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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

Pourquoi le prix des médicaments est élevé dans les pays d’Afrique subsaharienne. Analyse de la structure des prix : l’exemple du Sénégal Volume 15, numéro 1, Janvier-Février-Mars 2005

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  • Auteur(s) : Jean Marc Guimier, Danielle Candau, Michel Garenne, Louis Teulières , Consultant, 5 avenue Bartholoni 74140 Sciez, Consultante, Institut de recherche pour le développement (IRD), Institut Santé et développement (ISD), 15, rue de l’École de médecine, 75006 Paris, Direction des Affaires internationales, 88, rue de la Faisanderie, 75016 Paris
  • Mots-clés : Médicament, coût, accès au médicament, politique de santé, Sénégal
  • Page(s) : 41-52
  • Année de parution : 2005

À partir de l’analyse de la structure des prix des médicaments commercialisés au Sénégal dans les secteurs public et privé et des mécanismes de fixation des prix en vigueur, cet article apporte un éclairage sur les raisons pour lesquelles, dans ce pays d’Afrique subsaharienne fortement touché par la pauvreté, le prix des médicaments est si peu corrélé au pouvoir d’achat de la population. L’analyse s’appuie sur : la comparaison des prix grossiste hors taxe (PGHT) et des prix publics des médicaments commercialisés dans la filière privée du Sénégal avec ceux de leur pays d’origine (la France) ; les mécanismes de formation des prix publics au Sénégal dans les filières de distribution publique et privée ; la comparaison des prix publics au Sénégal dans les deux filières de distribution et, l’appréciation du niveau des prix publics par les patients et par les professionnels en charge de la dispensation, dans les deux filières. Les principaux éléments présentés montrent que : i) la dépense des patients serait près de 5 fois moins élevée si tous les produits de l’échantillon étaient vendus aux prix publics des points de vente du secteur public ; ii) il n’y a pas de relation entre le prix des médicaments et leur service médical rendu (SMR) : les médicaments présentant le meilleur SMR ont des prix publics inférieurs à ceux, non remboursés en France, considérés comme moins pertinents en termes de SMR ; iii) le mécanisme de formation du prix public semble déconnecté des objectifs de santé publique : il est monolithique et non différencié en fonction de groupes spécifiques de population, de pathologies cibles ou encore de l’intérêt thérapeutique des médicaments, et ne constitue pas un outil de mise en œuvre de la politique du médicament ; ce mécanisme constitue d’autre part, un facteur incitatif à vendre les médicaments les plus chers de façon à générer les produits à marge élevée, et ce faisant, il ne privilégie aucunement les médicaments essentiels génériques que les autorités sanitaires ont placés au centre de leur politique pharmaceutique.