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Le dépistage de la rétinopathie diabétique


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 20, Numéro 8, 431-4, Octobre 2008, Technique

DOI : 10.1684/stv.2008.0323


Auteur(s) : Amélie Lecleire-Collet, Ali Erginay, Pascale Massin , Service d’ophtalmologie, AP-HP, Hôpital Lariboisière, Paris, France.

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Auteur(s) : Amélie Lecleire-Collet, Ali Erginay, Pascale Massin

Service d’ophtalmologie, AP-HP, Hôpital Lariboisière, Paris, France

La rétinopathie diabétique (RD) est une manifestation de la microangiopathie diabétique. Elle est consécutive à deux processus pathologiques : l’hyperperméabilité de la paroi des capillaires rétiniens, source d’œdème rétinien et l’occlusion des capillaires rétiniens, responsable d’ischémie rétinienne. Lorsque l’ischémie rétinienne est étendue, une prolifération réactionnelle de néovaisseaux se produit à la surface de la rétine, puis dans le vitré (RD proliférante) [1,2]. Ceux-ci peuvent se compliquer d’hémorragie intravitréenne, de décollement de rétine tractionnel ou de glaucome néovasculaire et entraîner une baisse de vision très sévère. Les phénomènes œdémateux prédominent dans la région centrale de la rétine, la macula, conduisant à l’œdème maculaire, principale cause de malvoyance au cours de la RD [2].

La RD reste une cause importante de malvoyance et la première cause de cécité chez les sujets de moins de 60 ans, dans l’ensemble des pays industrialisés [1,2]. Après 20 ans d’évolution du diabète, plus de 90 % des diabétiques de type 1 et plus de 60 % des diabétiques de type 2 ont une RD [2]. Dans l’étude « Échantillon national représentatif des personnes diabétiques (ENTRED) », la prévalence de la RD, d’après les déclarations des médecins traitants, est de 9,9 % chez les patients diabétiques mais est certainement sous-estimée du fait d’un taux de dépistage de la RD inférieur à 50 % ; 3,4 % des patients interrogés déclaraient avoir perdu la vue d’un œil, et 14,5 % avoir été traités au laser pour une RD [3].

Cette évolution handicapante est due à la prise en charge souvent trop tardive de cette affection. En effet, la RD est une affection silencieuse pendant de nombreuses années : elle ne devient symptomatique qu’au stade des complications. Seul un examen effectué régulièrement peut permettre de la diagnostiquer précocement et de la traiter. La cécité et la malvoyance liées à la RD sont, en effet, en grande partie évitables grâce au traitement par laser, dont l’efficacité a été depuis longtemps démontrée par des études randomisées : la DRS (Diabetic Retinopathy Study) a montré que le traitement par laser permettait de réduire d’au moins 50 % le risque de baisse visuelle sévère des yeux présentant une RD proliférante sévère, et d’obtenir la régression de la néovascularisation prérétinienne dans au moins 90 % des cas [4]. Enfin, l’ETDRS a démontré que le traitement par laser focal de l’œdème maculaire permettait de ralentir la baisse visuelle [5].

Recommandations pour le dépistage de la RD et état des lieux en France

Afin de faire reculer la malvoyance et la cécité liée à la RD, des stratégies de dépistage de la RD ont été définies, et un examen du fond d’œil annuel pour tout patient diabétique est préconisé, depuis le début des années 1990 [6], par un grand nombre de pays. En France, il est recommandé par l’Association de langue française pour l’étude du diabète et des maladies métaboliques (Alfédiam) [7] depuis 1996, l’Agence nationale pour l’accréditation et l’évaluation en santé (Anaes) [8] depuis 1999 et récemment par la Haute Autorité de Santé (HAS) (2007) [9].

Cependant, il n’est pas encore réalisé chez tous les patients diabétiques. En effet, les enquêtes de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) et l’étude ENTRED ont montré que moins de 50 % des patients diabétiques inclus dans ces études avaient consulté un ophtalmologiste durant l’année précédente [3,10]. Les causes de l’absence de dépistage sont multiples, principalement un manque d’information des patients, une sensibilisation insuffisante des médecins, la négligence des personnes à risque et la précarité [3]. La diminution à venir du nombre des ophtalmologistes, déjà réelle dans certaines régions, s’ajoute à ces difficultés. C’est pourquoi, une diversification des modalités de dépistage a semblé indispensable pour combattre les différents obstacles au dépistage annuel.

Examens actuels permettant le dépistage (et le diagnostic) de la RD

Il existe actuellement deux examens permettant le dépistage de la RD : l’examen du fond d’œil par ophtalmoscopie indirecte à la lampe à fente avec dilatation pupillaire (traditionnel « fond d’œil ») et le dépistage par les photographies du fond d’œil (rétinographie) avec ou sans dilatation pupillaire.

Pour ces deux examens, l’interprétation repose sur les classifications connues et validées de la RD [9,11].

Ophtalmoscopie indirecte à la lampe à fente avec dilatation pupillaire

Cet acte (figure 1A) est réalisé par l’ophtalmologiste, en présence du patient, après dilatation pupillaire. Il a l’avantage d’être précédé d’un examen ophtalmologique complet. Néanmoins, il a l’inconvénient d’être long, sa sensibilité pour détecter toute forme de RD ou une forme sévère de RD est inférieure à 80 %, sauf lorsqu’il est réalisé par un ophtalmologiste spécialisé en pathologie rétinienne, mais sa spécificité est excellente, de l’ordre de 99 % [9]. Enfin, il ne permet pas la réalisation d’un contrôle qualité, du fait de l’absence de documentation.

Photographies du fond d’œil, avec ou sans dilatation pupillaire

L’avantage majeur de cet acte (figure 1B) est sa bonne sensibilité pour détecter la RD, supérieure à celle de l’examen du fond d’œil [9]. Récemment, la conférence européenne de Liverpool sur le dépistage de la RD l’a désignée comme la méthode de référence pour le dépistage de la RD [9].

Les autres avantages sont que l’acte peut être réalisé sans mydriase (augmentant ainsi son acceptabilité), qu’il autorise un contrôle qualité et que l’interprétation des photographies peut être différée dans le temps et/ou l’espace. Enfin, il s’agit d’un acte rapide, qui peut être réalisé par un technicien non médecin.

L’inconvénient de la photographie du fond d’œil est l’ininterprétabilité des clichés chez certains patients, due à l’insuffisance de dilatation naturelle de la pupille, fréquente chez les diabétiques et à la cataracte [9]. En cas de mauvaise qualité des clichés pris sans dilatation pupillaire, une dilatation de la pupille, sous responsabilité médicale, permet dans certains cas d’obtenir des clichés interprétables, en utilisant le même appareil.

L’acte de photographie du fond d’œil est réalisé grâce à un appareil appelé indifféremment « rétinographe » ou « rétinographe non mydriatique ».

La photographie du fond d’œil peut être réalisée par des techniciens non médecins (infirmiers[es], optométristes, orthoptistes), l’important étant qu’ils aient été formés et qu’ils fassent l’objet d’une évaluation régulière. Deux photographies sont suffisantes pour le dépistage de la RD : l’une centrée sur la macula, l’autre centrée sur la papille (figures 2 et 3).

L’interprétation des photographies par l’ophtalmologiste peut se faire en présence du patient, mais également à distance grâce à la télétransmission des photographies, envoyées sous format numérique. Tout récemment (2007), la HAS a validé à la fois l’acte d’interprétation différée des photographies par un ophtalmologiste et l’acte de prise de photographie par un infirmier ou un orthoptiste [9].

Les photographies sont interprétées selon une classification spécialement conçue pour le dépistage de la RD par les photographies du fond d’œil (figures 2 et 3) [11].

Seuls les patients diabétiques ne présentant pas de RD ou ceux présentant une RD non proliférante minime sont concernés par le dépistage par photographies du fond d’œil. Les patients présentant un stade de RD non proliférante modérée ou plus grave ou de maculopathie diabétique confirmée devront être vus en consultation par un ophtalmologiste, pour un examen plus complet de la rétine et un éventuel traitement [9].

Cette stratégie de dépistage peut être réalisée à l’hôpital ou en clinique (coopération entre service de diabétologie et d’ophtalmologie…) ou en ville, dans le cadre de « réseaux diabète » de médecins libéraux, dans des centres de santé, des sites mobiles, etc.

Le but de cette nouvelle technique de dépistage est ainsi d’augmenter la proportion de patients dépistés avec un examen de dépistage de qualité.

Fréquence du dépistage

Chez l’adulte diabétique de type 1, le dépistage sera annuel, en commençant 3 ans après le diagnostic du diabète [12]. Chez l’enfant diabétique de type 1, il sera également annuel, à partir de l’âge de 10 ans [13]. Chez les adolescents et les adultes jeunes, un dépistage tous les 3 à 6 mois est nécessaire quand le diabète est mal équilibré (tableau I).

Chez le diabétique de type 2, le début de la maladie est souvent inconnu, et l’examen ophtalmologique initial peut déjà découvrir une RD plus ou moins évoluée (dans 20 % des cas). Ainsi, chez le patient diabétique de type 2, le dépistage de la RD sera annuel, dès le diagnostic du diabète [14]. En cas de grossesse, un dépistage trimestriel est nécessaire.

Enfin, en dehors du dépistage, en présence d’une RD non proliférante modérée ou d’un stade plus grave et/ou d’un œdème maculaire, le suivi ophtalmologique – acuité visuelle, examen à la lampe à fente, prise de la tension oculaire, examen du fond d’œil, photographies du fond d’œil (6 à 9 photographies), examen par tomographie à cohérence optique (OCT), angiographie rétinienne à la fluorescéine… – sera fonction de la gravité de la RD (tous les 4 à 6 mois, voire plus fréquemment…) et du traitement institué (panphotocoagulation rétinienne, photocoagulation maculaire, injection intravitréenne, chirurgie vitréorétinienne…).

Tableau I Dépistage de la rétinopathie diabétique

  • Diabète de type 1
    • Photographies du fond d’œil (FO) de dépistage (ou examen du FO ± photographies du FO) 3 ans après le début du diabète
    • Photographies du FO de dépistage (ou examen du FO ± photographies du FO) annuel


  • Diabète de type 2
    • Photographies du FO de dépistage (ou examen du FO ± photographies du FO) dès la découverte du diabète
    • Photographies du FO de dépistage (ou examen du FO ± photographies du FO) annuel


  • Circonstances particulières justifiant une surveillance ophtalmologique rapprochée
    • Jeunes diabétiques de type 1 : dépistage à l’âge de 10 ans, puis surveillance renforcée entre 16 et 18 ans
    • Grossesse : dépistage avant ou au début de la grossesse
      • En l’absence de rétinopathie diabétique : surveillance trimestrielle et en post-partum
      • En présence d’une rétinopathie diabétique (même minime) : surveillance mensuelle
    • Normalisation rapide de la glycémie
    • Chirurgie de la cataracte
    • Décompensation tensionnelle ou rénale


Références

1 Sinclair SH. Diabetic retinopathy: the unmet needs for screening and a review of potential solutions. Expert Rev Med Devices 2006 ; 3 : 301-13.

2 Frank RN. Diabetic retinopathy. N Engl J Med 2004 ; 350 : 48-58.

3 Fagot-Campagna A, Fosse S, Weill A, et al. Rétinopathie et neuropathie périphérique liées au diabète en France métropolitaine : dépistage, prévalence et prise en charge médicale, étude ENTRED 2001. Bull Epidemiol Hebdo 2005 ; 12-13 : 48-50.

4 The Diabetic Retinopathy Study Group. Photocoagulation treatment of proliferative diabetic retinopathy: the second report of Diabetic Retinopathy Study findings. Ophthalmology 1978 ; 85 : 82-106.

5 Early Treatment Diabetic Retinopathy Study Research Group. Photocoagulation for diabetic macular edema. ETDRS Report number 1. Arch Opthalmol 1985 ; 103 : 1796-806.

6 La déclaration de Saint-Vincent. Diabet Metab 1992 ; 18 : 334.

7 Association de langue française pour l’étude du diabète et des maladies métaboliques. Recommandations pour le dépistage et la surveillance de la rétinopathie diabétique. Paris : Alfédiam, 1996.

8 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Suivi du patient diabétique de type 2 à l’exclusion du suivi des complications. Recommandations pour la pratique clinique. Paris : Anaes, 1999.

9 Haute Autorité de santé. Rapport rétinographie juillet 2007. Interprétation des photographies du fond d’œil, suite à une rétinographie avec ou sans mydriase.

10 Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés, Direction du service médical, Département soins de ville/mission statistique. Programme de santé publique sur la prise en charge du diabète de type 2. Evolution de la prise en charge des diabétiques non insulinotraités entre 1998 et 2000. Paris : CNAMTS, 2002.

11 Lecleire-Collet A, Erginay A, Angioi-Duprez K, et al. Classification simplifiée de la rétinopathie diabétique adaptée au dépistage par photographies du fond d’œil. J Fr Ophtalmol 2007 ; 30 : 674-87.

12 Haute Autorité de santé. Rapport juillet 2007. Diabète de type 1 de l’adulte.

13 Haute Autorité de santé. Rapport juillet 2007. Diabète de type 1 de l’enfant et de l’adolescent.

14 Haute Autorité de santé. Rapport juillet 2007. Diabète de type 2.


 

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