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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Fréquentation d’un centre de santé par les prostituées clandestines à Djibouti Volume 7, numéro 1, Janvier-Février 1997

Auteurs
Centre de prophylaxie, BP 3589, Djibouti, République de Djibouti, Service d’hygiène et d’épidémiologie, BP 4087, Djibouti, République de Djibouti.
  • Page(s) : 5-10
  • Année de parution : 1997

La prostitution clandestine est un phénomène dont l’ampleur est difficile à évaluer. À cause de leur clandestinité, et souvent de leur faible niveau d’instruction, le suivi médical des prostituées est difficile. Un centre spécialisé pour le traitement des maladies sexuellement transmissibles, particulièrement chez les prostituées et leurs clients, existe depuis 1963 à Djibouti. Nous avons cherché à évaluer, à partir des données disponibles, comment les clientes utilisent le centre. Il s’agit d’une population composée de femmes jeunes (moyenne : 23 ans) dont la moitié a charge d’enfants et 6/10 sont séparées ou divorcées. Quatre-vingt-onze pour cent des personnes incluses étaient de nationalité éthiopienne et 73 % d’entre elles habitaient dans le même quartier de la ville. Près de la moitié des patientes testées étaient séropositives pour le VIH. La durée de surveillance avant la première consultation était très variable (médiane : 12 mois) et celle de la prostitution brève (médiane : 3 mois). Le motif de la première consultation était, le plus souvent, bénin. Parmi les personnes inscrites au centre en 1993, la moitié n’est venue qu’une fois, la durée de suivi pour les autres était en moyenne de 8 mois pour 3,7 consultations par personne alors que 20 personnes sont venues plus de dix fois, représentant près d’un tiers des consultations données à d’anciennes patientes. Seules ces personnes se rapprochent de l’intervalle entre consultations de 1 mois qui est conseillé lors de la consultation initiale. Les autres patientes semblaient consulter irrégulièrement, en cas de besoin seulement. Les statistiques d’activité de routine avec décompte séparé des nouvelles et anciennes consultantes donnaient une impression faussement optimiste avec une augmentation globale du nombre de consultantes et un pourcentage d’anciennes consultantes passé de 42 à 69 % entre 1988 et 1994. Il est difficile d’évaluer le suivi d’une population motivante. En dehors d’une petite proportion de personnes « fidélisées », la moitié des consultantes ne sont venues qu’une fois et il y a certainement là un manque d’accessibilité qui peut être lié soit au mode de fonctionnement du centre, soit à l’absence d’activités de contact sur le terrain.