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Thromboses veineuses profondes aiguës et thérapeutiques endovasculaires : le temps d’un nouvel aggiornamento est venu !


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 24, Numéro 1, 5-7, Janvier 2012, Éditorial

DOI : 10.1684/stv.2012.0681


Auteur(s) : Jean-Marc Pernès, Hôpital Privé d’Antony, Pôle cardiovasculaire interventionnel, 25 rue de la providence, 92 160 Antony, France.

ARTICLE

stv.2012.0681

Auteur(s) : Jean-Marc Pernès j.marc.pernes@wanadoo.fr

Hôpital Privé d’Antony, Pôle cardiovasculaire interventionnel, 25 rue de la providence, 92 160 Antony, France

Tone Enden vient de rapporter [1] les résultats à 24 mois d’une étude randomisée norvégienne (the Catheter directed Venous Thrombolysis: CaVent study) multicentrique comparant les effets sur la prévention du syndrome post-thrombotique (SPT) du traitement classique par anticoagulants à ceux de la thrombolyse in situ par Actilyse® (associée au traitement conventionnel) dans les thromboses veineuses profondes (TVP) récentes proximales iliofémorales.

Deux cents neuf patients, d’âge moyen 53 ans (35 % de femmes), présentant un premier épisode prouvé de TVP iliofémorale (de la mi-cuisse à la terminaison de la veine iliaque), datant de moins de 3 semaines (moyenne : 6 jours), sans néoplasie connue, ont bénéficié soit du traitement classique selon les recommandations admises (HBPM, AVK, contention) pour 108 d’entre eux (groupe contrôle), soit d’un geste interventionnel de type thrombolyse in situ (101 sujets). La méthodologie était la suivante : après microponction sous US (majoritairement la veine poplitée homolatérale), un cathéter multitroué était placé dans l’occlusion thrombotique et l’infusion d’alteplase (Actilyse®, Boehringer-Ingelheim, Ingelheim am Rhein, Germany) à la dose de 0,01 mg/kg/heure était débutée, pour une durée maximum de 96 heures, sans dépasser 20 mg/jour, associée à la perfusion d’HNF (dose adaptée pour un ACT entre 1,2 et 1,7), suivi de la reprise du traitement conventionnel. La décision d’un traitement percutané par angioplastie et stent d’une lésion sténosante résiduelle était laissée à la discrétion des opérateurs.

Deux critères primaires d’efficacité ont été étudiés : la perméabilité iliofémorale à 6 mois et l’incidence de syndrome post-thrombotique à 24 mois, basée sur le score de Villalta, fondé sur la coexistence de symptômes et de signes physiques, chacun coté de 0 à 3 en fonction de la sévérité et dont la sommation définit l’intensité du SPT (< 5 : pas de SPT, entre 5 et 15 : SPT modéré, > 15 ou présence d’un ulcère : SPT sévère). Le recueil des événements indésirables incluait la présence de complications hémorragiques, en particulier majeures.

La durée du traitement thrombolytique a été de 2.4 jours, chez 43 patients (43 %) la lyse angiographique était totale ; pour 37 (37 %), elle était considérée comme partielle (50-99 %) et inefficace (< 50 %) chez 10 sujets. Un geste d’angioplastie complémentaire a été pratiqué pour 39 patients. Vingt complications hémorragiques ont été rapportées, la plupart locales au point d’accès sans traduction péjorative, 3 considérées comme majeures (un volumineux hématome de paroi, un syndrome des loges, un hématome inguinal) et 5 avec un retentissement clinique moins important (9 % au total) ; aucune complication à distance, type hémorragie cérébrale ou embolie pulmonaire, a fortiori décès, n’a été à déplorer. À 2 ans, la proportion de patients continuant à porter une contention était d’environ 50 % dans les 2 groupes. À 24 mois, le risque absolu de présenter un SPT est réduit de 14,5 % en faveur du traitement thrombolytique, et il faut traiter 7 patients pour éviter un SPT. La fréquence de survenue d’un SPT sévère n’est pas modifiée (1 cas dans le groupe contrôle, 0 dans le groupe Actilyse)

Le gain absolu de perméabilité à 6 mois était de 18,5 % en faveur du groupe thrombolyse, et l’incidence de SPT à 24 mois dans le sous-groupe « perméable » à 6 mois (38/103 : 37 %) est statistiquement inférieur à celle du sous-groupe « recanalisation insuffisante » (49/80 : 61%), alors que dans le groupe thrombolyse, la proportion de SPT n’était pas liée au caractère complet ou non de la lyse angiographique à 6 mois.

Ce travail est le premier méthodologiquement peu critiquable (taille des échantillons adaptée, randomisation, définition recommandée du SPT selon le score de Villalta, exhaustivité des données à 24 mois) à mettre en évidence un gain en termes de prévention d’un SPT (réduction du risque absolu de 14,5 %) avec la thrombolyse locale par rapport aux anticoagulants, et ce, au prix d’un faible surcroît de complications hémorragiques (3 % majeures mais « locorégionales », 9 % au total « significatives »). Il faut néanmoins souligner, comme l’ont fait les auteurs, qu’au terme de ce délai de 2 ans seule la fréquence de survenue des SPT modérés (score de Villata < 15) est diminuée, alors que les SPT plus sévères, et en particulier l’apparition d’ulcère, ne sont pas retrouvés dans les 2 groupes (durée d’observation probablement encore trop courte pour espérer « stigmatiser » un tel effet favorable sur des complications généralement plus tardives). Si les anticoagulants remplissent plutôt bien leur mission revendiquée de réduction des complications aiguës des TVP (embolie pulmonaire, arrêt de la propagation du thrombus, prévention des récidives), ils apparaissent beaucoup moins efficaces dans la prévention des complications tardives et en particulier du SPT, qui malgré les précautions d’usage, en particulier la contention élastique (dans l’étude CaVenT, 1 patient sur 2 ne porte plus ses bas à 2 ans…), continue à toucher environ 1 patient sur 4 avec un coût socio-économique considérable. Dans cette optique d’améliorer le pronostic tardif, les recommandations de l’ACPP de 2008 [2] suggèrent chez des patients sélectionnés (population superposable à celle incluse dans CaVenT) l’emploi des méthodes dites de « thrombolyse facilitée » ou pharmacomécaniques, associant l’usage de drogues lytiques (Actilyse®, urokinase) et de systèmes mécaniques rhéolytiques ou de fragmentation du thrombus dont l’avantage est la réduction de la durée du geste interventionnel (recommandation de type 2 B ou « faible »). Le temps interventionnel demeure prolongé dans l’étude CaVenT (où seule la thrombolyse pharmacologique est utilisée), en moyenne 2 jours et demi, contre quelques heures avec les nouveaux procédés, mais sans qu’aucune étude contrôlée à ce jour ne vienne étayer une amélioration du rapport bénéfices/risques avec l’option « one shot ». Le taux de complications hémorragiques rapporté dans CaVenT, 9 % et 3 % majeures est comparable à celui de la littérature la plus récente et réduit de moitié par rapport aux chiffres plus anciens, en particulier ceux de la méta-analyse Cochrane de 2004 [3], reposant exclusivement sur les résultats d’études randomisées avec l’urokinase ou la streptokinase à hautes doses injectées par voie systémique et non locale. Il faut rappeler que c’est uniquement sur la base de cette méta-analyse qu’ont été établies les recommandations de bonne pratique de prévention et de traitement de la maladie thromboembolique en médecine par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) en 2009 [4], et qui contre-indiquent la thrombolyse dans notre pays hormis en cas de phlegmatia caerulea. L’étude ATTRACT [5], sponsorisée par le National Heart and Blood Institut, est une étude de phase III multicentrique, randomisée, en double aveugle avec deux bras parallèles, en cours de réalisation chez 692 patients porteurs d’une TVP symptomatique, randomisés pour recevoir soit le traitement pharmaco-mécanique associé au traitement standard (anticoagulant et compression élastique), soit le traitement traditionnel standard devrait contribuer considérablement à clarifier le débat. En attendant ses conclusions prévues pour 2016, les arguments de médecine basée sur les preuves fournis par la CaVenT study apportent incontestablement de l’eau au moulin des tenants du concept « de la veine ouverte » dans la prévention des SPT ainsi qu’aux zélateurs d’une approche plus agressive de la prise en charge des TVP aiguës proximales. Elle devrait être le point de départ d’un nouvel aggiornamento de notre communauté médicale vis-à-vis de cette problématique multidisciplinaire.

Conflits d’intérêts: aucun.

Références

1. Enden T, Klow NE, Sandvik L, et al. Long-term outcome after additional catheter-directed thrombolysis versus standard treatment for acute iliofemoral deep vein thrombosis (the CaVenT study): a randomised controlled trial. Lancet 2012 ; 379 : 31-3.

2. Kearon C, Kahn SR, Agnelli G, Goldhaber S, Raskob GE, Comerota AJ. Antithrombotic therapy for venous thromboembolic disease: American college of chest physicians evidence based clinical practice guidelines (8th ed.). Chest 2008 ; 133 (Suppl. 6) : 454S-545S.

3. Watson LI, Armon MP. Thrombolysis for acute deep vein thrombosis. Cochrane Database Syst Rev 2004 : CD002783 8.

4. Afssaps. Recommandations de bonne pratique : prévention et traitement de la maladie thromboembolique en médecine. Décembre 2009.

5. Acute Venous Thrombosis : Thrombus Removal With Adjunctive Catheter-Directed Thrombolysis (ATTRACT). December 4, 2009. Available at : http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT00790335 term_ATTRACT&rank_2. Accessed December 22, 2009.


 

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