John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique

Lyme : être ou ne pas être, telle est la question ! Volume 22, numéro 6, Novembre-Décembre 2016

À l’orée de 2017, à l’heure de la toute-puissante médecine scientifique et factuelle, il nous a semblé opportun, à travers ce dernier éditorial de l’année 2016 de Médecine Thérapeutique, de mettre en lumière le combat « fratricide », quoique à fleurets mouchetés, qui se mène autour de la maladie de Lyme [1], la « grande simulatrice » des xxe et xxisiècles au même titre que la syphilis dans les siècles passés.

La France de 2017, tout comme celle du siècle des Lumières, que peuplaient grands philosophes, scientifiques et médecins, est friande de renouveau, de polémiques et de remises en question [2]. Ces dernières semaines, le débat médical s’est ainsi enflammé autour de la maladie de Lyme, opposant ce que l’on pourrait appeler les « septiques » et les « convaincus » [3, 4].

Les « convaincus » (les professeurs Jaulhac, Christmann et Hansmann) s’appuient sur les données robustes de la médecine factuelle [5], sur les études prospectives randomisées, se soumettant ainsi à une méthodologie éprouvée mais également au dictat du petit p, avec comme arguments : la bonne sensibilité et spécificité des tests diagnostiques validés [5], la non-significativité statistique des traitements des formes chroniques… [6]. Les « septiques » (les professeurs Perronne et Montagnier) réfutent ces données, ou du moins l’interprétation qui en est parfois faite [7, 8]. Ils affûtent leurs arguments et surfent sur la vague des mécontents de tous bords, qui sont légion dans notre pays de nos jours. Ils s’appuient sur les données – ou plutôt sur les « inconnues » – actuelles de la science et de la clinique : quid des formes vues aux microscopes électroniques alors que les tests sont négatifs ? Quid de la viabilité de l’ADN trouvé dans certains tissus ? Quid des formes chroniques et de leur traitement ? [7-9].

Pour le « non-initié », qu’il soit patient ou professionnel de santé, la maladie de Lyme est devenue un terrain mouvant, une énigme, une incertitude… une sorte de « patate chaude » oserions-nous même écrire. Ainsi, que faire en pratique devant un patient qui souffre et qui ne trouve pas la solution à ces maux, persuadé qu’il est d’avoir une maladie de Lyme ? Les preuves actuelles sont-elles suffisantes pour que le praticien prenne une décision, en toute légitimité et en toute quiétude, pour le bien de son patient ? Ou au contraire, n’est-on pas dans l’incertitude la plus totale pour revenir à un certain empirisme et à l’« Art médical » de nos anciens maîtres.

Les médias, la « grande » presse, les sociétés savantes (telles la Société de pathologie infectieuse de langue française), et même l’Académie de médecine occupent le terrain et/ou y ont été appelés pour tenter de faire avancer les choses (dans le bon sens bien sûr), documenter les faits et émettre un avis voire une recommandation [6-8]. Le gouvernement et les autorités françaises de santé sont aussi de la partie et un plan national contre la maladie de Lyme a vu le jour [7] !

À côté de ces initiatives louables, des dérives se sont hélas, comme souvent, faites jour avec la classique « théorie du complot »… le rôle de l’industrie pharmaceutique qui est montré du doigt… le tout entretenu par Internet et le besoin d’informations 24 heures/24.

En 2016, le praticien de terrain reste sur sa faim : quels tests pratiquer dans les différentes populations ou aux divers stades de la maladie ? Quid de la prolongation de l’antibiothérapie ? Quel traitement pour les formes chroniques ?

La période des vœux approchant, on ne peut souhaiter que 2017 soit une année faste pour la maladie de Lyme et surtout pour les patients en souffrance.

J’en profite pour présenter nos meilleurs vœux aux lecteurs et longue vie à Médecine Thérapeutique.