John Libbey Eurotext

Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Typologie du paludisme en Afrique Volume 3, numéro 4, Juillet-Août 1993

Auteurs
ORS-TOM, 213, rue La Fayette, 75010 Paris, France, DLMT/OMS, 1211 Genève 27, Suisse, Institut de médecine tropicale, Anvers, Belgique, OMS-Bureau régional pour l’Afrique, Brazzaville, Congo, Les Ulis, Yvelines, France.
  • Page(s) : 220-38
  • Année de parution : 1993

Les résultats très inégaux des campagnes de lutte antipaludique ont fait ressortir la diversité épidémiologique du paludisme et la nécessité d’adapter les stratégies d’interventions aux diverses situations. Cette diversité est due, certes, aux espèces parasitaires et à la réponse des populations face à l’infection, mais surtout aux modalités de la transmission qui provoquent à la fois les phénomènes morbides et les réactions de défense de l’homme. La transmission est liée à la présence de vecteurs plus ou moins compétents, à leur abondance et à leur rythme saisonnier, facteurs qui dépendent tous, à différents niveaux, de l’environnement. Au niveau intercontinental, la biogéographie régit la répartition des diverses espèces d’anophèles. Dans l’Afrique intertropicale, on trouve partout An. gambiae s.s. ou An. arabiensis ou An. funestus et, plus souvent, plusieurs de ces espèces ensemble. C’est pourquoi ce continent constitue un énorme foyer ininterrompu de Plasmodium falciparum qui produit 85 % des cas de paludisme du monde alors qu’il n’héberge que 8 % de sa population. Au niveau régional, et dans l’Afrique intertropicale en particulier, le paludisme présente plusieurs faciès épidémiologiques : - les faciès équatorial et tropical où le paludisme est stable. Toute la population est touchée et développe une prémunition pendant la prime enfance au prix d’une mortalité infanto-juvénile élevée, les adultes sont ensuite peu touchés par la maladie ; - les faciès sahélien où la stabilité du paludisme est intermédiaire ; - les faciès sahélo-saharien, austral et montagnard, où le paludisme est instable. L’irrégularité de la transmission n’entraîne pas le développement d’une prémunition et, au cours de certaines années pluvieuses et/ou chaudes, des épidémies, touchant toutes les classes d’âges, peuvent éclater. Quatre de ces faciès se retrouvent à Madagascar. Les autres îles périafricaines se rattachent à l’un ou l’autre de ces types. Au niveau local, ces faciès peuvent être localement modifiés par les cours d’eau, les reliefs et les sols. Quant à l’anthropisation du milieu, elle se traduit par une modification des couverts végétaux (notamment la déforestation), des modifications du réseau hydrographique (forages, barrages, irrigation), et par l’urbanisation. En ville, il y a beaucoup moins de transmission que dans les zones rurales, l’immunité des citadins en est réduite et, lorsqu’ils sont contaminés, ils présentent souvent des formes graves de la maladie. Il faut également tenir compte des facteurs événementiels que sont les catastrophes naturelles et les changements climatiques, les déplacements des travailleurs et des réfugiés politiques, ainsi que les traitements insecticides. Le développement rapide des transports crée un risque d’importation de parasites et de vecteurs dans le monde entier. Les facteurs intervenant au niveau local, avec l’anthropisation du milieu, ont des conséquences différentes suivant les faciès où ils se produisent et, a fortiori, suivant les régions biogéographiques. La riziculture irriguée, par exemple, a provoqué une épidémie de paludisme au Burundi, en faciès montagnard, où la maladie était instable ; elle a été neutre au Burkina Faso, en faciès tropical, où elle était stable. Les niveaux de diversifications rencontrés en Afrique se retrouvent dans les autres continents.