ARTICLE
Auteur(s) : Philippe Meurin, Pierre
Jean Esmieu-Fournel
Les Grands Prés, 27 rue Sainte Christine, 77174
Villeneuve-Saint-Denis
Chez les patients porteurs d’une prothèse valvulaire mécanique
(PVMe), l’utilisation d’une héparine peut être nécessaire dans
trois situations : en postopératoire précoce avant l’obtention
d’un international normalized ratio (INR) efficace sous
anticoagulants oraux (AVK) ; lors d’une chirurgie
extracardiaque nécessitant l’arrêt temporaire des AVK et pendant la
grossesse.Dans ces trois situations, le praticien qui veut utiliser
une héparine de bas poids moléculaire (HBPM) est confronté en
France à un obstacle majeur : l’absence d’autorisation de mise
sur le marché (AMM) des HBPM chez les patients porteurs de PVMe. Il
existe alors un véritable risque médico-légal, et ce d’autant plus
que, quel que soit le schéma d’anticoagulation choisi, le risque de
thrombose de valve n’est pas négligeable.Cependant, le souhait
principal du médecin est bien de proposer le meilleur traitement
possible à son patient. L’absence d’AMM n’est donc pas un obstacle
définitif : qui oserait priver un coronarien stable récemment
stenté de l’association clopidogrel + aspirine alors que le
clopidogrel n’a pas d’AMM dans cette indication ? Finalement,
quelle que soit la principale motivation d’un choix thérapeutique,
qu’il s’agisse de la crainte d’un risque médico-légal ou de la
volonté de faire le mieux possible pour le patient, ce choix doit
surtout suivre les « données actuelles de la science »
c’est-à-dire les recommandations récentes des sociétés savantes et
les résultats des études cliniques.L’objectif de cet article est
double : d’une part montrer que les HBPM ont été au moins
aussi bien évaluées que l’héparine non fractionnée (HNF) chez les
patients porteurs d’une PVMe, et d’autre part insister sur le fait
que, quelle que soit l’héparine choisie, celle-ci doit être
utilisée en suivant un schéma thérapeutique efficace. En effet, le
risque majeur des HBPM est qu’elles soient mal prescrites ou mal
surveillées en raison de leur facilité apparente d’utilisation.
Utilisation d’une HBPM précocement après mise en place de la
prothèse valvulaire
Le risque thromboembolique est élevé dans les semaines qui suivent
l’insertion de la PVMe. L’utilisation d’héparine avant obtention
d’un INR efficace grâce aux AVK est donc habituelle bien que son
utilité n’ait pas fait l’objet d’études cliniques (qui semblent
éthiquement difficiles à mettre en place). C’est la raison pour
laquelle les recommandations américaines publiées en 2006 [1] nous
disent que l’utilisation d’héparine dans cette situation est
« controversée ». Il existe en effet certains centres qui
débutent l’anticoagulation par une monothérapie par AVK et n’y
adjoignent une héparine que si le délai d’obtention d’un INR
efficace est jugé trop long.
Cependant, dans le monde réel, la plupart des équipes
chirurgicales débutent l’administration d’HNF par voie
intraveineuse 24 à 48 heures après la chirurgie et la
maintiennent jusqu’à l’arrêt des autres traitements administrés par
voie intraveineuse. Lorsque le patient est déperfusé, il reste
néanmoins un grand nombre de patients qui n’ont pas encore un INR
efficace : dans une étude que nous avons publiée en 2006 [2],
sur 695 patients consécutifs transférés en centre de réadaptation
cardiaque (CRC) après mise en place d’une PVMe, 270 (39 %)
avaient un INR infra-thérapeutique 16 ± 11 jours après la
chirurgie (!), soit bien longtemps après qu’ils ne nécessitent plus
de traitement par voie injectable autre que l’héparine.
Sur ces 270 patients, 250 (16 exclus pour insuffisance rénale et
4 pour suspicion d’allergie à l’héparine) ont reçu une HBPM
(énoxaparine 100 UI/kg 2 fois par jour) jusqu’à obtention d’une
anticoagulation orale efficace (soit 8,3 ± 6 jours). Il n’y a
pas eu d’événement thrombo-embolique en cours d’hospitalisation (un
accident ischémique transitoire plus de trois semaines après la fin
du relais HBPM/AVK avec échographie transœsophagienne normale et
découverte d’une sténose carotidienne) et peu d’événements
hémorragiques (1 tamponnade et 1 hématome musculaire abdominal
nécessitant une transfusion sanguine) majeurs.
Ces résultats sont intéressants car il s’agissait d’une
population à particulièrement haut risque thromboembolique :
50 % des patients avaient présenté au moins un épisode de
fibrillation auriculaire, 53 % avaient une oreillette gauche
dilatée, 24 % étaient porteurs d’une PVMe de localisation
mitrale, 12 % avaient un antécédent d’accident vasculaire
cérébral et 19 % étaient en chirurgie redux.
Cette étude ne fait que confirmer les résultats publiés par
l’équipe de Gilles Montalescot en 2001 [3] : 102 patients
consécutifs recevaient une HBPM à dose efficace en moyenne
6 jours après la chirurgie (c’est-à-dire cette fois
véritablement lors de l’ablation de la perfusion) pendant
14 jours en moyenne, jusqu’à obtention d’un INR efficace.
L’évolution de ces patients était comparée à celle des 106 patients
précédents qui avaient reçu une HNF par voie sous-cutanée
(calciparine 3 fois par jour). Les résultats étaient très
spectaculaires : en effet, l’anticoagulation cible (anti-Xa
entre 0,5 et 1,0 UI/mL pour les patients sous HBPM et TCA entre 1,5
et 2,5 fois le témoin pour les patients sous HNF) était obtenue au
deuxième jour de traitement chez 9 % des patients sous HNF
versus 87 % des patients sous HBPM, et au treizième jour chez
27 % des patients sous HNF contre 81 % des patients sous
HBPM.
Quatre épisodes hémorragiques (2 par groupe) et un événement
thrombo-embolique (dans le groupe HNF) ont été observés.
Enfin, dans une revue récemment publiée, Kulik et al [4] ont
comptabilisé le nombre d’événements thromboemboliques et
hémorragiques après insertion d’une PVMe en fonction du schéma
d’anticoagulation initial (HNF par voie intraveineuse ou HBPM). Les
résultats sont synthétisés dans le tableau
I. Une lecture rapide de ce tableau semblerait donner
l’avantage aux HBPM. Il faut cependant noter que le nombre de
patients étudiés est beaucoup plus important dans le groupe HNF,
mais, en contrepartie, que dans la majorité des registres
concernant l’HNF, le dénombrement du taux d’événements
thromboemboliques dans les premiers mois n’était pas l’objectif de
l’étude ce qui rendait leur recueil très secondaire… cette analyse
ne peut donc donner qu’une impression globale concernant le nombre
d’événements graves.
Les résultats de ces trois publications suggèrent que
l’énoxaparine administrée à dose efficace est utilisable en
postopératoire assez précoce, en attendant l’obtention d’un INR
efficace.
Il faut cependant insister sur le fait que, dans les études
concernant les HBPM, celles-ci n’étaient pas administrées dans les
tout premiers jours suivant la chirurgie. En effet, en
postopératoire immédiat, l’administration d’une HBPM pourrait
souffrir des inconvénients suivants : difficulté de
neutralisation en cas d’hémorragie, biodisponibilité aléatoire due
à une vasoconstriction périphérique lors d’administration d’amines
vasopressives [5] et insuffisances rénales transitoires
contre-indiquant l’utilisation d’une HBPM.
Tableau I Résultats de deux stratégies
d’anticoagulation (HNF ou HBPM) en postopératoire précoce après
remplacement valvulaire par prothèse mécanique ; synthèse des
registres publiés d’après [4] et [2]
|
n
|
TE
|
Saignements (total)
|
Mortalité par hémorragie
|
|
HNF-IV
|
2 535
|
1,1 %
|
7,2 %
|
0,8 %
|
|
HBPM
|
418
|
0,24 %
|
2,9 %
|
0
|
Arrêt temporaire des AVK pour chirurgie extracardiaque
Le risque thromboembolique lié à l’interruption transitoire des AVK
ne doit pas être surestimé : il serait de 10 à 20 % par
an. Ainsi, si l’AVK est arrêté pendant 3 jours, ce risque ne
serait que de 0,08 % à 0,16 % [1]. Ces chiffres ne sont
pas vraiment applicables à la période d’arrêt et reprise de l’AVK
en période périopératoire, et on estime plutôt le risque
thromboembolique à environ 2 % toutes stratégies
thérapeutiques confondues [9]. En effet il existe, d’une part un
effet prothrombotique dû au syndrome inflammatoire et d’autre part
une période d’état hypercoagulable à la reprise de l’AVK (par
suppression des protéines C et S avant que la drogue n’affecte les
facteurs vitamine K dépendants) [1].
La prise en charge doit donc être individualisée : elle
dépend d’une part du risque hémorragique de la chirurgie et d’autre
part du risque thrombotique estimé selon l’existence ou non d’un
des facteurs suivants : fibrillation auriculaire, antécédent
thrombœmbolique, dysfonction ventriculaire gauche, notion
« d’hypercoagulabilité » (déficit en protéine C ou S,
facteur V de Leiden, néoplasie), valve d’ancienne génération, valve
mécanique tricuspide, existence de plus d’une valve mécanique, les
recommandations américaines sont détaillées (tableau III). Il faut noter qu’elles insistent sur
le fait que les patients à bas risque ne nécessitent pas de relais
héparinique, la synthèse des recommandations des sociétés savantes
est exposée tableau II.
Ces recommandations sont, par nature, très prudentes. Il faut
par exemple noter qu’elles mettent souvent au même rang les HBPM et
l’HNF par voie sous-cutanée. Cette attitude est surprenante car la
biodisponibilité des HBPM est proche de 100 % alors que celle
de l’HNF administrée par voie sous-cutanée est d’environ 30 %.
Ceci reflète sans doute le fait que, d’une part, les HBPM n’ont pas
d’autorisation officielle dans cette indication, mais que d’autre
part, paradoxalement, elles sont beaucoup mieux évaluées que la
calciparine et même que l’HNF administrée par voie intraveineuse.
On dispose en effet d’au moins trois registres [10-12] incluant un
total de 409 patients devant interrompre leur traitement AVK pour
chirurgie extracardiaque et recevant alors l’énoxaparine ou de la
dalteparine. Les taux d’événements thromboemboliques (0 à 4 %)
et hémorragiques graves (1 à 6,7 %) ont été considérés comme
acceptables.
Par ailleurs, une étude rétrospective [13] a comparé le taux
d’événements et le coût du relais entre deux groupes successifs de
patients recevant une HNF (n = 26) par voie intraveineuse ou une
HBPM (n = 40). Le taux d’événements graves était similaire dans les
deux groupes pour un coût total de 31 625 dollars dans le
groupe HNF contre 18 511 dollars dans le groupe HBPM (p <
0,01).
Enfin, dans un registre prospectif multicentrique publié
récemment [14], Spyropoulos et al. ont comparé le nombre
d’événements survenant dans cette situation chez des patients sous
HNF (n = 180 dont 72 PVMe, 72 % sous HNF-IV et 28 % sous
HNF-sc) et sous HBPM (n = 721 dont 174 PVMe). Les taux
d’hémorragies majeures (3,3 % versus 5,5 %) et
d’événements thromboemboliques (0,6 % versus 2,4 %)
semblaient moins élevés sous HBPM, mais, là encore, il ne
s’agissait que d’un registre. Finalement, l’HNF n’ayant pas été
bien évaluée dans cette indication, il est surprenant qu’elle
bénéficie de recommandations de grade I.
Tableau II Synthèse des Guidelines (d’après [1, 6-8])
|
Indication
|
|
|
|
|
|
Postopératoire du remplacement valvulaire
|
- HBPM ou HNF (IV ou SC)
- Grade 2C
|
Pas de recommandation claire
|
- - HNF-IV : probablement meilleure sécurité que HNF-SC ou
HBPM
- - si HBPM : monitorer anti-Xa surtout si IR ou
obésité
|
- L’HNF permet une anticoagulation efficace
- HBPM : non évoquées
|
- Sevrage temporaire des AVK
- (lorsqu’un relais héparinique est nécessaire)
|
- HBPM ou HNF (IV ou SC) :
- Grade 2C
|
- HNF-IV :
- Grade IB
- HBPM ou HNF-SC
- Grade IIbB
|
- HNF-IV
- (Grade non déterminé)
- HBPM : sécurité non établie
|
- HNF-IV :
- Grade IIaC
- HBPM:
- Grade IIbC
|
- Grossesse
- (focus sur l’héparinothérapie)
|
- HBPM ou HNF (IV ou sc)
- Grade IC
|
- HBPM ou HNF (IV ou SC)
- Grade IC
|
- UH-IV
- HBPM et HNF-SC : risqué similaire et élevé
|
- HNF : risque thrombotique mais peu de risque fœtal.
- HBPM : données limitées et controversées
|
Tableau III Patients porteurs de prothèses valvulaires
mécaniques nécessitant une chirurgie non cardiaque, une procédure
invasive ou des soins dentaires. Recommandations américaines
(d’après [1])
|
CLASSE I
|
- 1. Chez les patients à bas risque de thrombose définis
comme ceux porteurs d’une valve aortique à double ailette sans
facteur de risque associé, on recommande d’arrêter l’AVK
(ici : warfarine) 48 à 72 heures avant la procédure (pour
que l’INR soit inférieur à 1,5) et de le reprendre 48 heures
après. L’héparine n’est habituellement pas nécessaire (niveau
d’évidence B).
- 2. Chez les patients à haut risque de thrombose définis
comme ceux porteurs d’une PVMe mitrale ou d’une PVMe aortique avec
un ou plusieurs facteurs de risque, l’HNF par voie intraveineuse
devrait être débutée quand l’INR est inférieur à 2 (en général
48 heures avant la chirurgie), stoppée 4 à 6 heures avant
la procédure et reprise après la chirurgie dès que le risque
hémorragique est atténué, et poursuivie jusqu’à ce qu’un INR
efficace soit obtenu sous warfarine (niveau d’évidence B).
|
|
CLASSE IIa
|
|
Il est raisonnable d’administrer du plasma frais congelé (PFc) aux
patients porteurs d’une PVMe, qui nécessitent une interruption du
traitement par warfarine pour réalisation en urgence d’une
chirurgie extracardiaque ou d’une procédure invasive ou d’un soin
dentaire (niveau d’évidence B).
|
|
CLASSE IIb
|
|
Chez les patients à haut risque de thrombose (voir ci-dessus),
l’administration par voie sous-cutanée de doses thérapeutiques
d’HNF (15 000 UI toutes les 12 heures) ou d’HBPM (100 UI/kg
toutes les 12 heures) peut être considérée pendant la période
où l’INR est infrathérapeutique.
|
|
CLASSE III
|
|
Chez les patients porteurs d’une PVMe qui nécessitent une
interruption du traitement par warfarine pour chirurgie
extracardiaque, procédure invasive ou soins dentaires, de fortes
doses de vit K1 ne devraient pas être administrées en routine car
cela peut créer un état d’hypercoagulabilité.
|
La femme enceinte porteuse d’une prothèse valvulaire
mécanique
Il s’agit d’une situation à très haut risque, quel que soit le
schéma thérapeutique suivi. Ainsi, dans l’étude coopérative
française coordonnée par G. Hanania [15], le taux d’événements
thromboemboliques était de plus de 10 %. Ce taux est toujours
plus élevé pendant la période où les femmes reçoivent l’héparine
[1].
Le tableau IV décrit la fréquence des
événements graves, maternels ou fœtaux, en fonction de la stratégie
d’anticoagulation choisie : HNF pendant toute la grossesse,
HNF pendant le premier trimestre puis relais par AVK, ou AVK
pendant toute la grossesse (quelle que soit la stratégie adoptée,
les AVK sont remplacés par une héparine à la 36e
semaine). On peut noter que plus l’héparine est utilisée, plus le
risque thromboembolique est élevé, mais que plus les AVK sont
utilisées, plus le risque d’embryopathie augmente. Ceci est encore
compliqué par le fait que si l’INR est efficace avec une dose de
warfarine inférieure à 5 mg pendant toute la grossesse, le
taux d’embryopathies semble quasi nul dans une petite série de 33
grossesses [16]. La stratégie doit donc idéalement être décidée par
la femme après information honnête et détaillée. Il s’agit
cependant d’un véritable « choix de Sophie ».
Les HBPM ont été à l’origine d’une polémique en raison de deux
cas de thromboses valvulaires (sur 8 femmes traitées) survenus lors
d’une étude réalisée en Afrique du Sud. Cependant, d’une part ce
taux de 25 % de thromboses valvulaires sous HBPM n’est pas
plus élevé que le taux de thromboses valvulaires (29 %)
retrouvé sous HNF par Sadler [17] et d’autre part, ces thromboses
seraient dues à l’utilisation de posologies inadéquates, en
particulier insuffisantes [1]. En effet, les héparines doivent ici
être surveillées de façon très étroite car, au cours de la
grossesse, le volume de distribution varie avec le poids maternel.
Sous HBPM, l’activité anti-Xa doit alors être impérativement
régulièrement mesurée et se situer entre 0,7 et 1,2 UI/ml [1]. Une
revue de la littérature retrouvant 51 femmes enceintes traitées par
HBPM [18] et dont l’activité anti-Xa était surveillée
régulièrement, semble valider cette idée puisqu’un seul événement
thromboembolique a été observé. Un résumé des recommandations
américaines figure dans le tableau V et
une synthèse des Guidelines des sociétés savantes (tableau II).
Tableau IV Grossesse : événements maternels et
fœtaux graves en fonction de la stratégie d’anticoagulation choisie
(d’après [7])
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Régime
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Avortements spontanés
|
Embryopathies
|
Morts fœtales
|
TE maternels
|
Morts maternels
|
|
HNF total
|
23,8 %
|
|
43 %
|
|
|
|
HNF premier trimestre
|
24,8 %
|
|
26,5 %
|
|
4,2 %
|
|
AVK total
|
24,7 %
|
|
33,6 %
|
|
1,8 %
|
Tableau V Anticoagulation des femmes enceintes
porteuses d’une prothèse valvulaire mécanique : résumé des
recommandations américaines centré sur l’héparinothérapie (d’après
[1])
|
CLASSE I
|
- 1. Les femmes qui choisissent d’interrompre la warfarine
entre la 6e et la 12e semaine doivent
recevoir une HNF par voie intraveineuse ou une HBPM sous-cutanée.
L’efficacité de ces deux drogues doit être adaptée aux résultats
biologiques (niveau C).
- 2. Après la 36e semaine, le choix entre une
HNF par voie intraveineuse ou une HBPM par voie sous-cutanée ou la
warfarine doit être discuté longuement. Si l’HNF est utilisée, le
risque fœtal est moindre mais les risques de thrombose de valve,
d’embolie systémique, d’infection, d’ostéoporose et de thrombopénie
sont relativement plus élevés (niveau C)
- 3. Si une HBPM est utilisée, elle doit être administrée
deux fois par jour pour maintenir une activité anti Xa entre 0,7 et
1,2 UI/mL (niveau C).
- 4. Si une HNF est utilisée, le TCA doit être au moins de
deux fois le témoin (niveau C).
- 5. La warfarine doit être arrêtée et relayée par une HNF
par voie intraveineuse deux à trois semaines avant accouchement
programmé.
|
|
CLASSE IIa
|
- 1. Il est raisonnable d’éviter la warfarine entre la
6e et la 12e semaine en raison du risque de
malformation congénitale (niveau C).
- 2. Il est raisonnable de reprendre l’HNF 4 à
6 heures après la délivrance et de débuter la warfarine en
l’absence d’hémorragie (niveau C).
- 3. Il est raisonnable de donner une faible dose
d’aspirine (75 à 100 mg) au cours du second et du troisième
trimestre en plus de l’héparine ou de la warfarine.
|
|
CLASSE III
|
|
Une HBPM ne devrait pas être administrée dans cette situation sans
monitoring, du taux d’activité d’anti Xa (niveau C).
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Conclusion
Au cours des cinq dernières années, de nombreuses études cliniques
ont tenté d’évaluer le bénéfice clinique net des HBPM chez les
patients porteurs de prothèses valvulaires mécaniques dans trois
situations à haut risque : la période postopératoire, la
grossesse et l’interruption temporaire du traitement par AVK. Elles
ont toujours conclu que l’utilisation des HBPM semblait aussi
efficace que l’HNF par voie intraveineuse et probablement plus
efficace que l’HNF par voie sous-cutanée. D’autre part, les HBPM
ont une meilleure biodisponibilité et sont mieux tolérées que
l’HNF. Cependant, ces études ne sont que des registres
observationnels, et aucune étude randomisée n’a jamais comparé
directement et prospectivement HNF versus HBPM dans cette
indication. Il est peu probable qu’elle existe un jour. En effet,
le nombre de patients concernés et les durées de prescriptions sont
sans doute trop faibles pour justifier économiquement la
réalisation de telles études, surtout si l’on prend en compte le
fait que les HBPM sont des molécules déjà anciennes donc
« généricables » à moyen terme. Ainsi, les niveaux
d’évidence des recommandations internationales concernant
l’utilisation d’une HNF ou d’une HBPM sont toujours de bas grade.
Souhaitons que les plans de développement des futurs médicaments
antithrombotiques oraux ou injectables comprennent d’emblée leur
évaluation chez les patients porteurs d’une PVMe.
Finalement, si les HBPM semblent utilisables dans la plupart des
situations, il faut absolument se méfier d’un (trop fréquent)
mauvais usage dû à leur grande facilité d’administration (tableau VI). En particulier, une surveillance
biologique est un prérequis indispensable dans les situations à
risque thrombotique élevé ou en cas de surrisque hémorragique.
Enfin, il est important de mentionner explicitement que le patient
a été informé de l’avantage et des inconvénients des HBPM dans le
contexte des PVMe.
Tableau VI HBPM : éviter les mésusages
- 1. Dans tous les cas
- Le risque thromboembolique existe quel que soit le schéma
thérapeutique choisi.
- Administration en deux injections par jour et à bonne
dose (100 UI/Kg deux fois par jour pour énoxaparine)
- Contre-indication en cas d’insuffisance rénale
- Surveiller les plaquettes
- Surveillance de l’activité anti-Xa chez le sujet maigre ou
obèse
- Surveillance de l’activité anti-Xa chez tous les
patients : a priori inutile [19] mais discutée
|
- 2. Chez la femme enceinte
- Surveillance très régulière de l’activité anti-Xa
- Décision prise par la femme après explication des avantages et
inconvénients des différents schémas thérapeutiques proposés lors
des différentes périodes de la grossesse.
|
- 3. En post-chirurgie cardiaque très précoce (<
3 jours)
- Pas d’étude d’utilisation des HBPM
- Doute sur la biodisponibilité par voie sous-cutanée
(vasoconstriction périphérique sous vasopresseurs)
- Inefficacité de la protamine en cas d’hémorragie
- Peu d’intérêt à utiliser une HBPM au cours de ces trois
premiers jours car les malades sont perfusés et peuvent recevoir
une HNF
|
Références
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