PA = f (RR-1)/(1 + f
(RR-1))
Où :
RR = risque relatif établi par la relation
exposition/risque par rapport à un niveau d'exposition de
référence ;
f = prévalence de l'exposition.
Dans le cas de la pollution atmosphérique ambiante, la
prévalence d'exposition est égale à 1. En effet, toute la
population peut être considérée comme exposée, en moyenne, aux
mêmes niveaux de pollution [8, 9].
Un jour donné, le nombre de cas attribuables (NA) à la pollution
pour le niveau observé et par rapport au niveau de référence choisi
est alors calculé à partir de la formule :
NA = (RRd – 1) × Nr
Où :
RRd = risque relatif établi par la relation
exposition/risque et pour le différentiel de pollution entre le
niveau observé et le niveau de référence ;
Nr = nombre de cas attendus au niveau de
référence.
Les RR utilisés pour les calculs sont ceux du PSAS-9 et
concernent l'exposition du jour de l'événement et de la veille (RR
0-1 jour) [1] : il s'agit donc de relations concernant
les risques à court terme d'une exposition de courte durée (deux
jours) à la pollution atmosphérique ambiante en zone urbaine.
Ces RR sont estimés dans chaque ville par la méthode d'analyse
de séries temporelles et une analyse combinée de ces résultats
permet le calcul d'un « méta-risque », plus représentatif
de la moyenne des situations urbaines françaises (l'hétérogénéité
éventuelle des RR locaux est prise en compte). L'ensemble de la
modélisation statistique est présentée en détail par ailleurs [1,
2, 10, 11].
La pollution atmosphérique est quantifiée par les moyennes
journalières, mesurées en stations urbaines, des indicateurs
suivants : fumées noires (FN) et dioxyde de soufre
(SO2) pour la pollution acido-particulaire, dioxyde
d'azote (NO2) et ozone (O3) pour la pollution
photochimique. Pour ce dernier indicateur, la moyenne journalière
est celle des huit heures correspondant aux concentrations les plus
élevées du nycthémère, tandis que la moyenne des 24 heures est
utilisée pour les autres indicateurs.
Trois indicateurs sanitaires concernent la mortalité :
nombres journaliers de décès toutes causes (CIM9 < 800),
d'origine cardio-vasculaire (CIM9 : 390-459) et d'origine
respiratoire (CIM9 : 460-519) ; un indicateur concerne la
morbidité hospitalière : nombre journalier d'hospitalisations
pour pathologie respiratoire chez les sujets âgés de moins de
15 ans. Ce dernier indicateur est construit à partir d'une
extraction spécifique des données du programme de médicalisation
des systèmes d'information (PMSI) [12]. Compte tenu de la nouveauté
de l'utilisation de données du PMSI en épidémiologie, l'EIS n'a été
réalisée ici qu'à titre illustratif.
Pour un niveau d'exposition, un indicateur sanitaire et une
période donnés, l'EIS estime le nombre de cas
« attribuables » aux effets à court terme de la pollution
atmosphérique à partir des relations exposition/risque [1, 2, 6].
Pour chaque agglomération, la zone d'étude est définie de telle
sorte que l'exposition de la population puisse y être considérée
comme homogène [2]. Sur chaque zone et pour un indicateur sanitaire
considéré, le calcul du nombre de cas attribuables est d'abord
effectué pour chacun des indicateurs de pollution. Le nombre de cas
attribuables finalement retenu comme quantifiant l'impact sanitaire
correspond à la valeur la plus élevée parmi celles obtenues pour
les différents indicateurs de pollution disponibles. Cette valeur
s'interprète comme l'estimation minimale de l'impact de la
pollution atmosphérique urbaine dans son ensemble.
Le résultat est exprimé par un nombre de cas attribuables à la
pollution atmosphérique par rapport à un niveau d'exposition de
référence. Ces cas attribuables sont donc potentiellement évitables
si, toutes choses égales par ailleurs, les niveaux de pollution
sont ramenés, tous les jours de la période considérée, au niveau de
référence.
Dans le cadre du PSAS-9, les niveaux de référence qui ont été
retenus sont les suivants :
– impact de la pollution des jours où le niveau est supérieur à
10 µg/m3 (quel que soit le polluant), ce niveau
caractérisant une situation de faible pollution. Il s'agit ici du
nombre de cas qui pourraient être évités si l'ensemble des
indicateurs de pollution était ramené au niveau de
10 µg/m3. Le calcul pour ce scénario a été réalisé
avec le logiciel OMS Air Q [13] ;
– impact d'une réduction de 50 % de la moyenne observée
chaque jour localement ;
– impact d'une réduction de 10 % de la moyenne observée
chaque jour localement.
Ces deux derniers scénarios avaient un objectif décisionnel plus
approprié à une échelle locale.
Résultats
Pour chaque zone d'étude, le tableau
1 présente les caractéristiques démographiques et, pour
chacun des indicateurs sanitaires, le nombre moyen journalier de
cas observés rapporté à 100 000 habitants. La population
totale étudiée est de 11 309 535 personnes. La zone
de Paris représente plus de la moitié des effectifs de la
population. La proportion des 0-14 ans est comprise entre
14,5 % à Bordeaux et 20,5 % à Lille. Le nombre journalier
moyen d'événements sanitaires observés ne diffère pas sensiblement
d'une ville à l'autre, quel que soit l'indicateur sanitaire
considéré.
Tableau 1. Population et nombre
moyen d'événements sanitaires journalier rapporté à
100 000 habitants dans les neuf zones d'étude
|
Villes
|
Population
|
Population
0-14 ans
|
Mortalité totale
|
Mortalité cardio-vasculaire
|
Mortalité respiratoire
|
Admissions hospitalières
0-14 ans*
|
|
Bordeaux
|
584 164
|
89 961
|
2,1
|
0,8
|
0,2
|
2,6
|
|
Le Havre
|
254 585
|
49 389
|
2,4
|
0,7
|
0,2
|
2,6
|
|
Lille
|
1 091 156
|
223 686
|
2,0
|
0,7
|
0,2
|
3,9
|
|
Lyon
|
782 828
|
129 166
|
2,1
|
0,7
|
0,2
|
1,9
|
|
Marseille
|
856 165
|
145 548
|
2,5
|
0,9
|
0,2
|
3,6
|
|
Paris
|
6 164 418
|
1 065 195
|
1,9
|
0,6
|
0,2
|
2,5
|
|
Rouen
|
434 924
|
78 286
|
2,3
|
0,7
|
0,2
|
3,1
|
|
Strasbourg
|
451 133
|
78 046
|
1,9
|
0,7
|
0,2
|
2,3
|
|
Toulouse
|
690 162
|
111 806
|
1,5
|
0,6
|
0,1
|
1,3
|
* Rapportées à la population de référence (0-14 ans) au
RP99
Les tableau 2 et 3 présentent les distributions des indicateurs de
pollution disponibles pour chacune des neuf villes. À Bordeaux, le
SO2 a été mesuré par la méthode de l'acidité forte,
moins spécifique que la méthode de fluorescence UV utilisée dans
les autres villes. Concernant la pollution photo-oxydante, les
niveaux observés sont globalement plus élevés que ceux de la
pollution acido-particulaire. Concernant l'ozone, on observe, comme
attendu, des niveaux plus élevés dans les villes du sud.
Tableau 2. Indicateurs de
pollution acido-particulaire dans les neuf zones d'étude
|
Zones
|
FN (moy-24h)*
|
SO2 (moy-24h)*
|
|
|
P25**
|
P50
|
P75
|
P25
|
P50
|
P75
|
|
Bordeaux
|
9,2
|
13,0
|
19,0
|
5,3
|
8,5
|
12,7
|
|
Le Havre
|
6,3
|
10,3
|
17,7
|
10,7
|
17,7
|
38,0
|
|
Lille
|
8,8
|
14,4
|
25,0
|
12,8
|
19,3
|
30,7
|
|
Lyon
|
–
|
–
|
–
|
9,8
|
14,7
|
22,9
|
|
Marseille
|
7,0
|
14,0
|
25,0
|
10,0
|
14,0
|
20,0
|
|
Paris
|
12,4
|
18,9
|
30,0
|
9,3
|
13,8
|
21,1
|
|
Rouen
|
6,1
|
9,8
|
17,6
|
15,6
|
23,4
|
33,8
|
|
Strasbourg
|
–
|
–
|
–
|
13,0
|
18,0
|
28,0
|
|
Toulouse
|
–
|
–
|
–
|
6,6
|
10,0
|
14,8
|
* Concentrations ambiantes exprimées en µg/m3 ;
** P25 = 25e percentile de la distribution des
valeurs de l'indicateur de pollution, correspondant au niveau non
dépassé au cours des 91 jours les moins « pollués »
de l'année ; P50 = médiane ;
P75 = 75e percentile de la distribution des
valeurs de l'indicateur de pollution, correspondant au niveau
atteint ou dépassé au cours des 91 jours les plus
« pollués » de l'année.
Tableau 3. Indicateurs de
pollution photo-oxydante dans les neuf zones d'étude
|
Zones
|
NO2 (moy-24h)*
|
O3 (moy-8h)*
|
|
|
P25**
|
P50
|
P75
|
P25
|
P50
|
P75
|
|
Bordeaux
|
–
|
–
|
–
|
–
|
–
|
–
|
|
Le Havre
|
23,3
|
32,5
|
44,5
|
38,8
|
56,0
|
70,3
|
|
Lille
|
25,4
|
33,8
|
43,7
|
20,9
|
34,7
|
48,9
|
|
Lyon
|
35,8
|
47,1
|
59,8
|
30,8
|
54,7
|
82,8
|
|
Marseille
|
23,0
|
32,0
|
44,0
|
54,0
|
76,0
|
102,0
|
|
Paris
|
45,6
|
54,4
|
65,2
|
13,7
|
30,4
|
52,1
|
|
Rouen
|
22,6
|
30,7
|
40,2
|
43,9
|
63,6
|
81,8
|
|
Strasbourg
|
38,0
|
47,0
|
58,0
|
22,0
|
50,0
|
82,0
|
|
Toulouse
|
21,5
|
28,3
|
37,4
|
52,6
|
71,3
|
93,2
|
* Concentrations ambiantes exprimées en µg/m3 ;
** P25 = 25e percentile de la distribution des
valeurs de l'indicateur de pollution, correspondant au niveau non
dépassé au cours des 91 jours les moins « pollués »
de l'année ; P50 = médiane ;
P75 = 75e percentile de la distribution des
valeurs de l'indicateur de pollution, correspondant au niveau
atteint ou dépassé au cours des 91 jours les plus
« pollués » de l'année.
Pour les trois niveaux de référence choisis (figures 1 à 3), le nombre de décès
anticipés attribuables à la pollution atmosphérique est rapporté à
100 000 habitants.
Le terme « décès anticipés » correspond à des décès
dont la survenue a été précipitée par une sur-exposition de courte
durée à la pollution atmosphérique, cette sur-exposition étant
relative au niveau de référence choisi. Ces décès auraient eu lieu
à une date ultérieure si le niveau d'exposition avait été égal au
niveau de référence.
Pour l'ensemble des neuf villes, le nombre annuel de décès
anticipés attribuables à des niveaux de pollution atmosphérique
supérieurs à 10 µg/m3 est de 2 786 pour la
mortalité totale, 1 097 pour la mortalité cardio-vasculaire et
316 pour la mortalité respiratoire (figure 1). Le nombre de
décès anticipés qui auraient pu être évités si les niveaux moyens
de pollution avaient été réduits de 50 % est estimé à
1 834 pour la mortalité totale, 705 pour la mortalité
cardio-vasculaire et 209 pour la mortalité respiratoire (figure 2). Si le
niveau moyen de pollution avait été réduit de 10 %, ces
chiffres seraient de 367 pour la mortalité totale, 141 pour la
mortalité cardio-vasculaire et 42 pour la mortalité respiratoire
(figure 3).
D'une manière générale, ce sont les indicateurs de pollution
photo-oxydante (NO2, O3) qui, le plus
souvent, conduisent au nombre de cas attribuables le plus élevé. À
Bordeaux, les résultats n'ont pas pu tenir compte de ce type de
pollution, ce qui explique, en partie, les taux annuels peu élevés
dans cette ville.
À titre illustratif, l'impact sur les hospitalisations pour
pathologie respiratoire chez les 0-14 ans est présenté dans la
figure 4. Les
niveaux de référence choisis sont les mêmes que pour la mortalité.
Les données d'exposition, pour la période d'étude des admissions
hospitalières, n'étaient pas disponibles pour la ville de Bordeaux.
Le nombre total d'admissions hospitalières qui auraient pu être
évitées, si les indicateurs de pollution avaient été ramenés à
10 µg/m3, est estimé à 748 pour l'ensemble des huit
autres villes. Le nombre d'admissions hospitalières qui auraient pu
être évitées si, dans chaque ville, les niveaux moyens de pollution
avaient été réduits de 50 % est estimé à 531. Ce nombre est de
106 pour un scénario de réduction des niveaux moyens de pollution
de 10 %.
Discussion
Validité de la démarche
La démarche d'évaluation d'impact sanitaire n'est applicable que
lorsque la relation exposition/risque est de nature causale.
Concernant les risques à court terme de la pollution atmosphérique
urbaine, la démonstration épidémiologique, établie par la constance
et la cohérence des associations rapportées dans la littérature, a
confirmé le rôle contributif de la pollution atmosphérique dans la
survenue d'événements sanitaires au sein d'une population [14, 15],
bien que les mécanismes étiopathogéniques mis en jeu ne soient pas
tous connus.
Habituellement, dans la plupart des évaluations de risque
sanitaire, la démarche repose sur l'utilisation de relations
exposition/risque établies « ailleurs », ce qui pose la
question de la validité de l'application de ces relations à la
population étudiée [16]. Ici, les relations exposition/risque
fournies par le PSAS-9 sont issues de données françaises et sont
obtenues par l'analyse combinée d'estimateurs locaux, cette analyse
prenant en compte, le cas échéant, l'hétérogénéité observée entre
les RR des différentes villes [1, 2, 8]. De plus, les neuf villes
du dispositif ont été choisies, entre autres, pour leurs contrastes
en matière de situation géographique et climatique et de sources de
pollution urbaine. Enfin, les méthodes de mesure de la pollution
atmosphérique urbaine et d'enregistrement des données sanitaires
concernées sont aujourd'hui harmonisées à l'échelle nationale [17].
Cette méthode d'élaboration permet raisonnablement de penser que
les RR utilisés pour la mortalité sont représentatifs de la
diversité des situations urbaines françaises et qu'ils peuvent
s'appliquer à l'ensemble des agglomérations de l'hexagone
bénéficiant d'une association agréée de surveillance de la qualité
de l'air.
Concernant le calcul du nombre de cas attribuables, la méthode
repose sur le principe de la linéarité de la relation
exposition/risque. En effet, le plus souvent, les relations
estimées dans le cadre du PSAS-9 ne s'écartent pas
significativement de la linéarité [2] pour l'étendue des
concentrations observées. Dans la littérature, la linéarité de la
relation est débattue pour les « fortes valeurs »
[18-20]. Cette question rejoint celle de la validité de
l'application de relations exposition/risque à des contextes
différents de ceux où elles ont été établies, notamment en termes
de population, de nature et de niveau de la pollution atmosphérique
rencontrés. Dans le cas des agglomérations françaises utilisant les
risques relatifs issus du PSAS-9, cette question se pose moins.
L'EIS est par ailleurs cohérente avec les pratiques
internationales : de plus en plus utilisée dans les pays
industrialisés [21-24], elle est encouragée par l'OMS [25, 26] et
le programme APHEIS (Air Pollution and Health: a European
Approach) l'applique à l'échelle de 26 villes européennes
[27]. APHEIS a mis en place un réseau rassemblant professionnels de
l'environnement et de la santé au niveau local, régional et
national dans 12 pays européens. Ce réseau effectue une
surveillance épidémiologique par le recueil permanent des
informations sanitaires (mortalité, admissions hospitalières) et
métrologiques (concentrations urbaines en particules) destinées aux
évaluations de l'impact sanitaire de la pollution atmosphérique
dans les 26 villes concernées. La méthode d'EIS y est
similaire à celle du PSAS-9.
Signification des résultats
Les effets des différents indicateurs de pollution n'étant pas
indépendants (absence de spécificité de la relation, colinéarité
des concentrations de polluants), le nombre de cas attribuables à
la pollution atmosphérique globale ne peut être obtenu par
l'addition des cas attribuables à chaque indicateur de pollution.
Dans ce travail, la quantification de l'impact sanitaire par le
nombre de cas attribuables le plus élevé parmi ceux calculés pour
les différents indicateurs de pollution revient à estimer la valeur
minimale de cet impact sanitaire. L'estimation la plus juste est en
effet comprise entre cette valeur et le cumul (dont la forme
mathématique est inconnue) des impacts sanitaires calculés pour
l'ensemble des indicateurs. Le caractère minimal de cette
estimation a été confirmé dans une publication récente [28]
rapportant, à Dublin, l'impact sur la mortalité de l'interdiction
de vente et de distribution de charbon. Cette mesure de réduction
de la pollution atmosphérique représentait un indicateur indirect
du niveau global de la pollution acido-particulaire et a constitué
la variable d'exposition. Les résultats ont montré un gain
sanitaire supérieur à celui calculé par la méthode
« classique » d'EIS (utilisée dans le PSAS-9).
Les RR élaborés dans le cadre du PSAS-9 concernent
principalement les relations à court terme entre l'exposition à la
pollution atmosphérique urbaine et le risque de décès. Les décès
attribuables calculés par l'EIS sont des décès liés à l'exposition
des jours précédents et anticipés par rapport à leur date
hypothétique de survenue (voir le paragraphe Résultats). Le
nombre de décès attribuables n'est donc pas un excès absolu de
décès sur un an, le délai d'anticipation, ou années potentielles de
vie perdue, n'étant pas accessible par la méthodologie utilisée
dans les études temporelles [29, 30]. Néanmoins, il s'agit bien
d'un nombre annuel de décès anticipés. Au cours de la phase II du
PSAS-9 [1], des analyses complémentaires ont estimé les
risques associés à une exposition cumulée de six jours : ces
risques relatifs sont supérieurs à ceux estimés pour une exposition
de deux jours. Cela signifie qu'un excès de risque de mortalité
observé un jour donné en rapport avec une élévation de la pollution
atmosphérique n'est pas compensé par une diminution de risque dans
les jours qui suivent (harvesting effect) ou, en d'autres
termes, que les décès en rapport avec la pollution atmosphérique ne
sont pas des décès qui concernent uniquement des personnes qui
« de toutes façons » seraient décédées dans les
24 heures. Si l'harvesting effect semble expliquer une
part marginale des décès liés aux pathologies respiratoires
chroniques et attribués à la pollution atmosphérique [31], cet
effet n'est pas observé dans le cas des décès toutes causes ou
d'origine cardio-vasculaire [32-34].
L'intérêt et l'importance, en termes décisionnels, de
l'estimation de l'excès absolu de décès annuels et, plus encore,
des années potentielles de vie perdues relatives à ces décès, sont
évidents. Cependant, le risque sanitaire à long terme de la
pollution atmosphérique ne peut être estimé que par des études de
type cohorte qui relient directement l'exposition sur de longues
périodes et la durée de survie des populations exposées. La prise
en compte de longues expositions cumulées contraint à disposer
d'une variabilité de l'exposition non plus temporelle mais spatiale
entre plusieurs zones géographiques présentant idéalement des
concentrations ambiantes contrastées. On retrouve alors les limites
inhérentes aux comparaisons de populations différentes : le
contrôle, difficile, de l'ensemble des facteurs de confusion
(individuels et écologiques) et les biais de classification
relatifs à l'exposition. Par ailleurs, ce schéma d'étude ne permet
pas de distinguer les décès liés à l'effet à court terme de
l'exposition et ceux liés à l'effet cumulatif à long terme, mais
estime le nombre total de cas en excès. Enfin, le nombre d'études
de cohortes ayant produit des relations exposition/risque en
population générale reste encore limité (quatre études) et
celles-ci ne concernent, pour la plupart, que les particules
[35-39].
Au total, l'évaluation de l'impact à court terme de la pollution
atmosphérique urbaine est un calcul qui, bien que réalisé sous une
hypothèse minimaliste, conserve son utilité pour la prise de
décision vis-à-vis des niveaux ambiants de pollution atmosphérique
de référence qui peuvent être fixés comme objectifs au niveau
national ou local.
Conclusion
D'une manière générale, les résultats de l'EIS constituent un
outil de gestion des risques : ils permettent d'apporter aux
décideurs des éléments quantifiés d'information sanitaire
– nombre de cas attribuables ou attendus liés à une exposition
par exemple – et ainsi, de les éclairer dans les choix
politiques de prévention et de réduction des risques devant être
mis en œuvre, tant au niveau national que local. Depuis la parution
de la loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie [40],
la démarche d'évaluation de l'impact sanitaire de la pollution
atmosphérique urbaine constitue un outil d'aide à la décision pour
les différents plans loco-régionaux de gestion de la qualité de
l'air initiés par cette loi. En premier lieu, les plans régionaux
de la qualité de l'air, concernant la région tout entière, doivent
explicitement s'appuyer sur une évaluation de la qualité de l'air
mais aussi de ses effets sur la santé. Par ailleurs, si l'objectif
des plans de protection de l'atmosphère concernant au moins toutes
les agglomérations de plus de 250 000 habitants, est
seulement de ramener (ou de maintenir) les concentrations en
polluants à un niveau inférieur aux valeurs limites définies au
niveau européen [41, 42], la quantification de l'impact sanitaire
peut amener ce plan à renforcer les objectifs de qualité de l'air
localement [43]. Dans le cadre des plans de déplacements urbains
concernant les agglomérations de plus de
100 000 habitants, la quantification de l'impact
sanitaire de la pollution atmosphérique peut également éclairer les
choix. En effet, des expériences de modélisation des évolutions du
trafic et de leur impact sur la qualité de l'air ambiant urbain ont
été réalisées pour différentes options d'aménagement urbain [33].
Il apparaît alors utile, au plan de la santé publique, de compléter
ces éléments d'information par l'évaluation de l'impact sanitaire
des différentes orientations envisagées.
De façon plus générale, pour l'ensemble de ces plans, le gain
sanitaire de mesures prises pour la réduction de la pollution
atmosphérique peut désormais être estimé [6, 15]. Par ailleurs, la
réalisation d'EIS répétées dans le temps sur les mêmes zones peut
donner des indications sur l'évolution de l'impact sanitaire de la
pollution atmosphérique, même si, compte tenu de l'évolution des
caractéristiques de population urbaine (migrations), de pollution
atmosphérique locale (suppression de sources spécifiques, évolution
qualitative du parc automobile) et de l'avancée des connaissances
scientifiques, les résultats quantitatifs ne sont pas directement
comparables. Enfin, la généralisation d'EIS au niveau des
agglomérations permettrait de connaître de façon fine l'impact
sanitaire de la pollution atmosphérique urbaine à une échelle
nationale et contribuerait ainsi à la réflexion européenne sur les
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