John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique / Pédiatrie

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Conduite de l'utilisation des antibiotiques en milieu hospitalier Volume 5, numéro 1, Janvier - Février 2002

Auteur
Réanimation pédiatrique Hôpital de Bicêtre 78 rue du Général Leclerc 94275 Le Kremlin Bicêtre, France.
  • Mots-clés : Antibiotiques, résistance microbienne, antibioprophylaxie, infection nosocomiale, évaluation, écologie microbienne.
  • Page(s) : 17-24
  • Année de parution : 2002

Les bactéries, comme Charles Nicolle l'avait souligné [1], sont des êtres vivants qui s'affrontent ou coexistent avec d'autres êtres vivants. Apparues avant les vertébrés, elles ont hérité d'une remarquable robustesse, fruit d'une sélection naturelle bien plus ancienne. Leur nombre, leur rapide reproduction, et surtout la grande plasticité de leur génome les avantagent dans la lutte engagée contre les infections qu'elles provoquent. Pour les combattre, les médecins disposent schématiquement de trois moyens : * La prévention, reposant en priorité sur l'observance des règles de l'hygiène. * La mobilisation des défenses des individus, entre autres par les vaccinations. * Le recours à des substances apportées de l'extérieur, au premier rang desquelles se trouvent les antibiotiques. Il peut d'ailleurs exister une certaine synergie entre les défenses du patient et les agents exogènes. La stratégie de la lutte contre les infections repose sur ces trois composantes, alors que la conduite de l'antibiothérapie relève plutôt du domaine de la tactique. Comme dans l'art militaire, les médecins doivent connaître au mieux leurs adversaires que sont les bactéries, et aussi, avoir la maîtrise complète des armes que sont les antibiotiques. Pour chaque antibiotique, il leur faut tout savoir, d'une part des caractéristiques, du métabolisme et de la diffusion chez le patient qui les reçoit, et d'autre part, des effets sur les bactéries, des répercussions pour le patient, et aussi du coût. Concrètement, il leur appartient d'en porter l'indication, d'en faire un choix adapté, de définir les modalités comme la durée de leur utilisation, et de vérifier leur efficacité, en étant prêts à les remplacer éventuellement. Comme disait le stratège qu'était le maréchal Foch, l'objectif est aussi de réaliser une économie de moyens. Le propos présent concerne l'utilisation des antibiotiques pour la seule activité hospitalière. Deux caractéristiques la séparent de celle qui est exercée à l'extérieur [2] : * Les médecins hospitaliers disposent d'antibiotiques plus diversifiés, de larges moyens de diagnostic, de contrôle et d'évaluation, et en outre profitent de l'expérience qu'apporte le travail en équipe multidisciplinaire. * En revanche, en milieu hospitalier, surtout dans les unités où se concentrent les malades les plus fragiles, l'écologie microbienne est bouleversée sous l'effet des antibiotiques, avec l'émergence de germes qui ont trouvé les moyens d'en limiter, voire d'en annihiler l'efficacité [3]. Les antibiotiques peuvent alors apporter un concours paradoxal à une guérilla sournoise : l'infection nosocomiale, qui profite des brèches dans les moyens de défense des patients et des éventuelles défaillances de l'organisation ou du fonctionnement des services. En matière d'antibiotiques, il revient aux médecins hospitaliers et à tous ceux avec lesquels ils collaborent de rester toujours rigoureux et vigilants. En dépassant le cadre des soins individuels et en anticipant, leur vision doit aller au-delà du court terme, et se soucier pour l'avenir des retombées ultérieures et collectives de leurs options.