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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Traitement des ostéomyélites compliquées de l’enfant au CHU de Yopougon, Abidjan (Côte d’Ivoire) Volume 15, numéro 2, Mai-Juin 2005

Auteurs
Centre hospitalier et universitaire de Yopougon, 21 BP 632, Abidjan 21, Côte d’Ivoire

Contexte : l’ostéomyélite compliquée de l’enfant est difficile à traiter et est responsable de séquelles fonctionnelles importantes. Objectif : rapporter les aspects épidémiologiques, cliniques, paracliniques et les résultats du traitement des complications des ostéomyélites de l’enfant. Population d’étude et méthode : une étude rétrospective monocentrique de dossiers d’ostéomyélites compliquées traitées de mars 2000 à mars 2004 a été menée dans l’unité orthopédique de Centre hospitalier et universitaire de Yopougon. Ont été regroupées sous la terminologie d’ostéomyélites compliquées, toutes les lésions évolutives d’une ostéomyélite aiguë. Les paramètres étudiés étaient : épidémiologiques (âge, sexe, origine), cliniques (fièvre, type d’ostéomyélite compliquée), paracliniques (numération formule sanguine, NFS ; C-réactive protéine, CRP ; bactériologique ; radiologiques), thérapeutiques (antibiothérapie, traitement chirurgical et orthopédique), résultats du traitement (guérison, séquelles). Résultats : quarante-deux ostéomyélites compliquées ont été traitées au cours de la période d’étude. Le sex-ratio était de 1, l’âge moyen était de 7 ans et 5 mois. Trente pour cent des enfants provenaient du service d’hématologique clinique. Soixante pour cent des enfants étaient d’origine malinké (nord de la Côte d’Ivoire). Le délai moyen de la première prise en charge spécialisée était de 7 mois avec des extrêmes de 5 jours à 5 ans. Soixante pour cent des enfants avaient une fièvre supérieure ou égale à 38,5 °C, 32 enfants (76 %) présentaient une ostéomyélite fistulisée, et 10 enfants (24 %) avaient une ostéomyélite sans fistule. Dix enfants (23 %) avaient une hémoglobinopathie. La radiographie a montré des fractures pathologiques dans 13 cas (31 %), des séquestres dans 17 cas (41 %), des pandiaphysites dans 12 cas (28 %). Les lésions prédominaient au fémur et à l’humérus. Les bactéries responsables étaient dominées par le Staphylococcus aureus et les salmonelles. Une biantibiothérapie associant céphalosporines de troisième génération et aminosides a été nécessaire dans 19 cas d’ostéomyélites fistulisées (60 %) et dans 3 cas d’ostéomyélites non fistulisées fébriles (30 %). Le traitement chirurgical a consisté en une fistulectomie dans 94 % des cas pour les ostéomyélites fistulisées et en une séquestrectomie dans 47 % des cas. Les fractures pathologiques ont été traitées dans plus de la moitié des cas par une immobilisation plâtrée. Sept séquestres ont été réhabilités par l’immobilisation plâtrée. Soixante-quinze pour cent des enfants traités par une fistulectomie ont guéri avec une cicatrisation de fistule. Les séquelles étaient dominées par les déviations d’axe du membre. Conclusion : les complications évolutives des ostéomyélites aiguës sont dues à des erreurs diagnostiques qui entraînent le retard thérapeutique dans la majorité des cas. Le traitement chirurgical des deux principales lésions, la fistule et le séquestre osseux, encadré par une biantibiothérapie et complété par une immobilisation plâtrée assure la guérison complète dans plus de la moitié des cas.