John Libbey Eurotext

Revue de neuropsychologie

Vieillir en situation de précarité : quel impact pour les fonctions cognitives ? Volume 9, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2017

Auteurs
Université de Bordeaux
Inserm, Bordeaux Population Health Research Center
UMR 1219, 146 Rue Léo-Saignat
33000 Bordeaux, France
  • Mots-clés : personne âgée, statut socio-économique, cognition, études de cohorte
  • DOI : 10.1684/nrp.2017.0432
  • Page(s) : 261-4
  • Année de parution : 2017

Dans le domaine de la recherche biomédicale, la précarité est souvent définie à partir d’indicateurs socio-économiques tels que le niveau d’études, l’emploi ou les revenus. Pour autant, plusieurs définitions soulignent la nécessité de prendre en compte des variables psycho-sociales pour caractériser de manière adéquate des « conditions de vie » en situation de précarité. Que cette dernière soit mesurée à l’échelle individuelle ou géographique (c’est-à-dire au niveau du bassin de vie dans lequel vit la personne), la précarité est largement reconnue dans la littérature comme étant associée à un risque de mortalité accru, ainsi qu’à un état de santé défavorable. Dans le domaine du vieillissement, son impact sur la cognition semble moins consensuel. Mesurée à l’échelle de l’individu (précarité individuelle), la littérature s’accorde à dire qu’elle est associée à un déclin cognitif accéléré ainsi qu’à un risque augmenté de développer une démence. Mesurée à l’échelle du bassin de vie (précarité géographique), la littérature rapporte des résultats contradictoires concernant son effet sur la cognition de l’adulte âgé. En réponse à ce constat, une recherche a étudié l’impact respectif de la précarité psycho-socio-économique individuelle et de la précarité géographique mesurées chez les mêmes individus, suivis de manière longitudinale, sur le risque de développer une démence. Cette étude confirme un sur-risque de démence chez les sujets en situation de précarité individuelle mais ne montre pas de sur-risque chez ceux vivant dans une commune pouvant être considérée comme précaire. Ces travaux plaident en faveur de l’importance des déterminants individuels de la précarité dans l’apparition du déclin cognitif et de la démence et ouvrent la voie d’interventions psychosociales individualisées à destination des personnes âgées précaires.