ARTICLE
stv.2011.0663
Auteur(s) : Mikaël Mazighi1 mikael.mazighi@bch.aphp.fr,
Emmanuel Touzé2
1 Groupe hospitalier Bichat Claude Bernard, service
de neurologie et centre d’accueil et de traitement de l’attaque
cérébrale ; Unité Inserm 698 : recherche clinique en
athérothrombose, 46 rue Henri Huchard, 75877 Paris Cedex 180
2 Hôpital Sainte Anne, service de neurologie, 1 rue
Cabanis, 75014 Paris
Tirés à part : M. Mazighi
Après plusieurs études récentes sur le stenting des artères
carotides extracrâniennes qui confirment la chirurgie comme
intervention de référence, les dernières données sur le stenting
intracrânien ne sont guère meilleures. L’étude SAMMPRIS
(Stenting and Aggressive Medical Management for Preventing
Recurrent Stroke in Intracranial Stenosis) [1] a été arrêtée
prématurément après l’inclusion de 451 patients en raison d’un taux
d’événements (décès et AVC à 30 jours) plus important dans le bras
stenting : 14,7 % dans le groupe endovasculaire
versus 5,8 % dans le groupe traitement médical
(P = 0,002). À 12 mois, la différence est maintenue avec un
taux d’événements de 20,0 % dans le groupe endovasculaire et
12,2 % dans le bras traitement médical « agressif »
(P = 0,009). La prise en charge médicamenteuse
« agressive », avec notamment une double antiagrégation
plaquettaire et un LDL-cholestérol cible < 0,7 g/L, peut
expliquer que le taux d’événements à 1 an est nettement inférieur à
ce qui a été rapporté dans le passé : 12,2 % vs.
25 %. Cette étude confirme le risque élevé (notamment en
termes de complications hémorragiques) des procédures de
revascularisation endovasculaire des artères intracrâniennes. Sans
vouloir enterrer trop tôt cette technique, ces résultats posent
différentes questions. Devant le taux d’événements plus faible dans
le bras traitement médical dit « agressif » par rapport à
ce qui a été rapporté dans la littérature, ne faut-il pas pour
cette population de patients proposer des cibles spécifiques pour
les facteurs de risque vasculaire (par exemple :
PA< 130/80 mmHg, ou encore LDL< 0,7 g/L) ? Le
risque de la procédure endovasculaire est sans doute différent en
fonction de certains paramètres comme le délai de réalisation de
l’intervention par rapport à l’événement clinique, la localisation
de la sténose (artère intra- ou extradurale, présence d’artères
perforantes, comme pour le tronc basilaire ou l’artère cérébrale
moyenne). Des études prenant en compte ces différents paramètres
sont donc nécessaires pour définir une éventuelle population cible
susceptible de « bénéficier » d’une telle thérapeutique.
Les sténoses intracrâniennes dites « hémodynamiques »
responsables d’une hypoperfusion pourraient être de bonnes
candidates [2]. L’autre grand enseignement de cette étude est
économique. À notre époque, cet élément ne peut être passé sous
silence. Malgré de puissants lobbies, les mutuelles
américaines ont joué un rôle très important dans le recrutement de
l’étude SAMMPRIS. En effet, le stent utilisé dans SAMMPRIS
(dispositif Wingspan) ne pouvait être remboursé que si les patients
étaient inclus dans l’étude. C’est une des raisons, sans doute,
pour lesquelles le recrutement dans l’étude a été bon. Ce procédé a
été utilisé dans d’autres études comme CREST (évaluation du
stenting extracrânien) [3]. Cette approche devrait nous faire
évoluer si nous voulons optimiser les processus d’évaluation des
nouvelles thérapeutiques avec ou sans dispositif implantables. À
quand une telle stratégie économique en France, en partenariat avec
la Caisse primaire d’assurance-maladie ?
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
1. Chimowitz MI, Lynn MJ, Derdeyn CP, et al.
Stenting versus aggressive medical therapy for intracranial
arterial stenosis. N Engl J Med 2011 ; 365 :
993-1003.
2. Mazighi M, Tanasescu R, Ducrocq X, et al.
Prospective study of symptomatic atherothrombotic intracranial
stenoses: the GESICA study. Neurology 2006 ; 66 :
1187-91.
3. Brott TG, Hobson RW, Howard G, et al. Stenting
versus endarterectomy for treatment of carotid-artery stenosis.
N Engl J Med 2010 ; 363 : 11-23.
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