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La thrombolyse de l’infarctus cérébral aigu en 2008 : état des lieux et perspectives


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 20, Numéro 10, 527-33, Décembre 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/stv.2008.0340

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Marie-Hélène Mahagne , Unité neurovasculaire, hôpital Saint-Roch, CHU de Nice, 5, rue Pierre-Dévoluy, 06006 Nice cedex 01, France.

Résumé : Douze ans après la démonstration de son efficacité dans les trois premières heures de l’infarctus cérébral, la thrombolyse par le rt-PA reste le seul traitement approuvé en phase aiguë de l’ischémie cérébrale. En France, comme dans les autres pays européens, le taux de patients thrombolysés reste faible, inférieur à 2 %. Le développement des unités neurovasculaires (UNV) et de l’accès en urgence doit être une priorité. En 2008, les perspectives thérapeutiques incluent : l’extension des indications du rt-PA dans une plus grande fenêtre thérapeutique, l’utilisation accrue de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) multimodale pour la sélection des patients et de nouvelles approches : thrombolyse intra-artérielle chimique ou mécanique, sonothrombolyse ou encore nouvelles molécules thrombolytiques.

Mots-clés : ischémie cérébrale aiguë, thrombolyse, activateur tissulaire du plasminogène

ARTICLE

Auteur(s) : Marie-Hélène Mahagne

Unité neurovasculaire, hôpital Saint-Roch, CHU de Nice, 5, rue Pierre-Dévoluy, 06006 Nice cedex 01, France

L’accident vasculaire cérébral (AVC) reste, en 2008, en France, la première cause de handicap permanent acquis de l’adulte et la troisième cause de mortalité après les cancers et les maladies cardiovasculaires. La thrombolyse intraveineuse par l’activateur tissulaire du plasminogène (rt-PA, Alteplase, Actilyse®) est toujours le seul traitement médicamenteux qui a prouvé son efficacité et reçu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans les trois premières heures de l’AVC.

Situation en France, en 2008

Un bref historique et le rappel du cadre réglementaire permettent de mieux comprendre la place de la thrombolyse intraveineuse dans le traitement de l’ischémie cérébrale aiguë, en 2008, en France comme dans la plupart des pays européens.

Cadre réglementaire actuel

Les premiers essais avec le rt-PA dans l’infarctus cérébral remontent à 1995 [1], et l’utilisation du rt-PA dans les trois premières heures de l’infarctus cérébral fut approuvée aux Etats-Unis en juin 1996, mais ce n’est qu’en 2002 que l’Agence européenne du médicament accorda l’AMM en Europe. De plus, cette autorisation européenne fut accordée sous conditions. D’une part, le traitement devait être administré par un médecin compétent en neurologie vasculaire, dans une structure permettant la surveillance neurologique rapprochée des patients. Les unités neurovasculaires (UNV) sont les structures qui permettent de répondre à ces deux exigences en réunissant les moyens de surveillance et la compétence médicale. D’autre part, l’AMM était temporaire, délivrée pour 3 ans et confirmée à la condition que soient réalisés un registre européen, incluant les patients thrombolysés en routine (Safe Implementation of Thrombolysis in Stroke-Monitoring Study), et une étude randomisée, comparant l’efficacité et la tolérance du rt-PA au placebo dans une fenêtre thérapeutique comprise entre 3 et 4,5 heures (European Cooperative Acute Stroke Study III).

Ces conditions entourant l’AMM étaient liées essentiellement à la crainte que les résultats obtenus dans les essais cliniques ne soient pas reproductibles dans la vie réelle, en particulier en termes de sécurité. Les essais randomisés ont en effet démontré que la thrombolyse augmente de 11 à 13 % le nombre de patients autonomes à trois mois, avec cependant un excès d’hémorragies intracrâniennes (6 %) mais sans augmentation de la mortalité. De plus, les études post-marketing, américaines et canadiennes, ont mis en évidence un excès d’hémorragies lorsque les médecins ne respectaient pas scrupuleusement le protocole [2].

Registre SITS-MOST (Safe Implementation of Thrombolysis in Stroke-Monitoring Study)

SITS-MOST [3] est un registre déclaratif européen, prospectif, ouvert, dans lequel les médecins étaient invités à inclure tous les patients qu’ils thrombolysaient. Le pronostic à 3 mois, le taux de complications hémorragiques et la mortalité étaient renseignés. Le principal objectif était d’évaluer l’innocuité de la thrombolyse en pratique médicale courante. SITS-MOST représente le plus grand registre d’AVC, il a été réalisé dans 14 pays européens réunissant 285 centres et donne donc une idée précise de la pratique de la thrombolyse en Europe. Il faut souligner cependant que dans certains pays, dont la France, de nombreux centres, actifs en matière de thrombolyse, n’ont cependant pas participé au registre, d’aucuns lui reprochant d’être déclaratif. Six mille quatre cent quatre-vingt-trois patients ont été inclus, et les résultats sont rassurants. En effet, les taux de complications hémorragiques et d’indépendance fonctionnelle, à trois mois, sont comparables à ceux observés dans les études randomisées et contrôlées (tableau I). De plus, le taux de mortalité est inférieur à celui des études contrôlées (11,3 versus 17,3 %), mais cela doit être tempéré par une moindre sévérité des patients, NIHSS moyen à 11 versus 17 dans les essais randomisés (le National Institute of Health Stroke Scale est un score neurologique clinique évaluant la sévérité de l’AVC et qui est corrélé au pronostic fonctionnel). SITS-MOST a donc démontré que les résultats obtenus dans les études contrôlées sont reproductibles dans la vie réelle.

Tableau I Résultats principaux du SITS-MOST et les principaux essais cliniques contrôlés (ECC) [intervalles de confiance de 95 %]

SITS-MOST (%)

ECC (%)

Hémorragie intracérébrale symptomatique

7,3 (6,7-7,9)

8,6 (6,3-11,6)

Mortalité

11,3 (10,5-12,1)

17,3 (14,1-21,1)

Indépendance (Rankin : 0-2 à 3 mois)

54,8

49

ECASS III (European Cooperative Acute Stroke Study III)

La deuxième condition de l’AMM était la réalisation d’un essai randomisé en double insu contre placebo, comparant l’efficacité et la tolérance de 0,9 mg/kg de rt-PA administré entre 3 et 4,5 heures après le début des symptômes.

L’étude ECASS III [4], dont les résultats viennent d’être publiés [4], a inclus 821 patients dans cette fenêtre thérapeutique. Les résultats sont doubles, concernant à la fois la sécurité et l’efficacité. Le délai d’administration était compris entre 3 et 4,5 heures avec une médiane de 3 heures 59 minutes. Le critère principal était le statut fonctionnel à 30 jours, évalué par l’échelle de Rankin ; l’évolution favorable étant définie par un score compris entre 0 et 1. 52,4 % des patients dans le groupe traité ont eu une évolution favorable versus 45,2 % dans le groupe témoin (p = 0,04), cela malgré une augmentation du taux d’hémorragies intracrâniennes symptomatiques (2,4 versus 0,2 % ; p = 0,008) mais sans augmentation de la mortalité (7,7 versus 8,4 % ; p = 0,68). Ces résultats montrent donc une différence significative en faveur du rt-PA. Cette différence reste modeste, mais il faut souligner que les patients inclus dans cette étude avaient des scores NIHSS initiaux peu élevés (médiane à 9 dans le groupe traité et à 10 dans le groupe placebo), ce qui explique la bonne évolution du groupe placebo.

ECASS III démontre donc que le rt-PA intraveineux, administré entre 3 et 4,5 heures, augmente significativement les chances de récupération fonctionnelle sans augmentation du taux de mortalité malgré un taux plus élevé d’hémorragies intracrâniennes.

A l’issu des résultats d’ECASS III et du registre SITS-MOST, les exigences de l’Agence européenne du médicament sont donc satisfaites et, en toute logique, l’AMM devrait être renouvelée puisque le registre SITS confirme la reproductibilité des résultats dans la vie réelle. L’extension de la fenêtre thérapeutique jusqu’à 4,5 heures devrait également être accordée sur la base des résultats d’ECASS III.

Perspectives pour l’utilisation de la thrombolyse intraveineuse

Elles sont de trois ordres :
  • faire bénéficier le plus grand nombre de patients des moyens thérapeutiques disponibles, c’est-à-dire de faire en sorte que plus de patients aient accès à la thrombolyse le plus tôt possible ;
  • envisager l’élargissement des indications de la thrombolyse intraveineuse tout en améliorant le rapport bénéfice/risque ;
  • enfin, le recul est maintenant suffisant pour connaître les facteurs de réponse ou d’échec de la thrombolyse [5] et donc envisager d’autres moyens pour les situations dont on sait qu’elles ne répondent pas ou répondent mal à la thrombolyse intraveineuse, c’est l’exemple de l’occlusion proximale ou en T de la carotide.

Accès à la thrombolyse dans les trois premières heures

Actuellement, moins de 2 % des AVC sont thrombolysés en France comme partout en Europe (1 352 patients, soit 1,5 % des AVC en France en 2007). L’augmentation du nombre de patients pouvant bénéficier du seul traitement reconnu efficace implique plusieurs mesures : information du grand public et des médecins généralistes, coordination avec les centres 15, raccourcissement des délais intrahospitaliers, enfin et surtout création d’UNV qui seules garantissent la prise en charge adéquate des patients thrombolysés. L’information des patients se fait à travers des campagnes nationales depuis 2007 et en octobre 2008, une campagne nationale a eu lieu, couplée avec la Journée mondiale de l’AVC, Stroke Day. La création des UNV a fait l’objet de deux circulaires ministérielles, la dernière, en 2007, précisant les missions, l’organisation et les moyens nécessaires à la mise en place des UNV, et les SROS « AVC » régionaux prévoient le maillage progressif du territoire français. En 2008, 59 UNV ont été implantées, et 140 à 150 sont prévues d’ici 2010. Les moyens humains indispensables posent le problème de la démographie des neurologues. L’augmentation du nombre de neurologues impliqués dans la pathologie neurovasculaire est un élément clef.

Cependant, les critères actuels de la thrombolyse excluent beaucoup de patients [6].

Elargissement des indications de la thrombolyse intraveineuse

Les recommandations et l’AMM ont été données à partir des résultats des études randomisées qui avaient évalué des patients de moins de 80 ans, après réalisation d’un examen tomodensitométrique cérébral. Douze ans après l’approbation du rt-PA aux Etats-Unis, beaucoup de centres utilisent déjà le rt-PA au-delà de la troisième heure [7] ; les moyens diagnostiques ont évolué, et l’accès de la plupart des centres à l’IRM, en urgence et en routine, a modifié les pratiques. Beaucoup de centres sélectionnent les patients sur la base de l’imagerie fonctionnelle. Par ailleurs, la restriction d’âge n’existe pas aux Etats-Unis et au Canada, et nous disposons de données chez la personne âgée en termes d’efficacité et de risque.

Elargissement de la fenêtre thérapeutique

Peu de patients reçoivent du rt-PA dans les trois premières heures, et la possibilité de traiter dans une fenêtre thérapeutique plus large augmenterait substantiellement le pourcentage de thrombolyses. La méta-analyse des essais randomisés ECASS I, ECASS II, NINDS et ATLANTIS suggérait déjà l’efficacité du rt-PA entre 3 et 6 heures [8]. Depuis, de nombreux patients ont été traités en routine. Dans le registre SITS-MOST, 664 patients ont été traités entre 3 et 4,5 heures. Les patients dans ce groupe étaient plus jeunes et moins sévères et le délai moyen de traitement était supérieur de 55 minutes (195 versus 140 minutes dans le groupe 0-3 heures ; p < 0,001). Cependant, le profil d’efficacité et de tolérance est similaire à celui des patients traités avant trois heures (tableau II). ECASS III vient également de démontrer que le rt-PA, administré entre 3 et 4,5 heures, augmente les chances de récupération fonctionnelle à trois mois.

Les données conjointes de SITS-MOST et ECASS III confirment que certains patients sélectionnés peuvent bénéficier de la thrombolyse au-delà de la troisième heure même si, il faut le redire, le rt-PA est d’autant plus efficace qu’il est administré tôt. Il faut souligner que dans ces deux études, les patients étaient, pour la grande majorité d’entre eux, sélectionnés sur l’imagerie tomodensitométrique. Seulement 50 patients ont eu une IRM cérébrale dans ECASS III.

Cependant, la sélection des patients basée sur l’IRM multimodale est particulièrement intéressante dans l’évaluation bénéfice/risque, en particulier au-delà de la troisième heure [9-11]. L’existence d’un mismatch, c’est-à-dire la présence de tissu potentiellement viable ou pénombre ischémique, permet d’envisager une thrombolyse au-delà des délais classiques [12]. Dans cette optique, la fenêtre thérapeutique n’est plus définie sur le temps écoulé, mais sur la persistance de pénombre ischémique. Dans l’essai EPITHET (Effect of alteplase beyond three hours after stroke in the Echoplanar Imaging Thrombolytic Evaluation Trial), 101 patients ont été randomisés (rt-PA versus placebo). La sélection se faisait sur l’IRM, et 86 % des patients avaient un mismatch. Le groupe traité avait un infarctus plus petit, un meilleur pronostic neurologique et fonctionnel. Les patients qui présentaient un mismatch > 10 mL répondaient mieux au rt-PA [13].

Tableau II Résultats par délai de traitement par rt-PA dans le registre SITS-ISTR

Résultats

Dans les 3 heures

De 3 à 4 h 30 min

Proportion de chance (95 % IC)

p

Proportions de chance ajustées (95 %)

p

ICH symptomatique (%)

1,6

2,2

1,18 (0,89-1,55)

0,24

1,32 (1,00-1,75)

0,052

Mortalité

12,2

12,7

1,02 (0,90-1,17)

0,72

1,15 (1,00-1,33)

0,053

Indépendance

56,3

58,0

1,04 (0,95-1,13)

0,42

0,93 (0,84-1,03)

0,18

Thrombolyse chez le sujet âgé

L’allongement de l’espérance de vie nous conduit, en pratique, à considérer la thrombolyse chez le sujet âgé. Nous disposons actuellement de données chez le patient de plus de 80 ans, avec, d’une part, les données des patients traités aux Etats-Unis et au Canada et, d’autre part, les résultats issus du registre européen SITS-MOST. L’étude canadienne CASES (Canadian Activase for Stroke Effectiveness Study) [14], en 2005, avait recruté 1 135 patients de plus de 80 ans sur une période de 2,5 ans dans 60 centres. Le taux de patients indépendants à trois mois était significativement inférieur à celui des patients de moins de 80 ans (25,9 versus 40,2 % ; p = 0,001) ; le taux de mortalité à trois mois était plus élevé (35,3 versus 18,2 % ; p = 0,001) ; cependant, l’âge n’était pas un facteur prédictif indépendant de complications hémorragiques. Les résultats d’une méta-analyse, publiée en 2007, vont dans le même sens [15]. Enfin, dans SITS-MOST, 600 patients avaient plus de 80 ans. Les résultats montrent clairement que le pronostic est moins bon chez les sujets de plus de 80 ans, avec en particulier un taux de mortalité de 30 %. Cependant, il n’existe pas d’excès d’hémorragie. Ces résultats permettent de dire que la thrombolyse, au-delà de 80 ans, est moins efficace mais pas plus dangereuse. Il est intéressant de noter que les deux populations sont profondément différentes et que le sujet âgé réunit souvent les facteurs de mauvais pronostic, l’évaluation du bénéfice/risque doit donc être encore plus rigoureuse que chez les sujets plus jeunes. Dans cette optique, l’IRM est un outil important, car il permet l’évaluation de la leucoaraïose qui représente un facteur indépendant de complications hémorragiques [16, 17]. Or, la leucoaraïose est significativement plus fréquente chez le sujet âgé (tableau III). Dans cette optique, il semble plus intéressant de sélectionner les patients sur les critères IRM que sur le seul critère de l’âge.

Tableau III Corrélations entre âge et leucoaraïose. D’après Haefelin et al. [17]Complications hémorragiques post-thrombolyse chez les patients avec et sans leucoaraïose sur l’IRM : 10,5 % en présence de leucoaraïose (versus 3,8 % sans leucoaraïose)

Sans leucoaraïose

Avec leucoaraïose

Tous patients

p

n = 335

n = 114

n = 449

Age (années)

61 ± 14

75 ± 9

65 ± 14

0,001

NIHSS à l’admission

12,7 ± 5,9

13,7 ± 5,9

13,2 ± 6,1

NS

Glycémie (G/L)

131 ± 42

128 ± 41

132 ± 44

NS

Plaquettes 103/L

245 ± 95

239 ± 90

244 ± 95

NS

Délai (minutes)

189 ± 59

187 ± 65

188 ± 64

NS

Autres approches thérapeutiques

La thrombolyse, même administrée très tôt, n’est pas toujours efficace. Les facteurs prédictifs de mauvaise réponse au traitement sont maintenant connus [18]. Chez les patients initialement très sévères (NIHSS > 20), le taux de mortalité reste très élevé, même lorsque le traitement est administré précocement (48 % de décès dans l’étude NINDS). La taille et la localisation du thrombus rendent compte des difficultés de recanalisation rencontrées. C’est le cas de l’occlusion proximale ou en T de la carotide. Là où échoue la thrombolyse intraveineuse, peuvent être proposées des solutions alternatives telles que la thrombolyse intra-artérielle, la sonothrombolyse ou la combinaison de plusieurs approches : thrombolyse intraveineuse et intra-artérielle (chimique ou mécanique), éventuellement potentialisée par les ultrasons.

Thrombolyse intra-artérielle

L’abord intra-artériel permet deux types de thrombolyse, pharmacologique ou mécanique [19]. Dans le premier cas, le thrombolytique est délivré au contact du caillot ; dans le second cas, la thrombectomie mécanique est réalisée par un dispositif d’extraction.

Thrombolyse intra-artérielle pharmacologique

On sait, depuis la réalisation des deux études randomisées PROACT I et II [20], qu’en cas d’occlusion de la cérébrale moyenne, la thrombolyse intra-artérielle, réalisée dans un délai inférieur à 6 heures, permet d’augmenter significativement le taux de recanalisation (68 versus 18 % dans le groupe témoin) et en corollaire, le nombre de patients indépendants à 3 mois (40 versus 25 %). Cela n’est vrai que pour les patients dont le NIHSS initial est supérieur à 10. Les patients présentant un déficit modéré ne bénéficient pas de la procédure. Par ailleurs, le principal obstacle à cette approche intra-artérielle est le temps nécessaire à sa mise en œuvre (délai moyen de 5,3 heures dans PROACT).

Lyse mécanique du thrombus

La lyse mécanique du thrombus par un microcathéter a été testée dans plusieurs études pilotes. Ces études ont rapporté un taux élevé de recanalisation. Un système d’extraction mécanique du thrombus a reçu l’approbation de la FDA aux Etats-Unis et est donc utilisé. Il s’agit du dispositif MERCI (Mechanical Embolus Removal in Cerebral Ischemia) testé au cours de deux études, MERCI et Multi MERCI [21, 22]. Le dispositif est efficace et permet l’extraction du thrombus, mais il reste à démontrer que cette approche se traduit par une amélioration clinique. L’essai IMS 3 [28] abordera cet aspect, et une autre étude en cours, RESCUE (MRI and Recanalization of Stroke Clots Using Embolectomy), teste l’efficacité et la tolérance de la thrombectomie mécanique avec ce même dispositif chez des patients sélectionnés sur l’IRM, et chez qui persiste un mismatch.

Sonothrombolyse

Expérimentalement, la lyse d’un caillot peut être potentialisée par les ultrasons. L’action synergique des ultrasons s’expliquerait par la cavitation de microbulles contenues dans le milieu exposé aux ultrasons. En clinique, le doppler transcrânien permet, au décours d’une thrombolyse systémique, d’identifier les flux résiduels et d’évaluer le taux de recanalisation, et dans le même temps d’augmenter la surface de thrombus exposée au thrombolytique [23]. Une étude multicentrique, internationale, CLOTBUST (Combined Lysis Of Thrombus in Brain ischemia using Transcranial UltraSound and Systemic rt-PA) [24], a, pour la première fois en clinique, démontré que l’exposition aux ultrasons de faible intensité et de haute fréquence peut augmenter l’activité thrombolytique du rt-PA. Dans cet essai, l’amélioration clinique spectaculaire et/ou une recanalisation complète à deux heures fut obtenue dans 25 % des cas (contre 8 % seulement dans le groupe traité par rt-PA seul ; p = 0,02). L’évolution clinique à long terme n’est cependant significativement différente de celle des patients qui ont reçu le rt-PA seul. Comme pour la thrombectomie mécanique, il reste à démontrer que cette approche se traduit en bénéfice clinique. L’utilisation couplée d’agents de contraste (type Levovist) devrait encore accélérer la lyse du thrombus, et cette hypothèse fera l’objet d’une étude de phase II. La généralisation de ce type de procédure, en cas de succès, demanderait le développement de techniques ultrasonographiques fiables, indépendantes de l’opérateur.

Approches combinées

La combinaison des deux approches, intra-veineuse et intra-artérielle, permet d’utiliser les avantages des deux techniques, rapidité et disponibilité du rt-PA intraveineux, mais avec une efficacité limitée dans certaines situations, et efficacité de l’abord endovasculaire sur la recanalisation, que ce soit par thrombectomie ou par rt-PA intra-artériel, mais une mise en œuvre consommatrice de temps. On sait en effet que, même dans les équipes entraînées, l’installation du patient en salle d’angiographie est relativement longue, et il est rare que le neuroradiologue commence la procédure en moins d’une heure [25].

L’étude IMS 1 (Interventional Management of Stroke 1) [26] a testé l’efficacité et la tolérance de la combinaison des deux techniques : une dose moindre de rt-PA par voie veineuse (0,6 mg/kg sur 30 minutes), suivie d’une thrombolyse intra-artérielle en cas d’occlusion artérielle persistante documentée en angiographie. Le thrombolytique intra-artériel était administré en bolus, avec une posologie maximale de 22 mg sur 2 heures, au contact du caillot. L’ensemble de la procédure devait se dérouler dans les trois premières heures. Le taux de recanalisation fut de 55 %, le taux de transformations hémorragiques de 9,9 %, et 42 % des patients avec un NIHSS initial > 20, étaient indépendants fonctionnellement à 3 mois. La deuxième étude, IMS 2 [27], a évalué l’efficacité, la tolérance et la faisabilité d’une approche combinée, thrombolyse intraveineuse suivie d’une thrombolyse intra-artérielle potentialisée par les ultrasons, grâce à l’utilisation d’un cathéter dont l’extrémité était équipée d’un transducteur à 2 Mhz. Parmi les 34 patients traités, 69 % ont eu une recanalisation complète ou partielle. Le taux de mortalité à 3 mois était de 16 %, mais les complications hémorragiques s’élevaient à 11 % (versus 6 % dans IMS 1). Il apparaît donc que les ultrasons augmentent le taux de recanalisation, mais au prix d’une augmentation des complications hémorragiques.

Une troisième étude, IMS 3 [28], actuellement en cours, prévoit de comparer, chez 900 patients, l’efficacité et la tolérance de l’approche combinée thrombolyse intraveineuse + traitement endovasculaire à la thrombolyse intraveineuse seule. Le traitement endovasculaire pourra être une thrombolyse intra-artérielle, une thrombectomie ou une sonothrombolyse.

Nouvelles molécules

De nouveaux thrombolytiques ont été testés. La desmoteplase, rDSPAα1, est un nouveau recombinant du plasminogène obtenu par clonage de l’activateur salivaire de la chauve-souris, ayant une forte affinité pour la fibrine, une demi-vie prolongée et une faible neurotoxicité. Son efficacité clinique a été testée dans trois essais cliniques en double insu contre placebo (DIAS, DEDAS et DIAS-2) [29, 30], dans une fenêtre thérapeutique de 3 à 9 heures et après une sélection des patients basée sur l’IRM. En effet, seuls devaient être traités les patients présentant un mismatch entre diffusion et perfusion au moment de l’inclusion. Le principal enjeu de ces études était de pouvoir proposer une fenêtre thérapeutique longue (jusqu’à neuf heures après le début des symptômes) sans augmenter le risque de saignement. Les résultats de DIAS et DEDAS étaient positifs tandis que DIAS-2 a été négatif. L’analyse « poolée » des trois études montre que les complications hémorragiques sont faibles et le taux de réponse clinique significativement plus élevé dans les groupes traités par desmoteplase. Cependant, le taux de mortalité dans le dernier essai était plus élevé dans le groupe traité par 125 mcg/kg de desmoteplase. Une nouvelle étude, utilisant 90 µg/kg de desmoteplase, débutera prochainement.

De nouveaux thrombolytiques devraient avoir une spécificité élevée pour la fibrine, une absence de neurotoxicité et une demi-vie prolongée.

Conclusion

Nos efforts doivent tendre tout d’abord vers un accès des patients le plus rapidement aux UNV afin de bénéficier de la thrombolyse dans les délais minima. Les perspectives thérapeutiques incluent, à court terme, l’utilisation du rt-PA dans un cadre plus large, en particulier, entre 3 et 4,5 heures, la sélection des patients basée sur l’imagerie multimodale. A plus long terme, les études contrôlées permettront de déterminer la place de nouvelles molécules et de nouvelles approches, intra-artérielles, ultrasonographiques ou la combinaison de plusieurs méthodes.

Références

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