ARTICLE
Auteur(s) : Célia Lloret-Linares1,2, Jean-Michel
Oppert1
1Service de nutrition, groupe hospitalier
de La Pitié-Salpêtrière, AP-HP, centre de recherche
en nutrition humaine Ile-de-France (CRNH IdF), université
Pierre-et-Marie-Curie, Paris-VI, 47-83, boulevard
de l’Hôpital, 75013 Paris, France
2Service de médecine interne, AP-HP, unité
de recherche thérapeutique, hôpital Lariboisière, 2,
rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, France
La mesure de la composition corporelle est un élément essentiel
de l’évaluation nutritionnelle. En effet, le poids (la « masse
corporelle ») représente par un seul chiffre exprimé en kilogrammes
un ensemble très hétérogène. Si la référence au seul poids peut
suffire en pratique clinique courante, l’étude de la composition
corporelle permet non seulement de mieux comprendre la
physiopathologie de nombreuses affections, mais aussi dans certains
cas d’en suivre l’évolution pour guider le traitement [1].
Les exemples d’application des mesures de composition corporelle
sont variés et nombreux. En médecine de l’obésité par exemple, un
objectif recherché lors de la perte de poids est la diminution de
masse grasse et le maintien de la masse maigre (muscles + organes),
déterminant majeur de la dépense énergétique de repos [2].
La perte de masse maigre peut compromettre la mobilité d’un
patient (comme dans le cas du vieillissement), voire sa survie
(comme dans le cas de la dénutrition). Chez les sujets âgés
présentant une sarcopénie, c’est-à-dire une perte de masse maigre
liée à l’avancée en âge, une stabilité pondérale peut masquer une
perte de masse musculaire et inversement un gain de masse grasse.
L’importance de la composition corporelle régionale dans la
prédiction du risque cardiovasculaire est reconnue : une
répartition abdominale des graisses, et plus spécifiquement une
augmentation de la quantité de graisse abdominale interne
(viscérale), est liée, indépendamment de la corpulence totale, à la
survenue de complications métaboliques (diabète de type 2) et
cardiovasculaires (HTA, événements ischémiques) [3, 4].
Les méthodes d’analyse de la composition corporelle sont
nombreuses et continuellement en perfectionnement [1].
Les principales méthodes disponibles sont présentées sur le
tableau I en regard des modèles d’étude
de la composition corporelle qui leur correspondent. Dans les
modèles dits « physiologiques », les plus courants, la notion de
base est celle de « compartiment » qui permet d’associer des
composants de l’organisme fonctionnellement liés entre eux [5]
(figure 1).
Chaque méthode repose sur des hypothèses, présente des avantages et
des inconvénients (tableau II).
Les résultats de l’analyse de la composition corporelle et son
intérêt à l’échelon individuel et de la population doivent être
évalués en connaissance de ces éléments. Cet article présente les
principales méthodes de mesure de la composition corporelle globale
et régionale, en particulier celles de développement récent.
Mesures anthropométriques
Les mesures anthropométriques restent d’actualité. Elles ne
nécessitent aucune installation particulière, elles sont possibles
à réaliser au lit du malade et sur de grands groupes en
épidémiologie. De nouvelles équations sont régulièrement
proposées pour estimer la composition corporelle à partir des
valeurs anthropométriques [4-6]. L’indice de Quételet ou indice de
masse corporelle (IMC) ou encore body mass index (BMI), égal au
poids (exprimé en kilogrammes) divisé par le carré de la taille
(exprimée en mètres) : IMC = P(kg)/T(m)2, adopté par
l’OMS pour définir le statut nutritionnel (obésité et dénutrition),
reste l’indice le plus utilisé. L’IMC est bien corrélé à la masse
grasse au niveau de groupes de population. Au niveau individuel, il
existe cependant de grandes variations de masse grasse pour une
valeur d’IMC donnée [2] (figure 2). Il faut
donc insister sur le fait que l’IMC est très insuffisant pour
estimer la composition corporelle au niveau individuel, en
particulier chez les sujets très musclés (sportifs de force), dans
les situations de rétention hydrosodée ou dans les pertes de poids
majeures avec déficit de masse maigre chez le sujet obèse.
Le tour de taille est le deuxième indicateur anthropométrique le
plus utilisé. Le tour (ou plus précisément la circonférence)
de taille est mesuré avec un mètre-ruban à mi-distance entre le
rebord costal inférieur et l’épine iliaque antérosupérieure sur la
ligne médioaxillaire, à la fin d’une expiration normale et sans
exercer de pression sur la peau. Le tour de taille est bien corrélé
à l’adiposité viscérale, dont le rôle dans la survenue d’événements
cardiovasculaires, du diabète de type 2 et plus récemment de
certains cancers est maintenant accepté [3, 4]. Le rapport
taille sur hanche, indicateur plus ancien en fait que le seul tour
de taille, est à nouveau utilisé dans différents travaux
épidémiologiques récents [7, 8]. Le tour de hanches se mesure à
hauteur de la partie la plus large au niveau trochantérien. Une
méta-analyse récente a rapporté une augmentation du risque relatif
de pathologies cardiovasculaires de 2 % (IC 95 % : 1-3 %) pour
une augmentation de 1 cm du tour de taille (en ajustant sur
l’âge) et une augmentation de 5 % (IC 95 % : 4-7 %) du risque
relatif pour une augmentation de 0,01 U du rapport
taille/hanche [7]. Des articles récents soulignent également
qu’une augmentation du tour de hanches est associée à une
diminution du risque de diabète de type 2, indépendamment de l’âge,
de l’IMC et du tour de taille [4]. Cet effet protecteur pourrait
être lié aux caractéristiques spécifiques du tissu adipeux fémoral
(sous-cutané). Cependant, le rapport taille sur hanches n’est pas
un indicateur d’interprétation aisée et, en pratique, la mesure du
tour de taille reste la plus simple et la plus utilisée.
Il faut noter que son intérêt est cependant limité chez les
sujets les plus corpulents (IMC supérieur à
35 kg/m2) dont le tour de taille sera quasiment
toujours augmenté.
La méthode des plis cutanés est basée sur l’hypothèse que les
sites choisis pour cette mesure représenteraient l’épaisseur
moyenne du tissu adipeux sous-cutané et que celui-ci reflèterait
une proportion constante de la masse grasse totale. La mesure
s’effectue avec un compas spécial (compas de plis type Harpenden)
qui exerce une pression standardisée (10 g/mm2)
quelle que soit l’épaisseur de la peau pincée. Quatre plis cutanés
sont fréquemment mesurés : pli cutané tricipital (à mi-hauteur du
bras au niveau de la voussure du triceps), pli cutané bicipital (à
mi-hauteur du bras au niveau de la voussure du biceps), pli cutané
sous-scapulaire (1 cm sous l’angle inférieur de l’omoplate) et
pli cutané supra-iliaque (1 cm au-dessus de la crête iliaque).
À partir de la somme de ces quatre plis cutanés, des tables
permettent de déterminer la masse grasse du sujet en tenant compte
de l’âge et du sexe. En effet, il a été montré une relation
linéaire positive entre le logarithme de la somme de ces quatre
plis cutanés et la densité corporelle. Connaissant la densité
corporelle, la masse grasse est calculée par une équation (comme
par exemple, l’équation de Siri : masse grasse (%) = 100
[4,95/densité – 4,50]). La masse non grasse est obtenue par
différence avec le poids (masse non grasse = poids – masse grasse,
modèle à deux compartiments). Les points forts de la méthode
des plis cutanés sont le faible coût, l’absence de risque et la
rapidité et la reproductibilité de la mesure. En revanche, les
points faibles sont les erreurs liées à l’évaluateur et la perte de
précision avec l’augmentation de la masse grasse ou la présence
d’œdèmes [9]. À noter également en matière de mesures
anthropométriques, la possibilité d’estimer la masse musculaire à
partir de la mesure de la circonférence brachiale (à mi-hauteur du
bras) et du pli cutané tricipital à l’aide d’équations spécifiques.
Ces estimations de la masse musculaire restent cependant peu
utilisées.
Tableau I Modèles et méthodes d’étude de la composition
corporelle
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Modèles
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Composants
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Méthodes
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Modèle anatomique
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Séparation du corps en différents tissus : musculaire, adipeux,
organes
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Scanner (tomodensitométrie)Imagerie par résonance magnétique
(IRM)
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Modèle biochimique
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Séparation en fonction des propriétés chimiques des composants de
l’organisme : eau, lipides, protéines, glucides, minéraux
|
Technique d’activation neutronique (non abordée dans l’article)
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Modèle physiologique
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Séparation en compartiments : composants corporels liés entre eux
indépendamment de leur localisation anatomique ou de leur nature
chimique
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Modèle à 2 compartiments : masse grasse et le reste : masse non
grasse
|
Mesure de la densité corporelle : hydrodensitométrie densitométrie
par pléthysmographie, plis cutanés
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Mesure de l’eau corporelle totale : impédancemétrie bioélectrique,
méthodes de dilution (Deutérium, oxygène 18)
|
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Modèle à 3 compartiments : masse maigre (masse cellulaire active et
eau extracellulaire), masse minérale osseuse et masse grasse
|
Absorptiométrie bi-énergétique (DEXA)
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Modèle à 4 compartiments (modèle de référence) : poids corporel,
volume corporel, eau corporelle totale, masse minérale osseuse
|
Méthodes-instruments : balance, densitométrie, impédancemétrie,
DEXA
|
Tableau II Avantages et inconvénients des principales
méthodes de mesure de la composition corporelle
|
Méthode
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Critère d’évaluation initial
|
Avantages
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Inconvénients
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Mesures anthropométriques
|
Poids, taille, circonférences et plis
|
Simple, rapide, reproductible, très peu coûteux
|
Difficultés de réalisation chez les sujets obèses et en présence
d’œdème, variabilité de mesure interobservateur (pour les plis)
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Densitométrie hydrostatique
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Volume corporel total, densité, masse grasse
|
Fiable, reproductible
|
Équipement lourd et volumineux, examen difficile chez les patients
obèses, enfants, sujets âgés
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Densitométrie par pléthysmographie
|
Volume corporel total, densité, masse grasse
|
Rapide, précis
|
Fiabilité non prouvée chez les patients obèses sévères
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Absorptiométrie bi-énergétique (DEXA)
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Masse grasse, masse maigre, masse calcique osseuse (mesures
globales et régionales)
|
Simple, fiable, précis
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Matériel coûteux, techniciens spécialisés, irradiation
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Impédancemétrie bioélectrique
|
Eau corporelle totale, eau intracellulaire et extracellulaire,
masse maigre
|
Non coûteux, portable, simple, non invasif et rapide
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Fiabilité non prouvée chez les patients obèses sévères et lors des
changements de poids
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Méthodes de dilution
|
Eau corporelle totale, masse maigre
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Fiabilité, précision
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Coûteux, complexité des analyses
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Méthodes d’imagerie (scanner, IRM)
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Masse grasse, masse musculaire, contenu lipidique musculaire et
hépatique (mesures globales et régionales)
|
Fiabilité, précision
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Coûteux, difficulté d’accès aux installations
|
Densitométrie hydrostatique
La densitométrie hydrostatique (ou pesée dans l’eau), utilisée
depuis plus de 40 ans en physiologie de la nutrition, repose
sur l’utilisation du principe d’Archimède pour estimer la densité
corporelle [10]. Le sujet est immergé en totalité, de façon
brève, dans une cuve d’eau et le volume corporel est déterminé à
partir du volume d’eau déplacé. La densité corporelle
correspond à la masse corporelle (le poids) divisée par le volume
corporel. On tient compte également du volume pulmonaire résiduel
(mesuré par une technique de dilution, ex. : hélium) et du volume
des gaz intestinaux (estimé le plus souvent de façon arbitraire à
100 mL). Différentes équations (comme celle de Siri, cf.
ci-dessus) permettent ensuite, à partir de la densité corporelle,
de calculer la masse grasse en pourcentage du poids et, par
différence, la masse maigre (modèle à deux compartiments).
L’hydrodensitométrie a longtemps été considérée comme la méthode
de référence et les nouvelles méthodes sont régulièrement comparées
à celle-ci. Par ailleurs, la valeur de la densité est nécessaire
lorsque l’on raisonne sur la composition corporelle avec des
modèles à quatre compartiments. Néanmoins, cette technique, qui
nécessite une coopération importante du sujet, ne peut être
utilisée chez les enfants, les personnes âgées, les sujets obèses
morbides, et de façon générale chez tous les sujets dont la
mobilité est réduite. Le matériel utilisé est par ailleurs
souvent de grande taille, ce qui peut poser des problèmes de locaux
et de maintenance.
Densitométrie par pléthysmographie
Cette technique, de développement beaucoup plus récent que la
précédente, est basée sur la loi de Boyle-Mariotte selon laquelle
le produit, pression × volume, est une constante [11]. Lorsqu’un
objet (corps) est introduit dans une enceinte (cabine) de volume
connu, le régime de pression de cette cabine est modifié en
proportion du volume introduit. Connaissant le volume corporel, on
en déduit comme ci-dessus la densité corporelle, et connaissant la
densité corporelle, on calcule le pourcentage de masse grasse du
sujet (modèle à deux compartiments).
La méthode peut être réalisée en utilisant soit des volumes
respiratoires mesurés, soit des volumes respiratoires prédits. En
effet, le volume corporel est calculé en tenant compte du volume
pulmonaire du sujet, des modifications de température dans la
cabine, de la surface corporelle du sujet selon l’équation :
(SAA : formule de prédiction de la surface corporelle dans des
conditions isothermiques, tenant compte du poids et de la taille du
sujet).
Il s’agit d’une technique intéressante lorsque les volumes
pulmonaires prédits sont utilisés : le volume corporel peut être
mesuré en quelques minutes de façon non invasive et avec un niveau
de coopération limité. La méthode peut être répétée, et le
résultat ne dépend pas de l’évaluateur ni du niveau de coopération
du patient. La densité corporelle est obtenue de façon plus
simple que par l’hydrodensitométrie et ces mesures apparaissent
bien corrélées aux résultats de l’hydrodensitométrie dans
différentes populations [12]. Le coût de l’installation, la
nécessité de maintenir des conditions environnementales stables
(température de la pièce) peuvent cependant être des limites à son
utilisation.
La validité de l’utilisation de volumes prédits a été démontrée
chez les sujets de poids normal mais est discutable selon nous chez
les sujets obèses. Effectivement, la prédiction des volumes
pulmonaires utilise les données suivantes : taille, âge et sexe,
mais non le poids. Les études ayant comparé les résultats de
masse grasse obtenus par pléthysmographie et ceux obtenus avec des
méthodes de références révélaient une majoration de la différence
entre méthodes lorsque l’IMC augmentait. Notre expérience dans une
population de 150 patientes obèses ayant un IMC moyen de
38 kg/m2 montrait une différence moyenne de masse
grasse entre l’absorptiométrie bi-énergétique (dual X-ray
absorptiometry ou DEXA) et la pléthysmographie (bod pod system) de
8 kg, soit 7,2 % (résultats non publiés), malgré une forte
corrélation entre les résultats des deux méthodes (r2 =
0,97). Il est cependant possible que cette technique de
densitométrie ait sa place dans l’évaluation de la perte de masse
grasse, éventuellement en intégrant la donnée densité dans un
modèle à quatre compartiments [1, 5]. Des études de validation
complémentaires paraissent cependant indispensables chez les sujets
obèses.
DEXA
Initialement utilisée pour quantifier la densité osseuse, en
particulier en relation avec la ménopause, cette technique
radiologique est également utilisée depuis la fin des années 1980
pour évaluer la composition corporelle. Elle est considérée,
actuellement, comme l’une des techniques de référence, notamment
chez le sujet obèse [1]. La méthode consiste à effectuer un
balayage de l’ensemble du corps avec un faisceau de rayons X à deux
niveaux d’énergie. Le faisceau subit en traversant les tissus
une atténuation qui va dépendre de la composition de la matière
traversée. Le balayage du site à explorer s’effectue point par
point, et la mesure de l’atténuation des deux rayonnements permet
d’obtenir une image digitalisée dont chaque surface élémentaire
(pixel) est porteuse d’information. L’utilisation de deux niveaux
d’énergie différents permet dans un premier temps de séparer la
masse calcique osseuse des tissus mous, puis secondairement
d’individualiser la masse grasse et la masse maigre au sein des «
tissus mous ». Il s’agit donc d’une méthode à trois
compartiments (tableau 1).
La coopération du patient se limite au maintien de la position
allongée sur une table d’examen pendant cinq à dix minutes.
La précision de la DEXA est reconnue comme excellente, et cette
méthode permet une analyse segmentaire de la composition corporelle
(tronc, membres) [1, 5]. La masse maigre des membres
inférieurs, en particulier, est considérée comme reflétant la masse
musculaire squelettique totale [1]. Il faut noter que la
mesure de la graisse thoracoabdominale par la DEXA ne permet pas de
distinguer la graisse abdominale sous-cutanée de la graisse
abdominale viscérale. Les valeurs de masse grasse obtenues
sont très bien corrélées avec celles de l’hydrodensitométrie ou
obtenues à partir d’un modèle à quatre compartiments [13]. Cette
méthode utilisant des rayons X, malgré l’irradiation faible (très
inférieure à celle d’une radiographie standard des poumons), est
contre-indiquée chez la femme enceinte. Les résultats de masse
grasse obtenus sont certes corrélés à ceux des méthodes de
référence, mais la différence moyenne entre les valeurs de masse
grasse est variable selon les études et les populations [14].
L’absence de standardisation des algorithmes de calcul entre
matériels de marque différente est à l’origine de différences de
résultats importants. Dans les études qui portent sur la
composition corporelle mesurée par DEXA comme critère de jugement,
il est donc nécessaire d’utiliser le même modèle de la même marque
avec de préférence le même type d’étalonnage dans tous les centres.
Par ailleurs, les installations sont coûteuses, et le poids des
patients ne doit pas excéder 200 kg, et leur diamètre
abdominal ne doit pas dépasser 60 à 65 cm. Un aspect aussi
important est que les patients les plus corpulents ne dépassent pas
le champ de mesure de l’appareil [1].
Impédancemétrie bioélectrique
Il s’agit d’une méthode d’analyse de la composition corporelle en
pleine expansion et de nouveaux modèles sont régulièrement proposés
sur le marché. L’impédance correspond à la résistance offerte par
un tissu (conducteur biologique) au passage d’un courant alternatif
de faible intensité. L’impédance d’un corps est fonction du volume
d’eau contenue dans ce corps. Dans l’organisme humain, la masse
maigre corporelle du fait des électrolytes dissouts dans l’eau est
un bon conducteur d’électricité comparée à la masse grasse.
Le principe est donc de mesurer l’eau corporelle et d’en
déduire la quantité de masse non grasse, en faisant l’hypothèse
d’un facteur d’hydratation constant (en général de 73 % d’où :
masse maigre = eau totale/0,73). La masse grasse est obtenue
par différence avec le poids (modèle à deux compartiments).
Différentes procédures existent et varient en fonction du type
et du nombre d’électrodes mais également de la fréquence utilisée.
En pratique, le plus souvent, le courant de faible intensité à une
fréquence moyenne de 50 kHz, censé pénétrer l’ensemble du
secteur hydrique, est appliqué par l’intermédiaire d’électrodes
superficielles type ECG collées sur la peau (par exemple à une main
et un pied controlatéral) ou par l’intermédiaire d’empreintes de
semelles métalliques sur lesquelles sont posés les pieds du sujet
(balance-impédancemètre ou impédancemètre foot-to-foot).
Il est possible de mesurer l’eau totale par de hautes
fréquences, l’eau extracellulaire par de basses fréquences et enfin
l’eau intracellulaire par différence entre l’eau totale et
extracellulaire, mais cette procédure est plus rarement employée.
Un repos allongé pendant 30 minutes est indiqué avant la
mesure pour que les liquides de l’organisme soient uniformément
répartis.
Compte tenu de sa simplicité, de sa rapidité d’utilisation, de
son faible coût et du fait qu’il s’agit d’une méthode portable
utilisable au lit du malade, l’impédancemétrie bioélectrique
pourrait être un bon outil d’évaluation de la composition
corporelle dans différentes situations cliniques : dépistage et
suivi de l’excès de masse grasse, évaluation de la dénutrition chez
les sujets dialysés, les sujets âgés hospitalisés, etc. [15, 16].
Elle apprécie beaucoup mieux que la seule perte de poids la perte
de la masse grasse lors d’un amaigrissement important [17]. Cette
méthode est sans risque, peut être répétée, et les différences
entre observateurs sont minimes, en particulier si on la compare à
la technique des plis cutanés. Les corrélations entre valeurs
de masse grasse obtenues par impédance et d’autres techniques de
référence sont souvent satisfaisantes [18].
Cependant, les équations de prédiction de la composition
corporelle à partir des mesures d’impédance sont différentes en
fonction des matériels utilisés, sont rarement divulguées par les
fabricants et, probablement, conviennent surtout aux populations
dans lesquelles elles ont été élaborées [1]. Malgré une bonne
corrélation avec les méthodes de référence, les résultats de masse
grasse sont fréquemment sous-évalués, notamment dans l’obésité du
fait de l’absence ou mauvaise prise en compte de la masse grasse
abdominale selon les méthodes utilisées [18, 19].
Différents facteurs limitent l’utilisation et la validité de
l’impédancemétrie chez les patients présentant une obésité sévère
ou morbide : la « géométrie » des segments corporels traversés et
la répartition de l’eau corporelle totale diffèrent en effet de la
population de poids normal et impliquent de développer des formules
de prédiction de la composition corporelle propres à cette
population [20]. L’hypothèse d’hydratation constante de la masse
maigre est remise en cause dans les états de rétention hydrosodée,
et l’hydratation de la masse maigre varie avec l’âge et le statut
pondéral. Des modèles récents proposent, de façon originale,
des mesures de la graisse abdominale viscérale, mais des études de
validation par rapport aux techniques de références (imagerie) sont
nécessaires pour en apprécier la validité.
Méthodes de dilution
À partir de l’estimation de l’eau corporelle totale, on évalue la
masse maigre selon les hypothèses sur la constance de l’hydratation
corporelle citées dans le chapitre précédent. Des prélèvements
d’urine, de salive, ou de plasma sont réalisés dans les heures
suivant l’administration d’une dose connue de traceur (eau marquée
au deutérium ou à l’oxygène 18 pour une mesure de l’eau totale,
brome pour l’eau extracellulaire). La fiabilité et la
précision de cette méthode permettent de l’utiliser pour
l’étalonnage d’autres méthodes, notamment l’impédancemétrie [21].
Mais le coût des traceurs est souvent élevé et les techniques
d’analyses (spectrométrie de masse) sophistiquées. Cela restreint
le champ d’application de ces méthodes à des études sur de petits
nombres de sujets. À noter également qu’il n’existe pas de traceur
permettant de mesurer l’eau intracellulaire.
Méthodes d’imagerie
La tomodensitométrie (scanner) et l’imagerie par résonance
magnétique (IRM) font référence au modèle anatomique (tableau 1). Les coupes transversales
permettent de distinguer les tissus adipeux profonds et
superficiels, en particulier au niveau abdominal (graisse
abdominale viscérale). Les scanners spiralés permettent de
reconstruire le volume de tissu adipeux de l’organisme entier ou
selon des compartiments spécifiques. L’IRM permet le même type
d’approche sans irradiation. La précision, la possibilité de
distinguer le tissu adipeux sous-cutané et viscéral et de faire une
analyse de la composition d’un tissu (par exemple : contenu
lipidique du muscle) en font des techniques particulièrement
intéressantes [1]. Ces méthodes nécessitent une faible
coopération de la part du sujet. L’irradiation pour le scanner, la
lenteur d’acquisition des images, la plus grande rareté et le coût
des installations pour l’IRM, certaines difficultés d’accès à ces
deux types d’équipement en milieu hospitalier pour réaliser des
mesures de composition corporelle sont les grandes limites de ces
méthodes.
Conclusion
Les méthodes utilisées pour mesurer la composition corporelle sont
donc nombreuses et le choix d’une méthode repose sur différents
critères. En fonction de l’objectif recherché (étude
épidémiologique, investigation physiologique, pratique clinique,
etc.) devront être pris en compte la précision de la méthode, son
coût, sa facilité de réalisation, l’acceptabilité par le patient,
l’irradiation éventuelle. En clinique, l’anthropométrie et
l’impédance bioélectrique sont les techniques les plus faciles à
mettre en œuvre, mais il est nécessaire de connaître leurs limites.
Le développement de la DEXA, nouvelle méthode de référence
dans le domaine, permet actuellement d’obtenir, relativement
facilement des informations intéressantes sur la composition
corporelle globale et régionale, en particulier lors d’un bilan
préthérapeutique et pour suivre l’effet du traitement. C’est
l’imagerie qui a permis, au cours des 20 dernières années, de
mettre en évidence le caractère particulièrement délétère, sur le
plan métabolique et cardiovasculaire, de certains dépôts adipeux
spécifiques, comme la graisse abdominale viscérale. En pratique,
cependant, la seule mesure du tour de taille renseignera de façon
utile sur l’adiposité abdominale. Dans tous les cas, un « coup
d’œil » de clinicien averti, en matière de composition corporelle,
permettra, par l’inspection, de suspecter un profil particulier de
composition corporelle : adiposité abdominale avec « bedaine »
souvent associée au syndrome métabolique [3], amyotrophie
périphérique avec parfois perte du tissu adipeux sous-cutané
pouvant témoigner d’une dénutrition, mais également en dehors de
dénutrition associée à un risque accru de cancer [22].
Références
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