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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

Thyréopathies en Afrique subsaharienne Volume 17, numéro 1, Janvier-Février-Mars 2007

  • Auteur(s) : El Hassane Sidibé , Centre médical Marc Sankalé, BP 5062, Fann Dakar, Sénégal
  • Mots-clés : carence en iode, goitre, hyperthyroïdie, hypothyroïdie, iode, malnutrition, thérapeutique, thyroïde
  • Page(s) : 33-9
  • DOI : 10.1684/san.2007.0058
  • Année de parution : 2007

La pathologie de la glande thyroïde dépend de l’environnement ainsi que le montre l’influence de l’enclavement, ainsi que de l’absence d’autosuffisance alimentaire en Afrique subsaharienne qui sont des facteurs d’apparition et de persistance du goitre par carence iodée. Il s’y ajoute actuellement des pathologies cosmopolites. Une majorité de femmes est concernée (94,2 %) avec une prédominance de goitre euthyroïdien (54,7 %) suivi de la maladie de Basedow (13,1 %), de l’hypothyroïdie (8,8 %), des thyroïdites (6,6 %), des goitres toxiques multinodulaires (6,6 %) et des goitres non classés (10 %) (Gabon). Le manque de moyens des laboratoires d’hormonologie et de médecine nucléaire, le retard diagnostic qui explique les goitres compressifs ou récidivants, et au premier plan le goitre endémique, sont caractéristiques en Afrique. Chez l’enfant et l’adolescent, la mortalité infantile est augmentée avec hypothyroïdie congénitale ou acquise ainsi qu’un retard du développement physique ou mental. La prévalence du goitre endémique dans les enquêtes toutes récentes montre, selon la localité ou la région, qu’à Sekota/Éthiopie elle est de 28,6 % (communauté), qu’au Sahel/Soudan elle est de 64 à 70 % (âgés de 10 à 20 ans), au Kwazulu-Natal de 20-29 % (écoliers) ; au Langkdof/Namibie de 14,3-30,2 % (écoliers) ; au Plateau State/Nigeria 0,21 % de crétins ; à Zitenga/Burkina Faso de 55,2 % (210 personnes 0 à 45 ans) et à Hararé, Wedza/Zimbabwe de 10 % (nouveau-né TSH >10,1 μUI/mL). La prévalence du goitre est de 43,6 % chez les enfants émigrés d’Éthiopie vers Israël. Le millet des zones semi-arides contient de l’apigénine à raison de 150 mg/kg et de la lutéoline à raison de 350 mg/kg pouvant interférer avec la fonction thyroïdienne. Les effets délétères de la cassava sont mieux connus : le fait de moudre la cassava réduit le potentiel goitrigène. La carence iodée, la carence en sélénium et l’effet des thiocyanates de la cassava s’ajoutent au rôle de la teneur en ion à la fois du sol et de l’eau de boisson. L’hyperthyroïdie a actuellement triplé ses indications en chirurgie (18,5 % de toutes les opérations sur la thyroïde) et s’observe de nos jours chez des sujets de plus de 50 ans d’origine rurale principalement, et d’étiologie basedowienne 25 fois sur 51 cas. La maladie de Basedow chez la femme jeune peut rendre la grossesse pathologique imposant la recherche de la dose minimale d’antithyroïdiens. Le carbimazole entraîne 61 % de rémission dans la maladie de Basedow. L’hypothyroïdie peut être auto-immune et souvent de forme patente parce qu’insuffisamment dépistée en Afrique (24 cas dakarois : 1984 ; 37 autres décrits en 1998 par nous-mêmes). Dans la pathologie tumorale, le nodule solitaire chez 89 patients de Khartoum comportait un goitre simple dans 72 % des cas, un adénome folliculaire dans 13,5 % des cas, un cancer dans 13,5 % des cas dont 12 cas sont répartis ainsi : folliculaires dans 6 cas, papillaires dans 5 cas, et anaplasiques dans 1 cas. Pour le cancer thyroïdien, le sex ratio est de 0,22 en faveur des femmes à Ouagadougou. Les sujets de 40 ans sont le plus souvent concernés. Le cancer thyroïdien à Ibadan concernait le carcinome papillaire, atteignant 45,3 % des cas ; les formes folliculaires s’observaient chez 44,5 % des cas. Cinq pour cent de cancer médullaire (7 cas) dans cette série avec un âge moyen de 34 ans s’ajoutent aux 4 cas d’Afrique francophone subsaharienne. Le rôle de la carence iodée a été évoqué car le cancer folliculaire dans la région sud-africaine concerne jusqu’à 55 % des cas de cancer de la thyroïde. Le niveau socio-économique bas et la forte prévalence des stades avancés et de carcinome anaplasique sont signalés en Algérie. L’iodate de potassium oral est préconisé : 30 mg d’iodate par mois ou 8 mg toutes les deux semaines. Des formes huileuses ont la faveur de certains auteurs, de même que l’association de l’iode au sucre et l’iodation de l’eau de boisson qui s’ajoutent aux méthodes proposées de désenclavement. En conclusion, la pathologie thyroïdienne est dominée par la carence iodée et les goitrigènes alors que l’émergence de l’hyperthyroïdie en particulier basedowienne, de l’hypothyroïdie auto-immune atrophique et des cancers thyroïdiens s’affirme. L’insuffisance d’infrastructures de transport, d’hormonologie et de médecine nucléaire constitue un défi de santé publique.