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Médecine thérapeutique

Tolérance immunitaire : les lymphocytes T Volume 6, numéro 7, Août - Septembre 2000

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  • Auteur(s) : Christian Boitard
  • Mots-clés : tolérance immunitaire, lymphocytes T, thymus, anergie, apoptose, auto-immunité.
  • Page(s) : 583-92
  • Année de parution : 2000

L’ étude de la tolérance immunitaire répond à deux domaines stratégiques de l’immunologie, la compréhension des mécanismes qui assurent l’intégrité de l’organisme face à l’environnement et la recherche de voies thérapeutiques dont l’objet, s’appuyant sur des schémas physiopathologiques de plus en plus accessibles, est d’utiliser ou rétablir la physiologie d’un système. La distinction de lymphocytes B et T, dont les systèmes de reconnaissance des antigènes diffèrent, et la compréhension de la diversité, qui permet la reconnaissance par les lymphocytes de l’extrême variété des formes moléculaires auxquelles il est confronté, illustrent le premier domaine. L’évolution des vaccins qui deviennent des produits biologiques élaborés et la thérapie cellulaire dont on voit l’émergence en cancérologie illustrent le second. La tolérance immunitaire a longtemps été étudiée à travers l’accumulation d’observations qui indiquaient la possibilité d’induire une tolérance vis-à-vis d’antigènes étrangers sans que la physiologie de la tolérance puisse être appréhendée vis-à-vis du soi autrement qu’en démontrant qu’il était possible de la rompre expérimentalement. La faible fréquence (< 1/104) dans le répertoire des lymphocytes périphériques et l’impossibilité d’isoler les lymphocytes d’une spécificité antigénique donnée ont constitué un obstacle à l’étude de la tolérance jusqu’au milieu des années 80. L’étude de la tolérance vis-à-vis de superantigènes et le développement des techniques de transgénèse ont alors permis de comparer l’état fonctionnel de lymphocytes tolérants et non tolérants. La tolérance immunitaire apparaît aujourd’hui comme un compromis assurant la sélection en périphérie d’un répertoire de lymphocytes suffisamment large pour répondre à l’extrême diversité des antigènes, mais suffisamment restreint pour éliminer les lymphocytes « trop violemment » autoréactifs. Les maladies auto-immunes, qui touchent 5 à 10 % de la population, sont la rançon de ce compromis. Un tournant conceptuel a marqué la définition du soi et du non-soi. L’illusion ancienne d’une marque moléculaire qui distinguerait le soi du non-soi n’a pas résisté aux données les plus récentes. Le soi et le non-soi sont moléculairement identiques. Ils se distinguent par la façon dont ils sont présentés aux lymphocytes et vus par ces derniers. Favoriser la présentation d’un antigène peut d’ailleurs être une stratégie thérapeutique. Si la vaccination contre la rage est possible alors que l’infection virale s’est déjà produite, si plus généralement les vaccinations protègent vis-à-vis des agents infectieux, c’est que la perception des antigènes par le système immunitaire peut être modulée. Des espoirs sont mis dans l’application de ces observations, à la lumière de leur reproduction expérimentale, aux antigènes des cellules cancéreuses ou de nouveaux agents infectieux.