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Médecine et Santé Tropicales

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Médecines alternatives, croyances et prise en charge des personnes vivant avec le VIH au Gabon Volume 23, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2013

Auteurs
Université Pierre et Marie Curie, ED 393 de santé publique, 15 rue de l’École-de-Médecine, 75006 Paris, Unité mixte de recherche 216, Santé de la mère et de recherche sur le paludisme, 4 avenue de l’Observatoire, 75006 Paris, Direction générale de la prévention du sida, Libreville, Gabon, Croix-Rouge gabonaise, Libreville, Gabon, UMI 233 TransVIHMI, IRD UCAD Dakar, Université de Montpellier I, Université de Yaoundé
  • Mots-clés : médecines alternatives, accès aux soins, VIH/sida, croyances, santé publique, Gabon
  • DOI : 10.1684/mst.2013.0247
  • Page(s) : 403-11
  • Année de parution : 2013

Contexte. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 80 % de la population africaine a déjà eu recours au moins une fois à la médecine alternative pour des soins de santé primaire. Le Gabon est situé parmi les pays à prévalence élevée de l’infection à VIH, celle-là ayant été estimée à 5,2 % en 2011. Globalement, 22 253 personnes vivant avec le VIH (PVVIH), adultes et enfants, sont actuellement suivies, dont 9 976 sont sous ARV. Objectif. Décrire l’impact des médecines alternatives sur la prise en charge des PVVIH au Gabon. Méthodologie. Il s’agit d’une enquête transversale, descriptive, menée sur cinq mois en cumulé entre mai 2009 et septembre 2010, (1) d’une part chez des personnes vivant avec le VIH, âgées de plus de 18 ans, fréquentant certains centres de prise en charge et étant sous traitement ARV depuis au moins six mois, et ayant donné leur consentement ; (2) d’autre part auprès des médecins et soignants de ces centres. Nous avons procédé par la méthode d’échantillonnage aléatoire simple. Cette enquête s’est déroulée dans sept centres différents pour les PVVIH et les soignants, et huit centres distincts pour les médecins. Le recueil des données s’est fait avec le logiciel Epidata. Les analyses ont été faites sur SAS. Résultats. Parmi les 5 752 patients sous ARV suivis dans les sept sites concernés par l’enquête en 2009/2010, 422 PVVIH (dont 58,3 % de femmes) ont été enquêtées : 284 à Libreville (67,29 %) et 138 en provinces (32,71 %). Parmi ces PVVIH enquêtées, 90,5 % sont de confession chrétienne, dont 21,5 % issues des Églises chrétiennes, 5,7 % étant musulmans. Les 4 % restants correspondent aux patients déclarant qu’ils n’ont pas de religion. Il y a 12,5 % de médecins qui mettent leurs patients en relation avec des groupes spirituels ou religieux. Pour 29,2 % des PVVIH enquêtés (IC 95 %, 24,6-33,8 %), les ARV font disparaître le virus du sang (sans mesure de la charge virale) (p < 0,001). Les entretiens réalisés nous montrent que pour certaines PVVIH, les guérisseurs, par leurs pratiques, favorisent l’inobservance aux ARV. En outre, certaines PVVIH prônent une collaboration entre ces derniers et les médecins conventionnels. Conclusion. Notre étude a montré que la moitié des PVVIH ne connaissaient pas les procédures de mise sous traitement ARV. Les croyances sur l’infection par le VIH/sida étaient très différentes selon que la PVVIH vit en province ou à la capitale. Enfin, le contexte culturel lié aux médecines alternatives, était très présent dans les itinéraires thérapeutiques des PVVIH au Gabon. Ainsi, si les PVVIH doivent facilement accéder aux ARV, leur association avec des médecines alternatives organisées et contrôlées pourrait être bénéfique.