John Libbey Eurotext

Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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La diffusion anthropique des arthropodes vecteurs de maladie dans le monde Volume 5, numéro 5, Septembre-Octobre 1995

Auteurs
Inspecteur général de recherches, honoraire de l’Orstom, 213, rue Lafayette, 75010 Paris, France, Chef du service de microbiologie. Centre hospitalier Robert Ballanger, 93602 Aulnay-sous-Bois, France, Médecin général, MCAC, Ambassade de France, Niamey, Niger.
  • Page(s) : 293-8
  • Année de parution : 1995

La répartition des espèces animales et végétales est le résultat d’une longue évolution modulée par les mouvements tectoniques et les phénomènes climatiques. Mais, depuis son apparition, l’homme a modifié la chorologie de nombreuses espèces, en particulier les vecteurs d’agents pathogènes. Au cours de son expansion hors de ses foyers originels d’Afrique, il a amené ses ectoparasites, poux et gales. Au néolithique, avec la domestication du bétail, il a contribué à la diffusion de leurs parasites, tiques, poux et mallophages. Des commensaux, puces, punaises, triatomes, blattes se sont adaptés aux habitations permanentes et/ou temporaires et ont suivi l’homme au cours de ses migrations. Dès le second millénaire, la navigation à voile s’est accompagnée de la diffusion des espèces qui se reproduisent sur les bateaux ou résistent aux voyages : Cultx quinquefasciatus, Aedes aegypti, Ae. albopictus. La navigation à vapeur, en raccourcissant la durée des voyages, a permis aux anophèles de voyager : Anopheles gambiae, espèce du continent africain, a ainsi pu envahir Maurice, la Réunion, le Brésil et l’Égypte, provoquant des épidémies de paludisme et parfois l’endémisation de la maladie. Le transport des vieux pneus destinés au recyclage a introduit Ae. albopictus dans les Amériques puis en Italie. La pandémie de peste de la fin du XIXe siècle s’est propagée de port en port, les rats et leurs puces, Xenopsylla cheopsis, voyageant par bateau. La navigation aérienne réduit les distances à tel point que, en moins de 48 heures, un insecte peut être transporté dans n’importe quel point du globe. Au rythme de la création des aéroports, Ae aegypti a colonisé toutes les îles de Polynésie française. Une simulie a été importée aux îles Galapagos. Des Cératopogonidés ont été introduits dans de nombreuses îles de Polynésie. Des anophèles infectés amenés dans les avions contaminent le personnel des aéroports et les riverains. Six cas ont été recensés au cours de l’été 1994 aux environs de Roissy. Les vecteurs pourraient provenir des aéroports africains. Le danger certain que constitue l’importation des vecteurs est tempéré par leurs difficultés d’acclimatation durable. Mais, dans ce domaine, les prévisions sont impossibles.