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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Mise en place d'un système de surveillance de la chimiorésistance de Plasmodium falciparum à Yopougon (Abidjan) : étude in vivo de la sensibilité à la chloroquine et évaluation de la résistance à la pyriméthamine après analyse de la mutation ponctuelle du gène de la dihydrofolate réductase Volume 12, numéro 4, Octobre - Décembre 2002

Auteurs
Laboratoire de microbiologie, Institut national de santé publique (Abidjan), BP V43 Abidjan, Côte d'Ivoire

Endémie majeure en Côte d´Ivoire, le paludisme est l'une des premières causes de mortalité et de morbidité en Afrique tropicale. Cette situation est exacerbée par la résistance confirmée de Plasmodium falciparum aux antipaludiques usuels (chloroquine, sulfadoxine-pyriméthamine). La mise au point de techniques applicables sur le terrain a permis un contrôle efficace de la chimiorésistance à Yopougon, une des communes d'Abidjan. Nous avons évalué pendant trois mois la sensibilité in vivo de P. falciparum à la chloroquine chez 42 enfants âgés de moins de 5 ans atteints de paludisme non compliqué. Le test in vivo de 14 jours de l'OMS a révélé un indice plasmodique de 84,3 %, un indice d'infection à P. falciparum de 97,7 %, contre 2,3 % pour P. malariae. Par ailleurs, 21,4 % d'échec thérapeutique précoce (ETP) ont été enregistrés, contre 78,6 % de réponse clinique adéquate (RCA). Aussi avons-nous obtenu, à la fin de l'étude, une clairance de la parasitémie et de la fièvre. Néanmoins, 4,8 % des enfants suivis étaient porteurs de gamétocytes de P. falciparum. L'analyse du gène de la dihydrofolate réductase (dhfr) des isolats de P. falciparum à sensibilité connue par rapport à la chloroquine a donné 44,5 % d'isolats mutants purs (la sérine en position 108 du gène de la dhfr est substituée par l'asparagine) potentiellement résistants à la pyriméthamine, 3,7 % d'isolats sauvages/mutants et 51,8 % d'isolats dits sauvages. Les résultats obtenus en utilisant la chloroquine en test in vivo prouvent que la résistance de P. falciparum à cet antipaludique est une réalité à Abidjan comme ailleurs en Afrique de l'Ouest. Par ailleurs, la proportion non moins importante d'isolats mutants en circulation dans cette zone suggère une intensification de la surveillance de la chimiorésistance de P. falciparum aux antipaludiques de deuxième recours, telle que l'association sulfadoxine-pyriméthamine dans le traitement du paludisme. Une future approche sera de coupler l'étude in vivo de la chimiosensibilité à la sulfadoxine-pyriméthamine à l'analyse du gène de la dihydrofolate réductase et de la dihydroptéroate synthétase de P. falciparum.