Accueil > Revues > Médecine > Sang Thrombose Vaisseaux > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Sang Thrombose Vaisseaux
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Altérations de la microcirculation et hypertension artérielle : cause ou conséquence ?


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 19, Numéro 1, 9-16, Janvier 2007, Mini-revue

DOI : 10.1684/stv.2007.0052

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Bernard I Lévy , Centre de Recherches cardiovasculaires Inserm Lariboisière U689, Service d’Explorations fonctionnelles, Hôpital Lariboisière, Université Paris VII, 75010 Paris.

Résumé : De nombreux travaux relient aujourd’hui les complications de la maladie hypertensive à un défaut de perfusion des organes cibles (cœur, cerveau, reins). Ces anomalies sont essentiellement représentées par une raréfaction artériolo-capillaire, et une altération de la réactivité artériolaire en rapport avec une dysfonction endothéliale. La correction efficace du niveau de la pression artérielle reste un objectif essentiel de la prise en charge du patient hypertendu. Il faut également se préoccuper de préserver ou restaurer une perfusion tissulaire optimale \; cet objectif est devenu l’un des enjeux majeurs pour les traitements antihypertenseurs. La conjonction de ces deux objectifs permettra très certainement d’améliorer le pronostic cardiovasculaire des hypertendus.

Mots-clés : hypertension, microcirculation, raréfaction capillaire

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Bernard I Lévy

Centre de Recherches cardiovasculaires Inserm Lariboisière U689, Service d’Explorations fonctionnelles, Hôpital Lariboisière, Université Paris VII, 75010 Paris

Il y a déjà plus de 50 ans, Guyton [1] montrait que des modifications de la microcirculation influencent le niveau de la pression artérielle : en injectant des microbilles de diamètre légèrement supérieur à celui des capillaires, il a provoqué l’occlusion d’un nombre croissant de capillaires correspondant au nombre de microbilles injectées. En l’absence de régulation vasomotrice (vasodilatation maximale), l’occlusion mécanique d’un pourcentage suffisant de capillaires s’accompagne d’une augmentation parallèle des résistances hémodynamiques et d’une hypertension artérielle stable. Plus récemment, il a été démontré que des anomalies de la microcirculation, en dehors du tissu rénal, précèdent l’apparition de l’hypertension artérielle ; elles peuvent même constituer un des mécanismes étiologiques de celle-ci.Au cours des dix dernières années, l’étude de la physiopathologie des modifications de la microcirculation s’est activement développée aussi bien en clinique humaine qu’en expérimentation animale. La prévention ou même la correction des altérations de la microcirculation associée à une hypertension artérielle établie pourrait donc être un objectif thérapeutique important [2].

La microcirculation

La définition exacte de la microcirculation reste variable en fonction des auteurs et de leur discipline : à partir de critères morphologiques, on considère le plus souvent que tous les vaisseaux sanguins dont le diamètre est inférieur à 150 microns (c’est-à-dire les petites artères, artérioles, capillaires et veinules) constituent le réseau microcirculatoire. Cette distinction morphologique n’est pas complètement satisfaisante ; certains auteurs définissent les artérioles non en fonction de leur taille mais selon leur structure : les vaisseaux contenant une seule couche de cellules musculaires lisses sont des artérioles alors que les petites artères en contiennent au moins deux. D’un point de vue fonctionnel hémodynamique, il est bien établi que le versant artériel de la microcirculation représente l’essentiel des vaisseaux de résistances ; la plus grande partie de la diminution de pression sanguine entre les grosses artères et les veines se produit en effet au niveau des artérioles précapillaires. Quels que soient le tissu et l’espèce considérés, environ 70 % du gradient de pression artérioveineux se situe au niveau des artérioles de calibre inférieur à 100 microns ( (figure 1) )[3]. Les propriétés résistives des artérioles sont liées à leur géométrie (lumière, longueur) mais aussi et surtout à l’existence d’un tonus myogénique spécifique. Les capillaires sont des vaisseaux dont la lumière varie entre 4 et 12 μ ; leur paroi est composée exclusivement de cellules endothéliales, posées sur une membrane basale, et plus ou moins fenêtrées selon les tissus et l’intensité des échanges.

Le tonus myogénique

C’est une propriété intrinsèque du muscle vasculaire lisse qui se contracte en réponse à un étirement [4]. Ce phénomène est indépendant de toute influence neurohumorale et ne dépend que des propriétés intrinsèques du muscle lisse vasculaire (d’où son nom : myogénique ou myogène). Tous les vaisseaux dont la paroi contient du muscle lisse présentent un tonus myogénique et se contractent en réponse à une augmentation de la pression sanguine transmurale. Cependant, le tonus myogénique est pratiquement imperceptible au niveau des grosses artères de distribution, son amplitude augmente au fur et à mesure que le calibre vasculaire diminue et elle devient maximale dans les artérioles précapillaires. Au niveau de ces artérioles (diamètre 100 à 10 microns), le tonus myogénique est tellement important qu’une augmentation de pression transmurale provoque, à ce niveau, un rétrécissement substantiel de la lumière vasculaire ou même une occlusion complète de celle-ci. D’un point de vue finaliste, le tonus myogénique a une fonction évidente : il protège le réseau capillaire disposé en aval d’une hypertension locale. En effet, une augmentation de pression capillaire entraînerait très rapidement une filtration de plasma à travers sa paroi, donc un œdème tissulaire puis, si la pression transmurale capillaire était encore plus importante, la rupture de la paroi capillaire et l’apparition de microhémorragies dont les conséquences peuvent évidemment être gravissimes. Le tonus myogénique protège à court terme le réseau capillaire d’une augmentation de pression sanguine. Cependant, à plus long terme, le rétrécissement, voire la fermeture des artérioles précapillaires contribue à l’augmentation des résistances périphériques et donc de la pression artérielle. De plus, les microvaisseaux non perfusés ne sont plus soumis aux contraintes mécaniques exercées par l’écoulement du sang sur l’endothélium ; la production locale de NO est donc diminuée, ce qui, en raison des effets antiapoptotiques du NO [5], entraîne l’involution de ces vaisseaux et donc une raréfaction microvasculaire.

Des modifications multiples de la fonction des artérioles ont été mises en évidence au cours de l’hypertension artérielle expérimentale et clinique. Pour l’essentiel, il s’agit d’une hyperréactivité aux stimuli vasoconstricteurs entraînant une réduction anormale de lumières vasculaires ou même une fermeture complète de certaines artérioles et d’une dysfonction endothéliale en relation avec une activité réduite du monoxyde d’azote.

Au cours de l’hypertension artérielle, la dysfonction endothéliale résulte, pour une grande part, de la dégradation du monoxyde d’azote par les radicaux libres de l’oxygène. Ces derniers sont produits en grande quantité en raison d’une activation anormale des NADPH oxydases membranaires endothéliales, elles-mêmes activées par les récepteurs AT1 de l’angiotensine II [6]. Ainsi, l’hypertension artérielle est fortement associée à un déséquilibre vasomoteur en faveur d’une vasoconstriction et, pour certains territoires, de l’occlusion complète d’une partie du réseau microcirculatoire.

Remodelage artériel et tonus myogénique

Le remodelage de la paroi artérielle est un des aspects importants de la physiopathologie de l’HTA. Le remodelage des gros troncs artériels est maintenant bien décrit. Il associe une hypertrophie connexe à une fibrose de la paroi vasculaire. La littérature est cependant riche en résultats contradictoires au sujet du remodelage des artérioles de résistance. Certains auteurs ont décrit une artériosclérose associée à l’hypertension artérielle ; pour d’autres, le remodelage des artérioles de résistance est différent selon les espèces et les organes étudiés. Dans une excellente revue, Prewitt et al. [7] ont éclairci cette question de manière définitive à notre avis. En accord avec Glagov et al. [8] et tous les auteurs ayant travaillé sur ce sujet, le remodelage vasculaire serait déclenché par la contrainte pariétale liée à la pression artérielle. La contrainte pariétale dépend elle-même de la pression vasculaire, du rayon de la lumière artérielle et de l’épaisseur de la paroi :

Dans une artère de gros calibre, l’augmentation de la pression sanguine entraîne une distension de la paroi et une diminution de son épaisseur. La contrainte pariétale est alors augmentée en raison de l’augmentation du numérateur et de la diminution du dénominateur de la relation (a).

Le muscle lisse de la paroi artérielle est alors activé et change de phénotype pour favoriser l’hypertrophie et l’hyperplasie des cellules musculaires lisses et l’augmentation de la synthèse de matrice extracellulaire. Ces processus sont activés jusqu’à ce que la contrainte pariétale revienne à une valeur « normale » en raison de l’épaississement de la paroi artérielle ( (figure 2) ). Ces mécanismes classiques de remodelage artériel sont vérifiés aussi bien dans les modèles expérimentaux qu’en pratique clinique.

Une artériole de résistance soumise à une augmentation de pression a un comportement radicalement différent : le rapport de son rayon (R) à son épaisseur (e) est beaucoup plus petit dans une artériole (R/e ± 1) que dans l’aorte (R/e ± 7). D’autre part, l’étirement lié à la contrainte pariétale entraîne une augmentation du tonus musculaire myogène et donc une diminution du rayon. Ainsi, au niveau des artérioles de petit calibre, la contrainte pariétale n’augmente pas et peut même diminuer lorsque la pression sanguine augmente. Le muscle lisse de la paroi artériolaire n’est donc pas soumis à des contraintes anormalement élevées et garde son phénotype contractile. Ces considérations simples permettent de relier une littérature apparemment hétérogène : dans chacune des études expérimentales et cliniques, plus petites étaient les artères étudiées, moins elles étaient soumises à un remodelage. Les artères pour lesquelles un remodelage significatif a été rapporté avaient des calibres relativement élevés : de 400 à 800 μm.

Raréfaction microvasculaire et hypertension artérielle

Dès 1933, Ruedemann, un ophtalmologiste allemand, avait constaté que le nombre de vaisseaux visibles sur la conjonctive de patients hypertendus était anormalement faible [9]. Cette observation a été rapportée à de nombreuses reprises, dans différents tissus, aussi bien dans l’hypertension expérimentale qu’en clinique humaine [2]. La raréfaction microvasculaire est donc définie comme la diminution de la densité des artérioles et des capillaires par unité de volume tissulaire. Dans les conditions physiologiques de la plupart des organes, une partie substantielle du réseau microvasculaire reste fermée et constitue une réserve de débit sanguin local pour répondre à une augmentation des besoins métaboliques. La raréfaction microvasculaire peut être fonctionnelle ou structurale. Lorsqu’elle est « fonctionnelle », elle correspond à un nombre anormalement important de microvaisseaux existants mais non perfusés. La raréfaction « structurale » correspond à une diminution du nombre de microvaisseaux dans les conditions de vasodilatation maximale, c’est-à-dire à la disparition d’un certain nombre de structures vasculaires anatomiques [10].

De nombreuses études ont rapporté une raréfaction microvasculaire fonctionnelle, structurale ou mixte dans tous les modèles expérimentaux d’hypertension artérielle et dans des tissus comme le muscle squelettique, le myocarde, l’intestin et la peau. Il est intéressant de remarquer qu’une raréfaction microvasculaire structurale peut être observée chez le rat spontanément hypertendu très jeune (4 semaines), avant toute augmentation de la pression artérielle [11]. Cela est en faveur d’un possible rôle causal de la raréfaction vasculaire dans la physiopathologie de l’hypertension artérielle.

L’observation de la microcirculation et la quantification de la densité microvasculaire sont évidemment plus difficiles et limitées chez l’homme que dans les modèles animaux. La rétine, la conjonctive et les muqueuses buccales sont facilement accessibles à la mesure optique ; il est cependant impossible dans ces territoires d’induire une vasodilatation maximale nécessaire pour évaluer les densités microvasculaires structurales. La technique la plus couramment utilisée en clinique est celle de la visualisation microscopique des capillaires cutanés. Elle est possible au niveau du lit de l’ongle du dos des phalanges et de la peau de l’avant-bras. Dans ces zones, le remplissage de tous les capillaires existants peut être provoqué par une congestion veineuse ; il est alors possible d’observer toutes les structures anatomiques présentes. Pratiquement, on place un garrot d’occlusion veineuse au niveau du bras ou du poignet ; ce brassard est gonflé à une pression infradiastolique (40 à 60 mmHg). Il est alors possible, par vidéomicroscopie, de quantifier le nombre de capillaires cutanés par unité de surface en circulation libre (densité capillaire fonctionnelle) puis pendant l’occlusion veineuse (densité capillaire structurale). La ( figure 3 ) montre une image de capillaires cutanés enregistrée au niveau du dos de la phalange d’un sujet normotendu.

De nombreuses études ont mis en évidence une diminution de la densité microvasculaire chez des patients hypertendus. L’observation de Ruedemann a été renouvelée plusieurs fois à l’aide de matériel d’observation ophtalmologique plus sophistiqué. Par ailleurs, en utilisant la vidéomicroscopie capillaire avant et pendant l’occlusion veineuse, Serne et al. [12] ont mesuré des densités capillaires significativement réduites (environ moins 10 %) tant au niveau du lit de l’ongle que de l’avant-bras chez des patients hypertendus. Des résultats similaires ont été rapportés par plusieurs auteurs dans les mêmes territoires cutanés. Il existe quelques arguments forts en faveur d’une raréfaction capillaire qui précéderait l’apparition de l’hypertension artérielle. Antonios et al. [13] ont rapporté une densité capillaire diminuée chez des patients atteints d’hypertension artérielle labile et chez des sujets normotendus ayant une prédisposition familiale à l’hypertension artérielle. Enfin, nous avons récemment démontré une corrélation négative entre la densité capillaire cutanée et le risque cardiovasculaire estimé selon la formule Framingham [14].

Mécanisme de la raréfaction vasculaire en cours de l’hypertension

En fonction des résultats cliniques et de nombreuses études expérimentales, plusieurs auteurs discutent d’une possible raréfaction capillaire diffuse antérieure à l’apparition de l’hypertension artérielle ; dans ce cas, la raréfaction microvasculaire pourrait même être l’une des causes de l’hypertension. Par ailleurs, la raréfaction capillaire est également une conséquence de l’hypertension comme cela a été démontré dans plusieurs modèles d’hypertension artérielle secondaire. La relation de cause à effet entre la raréfaction capillaire et l’hypertension artérielle n’est pas clairement démontrée et reste un sujet de débat. Dans un modèle murin d’hypertension artérielle induite par une sténose de l’aorte abdominale au-dessus des artères rénales, Boegehold et al. [15] ont rapporté une raréfaction artériolaire structurale dans les membres inférieurs, c’est-à-dire dans un territoire non exposé à une pression artérielle élevée. L’existence de mécanismes indépendants de la pression semble ainsi démontrée, au moins dans ce modèle expérimental associant une hypertension artérielle mécanique et une activation du système rénine-angiotensine. Par ailleurs, la raréfaction artériolaire qui se développe en même temps que l’hypertension artérielle chez la souris déficiente en NO synthétase endothéliale (eNOS) est prévenue chez les animaux dont la pression artérielle est maintenue à des valeurs normales par l’administration chronique d’un vasodilatateur non spécifique (hydralazine) [16].

La densité capillaire dans un tissu peut diminuer soit en raison d’un processus destructif, soit en raison d’une angiogenèse insuffisante. La première hypothèse est très largement appuyée par le travail de Prewitt et al. [17]. Ces auteurs ont soigneusement observé par vidéomicroscopie la microcirculation du muscle squelettique du rat spontanément hypertendu à différents âges et donc à différents niveaux de pression artérielle. Leurs résultats suggèrent que, probablement en raison d’une hypersensibilité des artérioles aux stimuli vasoconstricteurs, celles-ci se ferment (raréfaction fonctionnelle) au stade précoce de l’évolution de l’hypertension artérielle. L’occlusion de certains microvaisseaux est suivie par la disparition anatomique des structures vasculaires non perfusées. Récemment, on a montré que le stress oxydatif, en partie lié à une stimulation anormalement élevée des NADPH oxydase des cellules endothéliales par l’angiotensine 2, joue un rôle important dans l’apoptose de ces mêmes cellules.

Un déficit d’angiogenèse capillaire chez l’hypertendu artériel peut aussi être une cause de la raréfaction microvasculaire. Le monoxyde d’azote dont la biodisponibilité est diminuée au cours de l’hypertension artérielle joue non seulement un rôle vasodilatateur important mais il est également un facteur angiogénique majeur qui stimule la libération de VEGF [18] ; en accord avec cette hypothèse, il existe une angiogenèse insuffisante dans des modèles d’hypertension artérielle induite par l’inhibition pharmacologique chronique du monoxyde d’azote.

De manière apparemment paradoxale, des niveaux élevés de VEGF ont été rapportés chez des patients hypertendus, suggérant que l’hypertension artérielle serait associée à une diminution de la sensibilité des cellules endothéliales au VEGF et à une surproduction compensatrice du facteur de croissance vasculaire [19]. Très récemment, la physiopathologie de l’éclampsie (hypertension gravidique), qui touche près de 5 % des femmes enceintes, a été éclaircie. Le placenta produit, dans un processus inflammatoire anormal, des quantités très importantes de récepteur soluble du VEGF (Flt-1) qui, passant dans le sang maternel, sont responsables de la disparition rapide de nombreux microvaisseaux et donc d’une hypertension majeure. En même temps, l’absence de VEGF actif induit une involution des villosités placentaires, une diminution de la zone d’échange fœto-maternelle et, donc, une hypoxie du fœtus [20].

Conséquence de la raréfaction microvasculaire

La raréfaction peut-elle participer à l’augmentation des résistances périphériques au cours de l’hypertension artérielle ?

Il s’agit là d’une question difficile qui reste partiellement en suspens. Des études animales ont montré que la raréfaction microvasculaire concerne principalement les artérioles et les capillaires, soit l’essentiel des vaisseaux responsables des résistances hémodynamiques systémiques. Greene et al. ont effectué un remarquable travail de modélisation réalisé à partir de l’observation du réseau de la microcirculation de la joue de hamster [21]. L’injection artérielle locale de microsphères calibrées permet une occlusion progressive des artérioles de petit calibre du réseau injecté. La diminution du nombre des artérioles de troisième et quatrième générations augmente la résistance du lit vasculaire d’environ 20 %. Au-delà de son effet sur les résistances hémodynamiques, la raréfaction microvasculaire perturbe l’apport d’oxygène et de nutriments aux tissus et peut donc ainsi contribuer aux complications ischémiques des organes cibles de l’hypertension artérielle. La mesure de pression partielle d’oxygène dans les tissus de rats hypertendus démontre une hypoxie relative dans les muscles crémasters pour laquelle une raréfaction artériolaire et capillaire est prouvée alors que les muscles trapèzes dans lesquels la densité microvasculaire est normale ont une pression partielle d’oxygène normale. Les mêmes auteurs ont montré que la diminution de 25 % du nombre des microvaisseaux est responsable de l’existence de zones d’hypoxie profonde, surtout dans le cas d’une consommation accrue en oxygène.

Effet de différents traitements antihypertenseurs sur la raréfaction

Si la raréfaction microvasculaire représente réellement une composante de la physiopathologie de l’hypertension artérielle, la question de savoir si les différents traitements peuvent modifier ce paramètre se pose naturellement. À l’exception des bêtabloquants, toutes les classes de drogues antihypertensives utilisées en pratique clinique ont démontré une capacité à modifier l’angiogenèse post-ischémique dans des modèles animaux et à augmenter, à des degrés divers, la raréfaction microvasculaire dans l’hypertension artérielle expérimentale [2]. Il est cependant difficile de faire la part de ce qui tient aux effets de la diminution de la pression sanguine et des effets propres aux classes thérapeutiques utilisées. Il est cependant fort probable que certaines classes médicamenteuses ont des effets spécifiques, indépendants de la réduction de la pression artérielle, sur la densité microvasculaire. Nous avons en effet montré qu’un inhibiteur de l’enzyme de conversion associé ou non à un diurétique augmente la densité microvasculaire dans le myocarde alors que l’hydralazine (vasodilatateur non spécifique) administrée à une dose telle que l’effet sur la pression artérielle soit identique ne modifiait pas la densité de la microcirculation coronaire.

Trois antagonistes calciques — la nifédipine, le vérapamil et la nimodipine — ont démontré une capacité à augmenter la densité microvasculaire dans le modèle de la membrane chorioallantoïdienne du poulet. Chez le rat spontanément hypertendu ainsi que dans deux modèles d’hypertension artérielle secondaire, la densité capillaire myocardique est augmentée par les traitements anticalciques.

Compte tenu des effets complexes et parfois antagonistes de l’angiotensine II sur le réseau vasculaire et de son intrication avec la voie de la bradykinine, il n’est pas surprenant que les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine aient des effets complexes selon les conditions et les modèles expérimentaux. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion administrés à fortes doses inhibent la croissance vasculaire tumorale alors qu’ils augmentent la densité microvasculaire dans le muscle squelettique ischémique. Dans différents modèles d’hypertension artérielle du rat, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion augmentent la densité capillaire [22].

Conclusion

La microcirculation est l’un des acteurs majeurs de la physiopathologie de l’hypertension artérielle et pourrait devenir une cible importante de son traitement. On connaît depuis longtemps le phénomène myogénique caractérisé par la très forte constriction d’une artériole soumise à une augmentation aiguë de la pression sanguine. On redécouvre aujourd’hui que l’hypertension artérielle chronique s’accompagne d’une raréfaction de la microcirculation qui pourrait être impliquée aussi bien dans l’étiopathologie de la maladie que dans celle de ses complications ischémiques. La diminution de la densité des microvaisseaux dans différents tissus est un phénomène avéré aussi bien dans les modèles expérimentaux que chez le patient hypertendu. Le développement de techniques d’imagerie et de logiciels d’analyse d’images rend l’observation quantitative de la microcirculation plus facile. On peut prévoir et souhaiter que de nombreuses études aussi bien expérimentales que cliniques précisent bientôt le rôle de la microcirculation dans la survenue et le maintien d’une hypertension artérielle. Par ailleurs, il sera intéressant de savoir si les différents traitements disponibles ont des effets réellement différents sur l’architecture de la microcirculation et si ces différences sont en rapport avec la réduction des risques de complications ischémiques de la maladie.

Références

1 Guyton AC. Kidneys and fluids in pressure regulation. Small volume but large pressure changes. Hypertension 1992 ; 19 : I2-I8.

2 Levy BI, Ambrosio G, Pries AR, Struijker-Boudier HAJ. Microcirculation in hypertension - A new target for treatment ? Circulation 2001 ; 104 : 735-40.

3 Pries AR, Secomb TW, Gaehtgens P. Design principles of vascular beds. Circ Res 1995 ; 77 : 1017-23.

4 Davis MJ, Hill MA. Signaling mechanisms underlying the vascular myogenic response. Physiol Rev 1999 ; 79 : 387-423.

5 Walford G, Loscalzo J. Nitric oxide in vascular biology. J Thromb Haemost 2003 ; 1 : 2112-8.

6 Suzuki H, Swei A, Zweifach BW, Schmid-Schonbein GW. In vivo evidence for microvascular oxidative stress in spontaneously hypertensive rats. Hydroethidine microfluorography. Hypertension 1995 ; 25 : 1083-9.

7 Prewitt RL, Rice DC, Dobrian AD. Adaptation of resistance arteries to increases in pressure. Microcirculation 2002 ; 9 : 295-304.

8 Glagov S, Vito R, Giddens DP, Zarins CK. Micro-architecture and composition of artery walls : relationship to location, diameter and the distribution of mechanical stress. J Hypertens 1992 ; 10(Suppl.) : S101-S104.

9 Ruedemann AD. Conjunctival vessels. JAMA 1933 ; 101 : 1477-81.

10 Vicaut E. Hypertension and the microcirculation. Arch Mal Cœur Vaiss 2003 ; 96 : 893-903.

11 Chen II, Prewitt RL, Dowell RF. Microvascular rarefaction in spontaneously hypertensive rat cremaster muscle. Am J Physiol 1981 ; 241 : H306-H310.

12 Serne EH, Gans ROB, ter Maaten JC, Tangelder GJ, Donker AJM, Stehouwer CDA. Impaired skin capillary recruitment in essential hypertension is caused by both functional and structural capillary rarefaction. Hypertension 2001 ; 38 : 238-42.

13 Antonios TFT, Singer DRJ, Markandu ND, Mortimer PS, MacGregor GA. Structural skin capillary rarefaction in essential hypertension. Hypertension 1999 ; 33 : 998-1001.

14 Debbabi H, Uzan L, Mourad JJ, Safar M, Levy BI, Tibirica E. Increased skin capillary density in treated essential hypertensive patients. Am J Hypertens 2006 ; 19 : 477-83.

15 Boegehold MA, Bohlen HG. Arteriolar diameter and tissue oxygen tension during muscle contraction in hypertensive rats. Hypertension 1988 ; 12 : 184-91.

16 Kubis N, Besnard S, Silvestre JS, et al. Decreased arteriolar density in endothelial nitric oxide synthase knockout mice is due to hypertension, not to the constitutive defect in endothelial nitric oxide synthase enzyme. J Hypertens 2002 ; 20 : 273-80.

17 Prewitt RL, Chen II, Dowell R. Development of microvascular rarefaction in the spontaneously hypertensive rat. Am J Physiol 1982 ; 243 : H243-H251.

18 Dulak J, Jozkowicz A, Dembinska-Kiec A, et al. Nitric oxide induces the synthesis of vascular endothelial growth factor by rat vascular smooth muscle cells. Arterioscler Thromb Vasc Biol 2000 ; 20 : 659-66.

19 Nadar SK, Blann A, Beevers DG, Lip GY. Abnormal angiopoietins 1&2, angiopoietin receptor Tie-2 and vascular endothelial growth factor levels in hypertension : relationship to target organ damage. J Intern Med 2005 ; 258 : 336-43 ; [a sub-study of the Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial (ASCOT)].

20 Venkatesha S, Toporsian M, Lam C, et al. Soluble endoglin contributes to the pathogenesis of preeclampsia. Nat Med 2006 ; 12 : 642-9.

21 Greene AS, Tonellato PJ, Lui J, Lombard JH, Cowley AWJ. Microvascular rarefaction and tissue vascular resistance in hypertension. Am J Physiol 1989 ; 256 : H126-H131.

22 Scheidegger KJ, Wood JM, van Essen H, Struijker-Boudier HA. Effects of prolonged blockade of the renin angiotensin system on striated muscle microcirculation of spontaneously hypertensive rats. J Pharmacol Exp Ther 1996 ; 278 : 1276-81.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]